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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 21:41

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La rédaction de Mediapart considère comme une excellente nouvelle que près de la moitié des électeurs italiens aient voté pour deux clowns, un de droite et un de gauche. Il est vrai que pour les trotskistes et assimilés le bordel est toujours le bienvenu, terrain indispensable à la «révolution»…Ils ont d’abord espéré que la chienlit viendrait de Grèce, puis des « indignés» espagnols, maintenant de la « commedia dell'arte», et en dernier recours, peut-être, se résigneraient ils à voir dans une victoire de Marine Le Pen l’ultime décomposition de notre système…. Il est à craindre qu’ils ne finissent par voir leurs souhaits exhaussés si l’on ne parvient pas en mettre en place, sous processus démocratique, une direction politique de l’Europe.

Si l’avenir de cette dernière n’incite pas à l’optimisme, celui des révolutions arabes parait un peu moins sombre. L’islamisme radical ne semble plus une fatalité si l’on en juge par les réactions populaires récentes, dans les urnes en Lybie, dans la rue en Egypte et en Tunisie. Ce qui amène ces sociétés à la tentation de l’intégrisme est le sujet du film de Nabil Ayouch, « Les chevaux de Dieu ». Il montre comment les salafistes marocains s’y prennent pour embrigader la jeunesse et canaliser ses frustrations vers le fanatisme religieux. Démonstration sans doute trop «pédagogique», le réalisateur accumulant les causes -misère des bidonvilles, carence du milieu familial, corruption des administrations, frustrations sexuelles dues au statut de la femme en pays musulman, économie parallèle basée sur le trafic de drogue pour survivre, prison - qui pourraient expliquer pourquoi deux jeunes frères, les héros de cette histoire que l’on découvre enfants, une bande de gamins jouant au foot, vont se retrouver protagonistes d’attentats suicide à Casablanca en 20003. En dépit du talent des acteurs non professionnels et du metteur en scène, si l’on peut facilement comprendre que le basculement du frère ainé ait pu se faire en prison, épisode sur lequel le film ne nous dit rien, on a du mal à adhérer sans perplexité à celui du cadet, qui se fait brutalement à la suite du geste meurtrier qu’il est amené à commettre pour libérer son plus proche ami d’une tentative de viol par son employeur, si ce n’est à incriminer une violence intérieure révélée par la sauvagerie avec laquelle il accomplira ce geste.

Un autre intérêt de ce beau film est de montrer comment le désir homosexuel, corrélat des frustrations sexuelles, s’exprime dans ces sociétés. Utilisation du mot « pédé » comme insulte généralisée vis-à-vis de tout adversaire sportif ou rival, viol masculin public comme affirmation de son statut de chef de bande…L’homosexualité non dite, mais tacitement reconnue, d’un des protagonistes de la bande, est révélée dans une émouvante scène de maquillage esquissée devant un miroir...
Fréderic Martel, dans «Global Gay», se montre dubitatif quant à l’évolution de la question gay sous l’influence du printemps arabe, craignant qu’une certaine «sécularisation» des pays musulmans ne reporte la fidélité à un certain islam sur les mœurs : «L’utopie de l’islamisme se réduirait alors à une sorte de conservatisme en ce qui concerne l’alimentation et les sujets de société….et le raidissement sur les mœurs serait d’autant plus fort que l’occidentalisation s’accroitrait. L’homophobie serait alors un bon alibi…».

Il est édifiant de constater que cette hypothèse a été avancé comme un des arguments majeurs par certains milieux laïques extrémistes pour justifier leur hostilité au mariage homosexuel, notamment par "riposte laïque" :
« la lutte contre l’islamisation de notre pays passe par la lutte non pas contre l’homosexualité, qui existe depuis toujours, mais contre le mariage homosexuel. En effet, les musulmans auront beau jeu, si la loi passe, de nous traiter de dégénérés, ce qui est un de leurs arguments pour nous conquérir. Et puis, s’ils voient que nous changeons si facilement nos lois essentielles (et notre législation sur le mariage est une législation essentielle, qui structure la société) ils essaieront davantage de changer nos lois pour mettre la charia à la place. Plus simplement, notre civilisation peu à peu démolie par morceaux, laissera plus facilement la place à l’islam, suivant le principe qui estime que la nature a horreur du vide. »

Il n'a pas été très souvent noté que les arguments les plus absurdes et abjects contre le mariage gay ont beaucoup plus fréquemment été le fait des milieux laïques de droite, l'UMP en tête de liste, que des milieux confessionnels, y compris catholiques. C'est pourtant sur ces derniers que se concentrent réprobations et caricatures. Mais faut il s'en étonner dans un pays à vieille tradition anticléricale?

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 21:37



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La parution de "Global Gay" fait écho à notre actualité «communautaire» abordée dans plusieurs billets antérieurs.

Il n’est pas inutile de rappeler que son auteur, Fréderic Martel, avait publié en 1996 «Le Rose et le noir : les homosexuels en France depuis 1968», livre qui avait suscité une vive polémique, entre autres parce qu’il pointait la sous-estimation par certaines associations gays de la question du Sida en début d’épidémie. L’accueil favorable qu’il avait reçu dans une partie de la presse de droite (notamment l’Express) avait renforcé la qualification de « réactionnaire » qui lui avait été attribuée par Didier Eribon, l’auteur de «Réflexion sur la question gay» (http://www.prestige-rental.com/prod/file/esprit_presse/archive/xml_sommaire/11_1996_11/11_1996_11_p000197_art1.xml).

J’avais personnellement pris un vif plaisir à la lecture de ce livre qui m'avait semblé refléter fidèlement la situation que j’avais pu vivre, du moins à partir des années 80, notamment au sein de l’association des médecins gays, même si je ne partageais pas pleinement ses réserves sur le « communautarisme et la gaypride. L’auteur s’était étonné de cette polémique : « Dans sa conclusion le livre défend une position modérée et intermédiaire entre un républicanisme crispé et un communautarisme outrancier, rejetant avec une égale vigueur les arguments des partisans du « droit à la différence » et ceux qui, au nom d'une République mythique, refusent la diversité et se satisfont trop bien d'un « droit à l'inexistence » (j’adore cette dernière expression !).

Depuis il a publié « Mainstream, Enquête sur la guerre globale de la culture et des médias », un pamphlet « J'aime pas le Sarkozysme culturel » et s’est fait remarqué par une violente et caricaturale critique de la « Grande déculturation » de Renaud Camus (ce qui a fait dire à Elisabeth Levy qu’ il "était passé du côté du manche"), ce qui le positionnerait plutôt maintenant du côté de la doxa bien pensante.

C’est avec intérêt et curiosité que j’ai abordé la lecture de « Global Gay », d’autant plus que son sous-titre «comment la mondialisation gay change le monde», dans le contexte de sa reprise de la terminologie « pre-gay/gay/post gay » proposée par des intellectuels espagnols (http://limbo.over-blog.org/article-adapte-toi-a-notre-homophobie-ou-de-l-heterosexualisation-de-l-homosexualite-109687347.html) laissait supposer un point de vue quelque peu différent de ces derniers.

Déception car de point de vue il n’y en a point vraiment, il ne s’agit guère ici d’une «réflexion sur la question gay», mais plutôt d’un état des lieux, très documenté, parfois jusqu’à l’ennui, sur le mode journalistique de l’enquête, de la situation des gays individuellement, socialement, culturellement et de ses répercutions sur l’évolution des mentalités dans un grand nombre de pays aux régimes politiques et religieux les plus divers.

Hors la "mondialisation", il n’y a guère de fil conducteur à cette succession de chapitres qui fait penser à une compilation d’articles dont la plupart sont consacrés à des pays où la situation des homosexuels est plus que difficile. J’ai cependant trouvé particulièrement intéressants celui consacré à Cuba – Mélenchon serait bien inspiré de prendre connaissance du sort que ses amis, les frères Castro, réservent aux gays – et surtout à l’Iran en pleine évolution, qui va tout à fait dans le sens du point de vue publié dans le monde de lundi, « théologiennes féministes de l’islam ». Passionnante notamment cette constatation d’une dichotomie entre le Sud et le Nord de Téhéran, encore au stade des "pratiques", de l’ombre, pré-gay pour le Sud, identitaire, « déjanté », au stade « gay » au Nord.

Une place relativement limitée est consacrée aux pays occidentaux, presque inexistante pour la France, avec toutefois la proposition d’une typologie convaincante de l’organisation de la vie gay dans les grandes villes: le «cluster», regroupement de lieux gays sur quelques rues, le plus souvent en périphérie ; «le village», comme le Marais à Paris ou Castro à San Francisco ; le «strip» où tout s’organise le long d’une avenue comme Santa Monica Boulevard à Los Angeles ; la «colonie», lieu historique, souvent estival comme Key West ou Sitgès et Mykonos en Europe ; «l’alternatif», décrit comme plus socio-culturel que géographique même s’il est localisé, gayfriendly, en quelque sorte « désexualisé » ; enfin l’ «étalement» (sprawl), éparpillement des lieux gays dans toute la ville. Les deux dernières typologies témoignent de cette évolution « post gay » des pays occidentaux : «plus une ville est gayfriendly, plus la vie gay s’éparpille et se dissout dans le tissu urbain ; plus la tolérance est fragile, plus la vie gay se regroupe en «villages» et en «clusters». J’ai eu la sensation en lisant le chapitre sur New York que je ne retrouverais pas facilement mes marques dans cette ville dans laquelle j’ai vécu un mois, et des nuits « déjantées », en 1993….

Le contraste est saisissant entre un monde occidental entrain de basculer dans un monde post-gay, où «la pénalisation de l’homosexualité laisse la place à la pénalisation de l’homophobie» et l’Orient, notamment en terre d’Islam où la révolution gay progresse pas en pas, non sans risque, progression formidablement aidé par internet et la puissance des réseaux sociaux qui permettent de contourner la censure et l’invisibilité.

L’intérêt et l’utilité de de livre ne sont pas discutables, formidable outil de travail pour le chercheur, voire guide de voyage. On peut cependant regretter qu’il ne questionne pas -si ce n’est de manière anecdotique - cette évolution, vue me semble t’il, contrairement aux auteurs d’ « Homographies », de façon quelque peu idyllique en Occident.
 

 

 

 

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 08:48

 

 

 


L’actualité m’a amené, comment aurais je pu y échapper, à consacrer de nombreux billets au mariage homosexuel - je n’aime décidemment pas l’expression "mariage pour tous", même s’il faut bien reconnaitre qu’elle s’est imposée, - nombre de ceux qui m’ont connu dans mes années « militantes » en seraient sans doute sidérés, cérémonie qui ne concernera probablement qu’une minorité d’entre nous. Notre longue marche vers l’égalité des droits, y compris les plus conformistes, ne doit pas nous faire oublier la libération sexuelle sur laquelle s’est
construite l’identité gay et qui continuera à occuper les journées et les nuits d’un bien plus grand nombre.

Les réflexions d’un jeune internaute  qui, à la suite du billet que j’avais consacré à « amitié et homosexualité », a préfèré la voie du message personnel à celle du commentaire, me donnent l’occasion de revenir à des préoccupations plus quotidiennes. Dans une discussion sur notre rapport au sexe, au désir et à l’amour, une de ses affirmations - "le jardin des tuileries s'est vidé au profit de gayromeo"- m’a amené à lui répondre à peu près en ces termes :

« Est ce si sûr, du moins dans les grandes villes, ou tout au moins est ce durable?

Je ne crois pas qu’internet ai rendu ou soit sur le point de rendre "archaïque", dépassé, les anciennes pratiques. J'ai certes investi internet, jusqu'à l'addiction
parfois, mais sans renoncer aux bars, bars sexe, saunas, plages etc. La « chasse » sur internet a ses limites et ses pièges :

* le profil virtuel...Certes, avec un peu d’habitude on le débusque assez rapidement pour mettre un terme à un « chat » interminable
* le profil « ravalé » : la marchandise livrée ne rappelle que vaguement le « flyer » attractif vu sur le site.
* la disponibilité du théâtre des opérations : le marché des « je me déplace seulement » excède de loin celui des « je reçois ». Ah ces couples
infidèles…..
* l'impératif du "now" ou l'envie de baiser similaire à une envie de "pisser" : "Tu es dispo quand?" : "now".....La programmation d'une rencontre non immédiate est
bien souvent vouée à l'échec, et même quand elle semble envisageable faut il encore disposer d’une mémoire sans faille pour se souvenir des disponibilités diverses de multiples
contacts…..
* la non faisabilité du "plan B" : pas de plan de substitution comme dans les lieux « physiques » où si "ça ne colle pas", on passe au suivant....ni la possibilité
de proposer, en garçon bien éduqué, un « break » quand l’ennui pointe….
* la perte du plaisir de "chasser": l'approche, l'accroche d'un regard, l'esquisse d'un sourire…
* le formatage des rencontres en fonction des pratiques (actif/passif, poppers, etc...) au détriment des individus vus comme de simples instruments de son plaisir.
Combien de « chats » commencent par l’exaspérant « tu aimes quoi ?» (J’ai pris l’habitude de répondre presque systématiquement « tout») ou « trips ? », quant cela ne va pas jusqu’à la demande de
scénario…
* la gestion de la "récidive", ou selon une expression imagée que j'ai eu le plaisir de découvrir il y a peu :"ça te dirait de remettre le couvert". Une situation au premier abord plutôt flatteuse pour l'ego, mais qui peut se révéler embarrassante si justement "ca ne nous dirait pas tant que ça". A la reflexion plutôt plus facile à gérer sur internet, ou l'on peut, mais cela n'a qu'un temps, arguer de sa non disponibilité, alors que dans les lieux traditionnels il faut bien se résoudre soit à blesser , soit à se sacrifier, sacrifice qui peut toutefois se révéler assez doux quand ona rien trouvé d'autres à se mettre sous la dent.
* la censure des filtres sur l'âge : quelques jours de plus par rapport à la date limite de consommation et vous disparaissez de l’écran. Cela conduit à une minimisation presque systématique de son âge, parfois pathétique…..
* la censure des filtres sur la localisation : malheur aux banlieusards….Durant les années de braise j’étais capable de faire des centaines de kilomètres pour un plan….

Internet est un outil fantastique, devenu irremplaçable quant on se déplace dans une ville ou un pays dont ne connait pas la typologie des terrains de chasse ou dont la vie gay est réduite à sa plus simple expression ou impossible au grand jour. Je vous concède qu’il a permis l'explosion quantitative des possibles, voire qualitative, non dans le sens d'une amélioration de la qualité...mais dans celui de l'arrivée sur le "marché" d'une population qui ne n'aurait jamais mis les pieds dans un lieu gay, fut-ce une « tasse » ou un jardin, population qui ne se localise d'ailleurs pas sur des sites ouvertement "gay" comme gayromeo ou citegay, mais sur d’autres comme Badoo, voire gayvox où l’on peut afficher une orientation "hétérosexuelle". Il me semble cependant que son utilisation exclusive des réseaux sociaux a une dimension frustrante, produit un manque que je ne dois pas être le seul à ressentir si l’on en juge, par exemple, par le succès des jours "naturistes" au sauna IDM ou la multiplication des soirées privées.

Le jardin des tuileries s’est peut être vidé, je ne sais, depuis cette nuit des années 80 où j’y fis une chute mémorable, mon regard attiré par celui d’un garçon
n’avait pas vu le ravin vers lequel mes pas me dirigeaient, ou celle des années 90 où j’ai hébergé chez moi ce jeune homme qui venait de s’y faire tabasser et dévaliser et qui ne savait comment
regagner sa province natale, mais bien d’autres lieux sont encore florissants ou le redeviennent.

Il est vrai qu'on ne peut avoir la même approche de « Grindr » à votre âge et au mien. Je n’ose imaginer le nombre de sollicitations dont on doit être assailli à 20
ans, je comprends que cela puisse être grisant et qu’il soit même impossible d’y faire face, vous obligeant à l’impolitesse…

Bien à vous »


Je ne suis pas sûr que cette réponse ait satisfait mon interlocuteur, cette correspondance fût la dernière….

Au moment où je termine ce billet, j’ai à peine commencé la lecture du nouvel essai de Fréderic Martel, «Global Gay», dont le sujet central est la mondialisation de la question homosexuelle, et notamment du rôle qu’y joue internet : « Dans cette globalisation en cours de la question gay, un élément déterminant est en train de tout accélérer : Internet et les réseaux sociaux. Isolés hier, les homosexuels sont désormais connectés les uns aux autres, et cette révolution est, comme on le lira dans les pages qui suivent, la plus considérable de toutes ». 


Dans le prologue j’ai été quelque peu surpris de retrouver les expressions « pré-gay » et « post-gay » dont j’ai fait état dans de précédents billets à propos des contributions d’intellectuels
espagnols à la question gay. Il rend compte en ces termes de l’atmosphère d’un bar jordanien : « ….le Books@Café est à la fois le passé et l’avenir de la question gay, à la fois « pré-gay » et «
post-gay ». Cette atmosphère hors du temps le rend fascinant. Pré-gay, car on est ici, à l’évidence, avant la « libération gay » du monde arabe – si l’expression a un sens. Post-gay, car on est aussi au-delà, dans une modernité que j’ai vu naître à East Village à New York, à West Hollywood à Los Angeles ou dans les villes d’Europe du Nord : celle d’une vie homosexuelle moins cloisonnée et plus fluide, d’une communauté qui n’est pas seulement « gay », ni même « gay friendly », mais simplement « friendly » - le mot « gay » étant sous-entendu. Books@Café est un lieu au-delà des entités uniques et des communautés fermées. Il est décalé, non cloisonné : post-gay. »

J’aurais sûrement l’occasion de revenir sur ce livre d’ici peu.

 

 

 

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 21:33

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A chaque grande avancée «sociétale», sous la cinquième république, le ministre de la justice en charge du dossier a prononcé à l’assemblée nationale un discours dont on a dit qu’il marquerait les mémoires et ferait entrer son auteur dans l’histoire. Ce fut le cas de Simone Weil pour la dépénalisation de l’avortement, de Robert Badinter pour l’abolition de la peine de mort (celui prononcé pour la dépénalisation totale de l’homosexualité était également remarquable), et c’est maintenant le tour de Christianne Taubira, admirable, pour le mariage gay. Ces lois ont à chaque fois étaient votées dans la première année du premier septennat d’un président qui n’a jamais été issu des rangs du parti qui se réclame du fondateur de notre actuelle constitution, et n’auraient pu l’être sans les voix des formations de gauche. On peut se demander comment ce parti qui domine la vie politique à droite depuis 50 ans ne commence pas à éprouver une certaine fatigue à être toujours à la remorque du sens de l’histoire en s’appuyant sur la fraction la plus réactionnaire et la plus âgée de son électorat. On ne peut qu’être frappé par la différence de comportement de son homologue britannique avec un premier ministre, pourtant très conservateur, qui au nom de ses convictions et sans doute contre son intérêt politique immédiat, a su entraîner avec lui nombre de députés de son parti en faveur du mariage homosexuel. Chez nous le nombre de députés de droite qui voteront la loi ou s’abstiendront est nanoscopique, parfois pour de basses raisons comme NKM qui a pris soudainement conscience, après les savoureux conseils de Roselyne Bachelot, qu’il lui serait difficile de prendre la mairie de Paris si elle s’aliénait le Marais. Les députés UMP, qui ont montré dans ce débat qu’ils n’avaient pas peur du ridicule, pourront toujours se consoler en rendant hommage aux propos d’un de nos anciens premiers ministres, Edith Cresson, qui considérait l’homosexualité comme une sorte de faiblesse plus proche des « coutumes anglo-saxonnes »….

Je ne serais pas tout à fait honnête si j’omettais de mentionner qu’un député du parti majoritaire à droite, Lucien Neuwirth, a su lui imposer la loi autorisant la contraception, avec le soutien, silencieux, de De Gaulle et une fois encore les votes de l’opposition de Gauche, mais c’était il y a si longtemps, en 1967, avant que ne commence avec Pompidou la dérive conservatrice du parti gaulliste.

Il est vrai que dans notre pays les pesanteurs idéologiques, à droite comme à gauche, ont tendance à fossiliser les partis politiques au point de nous faire oublier qu’il est loin d’en être ainsi partout. J’ai découvert, avec stupéfaction, en assistant à la projection du « Lincoln » de Spielberg, survenue fort à propos quelques jours après celle du Tarantino, que la parti d’Obama, à l’origine, était esclavagiste et que c’est le parti républicain - certes avec des arrières pensées pas uniquement humanistes, le capitalisme industriel pour étendre son empire devait détruire le système économique du Sud - qui a fait voter l’abolition de l’esclavage…. Quoiqu'en ait pensé une certaine critique, j’ai trouvé le film certes quelque peu académique, mais redoutablement efficace.

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 20:29

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Dans l’avion qui me ramenait de Bordeaux, samedi dernier, feuilletant « Le Figaro» -dont je ne suis pas un lecteur, rassurez vous, mais le journal était mis à notre disposition – je suis tombé, dans les pages consacrés au projet de loi sur le mariage homosexuel, sur un article qui lui était sans réserve favorable, signé Philippe Villin, banquier, proche de Nicolas Sarkozy et ancien vice-président de ce journal. Je me suis senti en résonance, cela n’étonnera pas les lecteurs de ce blog, avec sa façon de définir le couple homosexuel «qui combine le plus souvent l’amour et l’union libre sans ni exclure, ni rendre obligatoire le mariage» et sa position sur le projet de loi qu’il défend au nom de l’égalité des droits - « Mes jeunes amis gays, qu’ils soient serveurs, vendeurs, agrégés, HEC ou énarques, exigent tous de pouvoir accéder au mariage même si la plupart ne se marieront pas. Nous sommes un troisième sexe. L’égalité des droits s’impose» - tout en affichant sa réticence quant à l’institution puisqu’il ne compte pas épouser son compagnon : « Pour moi c’est une institution trop rigide et religieuse. Je ne suis pas sûr qu’elle convienne ni à notre époque ni aux couples nombreux, tant chez les hétéros que chez les homos, qui souhaitent conserver en transparence une grande liberté sexuelle, garante, de mon point de vue, de la longévité des unions». Les esprits n’y sont pas encore prêts mais je souscris à sa proposition de supprimer le mariage civil : « Au fond, l’idéal serait peut-être de remplacer le mariage civil par un contrat d’union civile renforcé et de laisser le mariage aux cultes… ».

Se marier, c’est une question que nous aurons à nous poser en effet Bertrand et moi. Pour les mêmes raisons que Philippe Villin, nous n’en avons pas le désir, mais des raisons purement matérielles pourraient nous y contraindre afin de combler les insuffisances du PACS - étant donnée notre importante différence de salaire - quant à la protection du partenaire en cas de décès (héritage, pension de réversion).

Pour ce faire faudrait-il encore que le projet soit adopté. Dimanche matin, en route sous une pluie battante vers la salle de sport de la place d’Italie pour un cours de « bodypump», je ne doutais pas que la mobilisation serait insuffisante pour que la manifestation prévue l’après-midi en faveur du mariage puisse être considérée comme un succès. Par miracle, peu avant son début, le ciel s’est brusquement éclairci (Dieu serait-il avec nous ai-je pensé, je ne sais lequel, ou plutôt si, surement celui qui est Amour, le chrétien?) et lorsque j’ai constaté avec stupéfaction, que le quai de la station de la ligne de métro n°6 qui m’amenait à Denfert était noire de monde au point qu’il était difficile d’accéder aux rames bondées, j’ai compris que la partie était gagnée.

C’est de partout que le ciel de François Hollande semble s’éclaircir un peu - une aventure malienne qui s’annonce plutôt bien pour l’instant, la libération de Florence Cassez, un accord compétitivité-emploi signé entre plusieurs partenaires sociaux, un chômage au moins temporairement stabilisé, des sondages qui frémissent. Cette mobilisation réussie ne peut qu’aider un exécutif moins affaibli à rester ferme et tenir bon, car n’en doutons pas, les opposants au mariage gay sont loin d’avoir épuisé leur réserve de bassesses.

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 22:43

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L’affiche du film ne laissait guère place au doute, le réalisateur israélien de la « La visite de la fanfare », fable humaniste, d’une grande subtilité et à l’émotion contenue, notamment dans la scène où est évoquée l’homophobie au sein de la famille, venait de réaliser son nouveau film sur les violences dont étaient victimes les homosexuels en Serbie. Bien qu’un peu troublé d’avoir entendu Laurent Ruquier –dans son émission du samedi soir châtrée depuis l’éviction de Naulleau et Zemmour - recommander chaudement le film, en général ce n’est pas bon signe, je me suis précipité pour le voir, craignant qu’il ne reste que peu de temps en salle.

J’ai découvert « ébahi» cette fable traitée sur mode burlesque –des militants homosexuels, se voyant dissuader par des hooligans d’organiser la première gaypride à Belgrade, vont faire appel pour assurer leur sécurité à des gangsters homophobes – qui accumule sur les personnages homosexuels masculins (les lesbiennes sont miraculeusement épargnées) tous les stéréotypes de l’imaginaire hétérosexuel : couards, « tantes» (nous avons même droit à une variante de la scène de la «biscotte»), se déplaçant en voiture de couleur rose et bien sûr décorateurs ou organisateurs de soirée (point de coiffeurs toutefois…). Certes les hétérosexuels ne sont pas mieux lotis, machos, laids (sauf les nazillons…), vulgaires et violemment homophobes.

Je ne doutais pas des « bonnes » intentions du réalisateur dont j’avais lu l’interview dans Tetu, qu’il ait sincèrement cru que la situation en Serbie, très différente culturellement de celle que nous connaissons en France sur ce sujet, nécessitait une représentation de l’homosexuel conforme aux clichés pour pouvoir soulever l’émotion d’un peuple homophobe ( il est vrai que le film a connu un grand succès en Serbie et a été couvert de prix), illustrant ainsi de façon magistrale les réflexions des auteurs «d’homographies» - les hétérosexuels « bienveillants» nous accorderaient le même statut qu’aux animaux à protéger - mais je ne pouvais arriver à croire qu’ Eran Kolirin ait pu réalisé un film d’une telle lourdeur.

Et pour cause ! Après vérification j’ai pu constater qu’il s’agissait en fait d’un réalisateur serbe (hétéro...) et que la bande annonce et l’affiche étaient une escroquerie!

Ceci dit tout n’est pas à rejeter dans ce film, son intention sans doute louable, le retournement tragique de son final qui parvient enfin à susciter l’émotion et ses clins d’œil humoristiques à des monuments du cinéma : le « road-movie » de la constitution, par le leader des gangsters serbes, du service de sécurité de la gaypride qui se veut un « remake » des 7 mercenaires, ou la fascination de ce dernier pour une scène mythique du cinéma gay, les retrouvailles de Charlton Heston et Stephan Boyd dans Ben-Hur.

Le rapprochement de ces deux films est sans doute téméraire (et cruel), mais Tarantino vient de montrer avec « Django » qu’on pouvait réaliser une parodie éblouissante sur la persécution d’une minorité. Tout, la saveur des dialogues, l’interprétation, la bande son, la mise en scène, concourt à vous faire passer près de 3 heures jubilatoires.

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 19:41


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Dimanche après midi, des centaines de milliers de personnes témoignaient dans les rues de Paris, au nom des saintes valeurs de la famille et des droits de l'enfant, au minimum de leur malaise devant une relation homosexuelle, au pire de leur aversion et de leur haine. Si François Hollande n’avait eu l’opportunité d’attaquer les islamistes qui terrorisent le Mali on n’aurait parlé que de ça, en boucle, sur toutes les chaines. L’homophobie, pourrait on trouver meilleure illustration des propos rapportés dans un précédent billet des auteurs "d'homographies", plus ou moins profondément enfouie, sous les coups de butoir d’une société politiquement correcte, chez bien des hétérosexuels "bienveillants", a fini par suinter à nouveau à l'occasion de ce projet de loi. J'ai malheureusement pu le constater autour de moi, dans mon entourage professionnel et familial, ce soir même au cours d’un diner lors d’un séminaire de mon entreprise, où me fût à plusieurs reprises posée la question, mon orientation sexuelle étant connue de tous, « et toi, qu’est ce que tu en penses ». C'est bien l'homosexualité qui est en cause. Certains hommes politiques de droite, notamment des députes UDI, en sont parfaitement conscients - " Le vrai problème, c'est l'acceptation de l’homosexualité, même si l’embarras qu'elle suscite n'ose plus trop s'afficher......C'est un sujet encore un peu tabou, même les plus ouverts ne sont pas à l'aise"- et s'honorent en soutenant ce projet, alors que d’autres, méprisables, ont décidé d'exploiter ce retour du "refoulé" au profit de leurs basses ambitions.

Pendant ce temps là j'assistais à l assemblée générale de l'AMG qui devait élire un nouveau bureau, le précédent étant démissionnaire. La question centrale, soulevée par la nouvelle équipe, fut celle de notre sigle "association des médecins gays". Ne sommes nous pas perçus comme "communautaristes", ce qui rendrait difficile notre volonté d' ouvrir plus notre association aux paramédicaux, aux lesbiennes (une seule femme) et surtout a des médecins non gays, voire a des médecins gays qui refusent de se voir "catégoriser"....Mais cela marquerait une rupture par rapport a l'acte de fondation de l'association en 1981 qui était communautariste : proposer aux homosexuels l'écoute et la prise en charge médicale adaptée qu'ils ne pouvaient trouver auprès de leur médecin de famille. Survivrions nous a un changement de nom? La question n’a pas été tranchée .....

Il arrive parfois que l'on ait besoin de "respirer". Est ce qui est arrivé à Eytan Fox dans son dernier film "yossi"? J'avais fort apprécié ses deux précédentes réalisations, "the buble" et surtout "tu marcheras sur l'eau". Ces deux films s'inscrivaient dans la dimension tragique qui est celle de la plupart des films traitant de l’homosexualité, impossibilité du couple, homophobie, fatalité, etc...Ce réalisateur israélien a imaginé, dix ans après un de ses premiers films, que je n’ai pas vu, « Yossi et Jagger », dont on comprend qu’il contait l’histoire d’amour entre deux soldats israéliens dont l’un allait disparaitre au combat à la frontière libanaise - à une époque où il n’était pas possible de faire état de tels sentiments dans l’armée - ce qui aurait pu arriver à Yossi, le survivant. Ohad Knoller, que l’on a aussi vu dans «buble », a repris le rôle qu’il avait interprété des années avant. Devenu médecin hospitalier, empâté, mal dans sa peau, dépressif, reconnaissant dans une de ses patientes la mère de son amant disparu, il va, dans une scène aussi glaçante que bouleversante, leur dire qui était leur fils, puis croiser par hasard la route de quatre soldats en permission dont l’un, qui s’affirme gay, dans une époque où cela est devenu possible, va éveiller en lui, à nouveau, le désir. Imaginez « a single man » avec un autre fin, où l’objet du désir, au bord de la piscine, lui dirait que lire « Mort à Venise » n’est peut être pas la meilleure idée. Ce n’est sans doute pas le meilleur film de ce réalisateur, mais quelle bouffée d’air frais….. 

En attendant « La parade », du réalisateur de l’inoubliable « voyage de la fanfare ».

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 14:44

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Je ne peux, en ce début d’année, souhaiter, comme je le fis souvent, qu’elle nous apporte la découverte de la «particule de Dieu», le boson de Higgs, 2012 ayant rempli mes espérances sur ce point. Espérer la découverte de la matière noire (la masse manquante qui constituerait 80 à 95% du cosmos) ou un début de confirmation expérimentale de la théorie des cordes n’étant pas très réaliste, je me contenterai de souhaits plus « terre à terre », si j’ose dire, comme ceux d’une année moins difficile pour notre gouvernement avec plus de réussite dans ses réalisations, et notamment l’adoption définitive du projet de loi sur le mariage « pour tous ». 

Il semble que je sois l’un des rares à ne pas faire partie des déçus de ce début de septennat, n'ayant jamais douté d’un « tournant» social-démocrate très rapide, inévitable sous peine de dislocation de l’Europe. Je ne doutais pas non plus que ce nouveau pouvoir allait se trouver confronter à une double hostilité, celle, attendue, des « puissances de l’argent », nous les avions déjà vues à l’œuvre en 1981, mais aussi celle des fossoyeurs inébranlables de toute expérience social-démocrate, gauche du parti socialiste, extrême gauche et ayatollahs verts qui depuis des décennies ont toujours préféré précipiter le retour de la droite dans l’espoir délirant d’une révolution qui les porterait au pouvoir. Jean-Luc Mélenchon se rêve premier ministre au point que Marc Dolez, cofondateur du front de gauche a du se désolidariser de lui, dénonçant un antisocialisme primaire et rappelant que l’adversaire ce n’était pas le PS mais bien la droite, qu’en un mot on respirait tout de même mieux sous Hollande que sous Sarkozy.

Certes ce gouvernement manque de cohésion, d’une carence incompréhensible de sa communication (il a réussi l’exploit de faire passer un relatif succès, Florange, pour un désastre) et paye le prix de quelques promesses de campagnes intenables (on a du mal à imaginer que François Hollande ait été aussi machiavélique que n'aurait pu l'être Mitterrand en annonçant une taxation à 75% dont il n'aurait pas douté qu’elle serait annulée par le Conseil Constitutionnel…). Un remaniement parait inévitable, espérons qu’il ne se fera pas au détriment des « boucs émissaires » de la droite, comme Christiane Taubira - dont l’intervention à l’assemblée à propos du mariage gay fût remarquable et émouvante - qu’on dit partante pour le Conseil Constitutionnel. Espérons aussi que, même en cas de mobilisation massive dans la rue contre le projet du mariage - certains ont tout fait pour qu’elle le soit en y associant la question de la PMA qui ne peut se faire au nom de l’égalité puisqu’elle est discriminante vis-à-vis des couples masculins, ce qui pourrait entrainer la revendication de son extension à l’autorisation des mères porteuses - le gouvernement sera inflexible (mais même dans ce cas on ne peut exclure un refus par le conseil constitutionnel...)

Pendant les fêtes j’ai pu voir, avant qu’il ne disparaisse de l’affiche, le touchant film d’une jeune cinéaste belge, « Hors les murs ». C’est l’histoire, en trois parties, d’un jeune homme bisexuel qui quitte sa copine, financièrement aisée, pour un barman immigré dont il tombe passionnément amoureux (1è partie), barman dont il sera brutalement séparé par l’emprisonnement de ce dernier pour une banale affaire de drogue (2è partie), et qui fera l’expérience lorsqu’il le retrouvera à sa sortie de prison, ayant noué pendant son absence une liaison sadomasochiste avec le propriétaire, financièrement aisé, d’un sex-shop gay, de la dissolution de sa passion. Comme la quasi totalité des films « gays » dont j’ai fait état dans ce blog, ce qui est dit c’est l’incompatibilité de la passion amoureuse avec le « vivre ensemble ». L’Amour se construit dans la durée, il ne peut naître qu’exceptionnellement d’une passion, être amoureux n'est pas aimer...


Meilleurs vœux aux lecteurs de ce blog

 

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 09:50

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J' écris ce billet depuis Bordeaux, ma ville natale, il était naturel que je m' y réfugiasse le jour de la fin du monde...

J' ai donc participé à la marche en faveur du " mariage pour tous". La terminologie choisie n' est pas anodine, tout à fait dans la revendication du droit à l'indifférence, je continue à préférer celle de mariage " gay". Plus de monde que je ne l' aurais cru, certes bien loin de ce dont nous avons l' habitude lors des " gaypride", mais un très beau parcours de bastille au jardin du Luxembourg, via la rue de Rivoli que ces dernières empruntaient lorsqu'elles étaient confidentielles, dans une ambiance sympathique et sereine. On m' a dit y avoir vu Dave, dont j' avais pourtant entendu dire qu' il était plutôt contre....Le vieil ami, 83 ans, avec lequel je dînais hier soir, alors que je lui racontais cette journée de marche, me dit : "le mariage homosexuel, tu t imagines le chemin parcouru, j ai du mal à y croire".

L'avant veille j' avais assisté, un peu par hasard - un extrait avait attiré mon attention - à une représentation de la pièce " Le gros, la vache et le mainate". Pièce, opérette ou comme le dit le sous-titre opéra "barge", je ne saurais dire. Des l' entrée dans la salle on est surpris de voir Bernard Menez - je ne suis pas sur que je me serais déplacé si j' avais su qu' il en était le réalisateur, tant son nom était lié pour moi à des comédies débiles et à un aventurisme politique- aider à placer les spectateurs...J' ai pourtant passé une excellente soirée, rares sont les pièces ou les films qui arrivent à me faire rire, parfois aux éclats. Difficile de rendre compte de cette farce qui accumule les coups de théâtre - décor qui s'effondre, mainate muet prénommé Louis Mariano, metteur en scène montant sur scène pour remplacer un des acteurs " accidenté" qui se trouve être l' auteur de la pièce, caprice des acteurs qui s' affranchissent des directives du réalisateur ou quittent la scène - et dont l' argument, burlesque et qui ne craint pas le dérapage dans le vulgaire, le grivois et le provocateur peut se résumer ainsi : Xavier, enceint de Paul ( l'auteur), décède en mettant au monde un bébé dont ses deux tantes très âgées, jouées par deux " grandes folles" au passé théâtral prestigieux - l' un des deux acteurs fut sociétaire de la comédie française - vont s' occuper, notamment dans une scène irrésistible où elles vont le malmener en lui crachant et pissant dessus ( cela m a rappelé une pièce de Copi dont j ai oublié le titre où une des interprètes "chiait" son fœtus sur scène). Sans oublier le côté "happening" avec les stripteases jubilatoires du séduisant Luca Oldani dans ses nombreuses apparitions ( pompier, livreur de pizza, etc).

Un spectacle loin du "politiquement correct", qui renvoie " la cage aux folles" au rayon des curiosités archaïques. A déconseiller aux irréductibles du droit à l' indifférence .

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 14:27

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J’étais fort sceptique lorsque je constatais dans les sondages, il y a quelques mois, une approbation à plus de 60% du mariage gay et cela d’autant plus qu’il était à craindre que bien des sondés n’aient pas réalisé qu’il en découlerait automatiquement une possibilité d’adoption. Je ne doutais pas que si la question était posée sous forme de référendum, l’avance du « oui », à l’image de ce qui s’est passé pour celui sur l’Europe, fondrait comme neige au soleil au fil de la campagne, pour devenir minoritaire devant la coalition des « non». La large victoire législative des socialistes, qui refusaient la voie référendaire réclamée par la droite, pouvait laisser penser que l’affaire « était dans le sac », au point que j’intitulais un de mes billets « Nous nous marierons donc». Je m’attendais certes, nous avions l’antécédent de l’Espagne, à une mobilisation de l’Eglise catholique, du Front national et des tristes lurons de la droite populaire, sans oublier cette chère Boutin, mais aussi à une neutralité « bienveillante» d’une partie de l’UMP échaudée par ce qui s’était passé pour le PACS. L’opposition du très catholique François Fillon était écrite, mais Jean François Coppé n’avait il pas déclaré avant l’élection présidentielle que cette question le troublait et qu’il ne savait plus très bien où il en était…C’était sans compter sur son ambition dévorante, un Sarkozy qui n’aurait pas de limites, et le conseil avisé -prendre la tête de la compagne anti mariage pour tous- de son nouveau maître à penser, en mal d’emploi depuis la défaite de Nicolas, Patrick Buisson.

François Hollande, pas très à l’aise sur cette question et sans doute pas convaincu de sa pertinence, avait souhaité se débarrasser de cette promesse « encombrante» le plus vite possible et en se limitant strictement à ce qui avait été promis. C’était sans compter sur une partie des députés socialistes qui, jugeant le projet insuffisant, en retrait sur les revendications militantes en faveur de la procréation médicale assistée, peut-être plus concernés par la cause féminine que par la question gay, ont souhaité « prendre leur temps » pour pouvoir en discuter avec toutes les partis prenantes et l' amender en ce sens, d’où un report de la discussion au parlement fin janvier, laissant ainsi, pauvres stratèges, le temps à l’autre camp de s’organiser et de profiter du mécontentement qui monte contre la politique gouvernementale en le focalisant sur cette question. Le parti socialiste, et son premier secrétaire Harlem Désir, étrangement silencieux sur bien des points depuis des mois, viennent enfin de s’apercevoir du danger , de décider de lancer une pétition nationale et d’appeler à rejoindre la manifestation en faveur du mariage le 16 décembre. Tout cela est bien tardif, trop tardif, d’autant plus que bien des militants socialistes nous perçoivent eux aussi comme « des animaux étranges» et ne défendent notre cause que contraints par leur idéologie égalitariste. Un abandon du projet ne devrait pas les chagriner outre mesure.

Cet abandon est il possible? On ne peut plus l’exclure si, du fait de l'affaiblissement de l’exécutif, la manifestation des «anti», prévue à la mi-janvier, a un succès du même ordre que celle pour « l’école libre » sous François Mitterrand. Il est donc capital que celle des « pros », dimanche 16 décembre, soit aussi massive que possible et pour cela il est impératif, c’est presque un devoir moral, que les principaux concernés, si nombreux à Paris, soient présents. Mais si le Vatican a plus de légions qu’on ne le croit, fussent-elles composées de mercenaires, en avons-nous ? Combien d’entre nous sont-ils réellement prêts à descendre dans la rue ? A-t-on la moindre idée de la façon dont nous répartissons par rapport à la question du mariage ? On pourrait tenter une esquisse de classification, les catégories envisagées n'étant ni exhaustives, ni exclusives les unes des autres :

* Les « pour » :
- Les militants : membres des différentes associations, LGBT en tête, ils ne sont qu’une infime minorité
- Les héritiers d’Arcadie et de Jean-Louis Bory, chantres du droit à l’indifférence, le mariage est pour eux un jalon essentiel de la « normalisation », de la marche vers le « grand soir ». Ils sont sans doute nombreux, mais combien d’entre eux, soit parce qu’ils n’ont pas fait leur « coming-out», soit parce qu’ils ne veulent pas se mêler à la partie la plus visible d’entre nous qui « fait du mal à notre image », oseront venir manifester ?
- Les héritiers de mai 68, anciens militants du FHAR ou autres, pour qui le mariage gay serait une façon de « dynamiter » l’institution. Quoiqu’en pense Eric Zemmour, ils sont en voie de disparition.
- Les « utilitaristes», ils vivent ouvertement en couple, souvent pacsés, et ils voient tous les avantages qu’ils pourront tirer de la loi (héritage, pension de réversion), mais une union civile aurait suffi à leur bonheur. Si l’on en juge par le nombre de pacs entre personnes du même sexe, ils ne sont pas légions.
- Les « résignés», ils ont souvent vécu la période de « libération sexuelle», parfois en militants, l’idée même d’un « mariage » les aurait fait éclater de rire dans les années 80 et s’ils regrettent que cette revendication ait éclipsé d’autres luttes au moins aussi essentielles à la cause gay, s'ils considèrent le droit à l'indifférence comme une utopie qui pourrait conduire à des compromissions, ils n’en sont pas moins des ardents défenseurs de l’égalité des droits, quel que soit le nom qu’on lui donne, mariage, union civile ou autre, et surtout ils considèrent que le retrait de ce projet de loi serait dramatique et apparaitrait comme un recul fondamental de la cause pour laquelle ils se sont toujours battus. Ils ne doivent plus être très nombreux.
- Les gays en mal de paternité (ou de maternité), désir qui me semble assez marginal chez les homosexuels masculins (en dehors des bi, mais ceux là n’ont pas besoin du mariage gay !), mais qui ne doit pas être rare chez les lesbiennes.

* Les « contre» :
- Les héritiers de mai 68 qui, comme Benoît Duteurtre, souvent passés à droite, n’ont retenu de leur ancien engagement que leur combat pour la libération sexuelle et considèrent la revendication du mariage comme « petite bourgeoise ». Je crains qu’ils ne soient plus nombreux qu’on ne le croit… Parmi eux quelques « schizophrènes » qui comme Dave sont contre le mariage , mais pour l’adoption!
- Les militants gays de droite, voire d’extrême droite, au nom de leur idéologie réactionnaire axée sur les « valeurs « de la famille. Certains sont peut être sincères, les autres bien peu sympathiques…Combien sont ils ?
- Les catholiques «pratiquants», certains jusqu’à prôner l’abstinence…En connaissez vous à part Philippe Arino (je renvoie au billet de Dorant) ?
- Ceux qui, comme Renaud Camus, refusent de se prononcer sur une question « dérisoire » et « puérilo-sénile» (voir communiqué de son parti en fin de billet…) et les "esthètes" nostalgiques d'une homosexualité vue comme une race supérieure.

A ces deux catégories bien identifiées, il faudrait sans doute ajouter la masse des indifférents, ceux pour qui la question du mariage ne se pose pas, soit parce qu’il ne saurait être question pour eux de se reconnaitre « ouvertement» homosexuel, soit parce qu’ils ne considèrent l’homosexualité que comme une "pratique" sexuelle qui doit rester du domaine du privé, soit parce que la vie en couple n’est pas leur horizon.

Je descendrai donc dans la rue pour la deuxième fois le 16 décembre, la première remontant à la manifestation contre la deuxième place de Le Pen en 2002. J’espère que vous serez nombreux à le faire.


« Le parti de l’In-nocence refuse de se prononcer sur la question du dit “mariage gay” car il estime ce débat et ses enjeux profondément dérisoires au regard du changement de peuple en cours et du remplacement précipité de notre civilisation par une ou plusieurs autres qui de toute façon, à peine auront-elles établi tout à fait leur emprise, s’empresseront de mettre fin à pareilles fantaisies puérilo-séniles.
Le parti de l’In-nocence a trop de considération pour toutes les expressions in-nocentes du désir et de l’attachement au monde sensible ; il éprouve trop de respect pour l’amour des hommes entre eux, des femmes entre elles ; il est trop conscient de la grandeur, de la poésie, du souffle de liberté et de défi qui ont été attachés à travers les siècles à ces passions-là, constamment traduites malgré la répression et la tragédie en de grandes œuvres et de grands bonheurs ; bref il a de l’homosexualité une trop haute idée pour la voir sans tristesse s’humilier dans l’imitation kitsch de l'hétérosexualité et de ses rites au moment où elle les délaisse, de réclamer ses restes, en somme, de se compromettre dans la revendication petite-bourgeoise de petits droits vidés de leur raison d’être dans la structure sociale, réduits à une jouissance purement mimétique agrémentée de légitimations purement comptables — tout cela au nom d'une “égalité” hystérique élevée au rang d'idole, la même qui a déjà détruit l’école et l’ensemble du système de transmission culturelle.
Le parti de l’In-nocence ne se laissera pas entraîner dans un débat qui lui semble relever par excellence de ce désir profond du corps social d'être diverti sans arrêt par des “débats” secondaires, souvent grotesques comme c'est le cas en l'espèce, qui lui permettent de ne pas voir, ne pas dire, ne pas ressentir et encore moins analyser les maux véritables qui l’assaillent, et face auxquels les dirigeants sont également aveugles, impuissants ou complices. »
(Communiqué du parti de l’In-nocence, 9 novembre 2012)

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