Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 22:51

souffrances-L-1.jpg

« Peut on désirer, sans souffrir »,
fût un des beaux sujets de philosophie du bac. Mais a-t-on suffisamment vécu, à 17 ou 18 ans, pour y répondre, du moins si l’on s’en tient au désir amoureux, d’autant plus qu’il est bien improbable que de nos jours ces cœurs encore tendres aient lu les chefs d’œuvre littéraires qui nous ont tant dit sur le désir.

En tous cas, ce n’est que bien après le bac que j’ai pu comprendre combien le désir pouvait faire souffrir, et cette souffrance c’est moi qui allait l’infliger à mon premier amant.
Nous étions en avril 78, j’étais encore chez mes parents et puceau (si l’on excepte une très brève relation sexuelle mal vécue et sans lendemain, à la suite « d’un strip-poker » avec un camarade de classe,
l'été de mes 17 ans), en état de manque sexuel et affectif. J’étais d’une grande timidité, peu conscient des endroits où l’on pouvait rencontrer des garçons, et vite effarouché les rares fois où traversant les dunes des plages proches de Bordeaux, ma ville, j’avais constaté « qu’on me suivait ». C’est alors que je suis tombé sur un article du Point, il y était question d’un cinéma parisien, « Le Vivienne », où l’on projetait des films homosexuels- il n’était pas bien difficile de deviner entre les lignes « qu’il se passait aussi des choses dans la salle ». Quelques jours plus tard, un 15 avril, à la faveur d’un congé, je prenais le train (pas de TGV encore) pour Paris, et débarquais rue Vivienne que j’arpentais longuement sans jamais oser entrer dans le cinéma. L’heure avançant je finis par franchir le pas et à pénétrer dans ce lieu si désiré dans un état de grande excitation. Les films pornographiques projetés m’intéressaient beaucoup moins que le ballet incessant que l’on pouvait constater d’un siège à l’autre ou vers les toilettes, mais toujours aussi craintif, je détournais le regard dès que des yeux se posaient sur moi et ne répondais à aucune avance. L’heure de la fermeture approchant, un jeune homme, grand et d’une certaine carrure,est venu s’asseoir à mes côtés. Il n’était pas vraiment « mon genre », pas assez « éphèbe », mais je n’ai pas repoussé sa main qui se posait sur ma cuisse, ce qui déclencha en moi un frisson généralisé que je n’arrivais pas à maîtriser et qui, lorsqu’elle m’effleura le sexe à travers la toile du pantalon, provoqua une éjaculation immédiate sans même le temps d’une érection. Il ne s’en aperçut pas et continua ses approches ce qui déclencha presque aussitôt une autre éjaculation. Je l’avertis alors de la « situation », lui disant que j’étais désolé et m’attendant le voir aller chercher fortune ailleurs. Il me regarda avec un sourire amusé et me dit : « si on allait boire un verre ». Il m’amena dans un café proche du Boulevard des Italiens, me dit s’appeler Philippe, avoir à peine un an de moins que moi et travailler comme cuisinier dans un établissement catholique. Il me parla longuement, bière après bière, jusqu’à la fermeture de l’établissement, de Dieu surtout, qui l’habitait. J’étais enfin détendu, mais j‘ai refusé sa proposition d’aller jusqu’à chez lui, ayant trop peur d’un nouveau fiasco sexuel. Il me proposa alors de marcher un peu, ce que nous fîmes en fait une bonne heure, jusqu’au moment où il me dit, nous étions rue de la Roquette : « voilà, nous sommes au bas de chez moi ». J’ai fini par le suivre, 7 étages sans ascenseur, pour finir la nuit dans son lit. Nous allions passer ensemble les 3 jours de mon court séjour, ou plutôt les nuits (j’étais de plus en plus « à l’aise » sur le plan sexuel), car il travaillait dans la journée. Sa religiosité était très prononcée, jusqu’à la bénédiction des aliments avant les repas que nous prenions chez lui et il m’avoua avoir songé à se faire prêtre. Il allait être très affecté par la mort subite de Jean Paul 1er tout juste élu. Il s’accommodait cependant des positions de l’église sur l’homosexualité, et son meilleur ami et confident, qu’il me présentât, était un jeune prêtre très attachant dont je n'ai jamais été sûr de l'orientation sexuelle (il allait même être nommé évêque au Canada quelques mois plus tard).
Ma naïveté et ma candeur quant à l’existence d’un « milieu » homosexuel l’amusait et le séduisait à la fois, et il ne se doutait pas qu’en me le faisant connaître, il allait me perdre. Il me fit ainsi découvrir les bars de l’époque, les boites, et notamment le « Rocambole », le « Scaramouche », ceux de la rue St Anne (il n’était pas toujours facile d’entrer dans certains de ses lieux qui avaient pas mal de soirées « privées », mais il avait un ami, probablement ancien amant, policier haut placé – probablement dans les services secrets ou les RG car il apparaissait en militaire gradé sur certaines photos - qui nous ouvrait toutes les portes…), les lieux de drague (Tuileries, Trocadéro) et surtout le fabuleux sauna « Continental » près de l’Opéra. Je n’ai pas bien entendu connu tous ces endroits en un week-end, mais nous nous sommes revus pendant plusieurs mois, environ une fois par mois, soit chez lui à Paris, soit à Bordeaux à l’hôtel. Lorsque j’ai découvert le « Continental », fasciné par un tel lieu, avec sa piscine, son restaurant, sa salle de sport, ses multiples « cabines intimes » et la foule des beaux garçons qui s’y pressait, je n’ai eu très vite qu’une idée en tête, y revenir…seul…Je n’ai pas mis longtemps non plus à découvrir par moi-même qu’à Bordeaux aussi il devait y avoir des lieux de rencontre, des bars et des boites…Cela m’a donné le vertige, il fallait que je rattrape le temps perdu (on ne le rattrape jamais), faire disparaître ce sentiment de n’avoir jamais eu 20 ans. J’ai commencé à rencontrer, beaucoup, y compris à Paris (je disais à Philippe que j’allais voir mon parrain qui y habitait) et des garçons, plus jeunes que Philippe, et qui eux étaient « mon genre », au point de me rendre difficiles, je n’en avait plus envie, les relations sexuelles avec lui. J’avais
de l' affection pour lui, mais je ne l’avais jamais « aimé » (tout au plus peut être en ai-je eu le bref sentiment après notre première rencontre lorsque je me suis retrouvé seul à Bordeaux). J’aurais voulu que nous en passions à une relation amicale, mais je savais qu'i était amoureux, même s’il ne me l’avait (en tous cas je crois) jamais déclaré, et je n’avais pas le courage de lui dire. Un jour, je m’en souviens comme si c’était hier, il était venu passer quelques jours à Bordeaux et, me sentant incapable du moindre rapport sexuel, j’avais eu la lâcheté d’inventer un herpès génital pour justifier mon abstinence. Alors que nous allions visiter une exposition, en ouvrant mon portefeuille pour régler l’entrée, il aperçut la photo d’un garçon, Hervé. J’ai vu son visage se décomposer et je lui ai tout avoué. De retour à l’hôtel il a appelé son ami prêtre (« Capri c’est fini » lui a-t-il dit) et a pris, profondément abattu, le premier train pour Paris.
Nous avons correspondu quelques temps, nous nous sommes même vus et avons partagé des repas, mais il était évident que cela lui faisait mal- il était sous tranquillisants- aussi n’ai-je pu qu’approuver sa décision de ne plus nous voir- « Je te dirai quand cela sera à nouveau possible ». Ceci advint environ deux ans plus tard. Il m’appela pour me dire qu’il se sentait mieux après un arrêt de travail de plusieurs mois et un puissant traitement antidépresseur. Il souhaitait me revoir, ce qui fût sans doute facilité par le fait que mon aventure avec Hervé était terminée depuis longtemps. Il était manifestement persuadé que j’étais tombé amoureux de ce dernier (ce qui était vrai, éperdument, sans doute la seule vrai passion que j’ai connue) et que c’était pour cela que je l’avais quitté (ce qui ne l’était pas). Je n’ai jamais osé lui dire que si je l’avais aimé, cela avait été très éphémère, lié au fait qu’il était « le premier » et encore moins que je n’avais jamais vraiment ressenti d’attirance physique pour lui. Dire la vérité aurait été cruel, mieux valait lui laisser croire que j’étais parti pour un autre. Venant souvent à Paris pour des congrès, il m’avait proposé d’ amener mon « ami » (il en a connu trois successivement) que je ne pouvais loger dans l’hôtel « officiel », et de l’héberger chez lui. Je ne sais pourquoi j’ai accepté, sans doute ai-je fait semblant de vouloir croire qu’il était guéri, peut être, inconsciemment
cruel, avais je besoin de montrer mon pouvoir de séduction. Cela se passa assez bien avec les deux premiers, mais avec Bernard, qui allait partager ma vie pendant 15 ans, dont il avait du pressentir que cette fois la liaison était très sérieuse, ce fût dramatique. Au matin de la nuit qu’il avait passé chez lui, Bernard m’appela pour me dire que Philippe était venu lui faire des « approches » et que devant son mouvement de recul, il s’était effondré en larmes en lui disant « Pour moi c’était comme si c’était Jean-Jacques ».
A la suite de ce pénible épisode, malsain, que Bernard a très mal vécu, nous avons à nouveau cessé de nous voir. Des années plus tard, lorsque j’ai quitté Bordeaux pour Paris, je lui ai envoyé un petit mot pour le prévenir. J’ai alors à nouveau eu de ses nouvelles, il s’était fait ordonner prêtre…Il vint un soir diner chez moi, plus de 10 ans après notre première rencontre. Il avait pris beaucoup de poids (il avait toujours été un gros buveur de bière). La soirée fût à nouveau pénible pour Bernard car il se comportât comme s’il n’était pas là, ne parlant pratiquement qu’à moi. Sur le chemin du retour, je l’ai raccompagné en voiture à Fresnes où son ordre résidait, il me demanda de m’arrêter sur le bord de la route et me sauta littéralement dessus dans un état de grande excitation sexuelle. Je ne crois pas avoir vécu un épisode aussi pénible que celui là. Il s’excusa, pris d’une culpabilité extrême (il m’avoua qu’il avait averti son directeur de conscience qu’il allait me revoir et que ce dernier lui avait dit de ne surtout pas faire cette erreur).
Je n’ai plus jamais eu de ces nouvelles. Philippe a vécu une passion, il
était de ceux qui n’en vivent souvent qu’une, et n’a jamais compris ce qui lui était arrivé. Peut être a-t-il parfois pensé que j’étais une des figures du démon. J’ai conscience de l'avoir abimé. C‘est sans doute le seul épisode de mon passé « désirant » pour lequel je me sens totalement coupable de ne pas avoir voulu voir ce qui se passait.
Je n'allais pas tarder à connaître moi même combien aimer c'était souffrir, Hervé justement.

Partager cet article

Repost 0
Published by limbo - dans Gay
commenter cet article

commentaires

Icarien 05/07/2012 01:18


Une première fois où c'est la panique. Pour amateur de littérature pure et dure seulement :


 


http://il-a-tout-fait-pour-cela-mais-il-a-peur.uphero.com/il-a-tout-fait-pour-cela-mais-il-a-peur.pdf

jin 20/05/2010 20:04



C'est une bien belle expérience de la vie.
En ce qui me concerne, j'ai toujours pense que les relatioons homosexuelles hommes surtout, sont justes basées sur le sexe...et c'est ce que je vois avec ce Philippe, apres de longue année de
séparation lorsque qu'il te revoit il s'exite et saute sur toi. Je n'ai pas une autre manière de les voir.
C'est bien rare que leurs relations soient plus sentimental. C'est pour ça que je dis que les gays sont des personnes qui sont sexuellements trés actifs. A part si l'on me prouve le contraire.



Présentation

  • : Regard d'un gay
  • Regard d'un gay
  • : regard d'un gay sur les évènements de ce monde, sa vie personnelle, etc...
  • Contact

Recherche

Liens