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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 22:26

 

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Au moment où parait « Sanglantes origines », traduction tardive puisque l’ouvrage original en anglais date de 1983, d’une confrontation « philosophique » entre René Girard et deux anthropologues anglo-saxons (ceux de son propre pays, et notamment Lévi-Strauss, l’ayant toujours ignoré) qui prit place en Californie où l’auteur professe, on peut s’interroger, à la lumière de prises de position récentes de deux des plus illustres de ses « disciples », sur l’influence que pourrait avoir la pensée girardienne sur le « politique ».

On aurait plutôt tendance à y voir un fondement philosophique possible de la pensée de droite. Selon cette théorie la nature pathologique du désir humain, « le mal », dont il nie toute autonomie puisqu’il ne fonctionne que par imitation, va conduire au déchainement de la violence mimétique à laquelle il ne pourra être mis fin que par le sacrifice réconciliateur d’une victime innocente, le bouc émissaire. Mécanisme de fondation de la culture qui « contient » le mal dans les deux sens du mot contient. Considérer la mal comme premier n’est généralement pas à la source de la pensée progressiste. Bien plus, la théorie proclame la supériorité de la religion chrétienne, le texte évangélique étant lu comme celui, unique, qui dévoile les mécanismes victimaires et proclame l’innocence de la victime. René Girard, membre de l’Académie Française, est considéré comme un catholique conservateur, qui de fait a souvent pris position en faveur des deux derniers Papes et a soutenu le film de Mel Gibson sur la passion du Christ. Ses inquiétudes quant à la modernité synonyme pour lui de crise culturelle par sa propension à effacer les différences, homogénéisation de la mondialisation source de déclenchement de la violence mimétique (Quand il parle de « l’énigme d’une situation historique sans précédent, la mort de toutes les cultures » on croirait entendre Renaud Camus), sa vision apocalyptique de notre avenir, tendraient à renforcer ce sentiment d’une pensée conservatrice, voire réactionnaire, bien qu’il se défende d’un pessimisme radical : « Une humanité nouvelle est en gestation, à la fois très semblable et très différente de celle dont nos utopies agonisantes ont rêvé »

Serait ce une illusion? Les écrits récents de deux de ceux qui soulignent l’influence qu’a eu et continue à avoir sur eux la théorie girardienne, Jean Claude Guillebaud (écrivain, philosophe chrétien et journaliste au Nouvel observateur) et Jean Pierre Dupuy (philosophe de formation scientifique, professeur à l’école Polytechnique), vont dans un sens diamétralement opposé à celui d’une pensée réactionnaire.
Jean Claude Guillebaud, qui vient de remplacer Jacques Julliard parti à Marianne, comme éditorialiste du Nouvel Observateur, s’en prend à ceux qui agitent le populisme comme épouvantail : « Il faut se méfier de la démagogie, mais l'antipopulisme ne doit pas tenir lieu de pensée aux nantis », considérant que derrière le « Vade retro Melenchon », il y avait en fait « Silence aux pauvres ». Il a également fait l’éloge de Stephane Hessel...
Plus surprenant pour moi, la violente diatribe anti DSK de Jean Pierre Dupuy, qui fait de sa popularité une bulle (au mécanisme de formation très girardien) de la démocratie d’opinion (sa publication dans Le Monde d’octobre 2010 m’avait échappée). Ce dernier, qui a contribué à faire connaitre en France les théoriciens du libéralisme et notamment la pensée de John Rawls (« Théorie de la justice »), s’inscrit depuis longtemps dans la perspective apocalyptique girardienne comme théoricien du « catastrophisme » (écologique, nucléaire, nano-biotechnologique). J’ai souvent fait référence à ses publications (« La marque du sacré », « Pour un catastrophisme éclairé », « Avions nous oublié le mal » dans des billets précédents). Je renvoie au lien ci-dessous pour vous laisser juger de la violence d’une attaque que là encore Mélenchon ne renierait pas : http://oloron.blogspot.com/2010/11/dsk-une-bulle-politique-par-jean-pierre.html

DSK est sûrement une bulle politique, mais quelle importance si l’on suit les interprétations du même Jean Pierre Dupuy sur les paradoxes du vote exposés dans un billet précédent. N’y a t’il pas contradiction à s’alarmer d’une élection possible grâce à un mécanisme de bulle quand on considère dans un même temps que de toute façon tout vote est une loterie ? On sait que la démocratie d’opinion fonctionne au mimétisme, il suffit de considérer l’évolution de la popularité d’Obama, au plus bas au moment où il ne fallait pas, les élections des 2 chambres, et maintenant affichant une remontée spectaculaire !

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Published by limbo - dans politique
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