Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 16:54
Orlando ou l'irréductible homophobie

« Quel bonheur de vivre aujourd’hui », c’est ainsi que Dominique Fernandez initie sa correspondance avec Arthur Dreyfus dans leur dernier livre « Correspondance indiscrète », sujet du billet que j’étais en train d’écrire- je reviendrais ultérieurement sur cette passionnante parution - quand j’ai appris la tuerie d’Orlando. Par ces quelques mots l’académicien voulait signifier, si ce n’est une régression, du moins un changement de visage de l’homophobie : « L’homophobie était partout, mais sans nom, bien plus terrible qu’aujourd’hui, parce que impossible à combattre... L’homophobie sous forme de « Manif pour tous » t’inquiète, mais c’est un recul fabuleux de l’homophobie. Elle a eu besoin de se montrer, ce qui du coup l’a affaiblie... Ces hordes qui défilaient avec des slogans abjects ont été du pain bénit ».

Les lecteurs habituels de ce blog (http://limbo.over-blog.org/article-adapte-toi-a-notre-homophobie-ou-de-l-heterosexualisation-de-l-homosexualite-109687347.html) savent qu’à l’instar d’Arthur Dreyfus, je ne partage pas cet optimisme. Les réactions aux évènements d’Orlando en sont la triste illustration. Je ne fais pas ici allusion à l‘implication, plus ou moins directe, de la secte islamique qui arme des psychopathes ou des pauvres d’esprits pour terroriser le monde judéo-chrétien - sa haine de l’homosexualité avance encore moins voilée (le terme n’est peut-être pas approprié ici…) que celle de la manif pour tous – mais de l’homophobie « latente » qui suintait derrière les réactions indignées de la sphère médiatico-politique. Je fais référence aux contorsions verbales de la presse et de certains politiques, au moins dans un premier temps, pour passer sous silence que le «Purple» était une boite gay. France info l’a souligné : « la presse française serait-elle devenue amnésique? ….effectivement, sur les 35 unes de journaux régionaux ou nationaux que nous avons consultées lundi, une seul fait mention de cette information dans son grand titre. Il s’agit de Sud-Ouest qui écrit “Massacre homophobe lié à Daech”. Il parait que cette pratique porte un nom : le Straight Washing. C’est le fait de “d’effacer la sexualité d’individus pour la rendre conforme à un monde hétérocentré". C’est en effet plus politiquement correct qu’homophobie.

Et que dire du tweet de la Manif pour tous : « Peine immense pour les victimes et les familles endeuillées. Nausée face à la haine et la violence. ». Ou comment lorsque deux haines entrent en conflit, en occulter une transitoirement….

Même François Hollande qui a tu la dimension homophobe de la tuerie dans un premier temps (ce qui ne fut pas le cas de manuel Valls), s’est fendu d’un communiqué inconsciemment homophobe en qualifiant l’homosexualité de « choix sexuel » (ceci fut promptement corrigé, devant les réactions suscitées, en « vivre son orientation sexuelle »….).

S’il se confirmait, les manipulations ne sont pas impossibles, que le «terroriste» fréquentait régulièrement le «Purple» et les applications de rencontres gays, témoignant d’une homosexualité qu’il n’arrivait plus à refouler, on serait même en présence de la plus terrible des homophobies, intégration de toutes les autres, celle qui mène à la haine de soi.

Repost 0
Published by limbo - dans LGBT
commenter cet article
20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 15:58
En souvenir d'Hervé Robin, un gay de nos années de "braise"

Dans un des premiers écrits de ce blog, j’avais conté ma rencontre avec Hervé, ma première passion amoureuse, ma plus grande passion, survenue peu de temps après le retour du périple à Paris que j’ai mentionné en introduction de mon précédent billet :

http://limbo.over-blog.org/article-herve-1-la-conquete-44545270.html

http://limbo.over-blog.org/article-herve-2-la-chute-44685383.html

Je ne l’avais pas revu depuis cette rencontre fortuite et brève de juin 1999 dont j’ai parlé dans le 2è article que je lui ai consacré, où je l’avais trouvé dans un état physique particulièrement délabré alors qu’il avait à peine 40 ans.

Depuis j’avais, en vain, cherché à trouver sa trace sur internet. Aujourd’hui, faisant une recherche google sur « Herve Robin, bordeaux », je suis tombé sur un billet du blog de Didier Lestrade, le fondateur d’Act-Up Paris, intitulé « For a friend», entièrement dédié à Hervé (http://didierlestrade.blogspot.ch/2010/09/for-friend.html). J’y ai ainsi découvert ce qui fut sa vie depuis les années 90, quelques mois après les dernières nouvelles que j’avais eues de lui à Paris. Je n’ai, bien entendu, pas été surpris d’apprendre qu’il était atteint du Sida, mais je n’aurais jamais imaginé qu’il allait devenir un militant actif et important d’Act-Up.

Le billet de Didier Lestrade est un hommage particulièrement émouvant à ce personnage hors du commun, un peu fou, qui a brûlé la vie par tous les côtés, sexe, drogue, alcool, jusqu’à ce qu’une crise cardiaque l’emporte en 2010.

Tu as réussi, Hervé, à me faire pleurer une dernière fois….

On trouvera un autre hommage à Hervé sur le site d’un bar bordelais :

http://oursmarin.jimdo.com/2010/09/27/hervé-robin-nous-a-quitté/

PS : la photo d’Hervé qui illustre ce billet est tiré du blog de Didier Lestrade

Repost 0
Published by limbo - dans LGBT
commenter cet article
13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 16:41
Les gays contre les gays

38 ans déjà, le 15 avril 1978, encore étudiant en médecine à Bordeaux, je prenais le train pour Paris (5 heures de trajet, 10 ans avant l’arrivée du TGV) pour me précipiter dans une salle de cinéma de la rue Vivienne qui programmait des pornos gays et dont un article du «Point» m’avait laissé entrevoir que les spectateurs ne se contentaient pas d’observer passivement l’écran. J’allais,enfin, je n’étais déjà plus un adolescent, y faire mon coming-out «sexuel», quelques mois avant le sociétal.

J’allais vite découvrir le monde de la nuit homosexuelle, «le milieu» comme disent les gays homophobes, qui, alors que nous sortions de la période «pré-gay» (voir le billet : http://limbo.over-blog.org/article-adapte-toi-a-notre-homophobie-ou-de-l-heterosexualisation-de-l-homosexualite-109687347.html), était encore chaleureux, ouvert et convivial. Certes il fallait souvent «sonner» avant que les bars vous ouvrent leur porte, mais toutes les catégories d’homosexuels (le mot gay était encore peu utilisé), de tous âges, de tous milieux sociaux, s’y côtoyaient sans aucun ostracisme, et même de la bienveillance pour les «folles» bien souvent «reines» des lieux. Elles ne se doutaient pas qu’elles allaient devenir les premières victimes de la progression de la visibilité gay et de son droit à l’indifférence qui ne les tolérerait plus – «elles donnent une mauvaise image de nous» - que comme «vestige archéologique» dans les lieux de vacances, les bars de province ou les gay Pride.

Ce n’était qu’une première étape. Paradoxalement, au fur et à mesure que le gay apprenait à soutenir le regard de l’hétérosexuel, il a commencé à ne plus supporter celui de ceux sa communauté qui ne correspondaient pas à son désir. Certes il existait depuis longtemps des lieux réservés à ceux qui partageaient les mêmes fantasmes (cuir, SM, etc.), mais ils restaient ouverts à tous tant que leurs codes, vestimentaires notamment, étaient respectés. La spécialisation des bars ou d’autres lieux de rencontres s’est cependant étendue bien au-delà des pratiques sexuelles pour concerner le look, l’âge, l’aspect physique sans doute autant par la volonté «ségrégationniste» de certains qui n’acceptent de côtoyer que les «objets» de leur désir, que par celle d’autres de ne plus se sentir rejetés, comme les gays en «surpoids» qui se sont souvent réfugiés dans les lieux «bears».

Ce morcellement communautaire, s’il a eu raison de la «fraternité» de la période pré-gay, simple témoin d’une société globale de plus en plus individualiste, reste toutefois non discriminatoire puisqu’il n’interdit aucunement à ceux qui ne correspondent pas à la spécialisation du lieu d’y entrer, au risque tout au plus de croiser des regards méprisants. La nécessité de perfectionner le système ne pouvait ne pouvait pas manquer de germer dans l’esprit de certains et sont ainsi nées les « filtrages » à l’entrée (ou de façon plus sophistiquée par une présélection sur internet) lors de certains évènements gays, comme les après-midi du «clan nature» ou les «soirées du marquis». Cette «sélection» n’avoue que rarement sa nature - on ne vous dit pas que vous êtes ou trop vieux, ou trop gros ou trop moche, mais que c’est un évènement privé, qu’il faut être parrainé, qu’il faut une invitation – et dépend aussi partiellement de l’appréciation que fait le filtreur des critères de sélection : ainsi, du temps où je fréquentais encore, il y a une dizaine d’années, les après-midi du « Clan nature » (dont je ne sais si elles se poursuivent), il m’est arrivé occasionnellement de me voir refuser l’entrée (venir accompagné d’un « petit jeune » était facilitant car plus difficile à gérer pour le filtreur…).

Le passage à l’ère d’internet et des réseaux sociaux allait amplifier cette tendance à la fragmentation infinie des désirs, ce qui n’est après tout qu’une pragmatique économie d’énergie, au travers de multiples applications – bears, asiatiques, beurs, SM, daddies, minets, bbk, etc...- mais aussi permettre la sophistication des pratiques discriminatoires et la libération verbale des haines qu’elles dissimulent. Il ne s’agit pas ici de stigmatiser le filtrage très pratique que permettent ces applications (sur l’âge, le poids, les pratiques, la distance, etc.,), j’en fais moi-même largement usage, mais de dire ma stupéfaction à la lecture de certains profils qui ne s’en contentent pas et déversent leur expressions haineuses : « folles, vieux pervers ( on ne sait pourquoi sur ces profils les vieux sont toujours qualifiés de pervers, sans doute faut-il comprendre que désirer encore quand on a dépassé un certain âge est une perversion…), gros, OUT ou encore le pathétique et stupide « j’ai déjà un père»).

Dans la sophistication discriminatoire, deux applications, au moins (je ne les connais pas toutes…), se singularisent : «Hornet» qui vous incite de façon répétitive à inscrire sur votre profil votre statut sérologique daté, version moderne de «l’étoile jaune», ce que je me refuse de faire au risque de passer pour séropositif, ou «Hanky», version « améliorée » de Tinder, où vous ne pouvez-vous inscrire définitivement que si au moins 3 autres profils ont voté pour vous !

Devant de tels comportements comment s’étonner, comme vient de le révéler une récente enquête, qu’un tiers des couples gays mariés aient voté Front national ?

La délicatesse du regard que porte un «vieux», André Téchiné, dans son dernier film, «Quand on a 17 ans», sur l’éveil à l’homosexualité, loin des clichés habituels, dans de grandioses paysages pyrénéens, de deux adolescents, remarquablement interprétés par Kacey Mottet Klein (déjà remarqué dans un autre film récent, « Keeper ») et Corentin Fila, me permet de terminer ce billet sur une note optimiste.

Repost 0
Published by limbo - dans LGBT
commenter cet article
15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 17:00
Barbarin : pédophilie et christianophobie

Je n’ai pas de sympathie particulière, c’est le moins qu’on puisse dire, pour le cardinal Barbarin. Il s’est tristement illustré lors des manifestations contre le mariage gay par ses prises de position caricaturales, osant des assimilations odieuses avec la zoophilie ou l’inceste. La tentation serait grande de considérer qu’il n’a que ce qu’il mérite, même si ce ne serait guère « chrétien ». Je ne peux pourtant me joindre au lynchage médiatique dont il est la victime car il n’est que trop évident que ce à quoi on assiste, c’est au retour de l’anticléricalisme le plus primaire.

Le philosophe Raphael Enthoven, dont ce n’est pas le premier dérapage, en a fait la démonstration la plus éclatante, dans sa chronique matinale sur Europe 1. N’a-t-il pas osé comparer de façon absurde et abjecte l’attitude du cardinal à celle, imaginaire, d’un Jérôme Cahusac dont la fraude fiscale aurait été connue et qui aurait obtenu son poste ministériel sur la promesse faite à François Hollande de ne plus recommencer! En d’autres termes comme si c’était Barbarin le pédophile…Plus banal, il n’a pu s’empêcher de reprendre l’interprétation éculée selon laquelle la fréquence de la pédophilie chez les prêtres serait une conséquence de l’abstinence qui leur est imposée et des positions de l’Eglise sur la sexualité, faisant semblant d’oublier qu’elle est tout aussi fréquente en milieu scolaire, c’est-à-dire dans tous les milieux qui rassemblent des enfants en position de soumission à l’autorité, et surtout méconnaissant la dimension psychiatrique de cette perversion qui n’a rien d’un comportement «acquis».

Des exemples récents ont montré que même dans l’éducation nationale, les personnels qui ont eu de tels comportements continuent à exercer leur profession après avoir été simplement «déplacés» sans qu’on assiste au même déchainement contre les responsables administratifs de ces « dysfonctionnements ». Il est si facile de « bouffer » du curé sans jamais se faire accuser de christianophobie - c’ est beaucoup moins risqué que de s’attaquer à l’islam, les chrétiens ayant une propension naturelle au statut de victime - qu’on peut parier que la curée contre le cardinal Barbarin ne tarira pas jusqu’à avoir obtenu sa démission. Même Manuel Valls y va de sa petite musique, les « frondeurs » applaudiront pour une fois. ….

Certes l’Eglise a trop longtemps tenté de justifier son silence sous couvert de secret de la confession, de pardon et de rédemption, mais elle en enfin a pris la mesure. L’affaire «Barbarin» n’est pas un « Spotlight » lyonnais ( excellent film racontant les multiples cas de pédophilie couverts par le cardinal Law à Boston au début des années 2000).

Repost 0
Published by limbo - dans LGBT
commenter cet article
4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 16:01
Martine et les "Feuillants"

J’ai longtemps fantasmé une gauche moderniste, « sociale-libérale », débarrassée de son idéologie post marxiste qui suintait encore dans la gauche « plurielle » de Lionel Jospin, en un mot la prise de contrôle du PS par ce qu’on a appelé la « deuxième gauche » qui fut incarnée , en son temps , par Michel Rocard et la CFDT d’Edmond Maire, puis par Jacques Delors. L’économiste Jean-Marc Daniel, dans un récent ouvrage, se référant aux clivages apparus durant la révolution française, voit dans cette deuxième gauche l’héritière du « Club des Feuillants », né d’une dissidence des Jacobins, auxquels il s’opposait sur la question de la destitution du Roi. Ce mouvement prônait la liberté économique et combattait les envolées lyriques et le populisme meurtrier des «Montagnards». Valls et Macron sont nos Feuillants, les frondeurs et l’hébertiste « Jean-Luc » nos Montagnards. La coexistence de ces deux courants a jusqu’ici été rendu possible au sein du PS par nos « Brissotins » modernes, Mitterrand, Jospin et maintenant Hollande qui ont forgé leur victoire en s’inspirant des seconds dans leur programme tout en gouvernant en les cocufiant, sans jamais oser rompre avec eux.

A deux reprises nos « Feuillants » ont été aux portes du pouvoir, mais Jacques Delors s’est fait la malle et la libido de DSK l’a fait exploser en plein vol. François Hollande aurait pu tenter l’aventure en 2012 s’il avait accepté la main tendue du béarnais, il a préféré la synthèse « girondine » avec Jean Marc Ayrault. Le départ de Taubira, après cet incroyable et interminable tohu-bohu médiatique à propos de la déchéance de nationalité, lui donnait la possibilité de trancher définitivement le bras vermoulu des Montagnards et de tenir un discours cohérent en prenant sans ambiguïté le parti des «Feuillants». Que nenni, il vient d’adopter une stratégie schizophrène en faisant un remaniement « gauche plurielle » tout en proposant une loi travail en rupture radicale avec l’idéologie de cette dernière…Machiavel (on le saura en 2017) ou « brissotin » jusqu’au bout ?

Tout n’est peut-être pas perdu pour mon fantasme inexaucé, car une autre « ex-girondine», montagnardisée dans son isolement lillois, vient dans une tribune explosive me rendre l’espoir que ce soit la gauche « plurielle » qui explose et que soit le programme Valls/Macron soit appliqué, soit qu’un des deux au moins prenne le large et casse le PS…

Il eut certes été préférable qu’ils ne fussent pas deux, leur rivalité grandissante fragilisant les perspectives…Ne voilà-t-il pas que les frondeurs en viennent à trouver des vertus à Emmanuel Macron, plus «sociétal», en espérant faire tomber Valls… Qui l’emportera de ce dernier, froid et cassant, ou de Macron, souriant et pédagogue ? Un duel Macron /Juppé me paraitrait autrement plus stimulant qu’un remake de 2012….

Une série télévisé sur Canal plus, sorte de «House of cards» à la française, «Le baron noir», vous plonge, comme si vous y étiez, dans les coulisses du pouvoir socialiste. L’affrontement entre Kad Merad, exceptionnel, qui incarne un député PS à l’ambition dévorante, sorte d’hybride entre Julien Dray et Mélenchon et Niels Arestrup, toujours aussi bon, dans le rôle d’un président qui tient autant de Hollande que de Mitterrand, est d’un réalisme à couper le souffle…

Martine et les "Feuillants"
Repost 0
Published by limbo - dans politique
commenter cet article
24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 16:07
Histoires homosexuelles

La rentrée littéraire de janvier, loin de la pollution des prix, nous a livré un nouveau court roman d’Edouard Louis, « histoire de la violence », dont j’avais dit sur ce blog tout le bien que je pensais de son premier opus, «Eddy belle gueule». Je me serais à nouveau laissé emporter par son style (ou plutôt ses styles…) à bout de souffle, si j’avais pu adhérer à cette histoire où notre intellectuel, «dragué» aux abords de la place de la République par un jeune kabyle, l’amène chez lui pour un nuit qui débute par des ébats amoureux torrides et se termine par un vol et un viol. Cette mésaventure racontée à deux voies, la sienne dans une belle langue aux longues phrases à la ponctuation surprenante, et celle de sa sœur, qui parle « comme le peuple », technique déjà éprouvée dans son premier roman, se révèle assez vite n’être qu’un manifeste politique du disciple de Bourdieu et du protégé de Didier Eribon. Ce que l’on tente de nous faire croire ici, c’est que l’innocence n’est pas du côté que l’on croit : la victime est coupable, de par sa position sociale, de par notre passé colonial et de l’exclusion sociale des immigrés. Antienne déjà entendue à propos des radicalisés islamiques…Le narrateur ne portera donc pas plainte, puisque selon cette philosophie « en miroir » de celle de René Girard, ce n’est pas l’innocence de la victime qu’il faut proclamer, mais celle des persécuteurs !

Ce n’est pas à des transgressions stylistiques que l’on doit s’attendre avec Philippe Besson, à l’écriture sobre et classique, qui continue, dans sa dernière longue nouvelle (à quand un premier roman?) à explorer les discours du désir amoureux, surtout homosexuel. J’avais été séduit et touché par ses deux premières œuvres, «En l’absence des hommes» et «L’arrière-saison», mais déçu par les productions suivantes, j’avais cessé de le lire. C’est sans doute l’évocation nostalgique de cette ville qui m’a incité à me plonger dans «Les passants de Lisbonne» qui conte la rencontre en ce lieu d’une veuve qui vient de perdre son mari dans un tremblement de terre à San Francisco et d’un jeune homme dont l’amant vient de le quitter. Rencontre bien improbable, derrière laquelle on perçoit l’artifice, qui va donner lieu au récit d’un partage de souffrance qui tourne à vide, sans susciter l’empathie, à la limite parfois d’un certain ennui. Le pari de mettre sur le même plan rupture amoureuse, potentiellement réversible, et décès de l’être aimé n’était pas tenable, ce dont la narration témoigne, la place faite au discours d’Hélène étant bien plus importante que celle de celui de Mathieu, et démontre dans le coup de théâtre final (si peu crédible soit il). Le film d'Andrew Haigh, « 45 ans », avec Charlotte Rampling et Tom Courtenay, montre avec talent comment la mort « immortalise » la passion amoureuse alors que la rupture amoureuse ne sera, le plus souvent, bientôt plus qu’une simple cicatrice, à la suite du retour de l’objet de son désir, parfois, ou le plus souvent d’une nouvelle rencontre amoureuse…..

Repost 0
Published by limbo - dans LGBT
commenter cet article
12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 16:35
Les Cow-boys

Présenter mes vœux aux lecteurs de ce blog est une occasion pour moi de le reprendre après quelques semaines de silence.

Ce ne sont pourtant pas les sujets qui ont manqué depuis ce sinistre samedi, au lendemain des attentats, où flânant avec Bertrand dans un Paris plus déserté qu'un 15 août caniculaire, dans une atmosphère étrange, nous avons trouvé porte close à l'UGC des halles. Il n'y avait pas grand monde non plus, le soir, à la terrasse du Cox, où nous sommes allés boire notre bière habituelle, sans grande crainte, car il semblait bien que pour les sociopathes de l'islam radical le temps n'était plus aux attentats ciblés visant des communautés - dessinateurs, juifs, et pourquoi pas, donc, homosexuels symboles de la "décadence" des mécréants dont la disparition n'aurait guère touché la France de la "manif pour tous" - mais qu'il s'agissait maintenant de tirer dans le tas...Quelques jours plus tard, le film de Thomas Bidegain, « Les Cow-boys » , narrant la fugue et la conversion à l’islam d’une fille de 16 ans à la suite de sa rencontre amoureuse avec Ahmed, français d’origine immigrée et radicalisé, au moment où je terminais la lecture de 2084, conte philosophique de l’algérien Boualem Sansal qui décrit l’ Europe sous emprise d’une dictature islamique, me fit l’effet d’un coup de poing dans le ventre.

Il serait sans doute vain d’essayer de comprendre ce qui dépasse l’entendement, aux confins de la psychiatrie et de la religion, mais le vif intérêt que j’ai pris à la diffusion de la remarquable série télévisée «Jésus et l’Islam» sur Arte procédait sans doute de ce mouvement-là. En partant de la place exceptionnelle dans le Coran que tiennent Jésus, et encore plus Marie, qui y garde son statut d’immaculée conception, c’est à un éclairage saisissant sur les origines controversées de l’islam auquel le béotien que je suis, en cette matière, a assisté. La série ne fait qu’évoquer, sans la retenir, l’hypothèse soulevée dès le 7è siècle par Jean de Damas, arabe syrien et docteur de l’église, selon laquelle l’islam aurait pour origine une secte judéo-chrétienne, les nazaréens, lointains disciples de Jacques, le frère du christ. Cela me ramenait au roman d’Emmanuel Carrère, « Le Royaume », non seulement parce que ce dernier avait suggéré, à la sortie du livre de Houellebecq (Soumission), que si le christianisme avait était l’avenir de l’antiquité, sa diffusion ayant été facilité par l’empire romain, l’islam pourrait bien être celui de l’Europe (facilité par l’immigration massive consécutive aux guerres du Moyen-Orient, rendant prophétique le livre de Boualem Sansal ?) ; mais surtout parce qu’il montrait combien le christianisme, à ses origines, avait frôlé le schisme, entre les fidèles de Jacques, défenseur de la tradition juive, et l’universaliste Paul qui finit par l’emporter et fonder le christianisme tel que nous le connaissons. L’islam n’a pas évité le schisme à la mort du prophète, entre ses disciples, défenseurs de la tradition, les sunnites, considérant le Coran comme parole de Dieu à prendre à la lettre, et les fidèles de son gendre, Ali, qui donnèrent naissance au Chiisme, dans lequel le Coran est une œuvre humaine. Que serait-il advenu du christianisme si Jacques, l’intégriste, l’avait emporté sur Paul ? Ce n’est qu’à la fin du Moyen-âge, au début du 16è siècle que le christianisme connut son schisme majeur avec Luther et Darwin. Le formidable roman «L’œil de Carafa», dont j’ai déjà rendu compte dans ce blog, nous rappelle que le protestantisme a connu ses dérives sectaires, dont celle des anabaptistes radicaux de Thomas Müntzer, qui fut aussi une révolte sociale, avec son lot d’atrocités. La régression moyenâgeuse du sunnisme que représente l’état islamique a eu ses précurseurs….

Les élections régionales s’annonçaient comme une débâcle historique pour le parti socialiste. La parfaite gestion des attentats par François Hollande et ses deux remarquables ministres Bernard Cazeneuve et Jean-Yves Le Drian, aidé par un Sarkozy qui a manifestement perdu la main, ont sans doute contribué à fortement limiter la casse, au point que notre président, et je m’en réjouissais, pour peu que la situation économique s’améliore, puisse à nouveau être en position de briguer un deuxième mandat. Insupportable sans doute pour sa gauche sectaire, ancrée sur son idéologie, le vouant aux gémonies, pour une mesure, la déchéance de nationalité, certes sans efficacité réelle, mais symbolique aux yeux de la population, qui ne concernerait qu’une infime minorité des sociopathes éventuellement concernés…

Terminer ce billet plus positivement en vous disant mon coup de cœur pour l’admirable film de Jia Zhang-Ke, qui vous obsède longtemps, « Au-delà des montagnes ».

Repost 0
Published by limbo - dans culture
commenter cet article
9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 19:50
Du désir, de l'amour et de la haine

« Retracer le destin du désir humain à travers les grandes œuvres littéraires », telle était l’ambition de René Girard lorsqu’il écrivit « Mensonge romantique et vérité romanesque », première ébauche de sa théorie du désir mimétique, sur laquelle il fondera une nouvelle anthropologie de la violence et du religieux. L’émotion que j’ai éprouvée ce mercredi à l’annonce de sa mort m’a renvoyé à celle que j’avais ressentie en découvrant « Des choses cachées depuis la fondation du monde », ouvrage qui allait profondément transformé, au moins autant que les interprétations de la mécanique quantique (Bernard d'Espagnat, le physicien du "réel voilé", s'est lui aussi éteint il y a quelques semaines) , ma vison du réel.

La parution de cet ouvrage fondamental l’année (1978) de ma « sortie du placard », ne pouvait qu’attiser mon attention tant il s'opposait (même s'il ne s'agissait que d'un aspect très secondaire de l'ouvrage) à la doxa freudienne sur l'interprétation de l'homosexualité : non seulement il n'écartait pas la possibilité d'une homosexualité proprement biologique (sur laquelle il se disait incompétent), mais il déconstruisait le concept d’homosexualité latente, celle-ci n’étant plus considérée comme la recherche du « même », mais vouloir être ce que l’autre est :

« L’homosexualité correspond forcément à un stade « avancé » du désir mimétique mais à ce même stade peut correspondre une hétérosexualité dans laquelle les partenaires des deux sexes jouent, l’un pour l’autre, le rôle de modèle et de rival aussi bien que d’objet. La métamorphose de l’objet hétérosexuel en rival produit des effets très analogues à la métamorphose du rival en objet. C’est sur ce parallélisme que se base Proust pour affirmer qu’on peut transcrire une expérience homosexuelle en termes hétérosexuels, sans jamais trahir la vérité de l’un et de l’autre désir. C’est lui, de toute évidence, qui a raison contre tous ceux qui, soit pour l’exécrer, soit au contraire pour l’exalter, voudraient faire de l’homosexualité une espèce d’essence. »

Cette isomorphie du désir homosexuel et hétérosexuel, rendue si évidente par Proust, elle transparait également chez Roland Barthes dans ses « Fragments d’un discours amoureux ». Un des romans de cette rentrée littéraire, « Histoire de l’amour et de la haine », de Charles Dantzig, l’auteur du « Dictionnaire égoïste de la littérature française », pourrait être perçu comme une version romanesque du précédent – on pourrait tout autant évoquer « Vie secrète » de Pascal Guignard – si ces fragments, portraits réflexions des six personnages - Fernand, jeune intellectuel homosexuel fils d’un député homophobe, un couple gay, Anne leur colocatrice, Pierre écrivain hétérosexuel vieillissant - ne se situaient au moment précis « où les loups sont entrés dans Paris», entre la première et la dernière manifestation de la « manif pour tous ». Ce roman, très érudit, et dont la narration est si peu romanesque, est aussi une chronique de l’homophobie, dont il montre combien elle est irréductible à tout autre forme de racisme, puisqu’il prend racine au sein même de la famille. Vision fondamentalement pessimiste d’une irréductibilité du mal, et donc de la haine, qu’aucune loi ne pourra jamais changer. Une lecture « girardienne» de ce roman montrerait comment ce déchainement des foules de la manif pour tous - la haine étant une des figures, exacerbées, du désir - répondait à un mécanisme mimétique avec l’homosexuel comme bouc émissaire.

René Girard affirmait l'identité du social et du religieux, ce dernier expliquant l'ordre social. Comment la croyance fonde une communauté , c'est ce que nous raconte "Ni le ciel, ni la terre", film de guerre à dimension fantastique et métaphysique présenté à Cannes à la semaine de la critique, qui a pour moi dominé la rentrée cinématographique. Un commando français dirigé par le capitaine Bonassieu (interprété de façon exceptionnelle par Jeremy Renier) ayant établi son campement à la frontière du Pakistan, peu de temps avant le retrait des troupes d'Afghanistan, interposé entre un village afghan et les talibans, va se trouver confronter à la disparition mystérieuse de plusieurs de ses soldats, disparitions qui vont affecter symétriquement le camp taliban et rapprocher de façon étrange, dans la quête du sens, les protagonistes...Ce qui est inexplicable aux yeux du capitaine, l'amenant au bord de la folie et du délire va trouver au "sens" aux yeux des villageois afghans et d'un des soldats "chrétien" : "Dieu est en train de reprendre sa création". Sans dévoiler le dénouement qui a pu paraitre décevant à certains critiques, la capitaine ne trouvera la paix que offrant aux familles des disparus et à l'état major français une explication "rationnelle", sacrificielle pour lui même...

Mis à part la sortie des films primés à Canne, l'éprouvant "Fils de Saul" et l'étrange "The lobster" (ou l'enfer d'une société où les couples se formeraient sur la recherche du "même"), que de déceptions : "Seul sur mars", si seul qu'on s'ennuie avec lui; un bien décevant Woody Allen et un Rappeneau dont la mise en scène est tellement datée...

"On change de corps comme de chemise. Le corps qui a couché avec un autre il y a vingt-quatre heures n'est plus le même que le corps de maintenant. Il a oublié son plaisir; mais pas qu'il l'avait eu, ce qui lui donne envie de recommencer. Les corps ont une mémoire abstraite. Ce sont les esprits qui ont une mémoire matérielle, du détail de l'endroit du corps qui jouissait plus que l'autre." (Richard Dantzig, Histoire de l'amour et de la haine, Grasset, 2015)

Repost 0
Published by limbo - dans culture LGBT
commenter cet article
22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 16:38
De la French Theory à l'univers orwellien

Michel Houellebecq était l’invité de rentrée de l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché ». A ses interlocuteurs se référant aux succès des livres de Zemmour, Finkielkraut, Onfray et à la montée du FN, dont il contestait les affirmations selon lesquelles son point de vue sur l’islam se situerait «dans l’air du temps», il lui fallut préciser, ce qui semblait pourtant évident, qu’il ne parlait pas du « peuple», mais de la doxa médiatique totalement colonisée par la gauche «bien-pensante». La sortie sur les écrans de la palme d’or à Cannes, «Deephan», le dernier film de Jacques Audiard, est venue à point nommé pour en donner une preuve éclatante tant il s’est fait «éreinté» dans la presse de gauche, l’exemple le plus pathétique ayant été donné par un chroniqueur de l’Observateur, un certain Vincent Malausa : « arrogant et stupide. Un film politiquement infect…. agonisant dans sa bêtise et comme étourdi de sa petite puissance de roitelet d'un hypothétique néo-cinéma de genre français… ». Ici chapelet d’injures d’une chronique abjecte, là incroyable mauvaise foi d’un article des Inrocks qui s’indigne de découvrir que la banlieue où a été tourné le film est en fait sans histoire, comme s’il s’était agi d’un documentaire et non d’une œuvre de fiction : l’histoire d’un exilé sri-lankais qui, fuyant la guerre civile de son pays, réussissant à immigrer en France grâce à de faux papiers et la constitution d’une famille fictive et s’intégrant, plutôt avec succès, va retrouver, confronté à la violence des bandes organisées de sa banlieue d’accueil, ses instincts de guerrier tamoul pour protéger cette femme qui n’est pas la sienne et dont il va finir par tomber amoureux. Cette peinture d’une certaine banlieue française comme zone de non droit, jointe à un exil final dans une Angleterre idyllique (sur ce dernier point les intentions du réalisateur restent certes obscures) ne pouvait que s’attirer les foudres de la «censure de la bien-pensance».

L’instrumentalisation de la photo d’un enfant mort sur une plage, témoin de l’exode d’une population fuyant désespérément une autre guerre civile, qui s’éternise en partie du fait de l’inertie de l’Europe, comme l’a illustré la caricature de Charli Hebdo, a permis de rendre inaudible tout autre discours que celui humanitariste de la doxa médiatique, mais avec d’inattendus et savoureux effets collatéraux. En effet, il y a peu encore, durant la crise grecque, Angela était adulée par la droite «républicaine» et vouée aux gémonies par la gauche paranoïaque et son allié virtuel le front national. Quelques mois plus tard, la posture de la chancelière comme guide moral de l’Europe a rendu la droite schizophrène et sidéré l’extrême gauche qui n’avait pas besoin de ça après la «trahison» de Tsipras, qui tel la chèvre de monsieur Seguin avait cédé au petit matin. Mais notre nouvel Hébert, Jean-Luc Mélenchon, n’allait pas se laisser troubler bien longtemps avant d’ajouter un chapitre à son «hareng de Bismark» en accusant une nouvelle fois Angela, qui n’est certes peut-être pas totalement angélique dans cette affaire, de tuer l’Europe : "Ce que fait Mme Merkel, c'est un leurre. Et nous le paierons cher". Le seul point qui le séparait encore de « la fille du père» étant l’attitude vis-à-vis de l’islam, on pourrait se demander si cette dernière diatribe n’est pas le début d’une ultime convergence : aurait-il peur d’une porte ouverte à l’islamisation accélérée de l’Europe, prélude à l’autoréalisation du roman «prophétique» de l'écrivain algérien Boualem Sansal, 2084, présélectionné pour le Goncourt, décrivant une Europe sous l’emprise du totalitarisme islamique et dont Houellebecq en avait fait l’éloge dans l’émission de Ruquier ?

Ce roman fait bien sûr écho à 1984, à un moment où Orwell tend à devenir la référence de ces intellectuels français, dont les plus représentatifs ont été cités en début de billet, qui dénoncent la fracture sans cesse élargie par la censure de la bien-pensance, entre l’idéologie dominante et la culture populaire. Comment ne pas rapprocher ces quelques lignes d’Orwell ( http://www.slate.fr/story/103135/printemps-orwellien-intellectuels-francais ) «Profondément enracinées dans l'économie planétaire et ses technologies sophistiquées, culturellement libérales, c'est-à-dire “modernes”, “ouvertes”, voire “de gauche”, les nouvelles élites du capitalisme avancé manifestent en effet……à mesure que leur pouvoir s'accroît et se mondialise, un mépris grandissant pour les valeurs et les vertus qui fondaient autrefois l'idéal démocratique. Chaque jour devient plus manifeste leur incapacité dramatique à comprendre ceux qui ne leur ressemblent pas: en premier lieu, les gens ordinaires de leur propre pays.», de celles de Jacques Julliard « Ces écrivains et ces essayistes se rapprochent du peuple réel à mesure que le parti socialiste s’en éloigne….Ce qu’ils reprochent à la gauche c’est de s’inventer de nouveaux prolétariats au détriment du prolétariat réel ».

Michel Onfray avait beau jeu samedi soir chez Ruquier, encore, de répondre à un Yann Moix hystérisé : « c’est vous qui faites le lit du FN ».

Ces intellectuels, que le Monde qualifie «à la dérive», estiment que cette dictature de la «bien-pensance» est le fait d’une génération qui a été formée par le French Theory : « C’est un mouvement de civilisation... L’erreur des intellectuels, des philosophes… ceux dont on dit qu’ils sont la french theory outre-Atlantique, c’est-à-dire les Deleuze, les Foucault, les Guattari, les Derrida etc., ont déliré, ont déliré. Et intellectuellement ça produit encore des effets chez Najat Vallaud-Belkacem par exemple » (Michel Onfray, débat avec Eric Zemmour, le Point).

Il se trouve qu’un roman, « La 7è fonction du langage », prix du roman Fnac, vient d’être consacré à cette génération d’intellectuels qui ont dominé le monde universitaire des années 70/80, les structuralistes, mieux nommés « déconstructivistes ». Ce récit, sous forme d’une enquête policière jubilatoire transformant le suicide de Roland Barthes en son «assassinat » à la sortie d’un déjeuner avec François Mitterrand, nous donne des portraits irrésistibles des protagonistes de la French Theory (entre autres les exploits de Michel Foucault dans les saunas gays….), ainsi que de Sollers et BHL (qui n’auraient pas apprécié…). L’auteur, Laurent Binet, étant, à ce que j’en sais, plutôt proche de le la gauche «bien-pensante», il faut sans doute plus voir dans cet ouvrage un hommage en forme d’initiation ludique à un mouvement de pensée exceptionnel, qu’une mise en pièce du structuralisme et qu’il fasse siennes ces paroles de Michel Onfray : « La mauvaise chose c’est que la destruction de valeurs qui avaient fait leur temps, n’a pas été remplacée par des valeurs nouvelles, c’est-à-dire que ce moment de négativité qu’a été mai 68 aurait dû être suivi par un moment de positivité qui n’a pas eu lieu. Donc je dis oui à ce moment de négativité parce qu’on ne peut pas dire non au réel… C’est un mouvement de civilisation... ».

Michel Foucault qui interviewé en 1979, à une époque où il s’enthousiasmait pour la révolution iranienne, disait à propos de l’arrivée massive des boat people vietnamiens « Les hommes réprimés par la dictature choisiront d’échapper à l’enfer…..Je crains que ce qui se passe au Vietnam ne soit pas seulement une séquelle du passé, mais que cela constitue un présage de l’avenir ». Il n’avait pas imaginé le changement d’épistémè !

Je reste un tant soit peu nostalgique de ces années de «déconstruction» ( pas seulement sur le plan « philosophique »…), mais je suis de ceux qui se demandent parfois si elles ne nous ont pas mené dans une impasse.

«La liberté, c'est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque c'est accordé, le reste suit.»

(Orwell, 1984)

De la French Theory à l'univers orwellien
Repost 0
Published by limbo - dans culture
commenter cet article
20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 15:15
Sitges, la crise?

Mykonos l’an dernier n’avait été qu’une entorse à mon habitude de passer avec Bertrand mes vacances d’été à Sitges, non sans profiter du long parcours en voiture pour faire étape dans des sites remarquables du sud de la France.

Nous découvrîmes d’abord Collonges-la-Rouge, village médiéval de la Corrèze, sans oublier de visiter les deux autres petits bourgs qui l’entourent et que sa réputation éclipse, Curemonte, superbe sous le sous le soleil couchant de cette fin juillet et Turenne et son château. Inutile de préciser que les soirées y sont calmes, d’autant que les plus proches contacts « Grindr » sont à Brive….

Le lendemain nous atteignîmes la plus belle ville de France selon Victor Hugo ("Prenez Anvers, ajoutez-y Versailles, et vous avez Bordeaux") pour y passer deux jours, le temps d’amorcer notre bronzage sur la plage gay du Porge, de revenir déguster un de ses savoureuses pizzas chez «Jacomo», restaurant certes moins fréquenté par les gays qu’il ne fût, mais dont la patronne est toujours aussi truculente, de faire mes premiers pas dans un nouveau bar, le Lefko, dans le centre de cette ville qui m’a vu naitre, où je reviens pourtant tous les mois mais dont l’ouverture m’avait échappé et d’y apercevoir un de mes tricks d’il y a plus de 30 ans…

Le départ pour Biarritz, imprudemment un 1è aout, se fit en évitant sagement de quitter Bordeaux par l’autoroute envahie par des hordes de vacanciers, ce qui nous permis d’arriver à temps pour passer l’après-midi à la célèbre plage «des 100 marches» à Bidart, très courue par les gays, dont l’accès se méritait particulièrement en ce jour caniculaire. Il était impensable de revenir au pays basque, qui a bercé mes vacances d’enfant et d’adolescent, sans aller diner "Chez Pablo" à Saint Jean de Luz, restaurant que j’ai découvert avec mes parents...La "vieille" n’est plus là depuis longtemps, sa nièce a repris le flambeau, mais les chipirons à l'encre sont toujours à se rouler par terre...Le soir, un verre pris à la terrasse du Bô bar, bar gay branché de Biarritz, me permis de jeter un œil nostalgique à la discothèque « Le caveau », à quelques mètres, qui fut en son temps un lieu gay mythique et où j’ai eu passé des nuits torrides…il y a si longtemps.

Il ne nous restait plus qu’à franchir la frontière à Irun et à rejoindre Sitges via les autoroutes espagnoles, évitant ainsi le Pertus et ses bouchons interminables ainsi que le risque de perdre des points de permis….Notre premier réflexe fut de faire un tour de la ville pour constater ce qui avait changé par rapport à l’année précédente. Nous avons été stupéfait du nombre de fermetures d’établissements : la charcuterie d’où nous ramenions toujours un savoureux jambon; le restaurant « Ma maison », une institution très gay friendly ; le restaurant «El Trull» ; la discothèque « L’Atlantida » où se déroulaient les nuits blanches et les « gays beach party »; le petit commerce d’alimentation de la rue principale où l’on se ravitaillait en eau…Ma première réaction fut d’invoquer la crise qui a sévèrement affecté l’Espagne mais les «locaux» nous ont presque à chaque fois donné une autre raison : retraite, malversation financière, problème personnel du patron, fermeture administrative…Sinon, pas de changements majeurs par rapport aux billets précédents consacrés à cette ville, tout s’organisant, depuis la fermeture du Mediterraneo, dans les bars et discothèques à proximité du célèbre Parrot, la terrasse gay incontournable. Lady Diamond, dont l’embonpoint s’est accentué, continue à faire spectacle dans les bars et restaurants sans beaucoup changer son répertoire…

Un peu moins de monde cette année, m’a-t-il semblé, surtout moins d’habitués du marais, l’ambiance y est toujours aussi chaude. Je n’ai plus l’énergie (ou l’envie ?) nécessaire pour participer aux très tardives soirées mousse de l’Organic ou aller finir mes nuits sur la plage où je n’ai donc pas pu vérifier si la drague y était toujours aussi active, mais les bars sexe, notamment le très populaire Bukkake, sont accessibles à des heures certes avancées mais plus raisonnables et les réseaux sociaux, Grindr, Scruff, gayromeo, Hornet, fonctionnent au maximum, permettant de cueillir ici tel jeune barcelonais venu passer la journée ou là de ne même pas quitter son hôtel en changeant juste de chambre….

Alors que je faisais part sur mon « mur » Facebook de mon plaisir de retrouver un de ces endroits de plus en plus rares qui résistent à l’uniformisation galopante que tente de nous imposer la génération anti-communautariste du « mariage pour tous », un de mes «amis» s’étonna en commentaire qu’on puisse parler de « résistance à l’uniformisation» au paradis des clones. Il avait sans doute oublié qu’à Sitges, loin de l’indifférenciation, ce serait plutôt la guerre des clones : bears, cuirs, crevettes, gymqueens, vieilles tantes décaties, etc…. Les hipsters barbus, symptômes accablants de cette maladie, « le mimétisme hétérosexuel », qui frappe de plus en plus de jeunes gays parisiens ne sont pas ici l’espèce dominante…

Après 9 nuits à Sitges, avant de regagner Paris, il est sage de prévoir une étape de repos. Cette année c’est saint Antonin Noble Val, petit village médiéval et familial du Tarn et Garonne qui nous a servi de « sas de décontamination », non sans avoir pris le temps de nous arrêter un instant pour visiter l’impressionnante abbaye Saint-Michel de Gaillac. Le temps n’était malheureusement pas au rendez-vous, ne permettant pas de profiter comme on l’aurait voulu du magnifique spectacle des gorges de l’Aveyron, mais nous avons pu découvrir Penne et son château en pleine restauration où l’on peut observer les tailleurs de pierre en action, ainsi que l’abbaye cistercienne de Beaulieu.

Repost 0
Published by limbo - dans LGBT
commenter cet article

Présentation

  • : Regard d'un gay
  • Regard d'un gay
  • : regard d'un gay sur les évènements de ce monde, sa vie personnelle, etc...
  • Contact

Recherche

Liens