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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 22:40

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Ce vendredi j’ai pu sans aucune difficulté me rendre à Bordeaux, avion à l’heure et aucune pénurie d’essence dans la ville, pénurie dont j’ai la chance de n’être pas, pour l’instant, la victime à Paris, ce qui n’est pas le cas de quelques collègues, adeptes du diesel, et qui en sont réduits au covoiturage. Par contre, j’avais du renoncer mercredi dernier à me rendre à Nice, un barrage filtrant sur la rocade qui mène à Orly m’ayant fait manquer les deux « navettes » qui m’auraient amené à temps à la réunion à laquelle je devais participer. J’ai ainsi pu assister à des scènes hallucinantes, une illusion d’exode, nombre de voyageurs abandonnant leur voiture sur les bandes d’arrêt d’urgence et tentant d’atteindre l’aéroport à pied avec leurs bagages. J’imagine l’ahurissement des touristes étrangers qui doivent se demander s’ils n’ont pas atterri sur une autre planète. J’ai d’ailleurs renoncé de tenter d’expliquer à mes collègues de l’international ce qui se passait en France, me contentant d’un sourire accompagné d’un haussement d’épaule.

Dans l’avion qui m’amenait à Bordeaux, feuilletant le « Monde des livres », je m’attardais (à côté d’un article consacré à la parution du troisième opus de l’ œuvre de Marcel Gauchet consacrée à l’avènement de la démocratie, « A l’épreuve des totalitarismes », ouvrage qui va venir s’ajouter à la longue liste de ceux en attente d’être lus), sur plusieurs articles sur le roman policier à « héros récurrent ». Depuis plusieurs années j’ai progressivement déserté (je me suis cependant récemment procuré le nouveau roman de Michel Jeury, »May le monde » ) la lecture des romans de science-fiction, cette dernière, qui fût une passion dévorante et dont le titre d’un de ses chefs d’œuvre me tient lieu de pseudo, semblant avoir été submergée par l’envahissement de son sous-genre le plus infantile, « l’héroïc-fantasy » , pour me tourner vers le roman policier, qui convient parfaitement aux longs déplacements en train ou surtout en avion, et même, je m’y suis résolu il y a peu pour « tuer » le temps, lors de mon cardio-training quasi quotidien en salle (ce qui nécessite une certaine technique, recourir aux livres de poche « désossables » pour éviter de voir les pages « tourner » toutes seules sous l’effet de votre respiration et des soubresauts de la machine, et n’être pas presbyte). Comme le roman de science-fiction, le roman policier a ses « sous-genres » (dont j’hésiterais à proposer une taxinomie comme je le fis pour celui-ci (http://limbo.over-blog.org/article-science-fiction-42229402.html), en ayant encore une connaissance insuffisante), le roman à « héros récurrent », détective ou policier le plus souvent, en est un. Ce type de roman a indiscutablement depuis toujours la faveur du public, même si le profil du « héros » a notablement changé, du super héros dépourvu « d’affects », d’empathie, de vie privée et au QI inégalé autrefois (Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Philo Vance, Ellery Queen) à l’anti-héros humanisé d’aujourd’hui, alcoolique et/ou dépressif le plus souvent, désenchanté devant le problème du mal, et ayant à faire face, parallèlement à leurs enquêtes , à leur problèmes personnels avec leur fille (le plus souvent). Les détectives homosexuels sont plus rares, comme Dave Brandstetter créé par Joseph Hansen, enquêteur pour une compagnie d'assurances ou Henry Rios, l’avocat crée par Mickael Nava. Ces romans font fi des règles du roman policier édictées par SS Van Dyne et notamment de celle qui dit que rien ne doit détourner de l’intrigue : « Il ne doit pas y avoir, dans le roman policier, de longs passages descriptifs pas plus que d'analyses subtiles ou de préoccupations atmosphérique. Cela ne ferait qu'encombrer lorsqu'il s'agit d'exposer clairement un crime et de chercher le coupable ». C’est là que le bât blesse car ce basculement vers le descriptif au détriment de l’intrigue ou du suspense nécessiterait un réel talent littéraire, à l’égal des grands auteurs du roman « noir ». Il faudrait que ces « anti-héros» existent, aient une réelle profondeur psychologique, pour que l’on ne parcoure pas en diagonale les passages qui concernent leurs «états d’âme », afin de revenir à l’intrigue, malheureusement souvent bien banale...comme je viens d’en faire l’expérience avec l’enquête de l’inspecteur Banks « l’amie du diable » de Peter Robinson. J’aurais du mal à trouver dans la liste des romans à « héros récurrent » que j’ai lus ces dernières années et dont beaucoup ont été distingués par des prix, ceux de Ian Rankin (inspecteur Rebus), d’Henning Mankell (inspecteur Wallander), de Donna Leon (inspecteur Guido Brinetti), Mickael Connelly (commissaire Harry Bosch), Arnaldur Indridason (Erlendur Sveinsson), j’en oublie sûrement, un seul qui soit de la dimension de ces chefs d’œuvre du « polar » que sont par exemple « Le grand nulle part » d’Ellroy, « Mystic River » de Dennis Lehane ou « Le verbe s’est fait chair » de Jack O’Connel. Bien sûr je n’ai pas tout lu (notamment les romans de Joe Nesbo avec l’inspecteur Hary Hole), j’ai pu passer à côté d’une œuvre importante, et certains de ces romans méritent d’être lus (notamment « La voix », d’Arnaldur Indridason). Il faudrait faire une place à part à la série « Millenium » mais c’est un « ovni » inclassable, ou aux romans « berlinois » de Philippe Kerr, il est difficile de ne pas tomber sous le charme de son détective, discrètement « homophobe », Bernie Gunther, et  « La mort entre autres » qui fait suite à la trilogie berlinoise est un grand roman.

Si je suis fatigué des romans policiers à héros récurrent, je le suis encore plus de ceux à « sérial killer » qui envahissent la production depuis le succès du « Poète » de Mickael Connelly. Certes il y a quelques bonnes surprises, comme « Le chuchoteur » sorti avant l’été, et dont la qualité et l’originalité de l’intrigue font oublier la pauvreté de l’écriture et l’inexistence psychologique des personnages, mais elles sont si rares que le seul terme de « serial killer » dans la quatrième de couverture tend à me dissuader d’acheter le livre. Je suis fatigué de ces descriptions interminables de dépeçage de corps féminin (il s’agit rarement d’hommes, pas même de quoi exciter mon inconscient sadomasochiste...) par des psychopathes. Heureusement que j’ai fini par céder au « bouche à oreille » pour me procurer « Seul le silence » de R.J.Ellory qui renouvelle et transcende complètement ce thème. Un véritable choc, un incontestable chef d’œuvre. Je n’ai pas encore lu Vendetta qui lui traite de la mafia, mais je viens de terminer presque d’une traite (çà ne m’était pas arrivé depuis « Hyperion» de Dan Simmons) son dernier roman paru en France, « Les anonymes ». Ce qui débute comme une histoire de tueur en série, s’avère en fait une enquête sur les crimes de la CIA en Amérique latine. Remarquablement écrit, aux personnages attachants, ce livre aux dimensions politiques et philosophiques, franchit les limites du polar sans jamais oublier le suspense. « Un véritable aboutissement du genre. Des fanfares devraient saluer l’arrivée d’un thriller de cette ambition, de cette puissance et de cette maîtrise » ont écrit des critiques anglo-saxons. Indéniablement.
Je n’ai pas parlé des romans à succès des « vieilles dames anglaises » (parfois pas si vieilles) toujours en première position dans les devantures des librairies, ni de Harlan Coben...car il n’y a rien à en dire


Au cinéma nous avons vu ce week-end « Les petits mouchoirs », quelques bons moments, on rit souvent mais ça se gâte sur la fin, ça se « Lelouchise » et Benoit Magimel est aussi crédible en homosexuel que moi vous annonçant que je vais me mettre à courir le clito... et « Biutiful » Alejandro González Inárritu, narrant le chemin de croix d’un père mourant dans le Barcelone de la misère et des travailleurs clandestins et qui fait tout pour offrir un avenir décent à ses enfants. Magnifique mais à ne pas voir un jour de déprime...

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Published by limbo - dans culture
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commentaires

Flavien 28/10/2010 21:07



Je n'adhère pas à la critique des petits mouchoirs, que j'ai bien aimé. Néanmoins j'ai eu envie de laisser un commentaire pour l'expression savoureuse au sujet de la crédibilité de Benoît
Magimel! le texte à propos d'Ellory donne assez envie de le lire.C'est très bien écrit.



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