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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 17:06

Ce n’est pas sans émotion que j’ai assisté au “renoncement ”de François Hollande au début de ce mois. J’étais encore de ceux, si rares, qui ne regrettaient pas leur vote de 2012, ni ne participaient au «Hollande bashing», bien que je ne doutais plus de son échec certain s’il se décidait tout de même à défendre un bilan auquel seule « l’Histoire» maintenant pourra rendre justice. Cette décision courageuse et triste, je l’avais pressentie dans un billet datant plus de deux ans : http://limbo.over-blog.org/2014/09/requiem-pour-une-gauche-revee.html. Les « frondeurs », et leurs complices, disciples de Martine, auront finalement eu sa peau, avant de tenter d’avoir celle de Manuel Valls, et de mettre ainsi fin à tout espoir, aussi minime soit-il, de garder le pouvoir. Cette «gauche» de la terre brulée, qui ne sévit pas qu’en France, finira-t-elle enfin par rendre des comptes, un jour, si ce n’est au tribunal de l’Histoire? On regrette déjà Obama, demain on regrettera peut-être Hollande.

 

La gauche en perdition, c’est un peu un réflexe de « sauve-qui-peut » qui m’a amené à participer aux primaires de la droite avec le seul objectif de barrer la route à Nicolaparte, dont le possible retour me hérissait le poil. Certes il fallait se parjurer en déclarant adhérer aux valeurs de la droite (demi parjure puisqu’il était également question du centre) mais n’étant plus vraiment sûr non plus d’adhérer aux valeurs de la gauche - laquelle d’ailleurs ? - cela n’avait plus beaucoup d’importance. J’ai donc apporté mon bulletin à Alain Juppé, pas vraiment parce qu’il est maire de ma ville natale qu’il a merveilleusement transformée, mais l’homme et le programme ne «traumatisaient» que marginalement mes convictions, si tant est que j’en ai encore. Par un mouvement aussi étrange que soudain, on a jeté le bébé avec l’eau du bain, et l’on se retrouve avec Fillon. Pas si étrange que cela d’ailleurs si on avait mieux lu Patrick Buisson (voir billet précédent)…

 

Si j’avais eu à choisir entre Sarkozy et Le Pen, je serais sans doute resté chez moi, mais avec Fillon, moins dangereux et imprévisible que son ancien maître déchu, il faudra peut-être que je me mobilise. Certes il est plus tendance « Young Pope» (remarquable série sur Canal!) que Pape François, mais toujours à en croire Patrick Buisson, s’il continue à ignorer les catégories populaires qui feront l’élection (et qui n’ont pas voté à la primaire de la droite), il est à craindre qu’une partie d’entre elles se réfugient dans les bras de Marine et nous amène à un scénario noir. Après le Brexit, Trump, et la chute de Matteo Renzi, ce serait presque la fin du monde….

 

Le pire n’étant jamais sûr et l’électorat plus que volatile ces derniers temps, on ne peut toutefois exclure que Fillon affaiblisse le Front en aspirant quelque pourcentage de voix de son électorat catholique et s’affaiblisse lui-même en effrayant l’électorat populaire. Un troisième larron plus sympathique à mes yeux pourrait alors supplanter l’un des deux et accéder au 2è tour…Choix cornélien, pour le sympathisant de la deuxième gauche que je suis, entre Valls et Macron, auto-proclamés disciples de Rocard. Valls serait sans doute le choix le plus rationnel, il a les épaules plus solides, étant donné son expérience, pour affronter le monde qui se dessine avec la plus grande puissance militaire mondiale dirigée par un «déjanté», mais cette machine infernale que sont les primaires va l’obliger à se « Hollandiser » - il a déjà commencé à se décrédibiliser avec son recul sur le 49-3 – en cherchant un impossible rassemblement avec ses adversaires socialistes. S’il gagne la primaire sur une ligne passéiste, et non sur ses convictions comme a su le faire Fillon, et bien sûr encore plus s’il ne la gagne pas, l’héritier de Rocard, le disciple, ce ne pourra être qu’Emmanuel Macron….

 

Pour conclure ce billet, un très beau film, Le Disciple, présenté au dernier Festival de Cannes dans la sélection Un Certain Regard, du metteur en scène de théâtre russe Kirill Serebrennikov, constitue une illustration du possible retour de ce qui était refoulé par « le peuple » (le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie) sous l’impulsion d’un leader charismatique ou de phénomènes de masse. Un bel adolescent en pleine crise mystique, version catholicisme radical, basée sur une interprétation radicale du nouveau testament, temporairement isolé, va finir, au moyen de citations de la bible inlassablement assénées, par trouver un écho complaisant dans ce microcosme de la société russe post stalinienne, celle de Poutine, que représente son lycée. Il n’est pas difficile d’y voir une métaphore de ce retour du refoulé auquel nous assistons un peu partout, prêt à s’enflammer sur un terreau fertile, de la Manif pour tous à Trump…La morale de ce film terrifiant, superbement mis en scène, notamment les corps masculins, révélant une indéniable sensibilité homosexuelle, c’est un appel désespéré à résister qui s’incarne dans le personnage de son professeur de biologie .

 

 

 

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Published by limbo - dans politique
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TQ 25/12/2016 12:56

Souvent d'accord avec le contenu de tes billets politiques. Pour la primaire de droite, nous nous sommes réveillés pour le 2d tour, lorsqu'un matin on a dû écouter accablés le panégyrique que faisait Philippe Manière du programme de "sueur de sang et de larmes" de Fillon. Je partage aussi ton avis sur "Le disciple" de Kirill Serebrennikov qui est une bonne manière de conclure sur nos démocraties malades. Bonne continuation !

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