Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 22:44

 

20100407-7437181244bbca4364d1fe.jpg

 

La gémellité a souvent inspiré et fasciné les écrivains. Difficile de ne pas évoquer à ce propos « Les Météores » de Michel Tournier qui m’a tant marqué. Philippe le Guillou, ancien prix Médicis, vient d’écrire un très beau roman sur ce thème « Le bateau brume ». Dans le roman de Michel Tournier l’homosexualité, incarnée avant tout par l’extraordinaire personnage qu’incarne l’oncle Alexandre, est considérée comme une « contrefaçon » de la gémellité. Les jumeaux du « Bateau brume », Gilles et Guillaume, n’ont pas de relation incestueuse, seul Guillaume, artiste torturé, est homosexuel, et encore cette homosexualité apparaît sublimée dans la peinture des corps de jeunes hommes. Son frère a choisi la voie politique tracée par son grand-père gaulliste, et c’est toute l’histoire de ces cinquante dernières années que nous voyons défiler dans la carrière d’un député RPR puis UMP, ministre de Balladur et de Chirac. Le récit à deux voies, surtout celle de Guillaume, de cette passion tumultueuse ne nous promène pas seulement à travers l’histoire mais de leur Bretagne natale, si présente, à Paris, Rome et Shangaï. Les personnages de prêtres qui hantent ce roman ont aussi un rapport à la chair de nature homosexuelle, François, l’ami d’enfance qui a pris sous sa protection un jeune séminariste et le père Serge, curé de St Eustache, que l’on voit parfois sortir des bars du Marais. Je ne savais pas que l’église St Eustache avait servie de lieu d’asile et de réconfort aux familles et amis de ceux qui mourraient du sida au plus fort de l’épidémie.
Un extrait des pages si émouvantes qui témoignent de ce que fût cette époque :

« - Ils commencent à mourir, très nombreux, dans le quartier, avait dit le père Serge. Leurs cendres sont dispersées, parfois reprises par les familles. Je voudrais que tu imagines pour eux une urne, un reliquaire où l’on gardera un souvenir de leurs noms. Il avait été le premier à célébrer les funérailles d’un toxicomane mort du sida dans un hôpital des confins du 20è arrondissement. D’autres avaient suivi, des danseurs, des artistes, des étudiants, des hommes mariés qui menaient une double vie. Parfois déferlait dans l’église une meute de blousons noirs, une population qui ne dissimulait pas ses goûts et son appartenance ; d’autres fois le curé était seul avec le petit ami éploré et la famille montée de province. Un dimanche j’étais venu à la grand-messe de 11 heures et j’avais entendu la litanie des noms de garçons disparus dans le mois, Louis, Etienne, Christian, Benoît, Stéphane, Jean-Frank, Cyril, Thomas, des noms qui n’étaient plus qu’une poudre de syllabes dans la bouche de l’officiant, les noms de tous ces porteurs d’étoile qui avaient vécu leur condition dans le défi ou l’opprobre, la clandestinité malheureuse ou l’extravagance, avant de trouver la solitude et la souffrance au bout de leur liberté. Pour eux j’inventerai ce mémorial, ce tabernacle du souvenir….Ils ne laissaient rien dans le vent d’hiver. Si, des amis esseulés, des parents, qui souvent n’avaient rien vu venir et maudiraient toute leur vie la capitale, ses dangers, ses enfers, ses quartiers damnés »


Partager cet article

Repost 0
Published by limbo - dans culture
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Regard d'un gay
  • Regard d'un gay
  • : regard d'un gay sur les évènements de ce monde, sa vie personnelle, etc...
  • Contact

Recherche

Liens