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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 11:35
"Juste la fin du monde"

Après un séminaire à Juan les Pins fin aout , comme un petit air de vacances qui se poursuivent, pendant lequel j’ai eu la surprise d’être reconnu sur un réseau par un charmant garçon qui m’a rappelé notre rencontre, dont je n’ai aucun souvenir sinon la trace dans le « mémo» de mes tricks (« Jonathan, 20 ans, Univers Gym, février 1996 »), il y a 20 ans dans un regretté sauna gay parisien, j’ai retrouvé, prêt à affronter une année qui s’annonce angoissante, quoique passionnante, sur le plan politique et géopolitique, mes habitudes parisiennes grevées d’un temps de transport augmenté de 15 à 20 mn par les caprices pseudo-écologiques de l’Ayatollah Hidalgo ( et dire que j’ai voté pour elle…).

Depuis que ce n’est plus le plaisir de découvrir les livres scolaires qui me fait quitter la période de vacances presque sans regret, la rentrée cinématographique tend à jouer ce rôle, notamment cette année avec la sortie de plusieurs films en compétition à Cannes. Je ne pouvais manquer « Tony Erdmann », de l’allemande Maren Ade, qui a fait l’unanimité de la critique mais est reparti bredouille, conte parfois burlesque en forme de charge virulente contre la mondialisation néolibérale. Fable touchante, remarquablement interprétée, qui aurait gagné à s’étirer sur moins de 3 heures, mais dont l’absence au palmarès ne me semble pas forcément une injustice…

Mais ce sont les films de deux réalisateurs homosexuels que j’attendais avec impatience. Le dernier film d’Alain Giraudie, plutôt fraichement accueilli à Cannes, dont son précédent, «L’inconnu du lac», m’avait enthousiasmé, s’inscrit dans une dimension politique fort similaire à celle du film de Maren Ade . « Rester vertical » ne manque pas de surprendre, tant on met du temps à découvrir où le réalisateur veut nous mener, quand tout s’éclaire dans une belle scène finale, métaphorique, où le héros affronte les loups. Rester vertical c’est résister, à la nature, à l’homme, à toute contrainte, mais aussi peut-être rester en érection, ne pas renoncer à son désir - quel qu’il soit- sans aller se coucher chez le psychanalyste, symbolisé ici par une guérisseuse, tel ce vieillard qui se fait sodomiser jusqu’à l’orgasme mortel… Un film très politique, un parfum de «Nuit debout», tout à fait «Queer», auquel je n’adhère pas idéologiquement, mais d’une grande beauté formelle, et qui vous marque longtemps après l’avoir vu.

« Juste la fin du monde », Grand prix du festival, réalisé par le surdoué Xavier Dolan, m’a bouleversé. Adaptation d’une pièce de Julien Lagarce, le film raconte le retour dans sa famille – sa mère (Nathalie baye), sa sœur (Léa Seydoux), son frère (Vincent Cassel) et sa femme Catherine (Marion Cotillard) qui lui est inconnue - d’un jeune écrivain, homosexuel, Louis (Gaspard Ulliel), parti sans presque donner de nouvelles depuis des années, pour leur annoncer qu’il va mourir, secret dont l’aveu est sans cesse repoussé par l’expression parfois violente des rancœurs accumulées et l’impossibilité de communiquer. Véritable choc visuel et intellectuel, tel cet immense moment d’émotion, comme seul les grands cinéastes savent en produire, future scène d’anthologie, devant ce regard prolongé, insistant de Catherine, vers Louis, véritable transmission de pensée, la seule à avoir compris…Louis restera un mystère pour sa famille, mystère dont on peut se demander s’il ne prend pas racine dans la différence absolue de l’homosexualité ?

Il ne faisait pas partie de la sélection du festival mais « Frantz », de François Ozon, mérite le détour. Ce film sur la mémoire et le mensonge, un mensonge « protecteur » qui falsifie la réalité pour apaiser la douleur, conte l’histoire d’une jeune allemande (Anna), qui surprend un soldat français (Adrien), démobilisé après l’armistice de 1918, venant mystérieusement fleurir la tombe de son fiancé (Frantz) mort sur le front. La première partie du film s’appuie sur l’ambiguïté sexuelle (amitié, amour ?) qui liait Adrien et Frantz, renforcée par la filmographie d’Ozon tournant souvent autour de l’homosexualité. Si «secret» du héros de film de Dolan était connu dès le départ sans jamais pouvoir être dit, celui d’Adrien, dévoilé dès la moitié du film, ne sera pas celui qu’on attendait. Est-ce pour cela que j’ai peiné à ressentir la moindre émotion dans la seconde partie, si ce n’est dans une belle scène finale devant un tableau de Manet ?

A part le roman de Laurent Mauvignier, que je n’ai pas encore lu, la rentrée littéraire, qui ne nous épargne pas l’habituelle « nouvelle » d’Amélie Nothomb, n’ayant pas suscité en moi d’envie irrésistible d’achat, j‘ai entrepris la lecture d’un roman singulier de Tristan Garcia, auteur dont j’avais rendu compte dans ce blog de son premier roman, «La meilleure part des hommes», sur le milieu gay. Sa dernière œuvre, «7», paru il y a quelques mois déjà, est un véritable conte philosophique composé de 7 histoires apparemment indépendantes, mais dont on va progressivement saisir l’unité, empruntant au fantastique et à la science-fiction (l’auteur en a une culture certaine) autour du thème des univers parallèles. Tour de force littéraire prodigieux, roman « quantique » s’interrogeant sur la nature de la « réalité », tout en étant un pamphlet anti communautariste salutaire dans l’univers parallèle que nous habitons…Le prix du livre inter a réparé l’injustice de son éviction des prix littéraires ( mais les jurés étaient-ils doué de l’appareil mental nécessaire pour être sensible à cette œuvre ?).

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Published by limbo - dans LGBT
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