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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 20:09

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Prendre un TGV pour la Bretagne un vendredi de décembre, lendemain de grèves ? Un retard assuré et une promesse de pluie… Point de déception donc d’une arrivée à Saint Malo, différée d’une trentaine de minutes, sous une pluie battante. Un scénario assez semblable à celui de l’année dernière pour une réunion identique, mais à Rennes cette fois-là, où des trombes d’eau étaient tombées toute la nuit. Les conditions météorologiques ne permettaient pas d’envisager une exploration de la vie nocturne de ce charmant village, mais de toute façon que peut il y avoir à faire à Saint-Malo une nuit de décembre ? Même les logiciels de drague « de proximité », Grindr and co, ne signalaient pas une forte densité « gay » dans un rayon de quelques kilomètres au point que certains autochtones, las sans doute d’une telle désertification, seraient presque prêts à se « farcir » plusieurs dizaines de kilomètres pour satisfaire leurs besoins physiologiques. J'ai été touché par leur attachement à leur terroir, tel cet internaute qui m’a demandé « tu es là en vacances? »…. Je n’y ai pas aperçu non plus de représentants - « les bonnets rouges » ici, « tondus », « pigeons » ailleurs- de cette France « mal pensante », « girondine », celle des « actifs », petits entrepreneurs et commerçants, celle de la révolte fiscale qui se transforme en révolte sociale ( jusqu’à s’étendre aux professeurs des grandes écoles ?), révolte bien différente de celle qu’espérait ce pauvre Mélenchon qui rêvait d’une nouvelle prise de la Bastille…

De retour sur Paris juste à temps pour participer dimanche en fin d’après-midi, invité par un ami, sans doute le futur témoin de mon mariage, au tout nouveau « gay tea dance » (« Just Dance »), rue Saint Fiacre, dans un local de l’entreprise dans laquelle il travaille. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, mon précédent « gay tea dance » doit remonter à plus de 20 ans, du temps des dernières années du « Palace » à quelques mètres de là ….L’occasion de croiser quelques « figures « du milieu gay parisien, celui des « clubbers » (figures perdues de vue depuis longtemps, pour la plupart), voire quelques « tricks », du moins ceux que j’ai réussi à reconnaitre en dépit des inexorables altérations du temps.

Le week-end précédent nous avions assisté, Bertrand et moi, à notre premier mariage gay, celui de deux de ses plus vieux amis, cadres supérieurs d’une grande firme, qui s’unissaient après 33 ans de vie commune en la mairie très « gay friendly » du 16è arrondissement. Le maire bien sûr n’était pas là, mais un de ses adjoints, familier du couple, fit une très beau discours et ne cacha pas son émotion devant le nombre de participants, parfois venus de fort loin, la salle pourtant vaste de la mairie ne pouvant suffire à les contenir…Difficile cependant de ne pas ressentir comme "anachronique", involontairement comique, le contenu du texte officiel qui n'arrête pas de faire référence à l'éducation des enfants...Cet acte civil fut prolongée par une cérémonie de mariage selon le rite « maçonnique »,assez grandiose, au siège d’une des grandes obédiences maçonniques, ce qui m’a donné l’occasion de pénétrer avec une curiosité distante un univers qui m’était totalement inconnu. Les conversations que nous avons pu nouées, notamment avec plusieurs de leurs amies, lors de la réception qui s’en suivait, m’ont confirmé le caractère volontairement « militant » de l’ampleur qui avait été donnée à cette belle cérémonie. L’occasion une fois encore d’apercevoir d’anciennes connaissances, pas toujours reconnues du premier coup d’œil, comme ce jeune homme - en fait non, plus vraiment un jeune homme maintenant ! - qui m’aborda, sous les yeux intrigués et méfiants de Bertrand, en me disant « on se connait, tu es bien de Bordeaux ? ». Ce n’est qu’à ce moment-là que j’ai sans hésitation identifié le jeune homme qui avait adhéré à l’association homosexuelle « Les nouveaux Achriens » (dont je fus l' un des fondateurs sur bordeaux), en 1982, précisant qu’il était également membre de « David et Jonathan », association gay catholique….

Nous avons terminé l’après-midi en allant voir « Hunger Games », film durant lequel je me suis endormi…le champagne sans doute….Difficile de donner une opinion sur un film que je n'ai vue que par "bribes" entre deux soulèvements de paupière. L'occasion peut-être de dire combien j'ai apprécié, quelques jours auparavant, le brillantissime film de Roman Polanski, "La Venus à la fourrure", huit clos théâtral tout en restant du grand cinéma, entre deux acteurs magistraux, Mathieu Amalric réussissant l'exploit de finir par ressembler au réalisateur, dont la vie privée sous la domination de la femme -Adam vaincue par Eve- est ici fantasmée.

La fin du week-end fut quelque peu assombrie par l'annonce de la mort de Peter O'Toole, acteur qu'adolescent j'adulais, pas seulement pour son interprétation inoubliable de Laurence d'Arabie, mais aussi pour celle de Lord Jim et quelques années plus tard pour sa prestation hallucinée dans "la Nuit des généraux".

 

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 22:17

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Si j’ai apprécié bien des films de Bertrand Tavernier, sa dernière réalisation, Quai d'Orsay, m’a laissé perplexe. Dominique de Villepin étant déjà en lui-même une caricature, était-il nécessaire d’en rajouter jusqu’ au grotesque ? On sourit certes au début, puis le caractère très stéréotypé des gesticulations de Thierry Lhermitte et le côté tiédasse de son "nègre" chargé de rédiger ses discours finissent par lasser, en un mot on s’ennuie. On se demande d’ailleurs quel peut bien être le point de vue de l’auteur sur notre ex ministre des affaires étrangères, peint comme un clown odieux mais aussi comme l’unique artisan du fameux, soit disant mémorable, discours de l'ONU sur l’Irak, Chirac apparaissant se désintéresser de tout sujet ne concernant pas l’ours brun des Pyrénées .....Heureusement il y a Niels Arestrup qui campe un irrésistible et cynique directeur de cabinet.

Si le poste de ministre de l’intérieur - le téléfilm d’hier soir sur France 3, « La rupture », histoire des relations entre Jacques Chirac et Valery Giscard d’Estaing de 1974 à 1976, vient de nous le rappeler – semble le plus prometteur comme tremplin pour la magistrature suprême (Chirac, Sarkozy, demain Valls?), celui de ministre des affaires étrangères réussit plutôt bien à nos hommes politiques qui nourrissent des ambitions présidentielles...Alain Juppé que celui de premier ministre avait plombé, s’y est refait une réputation et on ne peut plus exclure, si Sarkozy n’arrive pas à se débarrasser des nombreuses casseroles qui lui collent au cul, qu’ il rafle la mise dans la course aux candidatures de l’ UMP. Quant à Laurent Fabius, si ses débuts ont été plutôt discrets -le temps de faire oublier les perfidies qu’il avait proférées sur Hollande- il fait un retour plutôt prometteur au point que son nom circule comme futur premier ministrable (il aurait cependant faut savoir en haut lieu qu’il n'était pas partant..). Il est vrai qu’il affirme n'avoir plus d'ambition présidentielle mais peut-on le croire, ce genre d'envie, comme celle de baiser, ayant du mal à se calmer avec l'âge .....

Le sexe c' est ce qui semble préoccuper certains de nos députés socialistes qui ne voient rien de plus urgent, en ces temps si peu tourmentés, que de se précipiter au secours des prostituées, qui ne demandaient rien, au moyen de la pénalisation de leurs clients en rendant, en quelque sorte, le tarif de la passe (1500 euros d’amende) exorbitant.....Il est dommage que nos chers députés n’aient pas regardé sur Arte l'épisode du feuilleton Borgen consacré à ce brûlant sujet il y a quelques semaines car il y auraient retrouvé tous les éléments de ce stupéfiant débat, au royaume du Danemark cette fois…Il serait passionnant de tenter une approche psychosociologique des partisans et adversaires de ce projet chimérique. Est-ce un hasard si les positions divergentes de deux de nos intellectuelles, Elisabeth Badinter et Sylviane Agacinski recoupent celles qu’elles ont exprimées quant au mariage pour tous, Badinter contre la pénalisation des clients et pour la loi sur le mariage, Agacinski pour la pénalisation et contre la loi Taubira. Je partage bien sûr la position de la première qui voit derrière ce projet « une haine de la sexualité masculine ». C’est bien à la sexualité masculine que l’on s’en prend, comme on avait tenté de le faire il n’y a pas si longtemps, à propos du risque VIH, en préconisant d’interdire « les backrooms » ou de pénaliser les rapports sexuels non protégés (on est heureux de constater qu’aujourd’hui Act-Up n’est pas du côté de la répression…). De même, certains d’entre nous n’ont-ils pas soupçonné, derrière une certaine adhésion au «mariage gay», la volonté de nous voir « normaliser » nos comportements sexuels ?

Cette volonté de « légiférer » sur la sexualité est une véritable régression sociale, nouvel obscurantisme religieux « laïque » qui se cache sous les oripeaux du féminisme rejoint par les bataillons des aigris et frustrés du sexe. On ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec l'acharnement contre DSK à propos de l'affaire du Carlton... Il ne semble d’ailleurs pas question dans ce projet de la prostitution masculine car elle ne rentre pas dans les schémas du discours sur la « domination » masculine. Les clients des escorts « mâles » seraient donc exempts de toute amende ? Cela me réjouit pour mes vieux jours, car si je n’ai jamais eu jusqu’ici de rapports tarifés (si tout de même, une fois, il y a 15 ans à Barcelone, par inadvertance, mais ce serait trop long à raconter ici, plutôt un bon souvenir d’ailleurs…), je ne peux exclure que lorsque sera venu le temps où je ne pourrai plus rencontrer un garçon sans entendre un « merci j’ai déjà un grand-père… »...


Heureusement il y a l’irrésistible « Les garçons et Guillaume à table », le film de Guillaume Gallienne, pour nous faire oublier tout cela…





« Toute la législation sur la sexualité, telle qu'elle a été mise en place depuis le xixe siècle en France, est un ensemble de lois sur la pudeur », laquelle se révèle impossible à définir, devenant ainsi un outil flexible employé dans diverses tactiques locales. « Mais ce qui se dessine (…) c'est un nouveau système pénal, un nouveau système législatif qui se donnera pour fonction pas tellement de punir ce qui serait infraction à ces lois générales de la pudeur que de protéger des populations ou des parties de la population considérées comme particulièrement fragiles » (par exemple l'enfance). Ainsi, il y a des populations fragiles, et des « populations dangereuses » (l'adulte en général).
(Michel Foucault, la Volonté de Savoir, 1976)
(il n’y a qu’à remplacer « l’adulte en général » par « l’adulte mâle »)

Intéressant lien ci-dessous vers un article sur Foucault et la prostitution :
http://www.polis.leeds.ac.uk/assets/files/students/student-journal/ug-summer-11/rosalee-dorfman.pdf

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 22:14

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Dans un article consacré à la mort de Patrice Chéreau - j’ai eu le privilège d’assister à une représentation de son mémorable Hamlet, au théâtre des Amandiers à
Nanterre, avec Gérard Desarthe – je suis tombé sur un de ses propos concernant son homosexualité, en phase avec la problématique de l’aveu soulevée dans mon dernier billet : «J’ai longtemps fait
partie des gens qui n’avaient pas envie d’en parler». Position motivée à la fois par son refus de se faire «cataloguer» comme auteur/réalisateur homosexuel, sujet qu’il n’a cependant jamais
craint d’aborder depuis «L’homme blessé», mais aussi par une certaine défiance vis-à-vis des revendications de nos droits. Initialement peu favorable au pacs («une imitation du couple
hétérosexuel»), il a progressivement infléchi sa position jusqu’à cosigner une tribune sur le mariage gay, « non à la collusion de la haine » : «Une fois que le mariage gay sera acquis,
l’homophobie ne cessera pas, et c’est elle qu’il faut criminaliser. S’il y a quelque chose de dangereux dans une société, c’est le lobby de la bêtise et de la haine».

Tourner l’homophobie en dérision, c’était sans doute l’ambition de la pièce de boulevard de Didier Bénureau, « Mon beau père est une princesse », actuellement à
l’affiche du théâtre du Palais Royal. Une critique favorable sur LCI, une tarification avantageuse des meilleures places sur Ticketac, et la présence de Michel Aumont, avaient suffi à me
convaincre. L’argument de la pièce –un gendre plus très jeune, mariée à une « bobo » écolo et gauchisante, déclare soudain sa flamme à son beau-père, macho, homophobe et de droite – avait tout
pour donner lieu à une loufoque comédie sociale. La lourdeur des situations et des retournements absurdes (il aura suffi d’une valse pour que Michel, le beau-père passe de l’homophobie à l’amour
des hommes et que son gendre revienne à la « norme »…) et la pauvreté des dialogues, font que cette pièce, qui se voulait, surfant sur les débats du mariage et de la manif pour tous, une
dénonciation de l’homophobie, sombre dans la caricature de l’homosexualité et réussit même parfois à vous rendre mal à l’aise. Il arrive bien sûr que l’on sourit, mais on s’imagine aisément le
naufrage s’il n’y avait des acteurs talentueux, Michel Aumont, Claire Nadeau et l’auteur, dont on se demande pour les deux premiers ce qu’ils sont venus faire dans cette galère.

Deux amis de Bertrand, en couple depuis 30 ans, vont nous donner l’occasion, début décembre, d’assister à notre premier mariage gay en la marie du XVIè. J’ai cru
déceler chez ces amis une certaine jubilation à organiser cette célébration dans une mairie très « manif pour tous ». La réception de l’invitation a incité Bertrand à s’enquérir de la date du
notre. Si, un peu comme Patrice Chéreau, la « pression » des événements m’a conduit à mettre « de l’eau dans mon vin » et à défendre cette revendication, je ne conçois pas mon futur mariage,
contrairement à nos amis sus-cités, comme un « événement », mais comme une simple régularisation administrative nécessaire à l’obtention future, pour Bertrand, d’une pension de réversion. Je n’en
voyais donc pas l’urgence mais l’évolution de la situation politique en France m’amène à penser qu’il serait peut-être prudent d’accélérer le pas, la pérennité du mariage gay ne me semblant pas
être gravée dans les tables de la loi. On ne peut en effet exclure un retour plus rapide que prévu de la droite au pouvoir et, dans le climat actuel de plus en plus populiste, voire raciste, Dieu
sait quelle droite…. François Hollande pourra-t-il tenir jusqu’aux municipales, dans le climat d’impopularité et de bashing permanent et indécent dont il est victime (il lui arrive d’y
contribuer, certes…), en faisant le dos rond ? Mais que peut-il faire d’autre ? Se séparer de son seul ministre populaire au risque de voir sa popularité atteindre les profondeurs du gaz de
schiste, ou de son aile suicidaire écolo-gauchiste au risque de perdre sa majorité parlementaire et d’être conduit à une dissolution cauchemardesque ? Il n’a aucune marge de manœuvre et à moins
d’un retournement aussi spectaculaire qu’imprévu de la situation économique……….

Tout est manipulation, y compris la révolution, telle pourrait être la morale du film de science-fiction, une contre-utopie du cinéaste sud-coréen Bong Joon-ho,
«Snowpiercer», où un train lancé à grande vitesse sur une terre revenu à l’âge glaciaire nous offre un spectacle allégorique de l’humanité. Ce pessimisme radical, le réalisateur, virtuose de ma
mise en scène, n’ose pas l’assumer jusqu’au bout, un rebondissement final du scénario laissant la « jeunesse » ouvrir une ultime porte sur une terre où un flocon de neige symbolise la sortie de
la glaciation. Ne pas assombrir l’humeur du spectateur, surtout hollywoodien, semble également avoir été l’objectif d’Alfonso Cuaron dans « Gravity ». Cet autre virtuose de la mise en scène,
auteur d’un des meilleurs films de science-fiction de ces dernières années (Les fils de l’homme), par une pirouette scénaristique qui prend ici une dimension onirique peu vraisemblable, offre à
une héroïne que le souvenir insupportable de la perte de son enfant aurait dû conduire à accepter avec soulagement que l’espace soit son tombeau, l’énergie vitale nécessaire pour fouler à nouveau
le sol de notre belle planète. « Gravity », contrairement à ce qui a parfois été dit en le rapprochant de façon tout à fait inappropriée de ce chef d’œuvre qu’est « 2001, une odyssée de
l’espace», n’est pas un film de science-fiction. Il n’en offre cependant pas moins une spectacle d’une beauté visuelle inouïe. Je ne suis pas sûr que ce film marque l’histoire du cinéma, mais on
ne pourra cependant sans doute plus maintenant filmer l’espace de la même façon.
Ces deux films n'ont guère besoin de publicité pour assurer leur succès, il n'en est pas de même du joli film de Sylvain Chaumet, "Attila Marcel", tendre, poétique
et touchant où Mme Proust,une marginale fantasque, et ses madeleines, vont faire renaître à la vie un jeune homme, friand de chouquettes, rendu muet par un traumatisme psychologique. Sylvain
Gouix (particulièrement bien "foutu") et Anne Le Ny sont épatants.


 
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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 10:00

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Le récit de Dominique Noguez, dont j’ai brièvement rendu compte dans mon dernier billet, n’est pas seulement la chronique autobiographique d’une passion
amoureuse,
mais aussi un témoignage révélateur sur la façon, en fait fort répandue chez nombre d’entre nous, dont peut être ressentie la « visibilité homosexuelle
».

La passion amoureuse, la littérature ne la conçoit que tragique, qu’elle soit partagée, mais  contrariée par un destin funeste, ou qu’elle ne le soit pas
et
qu’elle plonge alors la victime d’un amour non réciproque dans un état qui a la dimension d’un délire. Si les classiques, de Tristan et Iseult à la Princesse de
Clèves nous ont surtout peint
celle-là, les auteurs modernes lui ont préféré celle-ci, Proust en étant la figure de proue. C’est dans cette lignée que se situe l’histoire d’amour fou que nous
conte « une année qui commence
bien ».


Le parallèle qui a été fait par certains critiques, du Figaro à Médiapart, avec « Un amour de Swann » - «La découverte progressive par Swann qu'Odette finalement
ne
valait pas l'amour qu'il lui a voué rencontre, ici, le jugement que Houellebecq porte sur l'être aimé par le narrateur, 'il ne te mérite pas' - ne me semble
cependant pas pertinente. En effet le
jugement que porte Swann, à la fin du premier tome de la Recherche, « Dire que j'ai gâché des années de ma vie, que j'ai voulu mourir, que j'ai eu mon plus grand
amour, pour une femme qui ne me
plaisait pas, qui n’était pas mon genre ! », ne pourrait être celui de Dominique Noguez: Cyril était son genre et il lui plaisait éperdument. Il y a une dimension
quelque peu mythologique, « à la
Grecque », du désir chez l’auteur, la beauté étant son carburant indispensable, d’autant plus que s’y associe un supplément « d’âme» (Cyril est cultivé). Si l’on
retrouve dans ce livre toutes les
figures de la passion que Roland Barthes a décryptées dans son « Fragments d’un discours amoureux » - l’angoisse, l’absence, la jalousie, l’attente, la solitude…,
les instants de bonheur fou
aussi -, l’auteur s'y  dévoile totalement jusque dans les situations les plus humiliantes.Il apparait bien souvent si pitoyable que le lecteur qui reste
extérieur à ce délire amoureux
déclenché par un être mythomane, manipulateur, d’un narcissisme sans limite, caractériel et souvent abject, finit par ne plus le plaindre…

Cette vaine recherche de l’amour mythique, celui « d’Achille et Patrocle », n’est sans doute pas sans lien avec le regard que porte l’auteur sur la « visibilité
»
homosexuelle, problématique qu'il aborde à propos de sa décision de publier cette histoire : "Quelle raison ai-je, en effet de divulguer ici le plus intime de ma
vie, alors que mes tendances
profondes s'y opposent et que c'est même en m'y refusant que j'ai jusqu'ici réussi tant bien que mal à me fabriquer une existence supportable? ....vivons caché pour
vivre tout simplement, ou
plutôt pour survivre". Il a la sensation de s'être trouvé entre deux moments "qui furent aussi deux extrêmes, le tapinois puis la revendication, la discrétion ,
puis la fanfare", entre le temps
de ceux qui firent pour la plupart (à l'exception de quelques uns comme Gide) profil bas (Montherlant, Mauriac, Martin du Gard, etc) et ceux, "ces étonnants
contemporains" pour lesquels l'aveu ne
coute rien (Renaud camus, Hervé Guibert, Guillaume Dustan...).

Son "plaidoyer" pour l'invisibilité va s'appuyer sur un tryptique, l'impudeur, la catégorisation, la peur :

* L'aveu comme impudeur : "Renaud Camus m'avait répondu que la question du secret n'avait pas grand sens pour lui et que ni lui ni ses amis n'avaient plus rien
à
cacher. Heureux homme. Peu s'en faut que pour ma part je ne vois dans l'aveu le comble de l'impudeur - en tout cas une tentation funeste et
répréhensible".
* L'aveu comme catégorisation ensuite : "Tandis que si, "tolérance" pincée, "largeur d'esprit" ou même vraie sympathie (ce que les anglophones appellent
être
gayfriendly), on vous assigne à une minorité très circonscrite, c'est comme de vous faire entrer dans une camisole trop étroite....cela vous bride aussitôt, vous
étouffe; vous ne pouvez plus
faire un geste libre sans vous faire remarquer ni paraitre trahir votre vraie nature et vos vrais congénères". L'auteur voit dans l'aveu une dépossession de sa
liberté d'être autre chose de ce à
quoi on vous assigne, peur de n'être plus reconnu partout que dans cette dimension là au détriment des autres, peur de heurter autrui jusque dans la famille : "
C'est cette paix des fantômes -
paix armée, souvent, mais paix - que la proclamation publique d'une préférence sexuelle (le coming-out, comme ils disent) risque fort de fiche en l'air. Les vôtres
risquent de ne plus souvent
vous percevoir comme l'un des leurs". Comme on pouvait s'y attendre, c'est le communautarisme qui est finalement mis en cause : "Mais enfin, admettons ...qu'au
risque de perdre une partie de ma
liberté je clarifie et claironne mes préférences. Ne sera-ce pas pour m'exposer à un dernier désagrément : l'enfermement dans un ghetto douteux? Ne sera-ce pas pour
succomber à cette tendance
contemporaine...à l'exaltation des différences, des mémoires, des origines.....Avec - sous prétexte de ne rien laisser passer - une propension à trouver
paranoiäquement de l'homophobie
partout."
* L'aveu enfin comme prise inconsidérée de risque : se ménager le havre d'une vie privée serait " prudence dans les sociétés fortement coercitives et sagesse
dans
toutes les autres notamment dans celles qui, comme la nôtre, se donnent de grands airs de liberté et fonctionnent en réalité à l'émotion collective, c'est à dire,
le cas échéant, pour peu que
l'air du temps change brusquement, au lynchage - ne serait-ce que médiatique."

La problématique de la visibilité gay et de revendication de nos droits faisait jusqu'ici surtout débat, parmi nous, entre les partisans du droit à
l'indifférence
et ceux du droit à la différence. Si, schématiquement, les premiers peuvent être définis comme des utopistes qui se battent pour un monde où le fait d'être
homosexuel serait une caractéristique
aussi banale que la couleur des yeux, alors que les seconds, tels les auteurs d' "homographies" dont j'ai parlé dans un billet antérieur et dont je me sens proche,
sont convaincus de
l'inéluctabilité de la persistance d'une homophobie résiduelle et que le combat pour notre reconnaissance ne pourra jamais cesser, tous se retrouvent dans la
revendication active de nos droits. On a
fait semblant d'oublier qu'il existe, probablement en bien plus grand nombre qu'on ne le croit, des homosexuels qui voient dans le "coming-out" une violation du
principe de précaution et qui ne
conçoivent la lutte pour nos droits (quand ils ne s'en désintéressent pas...) que dans l'ombre : "Pourquoi ne pas se battre activement mais anonymement pour les
droits des homosexuels et attendre
la mort pour mettre éventuellement les points sur les "i"?".

Derrière ce refus de "l'étiquette d'homosexuel", cette volonté de se dérober au regard classificateur de "l'autre" perçu comme ayant, au moins, un
inconscient
homophobe (un point que ces homosexuels de l'ombre partagent avec ceux du droit à la différence), il faut s'en doute moins voir la marque de la lâcheté que celle de
la honte : "j'ai du tout
trouver tout seul, vaincre une honte constante de n'être pas dans le moule, et le faire oublier". L'homosexualité perçue comme un désordre par ceux là même qui la
vivent....
Inutile de préciser que Dominique Noguez, au nom de "l'assimilation républicaine" , est resté étranger aux luttes du mouvement gay, vues comme une
conception
américaine du monde, de la Gay Pride au mariage pour tous. Peut-être faut-il aussi y voir une influence du milieu "élitiste" et fortuné, cercles littéraires et
autres, dans lequel baigne
l'auteur, le microcosme qu'il fréquente pouvant, là le parallèle avec Proust peut se justifier, évoquer celui des Guermantes. Comment s'étonner alors que le
critique du Figaro ait tant aimé ce
livre qu'il considère comme le plus important qui ait été écrit sur l'homosexualité depuis 20 ans...

Un grand livre en effet, superbement écrit, mais dont est en droit d'espérer qu'il nous décrit un monde qui n'est plus, celui de la période "pré-gay" dans le
repli
duquel l'auteur est resté prisonnier.

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 22:16

 

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Lors de mon premier séjour à Venise, un quart de siècle déjà, la traversée nocturne de la ville, en compagnie du garçon qui partageait alors ma vie, sur le bateau-taxi qui nous amenait de l’aéroport au Lido, l’île immortalisée par Visconti sur laquelle nous avions notre hôtel, me laissa pantois. Je viens d’y retourner pour la quatrième fois, court séjour à l’occasion d’un congrès de gériatrie, et si la stupéfaction s’en est allée, le charme fou de ce lieu magique et intemporel est immuable. Je n’y avais, jusqu’ici, jamais exploré les « amours illicites », impensables bien sûr les deux fois où j’y suis venu dans l’état affectif qui lui sied le mieux, en « amoureux », mais même pas lors d’un précèdent congrès, de psychiatrie celui-là, au début des années 90, car le seul endroit gay que le guide Spartacus indiquait alors s’était révélé être le local d’une association de musique classique….Des rencontres devaient certes être possibles au très « à la mode » Harrys’ bar, voire à la terrasse du mythique café Florian sur la place Saint Marc, mais je n’ai jamais été un garçon assez entreprenant pour les tenter dans des lieux non « spécialisés ». Si Venise est immuable, il n’en est pas de même des moyens que le génie humain a découverts pour nous faire mieux connaitre nos semblables, notamment en ces régions dépourvues de tout endroit « communautariste », je veux parler de « Grindr » (que sa récente mise à jour a rendu encore plus performant) et de ses copies. Je ne vous dirai pas si « j’ai niqué » à Venise, comme me l’a si élégamment demandé une de mes connaissances, mais le « réseau social » gay s’étend de votre « porte» - le personnel de mon hôtel n’hésitant pas à « chasser » le client – jusqu’aux villes des alentours comme Trevise ou Padoue. Si vous recherchez des vénitiens (et non des touristes qui de toute façon sont le plus souvent en couple…), vous aurez moins de chance de les trouver à Venise même, assez peu habitée, qu’à Mestre, son prolongement urbain en terre ferme - à une certaine distance donc – où vous trouverez aussi, on me l’a appris, un sauna…
J'ai consacré le peu de temps dont je disposais pour visiter à nouveau la ville, et plutôt que de m'attarder sur la place Saint Marc où la moindre bière vous est facturé une quinzaine d'euros, ou autres endroits fréquentés par les hordes de touristes que déversent quotidiennement des paquebots géants, j'ai préféré flâner avec quelques collègues dans les quartiers les plus éloignés du centre et déjeuner tranquillement dans un des petits bistros peu fréquentés et fort abordables qui longent les canaux qui bordent le quartier du ghetto.

Que lire à Venise, si l'on ne se sent pas d'humeur d'entamer une nouvelle enquête du commissaire Brunetti, le héros de Donna Léon, sinon une histoire d’amour. La littérature « homosexuelle » étant plutôt riche en cette rentrée littéraire, je n’avais que l’embarras du choix. Plutôt que « Pornographia » de Jean baptiste Del Amo dont j’avais beaucoup aimé « Une éducation libertine », son récent prix de Sade me paraissant le destiner plus à un voyage dans une ville où l’on « nique » que dans celle où l’on « aime », que “L’Enfant de l’étranger”, roman de l’icône gay anglais Alan Hollinghurst car il me semblait un peu long pour ce court déplacement, que « Jack Holmes et son ami », le dernier Edmond White qui est plus une histoire d’amitié, j’ai choisi « Une année qui commence bien » de Dominique Nogues, ancien prix Femina pour « Amour noir » ( le héros se dénommait Tadzio...), dont je ne connaissais pas l’homosexualité, un récit autobiographique magnifique, l’histoire de l’amour fou, non partagé, d’un homme de plus de 50 ans, pour un jeune homme à la beauté angélique, aujourd’hui marié avec une « ribambelle » d’enfants, qui, lui dira Houellebecq, « « ne te mérite pas ». Le récit de cette passion tragique qui va bouleverser sa vie et le « guérir de l’amour », superbement écrit, est aussi un voyage passionnant dans le Paris littéraire et homosexuel (tous ces lieux que j’ai pu fréquenter, le BH ma première backroom parisienne, le Scorpion, le Privilège …que de nostalgie) des années 90.

Peu avant mon départ j’avais pu, au cinéma cette fois, voir le récit d’une autre histoire d’amour tragique, celle de Scott pour Liberace. Soderberg délivre un portrait fascinant de ce tyran, sorte d’hybride gay de Richard Clayderman et de Rudi Hirigoyen, et de son milieu social..

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 20:24

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J’aurais presque fini par m’inquiéter et c’est en m’attendant à une nouvelle pas particulièrement réjouissante que j’ai cliqué sur le lien du site des impôts qui allait me faire découvrir le montant de mon imposition. Difficile de ne pas l’être, inquiet, après avoir entendu les cris d’orfraie de certains de mes collègues, qui en étaient restés, eux, au formulaire papier et avaient reçu leur avis il y a déjà quelque temps, et à lire les innombrables articles consacrés au matraquage fiscal à l’écho amplifié par des déclarations de membres de la majorité actuelle, y compris le ministre des finances…

J’ai constaté, avec soulagement, une imposition certes plus élevée que l’année précédente, mais somme toute modérée et parfaitement prévisible, autant due à une augmentation modeste de mes revenus qu’à la désindexation. Même si depuis que je suis pacsé le système des « parts », qui m’a fait rétrograder d’une tranche - mon partenaire ayant des revenus bien plus modestes que les miens - atténue significativement pour moi la progressivité de l’impôt, je me suis demandé si cette « campagne » sur un soi-disant « ras le bol » des contribuables des classes dites « moyennes », n’était pas plutôt savamment orchestré par ce que François Mitterrand appelait « les puissances de l’argent». Ces classes « moyennes», cela dépend il est vrai en partie de la façon dont on les définit (où finit la pauvreté et où commence la richesse ?), me semblent beaucoup plus attachées à un maintien des acquis sociaux dont elles sont les principales bénéficiaires, et donc hostiles à une réduction des dépenses publiques, qu’à une diminution de la pression fiscale. François Hollande, tenu par ses promesses mais surtout encore prisonnier du carcan idéologique que son aile crypto-écolo-marxiste l’empêche de suffisamment desserrer, pouvait-il faire autre chose qu’augmenter les impôts pour faire face à la crise de la dette et rester dans la zone euro ? Il est vrai que ce gouvernement a un sérieux problème de communication et se révèle incapable d'expliquer sa politique.
Les puissances de l’argent au contraire, au lieu de s’inquiéter d’une amputation de leur revenu sans aucune conséquence sur leur train de vie, devraient se réjouir de voir se réaliser ce qu’elles demandent depuis des années, une augmentation de nombre de nos concitoyens, du fait de la désindexation, soumis à l’impôt sur le revenu dont elles nous vantent, par la voie de ses journalistes économiques attitrés et médiatisés, le caractère « pédagogique ». Ces mêmes puissances font semblant d’oublier que leurs « pertes fiscales» sont plus que compensées par leur gains en bourse (http://www.margincall.fr/2012/03/les-marches-sont-ils-de-droite-ou-de-gauche.html), comme à chaque fois que la gauche prend le pouvoir ( Le CAC 40 a flambé sous Jospin , et il est à nouveau au plus haut depuis septembre 2008, alors qu’il n’a cessé de s’écrouler sous Nicolas Sarkozy). Si la bourse est un indicateur avancé de l’économie, donc de la croissance, on aura du mal à nous faire croire que la pression fiscale est incompatible avec cette dernière….

Cette campagne sur le matraquage fiscal s’accompagne, avec la complicité bienveillante des médias qui ne sont pas, comme on voudrait nous le faire croire si à gauche que cela, du moins en ce qui concerne ses éditorialistes, de l’exploitation effrénée de faits divers sur le thème de l’insécurité. Si nous étions en campagne présidentielle, on comprendrait aisément la stratégie de la droite parlementaire, stratégie qui s’est révélée payante en 2002 en amenant Le Pen au second tour, mais qui pourrait s’avérait suicidaire pour elle dans le cadre d’une élection municipale où la multiplication des triangulaires ne peut que faire le jeu des socialistes…à moins que. A moins que certaines formes d’alliance ponctuelles ne soient passées avec les troupes de Marine… C’est sans doute les conclusions auxquelles sont parvenus certains leaders de l’UMP que l’on croyait pourtant peu suspects de sympathie pour le Front….La stratégie du Sauve-qui-Peut.

Je ne voudrais pas laisser croire, ce billet faisant suite à d’autres, que je suis un supporter inconditionnel de l’équipe au pouvoir. Loin de là, j’avais espéré, incorrigible utopiste, que le « tournant social-démocrate », soit enfin assumé et que les amarres avec l’extrême gauche (voire les écolos) soit larguées. Le béarnais lui aussi s’est lassé et s’en est allé rejoindre le marais du centre-droit….L’avenir « politique » de ce pays me semble assez sombre.

J’espère que cet avenir ne sera pas aussi sombre que le tableau qui nous est donné de la France dans le passionnant roman de Philip Kerr, « Vert de gris », dernier opus de ceux qui font suite à la « Trilogie berlinoise ». Il s’agit moins cette fois d’une intrigue policière sur fond historique que d’un document romancé sur l’action des services secrets américains, français et russes pendant et après la dernière guerre et la naissance de la Stasi. Une grande partie de l’action est située en France pendant l’occupation et la vision que le héros, le détective Bernie Gunther, a des français de l’époque est sans indulgence. La description des camps de concentration français du Vernet et de Gurs à l'été 1940 est terrifiante, camps crées avant la guerre par Daladier pour regrouper les réfugiés politiques espagnols…..Pas de trace dans ce roman de passages révélateurs d'une tendre homophobie, assez habituels chez l'auteur.

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 13:35

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Les motivations, plus ou moins avouées ou transparentes, des prises de position sur l’opportunité d’une intervention militaire en Syrie me semblent bien plus révélatrices d’arrières pensées que d’une réelle analyse de la situation syrienne.
Il est assez facile d’en dresser la liste. Dans le camp des opposés irréductibles à l’intervention vous trouvez: ceux qui ont l’antiaméricanisme primaire chevillé au corps, tels Mélenchon, Régis Debray, Chevènement ou Villepin ; ceux qui redoutent un « massacre » des chrétiens par les djihadistes (risque certes bien réel), du Béarnais à cette chère Christine Boutin et ses troupes de la « manif pour tous » qui ont trouvé là un terrain de repli inespéré; ceux qui, tel cet ancien conseiller de Bush et sans doute l’état d’Israël, d’un cynisme avéré mais assez lucide, considèrent qu’il faut laisser entre-tuer sunnites et chiites ce qui ne peut que tourner qu’à l’avantage de l’occident dans le cadre du « choc des civilisations » ; les défenseurs acharnés des tyrans arabes « laïques » de Saddam à Assad, considérés comme des remparts contre la déferlante islamiste, tel le Front National ; enfin les méprisables politiciens de l’UMP, menés par Christian Jacob, dont le seul objectif est d’affaiblir François Hollande.

On fait vite le tour du camp des inconditionnels du « pour », il n’est guère constitué que des inconditionnels du droit d’ingérence, toujours à la pointe du combat, nos chers nouveaux philosophes, Glucksmann et BHL - pour lesquels je garde une certaine tendresse, ils m’ont fait rêver dans ma jeunesse - et dont la haine anti Poutine redouble la rage, les rebelles syriens ayant pris dans leur cœur, du moins dans celui du premier, la place des Tchéchènes.

J’allais oublier une catégorie intermédiaire, ces intellectuels d’un âge fort avancé, épargnés par la maladie d’Alzheimer, et dont le statut de « sage » qu’ils se sont forgés leur permet de proférer sans que l’on s’esclaffe, dans la vénération des médias, des propositions complètement utopiques, tel ce « parions sur la voie du compromis » d’Edgard Morin, l’un de leur dernier représentant maintenant que Stephane Hessel et Albert Jacquard nous ont quittés.

Personnellement tout me porterait à rejoindre le camp des opposés à l’intervention : je ne vois pas, comme Edgard Morin, en quoi l’utilisation d’armes chimiques est pire que les massacres perpétrés jusque-là ; les révolutions arabes nous ont montré qu’elles ouvraient la porte à l’islamisme radical et qu’on substituait une dictature à une autre, probablement pire, ce qui me rapprocherait volontiers de la position des « cyniques » ; enfin les chrétiens, culturellement ma famille, me semblent en effet fort menacés. Pourtant je crains qu’une non intervention, Obama ayant imprudemment proclamé que l’utilisation d’armes chimiques était la ligne rouge à ne pas franchir, ne décrédibilise durablement l’occident démocratique et n’ouvre une voie royale à Poutine qui n’aura plus qu’à se porter candidat au prix Nobel de la Paix…La position de François Hollande, soutenue par Alain Juppé qui est décidément le seul homme politique crédible à droite, a le mérite de la cohérence et de la constance, contrairement à celle d’Obama dont l’indécision devient problématique et dont l’embarras qu’il manifeste devant le coup d’état militaire en Egypte, que les mêmes principes qui justifient une intervention en Syrie devraient l’amener à condamner, témoigne de son désarroi.

Je trouve par ailleurs paradoxal qu’une majorité de français, qui si l’on en croit les sondages n’ont plus confiance en leur classe politique, s’en remettent, non à leur président, chef des armées, mais à la représentation nationale aux arrières pensées multiples, pour décider d’une entrée en guerre….

 

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 10:53

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Le séminaire de fin août qui réunit un certain nombre de collaborateurs du département de mon entreprise dans lequel je travaille marque immanquablement pour moi la rentrée. Cette année il se déroulait à Marseille, ville dans laquelle je n’étais pas retourné depuis pas mal de temps et que j’ai retrouvée transformée, flamboyante, notamment dans le quartier du vieux port envahi par les touristes qui n’ont sans doute jamais été aussi nombreux, attirés par la qualification de « capitale européenne de la culture ». Je comprends mieux maintenant pourquoi Manuel Valls ne cesse d’y revenir….

 

N’y aurait-il eu ce séminaire, l’envahissement des vitrines des librairies par la dernière production d’Amélie Nothomb aurait rappelé à mon bon souvenir la réalité de cette rentrée, une novelette, imprimée en gros caractères, de 148 pages, à conseiller aux adeptes d’une digestion rapide et sans saveur, tandis que ceux qui préfèrent le style « étouffe chrétien » pourront se reporter sur le roman de Yann Moix, une autre incontournable ( moins systématique) des sorties de septembre, qui fait 1000 pages de plus (en petits caractères…). Pas très « cool » de dire du mal de livres qu’on n’a pas lu, qu’on ne lira pas, mais Amélie…je n'ai pas pu résister.

 

De temps à autre, un des romans de la rentrée littéraire s’impose, comme les Bienveillantes il y a quelques années, ou le dernier Houellebecq plus récemment. Cette année on parle déjà beaucoup de celui de Tristan Garcia, « Faber le destructeur ». J’avais consacré un billet (http://limbo.over-blog.org/article-la-meilleure-part-des-hommes-50180060.html) à son premier livre, « La meilleure part des hommes », une fable sur la génération Sida. Il s’agit cette fois encore d’une fable, mais sur les illusions perdues de la génération post soixante-huitarde, celle qui a eu vingt ans dans les années 80. Trois adolescents - les premiers chapitres semblent relever à la fois du « club des cinq»  et de «Pauvre Blaise» (pauvre Basile ici !) – menés par un leader charismatique et surdoué, Faber, dans une ville imaginaire de la France profonde, Mornay, bâtissent leur propre monde jusqu’au moment où à l’entrée dans la vie réelle, celle de notre société démocratique et policée, deux d’entre eux, Basile et Madeleine, vont l’intégrer en « rentrant dans le rang », tandis que Faber va sombrer dans la radicalité de l’ultra gauche. Le roman, écrit à quatre voix, celle des trois protagonistes à laquelle s’ajoute celle de Tristan, un élève de Basile devenu professeur, est l’histoire du parcours de Faber - qui peut parfois évoquer, de loin, celui de Julien Coupat -jusqu’à sa déchéance et sa clochardisation. 

La ville de Mornay est le cinquième personnage de ce roman, beaucoup plus réaliste celui-là, celui de la France d’aujourd’hui, une démocratie indifférente, dont les hommes politiques suivent les fluctuations d’opinion et peuvent changer d’étiquette comme de chemises (les variations journalières de position de l’UMP sur la Syrie y font parfaitement écho…). Certains,  le personnage de Tristan pourrait en être le reflet, mystiques, croient ou plutôt font encore semblant de croire, des radicaux catholiques de la manif pour tous aux illuminés de l’ultragauche, que l’utopie est encore possible. Faber sait qu’ils sont impuissants, il ne lui reste plus qu’à revenir à Mornay pour détruire. Faber est-il un « démon » comme l’a suggéré l’auteur ou n’a-t-il pas plutôt sombré dans la folie, victime de son extrême lucidité ? Magnifique roman qu’on ne lâche pas.

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 11:26

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En quittant Sitgès, avant de remonter sur Paris, nous avons passé quelques jours en Provence, près d’Arles, puis à Aix. Depuis Arles nous avons enfin vu visiter l’abbaye de Montmajour, signalée à mon attention par la lecture du journal de l’année 2011 de Renaud Camus, qui nous a bien plus fascinée que l’exposition d’œuvres contemporaines qu’elle abritait, choisies par Christian Lacroix, enfant du pays et amoureux du lieu, et qui racontait son histoire à l'exception peut-être du grand escalier flottant de Lang & Baumann qui occupe la nef de l'abbaye romane Notre Dame. La chapelle-reliquaire de Sainte Croix, chef d’œuvre de l’art roman situé à l’extérieur du bâtiment principal, était une visite qui s’imposait après la vie de débauche menée à Sitgès, puisque c’est là qu’au Moyen Age était accordé l’absolution de leurs péchés aux fidèles qui venaient en pèlerinage, « le pardon de Montmajour ». Non loin, près de Beaucaire, nous découvrîmes l’abbaye de Saint Roman, ancien monastère troglodytique que des ermites puis des moines creusèrent dans le calcaire pour l’occuper pendant des centaines d’années et dont il persiste de remarquables vestiges.

La chaleur qui régnait sur Arles nous a incité à ne la visiter qu’en fin d’après-midi, après avoir trouvé la plage naturiste gay la plus proche. Elle s’est avérée être située sur celle, très célèbre, de Piemanson, une fois passées les centaines de caravanes qui la squattent sur quelques kilomètres, spectacle fascinant. L’endroit s’est révélé fort peu fréquenté, notamment par quelques individus parfois cacochymes, à la queue branlante sous le poids de leur cock-ring en métal et aux yeux avides de chair fraiche.

Nous avons quitté Arles et ses moustiques dont nous portions encore les traces, pour Aix, ne faisant qu’une brève étape aux Baux, découragés par l’affluence et l’ambiance mercantile très « Mont Saint Michel » qui y régnait, et de toute façon nous connaissions tous les deux déjà le lieu.

A Aix, par un probable effet collatéral de la « crise », j’avais pu bénéficier d’une promotion « internet » à prix cassés dans une des institutions de la ville, « l’hôtel du Roi René ». J’avais déjà séjourné dans cet hôtel, il y a près de 30 ans, quand il était encore un palace chargé d’histoire (son orthographe était légèrement différente : Grand Hôtel du Roy René), jeune médecin hospitalier invité pour un séminaire de travail par un laboratoire, en ces temps éloignés où aucune réglementation ne régissait ce type d’invitations. J’ai d’autant plus facilement succombé à cette offre que le souvenir de la nuit de rêve que j’y avais passée avec ce garçon rencontré au parc Jourdan qui le côtoie, est resté très présent. Depuis, l’hôtel, racheté par une chaîne internationale, a été totalement rénové sur le mode contemporain, non sans encourir les protestations des défenseurs du patrimoine, le parc Jourdan ferme ses portes à la nuit tombée et n’est plus depuis longtemps un des hauts lieux de rencontres homosexuelles, et le café « Des Deux Garçons» sur le cours Mirabeau qui a été, à Aix, ce que le Flore fût à Saint Germain des Près, n’est plus que l’ombre de lui-même. Le caractère "déjanté" de certains de ses serveurs n'en reste pas moins une attraction.

La ville n’en garde pas moins son charme et ses joyaux architecturaux, notamment la cathédrale Saint Sauveur dont nous avons eu la chance de pouvoir visiter le cloître du 12è siècle, un guide nous ayant invité à se joindre à son groupe. Chance si l’on veut car cette visite s’est vite révélée être un piège, le responsable de ce groupe de vieilles dames, d’une culture religieuse aussi impressionnante que son tour de taille, ne pouvant s’empêcher de nous en faire profiter et de rivaliser d’érudition avec le guide, sans même s’apercevoir qu’il avait « largué » son audience depuis longtemps. Au bout de 30 minutes (nous n’avions atteint que le tiers des piliers), constatant que la porte du cloître avait été refermée à clés, Bertrand s’est introduit dans une salle adjacente où travaillaient des techniciennes administratives qui, compatissantes, nous ont indiqué une sortie dérobée….Quelques heures plus tard, après une heure de route jusqu’au parking de l’université marseillaise de Luminy, puis une heure de marche en terrain montagneux, nous atteignîmes le coin «gay» de la calanque de Sugiton. Difficile d’imaginer que des paysages d’une telle beauté puissent exister aux portes de Marseille.

De retour dans un Paris déserté un 15 août, il ne nous restait plus, en dehors d’une halte à « Tata beach », cette partie du bois de Vincennes fréquenté par le Marais afin de maintenir son bronzage et accessoirement satisfaire à quelques besoins physiologiques, il ne nous restait plus qu’à reprendre le chemin des salles obscures. Nous nous sommes précipités pour voir « Elysium» de Neill Blomkamp , tant j’avais été séduit par l’originalité et l’inventivité de son précédent film de science-fiction , « District 9 », mais ce fût une déception tant le scénario est manichéen - il pourrait avoir été co-écrit par Jean-Luc Mélanchon et Arlette – même si la beauté et l’inventivité visuelle permettent de le voir sans ennui. On se demande ce que Matt Damon et Jodie Foster sont allés faire dans cette galère. Un coup de cœur par contre pour « Je ne suis pas mort », petit film subtil et intelligent sur l’identité, à la limite du fantastique, contant les rapports étranges entre un brillant étudiant beur et son professeur à l’école Normale, et dont certaines répliques, notamment sur la perte de la langue, auraient pu être inspirées par Renaud Camus si un des thèmes du film ne concernait pas la difficulté d’être arabe en France. Medhi Dehbi, excellent dans le rôle principal, avait déjà été remarqué pour son interprétation d’un transsexuel dans La Folle Histoire d'amour de Simon Eskenazy.

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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 21:42

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J’écris ce billet de Sitgès qui s’est imposé, pour moi depuis bientôt 20 ans, comme une destination incontournable de nos vacances d’été. Nous l’avons atteint après une étape bordelaise de mise en condition qui nous a permis de passer quelques heures à la plage gay du Porge, un plaisir qui se mérite car il a fallu pour cela franchir les dunes, 20 minutes de marche, sous un soleil de plomb..

J’ai décrit dans de précédents billets l’évolution de la « territorialisation » gay de cette ville, autrefois organisée autour de la rue de la Bonne Aventure, et qui depuis quelques années se concentre sur trois rues adjacentes à la terrasse gay la plus courue de la ville, « Le Parrots », point de départ de l’empire commercial qu’a peu à peu bâti « Jabba le Hut » ( http://limbo.over-blog.org/article-jaba-the-hut-a-sitges-81498001.html ). L’autre soir, le voyant discuter vivement à une table voisine de « L’angle d’Adriana », un des restaurants de son empire, avec deux individus dont l’anglais m’a semblé empreint d’un fort accent russe, le mot « mafia » m’ a traversé l’esprit. Il semble avoir parachevé son œuvre, probablement aidé par la crise, en terrassant la concurrence, avec la disparition des « monuments historiques» de la scène gay locale, en déclin progressif depuis 3 ans : l’immense bar/boite, le « Mediterraneo » a fermé et est à vendre; le bar le « Candil », où j’ai tant de souvenirs, est devenu un « bordel »; la longtemps unique discothèque de la ville, dont je fus il y a une quinzaine d’années l’amant éphémère du DJ, Juan José, a changé de nom et n’est plus gay que pour les « foam party »…

On a bien l’impression que c’est une page de l’histoire du Sitgès gay qui s’est tournée. Alors que la vie nocturne, dès la sortie des restaurants, s’organisait en un « circuit » très rythmé, aux couleurs arc en ciel, à travers la ville, du Candil vers minuit pour finir, parfois, sur la plage à l‘aube pour ceux qui n‘avaient toujours pas trouvé le garçon de leur rêve, en passant par le Mediterraneo vers 2 heures et le Trailer vers 4, chaque établissement phare ayant son heure d’affluence, on constate depuis 2 ou 3 ans ec une tendance paradoxale, en ces temps de mariage où un Pape laisse échapper un « Qui suis-je pour juger », à une certaine « re-ghetoisation » : regroupement des lieux, multiplication des bars à consommation sexuelle immédiate, shows de travestis et de hot (très hot…) strippers quasi inévitables…

Si l’on ajoute à tous ces changements spectaculaires, le rétrécissement marqué de la plage gay du centre ville, la mer gagnant de plus en plus de terrain sur le sable (la municipalité aurait elle renoncé à amener les tonnes de sable nécessaires à sa sauvegarde? Ou tout simplement, conséquence de la crise qui frappe le pays, n’en a-t-elle plus les moyens?) ; l’affluence semble t’il un peu moindre - mais il est vrai que nous sommes venu quelques jours plus tôt que d’habitude cette année pour éviter pour éviter la semaine du 15 août et l’arrivée massive du « milieu » parisien ; les restaurants qui peinent à se remplir, enfin et surtout la nouvelle du décès de Pépé, vieux vendeur ambulant de rafraichissements sur la plage (ses « aqua, cervesa, coca-cola » vous résonnaient encore dans l’oreille longtemps après avoir quitté Sitgès), le sentiment fugace et nostalgique de fin d’une époque pourrait vous effleurer. Vous effleurer seulement car, même si nous envisageons , pour l’année prochaine, de faire un « break » et de découvrir enfin Mykonos, nous venons de passer une semaine fort agréable, d’autant plus que ce message d’un jeune homme de Dubaï reçu sur l’application « Growl » , « Wish I could be free as you are, openly gay », ne vous incite pas à faire la fine bouche!


 

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