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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 23:24

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Nous sommes allés, ce dimanche, déjeuner chez les parents de Bertrand. Nous ne doutions pas qu'ils nous demanderaient si et quand nous allons nous marier...J’ai
préféré, réflexe de prudence, ne pas interroger son père, militant de « riposte laïque », sur la façon dont il a vécu la participation de son mouvement à la "manif pour tous" le dimanche
précédent.

Le "printemps français" se voulait un mai 68 à l'envers. Il n'en aura finalement été que la caricature grimaçante, toutes les analogies qu’on pourrait déceler se
révélant l’image en négatif de ce que fût le printemps 68 : hier, trois hommes, deux étudiants et un jeune syndicaliste - l’un d’entre eux, Daniel Cohn-Bendit est demeuré jusqu’à aujourd’hui sur
le devant de la scène – allaient jeter dans la rue une partie de la jeunesse estudiantine de France, aujourd’hui trois femmes d’un certain âge, qu’on aura bientôt oubliées, ont fait descendre
dans la rue les bourgeois de Neuilly et une certaine province française de tradition catholique ; hier la sympathie, tout au moins pendant quelques semaines, de « l’opinion publique »,
aujourd’hui une majorité de français qui a continué à se déclarer favorable au mariage pour tous ; hier des festivaliers de Cannes qui mettaient fin à leur manifestation culturelle pour aller
rejoindre les émeutiers, aujourd’hui une palme d’or en forme pied de nez aux manifestants; hier l’annonce du crépuscule d’un pouvoir politique dominateur, la fermentation de la future « union de
la gauche» et l’affaiblissement du parti communiste, aujourd’hui le renforcement inespéré d’un pouvoir affaibli et l’amorce de la décomposition de la droite au profit de son aile la plus radicale
; aujourd hui une réaction désespérée devant un monde qui s’en est allé, jusqu’au suicide, hier l’annonce d’un monde nouveau et d’une révolution sociétale.
Ironie de l’histoire, les moins enthousiastes d’entre nous quant à la revendication du mariage - ils craignaient que ce désir de « rentrer dans le rang », du droit
à l’indifférence, ne se fasse au détriment de bien des aspects de notre « différence » et d’autres luttes plus urgentes - qui venaient souvent des rangs de ceux qui avaient vécu la libération gay
des années post 68 et ses combats, ont finalement pu se réjouir que la tournure prise par les évènements ait fait de cette revendication un objet de scandale…. La gaypride, cette année, s’annonce
flamboyante.

Il est sans doute trop tôt pour tirer les conséquences politiques de ce mouvement dont personne n’avait anticipé l’ampleur, mais il pourrait bien s’être agi d’un
tournant de la présidence de François Hollande. Combien de fois a-t-on entendu railler son indécision, son soutien sans conviction au projet de loi, son erreur de ne l’avoir pas fait voter plus
tôt ? Et pourtant, devant un tel résultat, une autorité du président renforcée, une UMP éclatée en de multiples chapelles, une UDI inexistante, un modem presque rallié, on n’aurait pas hésité à
parler, du temps de François Mitterrand, de stratégie machiavélique… Même le Front national n’en sort pas indemne : Marine Le Pen l’a bien compris en ne participant pas aux manifestations -
Neuilly était dans la rue, pas Roubaix-Tourcoing - son électorat, certes sans doute peu favorable au texte, avait d’autres préoccupations….

Et pendant ce temps là notre président, dont l’indécision est un mythe qui a pris racine dans les propos de certains de ses concurrents malheureux du PS, continue
prudemment, mais inflexiblement, sans se laisser décourager par son impopularité, à réformer ce pays bien plus qu’on ne le croit, bien plus que Nicolas Sarkozy, dans l’optique social-démocrate
qui a toujours été la sienne. Il est convaincu que lorsque les premiers résultats se manifesteront, la reconnaissance suivra. Jacques Delors, un de ses maitres, avait renoncé à la présidence car
il pensait que l’aile gauche du parti socialiste ne lui permettrait pas d’avoir la majorité nécessaire à ces changements. François Hollande a fait le pari contraire, ce qui le contraint de
composer pour un temps avec ce que Lionel Jospin appelait la majorité « plurielle ». Il lui faudra, c’est inévitable, se résigner à faire passer par-dessus bord son aile gauche et les verts, qui
tentent désespéramment de faire couler le bateau, et à chercher une alliance avec le béarnais. Ce n’est que s’il n’affrontait pas cette épreuve de vérité qu’il me décevrait, car plus rien
n’empêcherait alors une droite bien plus nocive que celle que nous avons connue, celle de Jean-François Copé – je vois mal, vu le nombre de casseroles qu’il traine, comment Nicolaparte pourrait
faire un retour de l’ile d’Elbe – de prendre le pouvoir, sans doute pour longtemps.

En phase avec l’actualité, totalement délirant, le dernier roman d’Ayerdhal, Rainbow Warriors, raconte la libération d’un pays africain dirigé par un despote
sanguinaire et homophobe, pays imaginaire, mais qui n’est pas sans rappeler la Zambie, par une armée LGBT, Lesbian, Gay, Bi, Trans, conduite par un général à la retraite mandaté, et financé, par
plusieurs personnalités de la mode, du spectacle, de la politique, dont on devine facilement, derrière les pseudos, qu’il s’agit de Koffi Anan, Jean-Paul Gauthier, Gorbatchev, Brad Pitt, Angelina
Jolie, etc. La première partie, réjouissante, décrit le recrutement de ces « folles du régiment » et nous donne quelques portraits savoureux, notamment de lesbiennes, tandis que la seconde
partie, l’histoire de la conquête du pays et de l’installation de la nouvelle équipe dirigeante, se veut plus sérieuse, plus politique, sur le droit d’ingérence, l’exploitation du continent
africain, l’immoralité de la géopolitique, etc. Je connaissais surtout Ayerdhal comme une des meilleurs auteurs de la science-fiction française, au même titre que Michel Jeury, Pierre Pelot,
Jean-Pierre Andrevon. Il réussit là un roman inclassable, un thriller « utopique », qui me semble constituer une lecture idéale sur les plages gays cet été

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Published by limbo - dans gay
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