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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 09:50

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J' écris ce billet depuis Bordeaux, ma ville natale, il était naturel que je m' y réfugiasse le jour de la fin du monde...

J' ai donc participé à la marche en faveur du " mariage pour tous". La terminologie choisie n' est pas anodine, tout à fait dans la revendication du droit à l'indifférence, je continue à préférer celle de mariage " gay". Plus de monde que je ne l' aurais cru, certes bien loin de ce dont nous avons l' habitude lors des " gaypride", mais un très beau parcours de bastille au jardin du Luxembourg, via la rue de Rivoli que ces dernières empruntaient lorsqu'elles étaient confidentielles, dans une ambiance sympathique et sereine. On m' a dit y avoir vu Dave, dont j' avais pourtant entendu dire qu' il était plutôt contre....Le vieil ami, 83 ans, avec lequel je dînais hier soir, alors que je lui racontais cette journée de marche, me dit : "le mariage homosexuel, tu t imagines le chemin parcouru, j ai du mal à y croire".

L'avant veille j' avais assisté, un peu par hasard - un extrait avait attiré mon attention - à une représentation de la pièce " Le gros, la vache et le mainate". Pièce, opérette ou comme le dit le sous-titre opéra "barge", je ne saurais dire. Des l' entrée dans la salle on est surpris de voir Bernard Menez - je ne suis pas sur que je me serais déplacé si j' avais su qu' il en était le réalisateur, tant son nom était lié pour moi à des comédies débiles et à un aventurisme politique- aider à placer les spectateurs...J' ai pourtant passé une excellente soirée, rares sont les pièces ou les films qui arrivent à me faire rire, parfois aux éclats. Difficile de rendre compte de cette farce qui accumule les coups de théâtre - décor qui s'effondre, mainate muet prénommé Louis Mariano, metteur en scène montant sur scène pour remplacer un des acteurs " accidenté" qui se trouve être l' auteur de la pièce, caprice des acteurs qui s' affranchissent des directives du réalisateur ou quittent la scène - et dont l' argument, burlesque et qui ne craint pas le dérapage dans le vulgaire, le grivois et le provocateur peut se résumer ainsi : Xavier, enceint de Paul ( l'auteur), décède en mettant au monde un bébé dont ses deux tantes très âgées, jouées par deux " grandes folles" au passé théâtral prestigieux - l' un des deux acteurs fut sociétaire de la comédie française - vont s' occuper, notamment dans une scène irrésistible où elles vont le malmener en lui crachant et pissant dessus ( cela m a rappelé une pièce de Copi dont j ai oublié le titre où une des interprètes "chiait" son fœtus sur scène). Sans oublier le côté "happening" avec les stripteases jubilatoires du séduisant Luca Oldani dans ses nombreuses apparitions ( pompier, livreur de pizza, etc).

Un spectacle loin du "politiquement correct", qui renvoie " la cage aux folles" au rayon des curiosités archaïques. A déconseiller aux irréductibles du droit à l' indifférence .

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 14:27

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J’étais fort sceptique lorsque je constatais dans les sondages, il y a quelques mois, une approbation à plus de 60% du mariage gay et cela d’autant plus qu’il était à craindre que bien des sondés n’aient pas réalisé qu’il en découlerait automatiquement une possibilité d’adoption. Je ne doutais pas que si la question était posée sous forme de référendum, l’avance du « oui », à l’image de ce qui s’est passé pour celui sur l’Europe, fondrait comme neige au soleil au fil de la campagne, pour devenir minoritaire devant la coalition des « non». La large victoire législative des socialistes, qui refusaient la voie référendaire réclamée par la droite, pouvait laisser penser que l’affaire « était dans le sac », au point que j’intitulais un de mes billets « Nous nous marierons donc». Je m’attendais certes, nous avions l’antécédent de l’Espagne, à une mobilisation de l’Eglise catholique, du Front national et des tristes lurons de la droite populaire, sans oublier cette chère Boutin, mais aussi à une neutralité « bienveillante» d’une partie de l’UMP échaudée par ce qui s’était passé pour le PACS. L’opposition du très catholique François Fillon était écrite, mais Jean François Coppé n’avait il pas déclaré avant l’élection présidentielle que cette question le troublait et qu’il ne savait plus très bien où il en était…C’était sans compter sur son ambition dévorante, un Sarkozy qui n’aurait pas de limites, et le conseil avisé -prendre la tête de la compagne anti mariage pour tous- de son nouveau maître à penser, en mal d’emploi depuis la défaite de Nicolas, Patrick Buisson.

François Hollande, pas très à l’aise sur cette question et sans doute pas convaincu de sa pertinence, avait souhaité se débarrasser de cette promesse « encombrante» le plus vite possible et en se limitant strictement à ce qui avait été promis. C’était sans compter sur une partie des députés socialistes qui, jugeant le projet insuffisant, en retrait sur les revendications militantes en faveur de la procréation médicale assistée, peut-être plus concernés par la cause féminine que par la question gay, ont souhaité « prendre leur temps » pour pouvoir en discuter avec toutes les partis prenantes et l' amender en ce sens, d’où un report de la discussion au parlement fin janvier, laissant ainsi, pauvres stratèges, le temps à l’autre camp de s’organiser et de profiter du mécontentement qui monte contre la politique gouvernementale en le focalisant sur cette question. Le parti socialiste, et son premier secrétaire Harlem Désir, étrangement silencieux sur bien des points depuis des mois, viennent enfin de s’apercevoir du danger , de décider de lancer une pétition nationale et d’appeler à rejoindre la manifestation en faveur du mariage le 16 décembre. Tout cela est bien tardif, trop tardif, d’autant plus que bien des militants socialistes nous perçoivent eux aussi comme « des animaux étranges» et ne défendent notre cause que contraints par leur idéologie égalitariste. Un abandon du projet ne devrait pas les chagriner outre mesure.

Cet abandon est il possible? On ne peut plus l’exclure si, du fait de l'affaiblissement de l’exécutif, la manifestation des «anti», prévue à la mi-janvier, a un succès du même ordre que celle pour « l’école libre » sous François Mitterrand. Il est donc capital que celle des « pros », dimanche 16 décembre, soit aussi massive que possible et pour cela il est impératif, c’est presque un devoir moral, que les principaux concernés, si nombreux à Paris, soient présents. Mais si le Vatican a plus de légions qu’on ne le croit, fussent-elles composées de mercenaires, en avons-nous ? Combien d’entre nous sont-ils réellement prêts à descendre dans la rue ? A-t-on la moindre idée de la façon dont nous répartissons par rapport à la question du mariage ? On pourrait tenter une esquisse de classification, les catégories envisagées n'étant ni exhaustives, ni exclusives les unes des autres :

* Les « pour » :
- Les militants : membres des différentes associations, LGBT en tête, ils ne sont qu’une infime minorité
- Les héritiers d’Arcadie et de Jean-Louis Bory, chantres du droit à l’indifférence, le mariage est pour eux un jalon essentiel de la « normalisation », de la marche vers le « grand soir ». Ils sont sans doute nombreux, mais combien d’entre eux, soit parce qu’ils n’ont pas fait leur « coming-out», soit parce qu’ils ne veulent pas se mêler à la partie la plus visible d’entre nous qui « fait du mal à notre image », oseront venir manifester ?
- Les héritiers de mai 68, anciens militants du FHAR ou autres, pour qui le mariage gay serait une façon de « dynamiter » l’institution. Quoiqu’en pense Eric Zemmour, ils sont en voie de disparition.
- Les « utilitaristes», ils vivent ouvertement en couple, souvent pacsés, et ils voient tous les avantages qu’ils pourront tirer de la loi (héritage, pension de réversion), mais une union civile aurait suffi à leur bonheur. Si l’on en juge par le nombre de pacs entre personnes du même sexe, ils ne sont pas légions.
- Les « résignés», ils ont souvent vécu la période de « libération sexuelle», parfois en militants, l’idée même d’un « mariage » les aurait fait éclater de rire dans les années 80 et s’ils regrettent que cette revendication ait éclipsé d’autres luttes au moins aussi essentielles à la cause gay, s'ils considèrent le droit à l'indifférence comme une utopie qui pourrait conduire à des compromissions, ils n’en sont pas moins des ardents défenseurs de l’égalité des droits, quel que soit le nom qu’on lui donne, mariage, union civile ou autre, et surtout ils considèrent que le retrait de ce projet de loi serait dramatique et apparaitrait comme un recul fondamental de la cause pour laquelle ils se sont toujours battus. Ils ne doivent plus être très nombreux.
- Les gays en mal de paternité (ou de maternité), désir qui me semble assez marginal chez les homosexuels masculins (en dehors des bi, mais ceux là n’ont pas besoin du mariage gay !), mais qui ne doit pas être rare chez les lesbiennes.

* Les « contre» :
- Les héritiers de mai 68 qui, comme Benoît Duteurtre, souvent passés à droite, n’ont retenu de leur ancien engagement que leur combat pour la libération sexuelle et considèrent la revendication du mariage comme « petite bourgeoise ». Je crains qu’ils ne soient plus nombreux qu’on ne le croit… Parmi eux quelques « schizophrènes » qui comme Dave sont contre le mariage , mais pour l’adoption!
- Les militants gays de droite, voire d’extrême droite, au nom de leur idéologie réactionnaire axée sur les « valeurs « de la famille. Certains sont peut être sincères, les autres bien peu sympathiques…Combien sont ils ?
- Les catholiques «pratiquants», certains jusqu’à prôner l’abstinence…En connaissez vous à part Philippe Arino (je renvoie au billet de Dorant) ?
- Ceux qui, comme Renaud Camus, refusent de se prononcer sur une question « dérisoire » et « puérilo-sénile» (voir communiqué de son parti en fin de billet…) et les "esthètes" nostalgiques d'une homosexualité vue comme une race supérieure.

A ces deux catégories bien identifiées, il faudrait sans doute ajouter la masse des indifférents, ceux pour qui la question du mariage ne se pose pas, soit parce qu’il ne saurait être question pour eux de se reconnaitre « ouvertement» homosexuel, soit parce qu’ils ne considèrent l’homosexualité que comme une "pratique" sexuelle qui doit rester du domaine du privé, soit parce que la vie en couple n’est pas leur horizon.

Je descendrai donc dans la rue pour la deuxième fois le 16 décembre, la première remontant à la manifestation contre la deuxième place de Le Pen en 2002. J’espère que vous serez nombreux à le faire.


« Le parti de l’In-nocence refuse de se prononcer sur la question du dit “mariage gay” car il estime ce débat et ses enjeux profondément dérisoires au regard du changement de peuple en cours et du remplacement précipité de notre civilisation par une ou plusieurs autres qui de toute façon, à peine auront-elles établi tout à fait leur emprise, s’empresseront de mettre fin à pareilles fantaisies puérilo-séniles.
Le parti de l’In-nocence a trop de considération pour toutes les expressions in-nocentes du désir et de l’attachement au monde sensible ; il éprouve trop de respect pour l’amour des hommes entre eux, des femmes entre elles ; il est trop conscient de la grandeur, de la poésie, du souffle de liberté et de défi qui ont été attachés à travers les siècles à ces passions-là, constamment traduites malgré la répression et la tragédie en de grandes œuvres et de grands bonheurs ; bref il a de l’homosexualité une trop haute idée pour la voir sans tristesse s’humilier dans l’imitation kitsch de l'hétérosexualité et de ses rites au moment où elle les délaisse, de réclamer ses restes, en somme, de se compromettre dans la revendication petite-bourgeoise de petits droits vidés de leur raison d’être dans la structure sociale, réduits à une jouissance purement mimétique agrémentée de légitimations purement comptables — tout cela au nom d'une “égalité” hystérique élevée au rang d'idole, la même qui a déjà détruit l’école et l’ensemble du système de transmission culturelle.
Le parti de l’In-nocence ne se laissera pas entraîner dans un débat qui lui semble relever par excellence de ce désir profond du corps social d'être diverti sans arrêt par des “débats” secondaires, souvent grotesques comme c'est le cas en l'espèce, qui lui permettent de ne pas voir, ne pas dire, ne pas ressentir et encore moins analyser les maux véritables qui l’assaillent, et face auxquels les dirigeants sont également aveugles, impuissants ou complices. »
(Communiqué du parti de l’In-nocence, 9 novembre 2012)

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 10:11

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L’exceptionnel film documentaire « Les invisibles » nous apporte les témoignages d’homosexuels des deux sexes âgés de plus de soixante dix ans sur la façon dont ils ont vécu au quotidien la période « pré-gay » dont je parlais dans un récent billet. Sur les sept histoires qui nous sont contées, cinq d’entre elles témoignent, de façon souvent bouleversante, des luttes intérieures et extérieures que ces hommes et ces femmes ont du mener, dont celle presque constante contre l’oppression familiale, et nous rappelle, combien l’ont oublié, tout ce que l’on doit à leur engagement.

Ce qui frappe lorsqu'on entend ces témoignages, c’est le caractère nettement plus fort et émouvant de celui des trois femmes. Peut être parce que la lutte pour notre « visibilité » est indissociable du mouvement de libération féminine qui a contribué à désarticuler le couple sexe/reproduction. A moins que l’auteur du documentaire ait eu quelque mal à recueillir des témoignages masculins, deux d’entre eux, celui d’un vieil agriculteur hédoniste, plus bisexuel qu’ homosexuel semblant ne s’être jamais soucié que de son bon plaisir et non du regard des autres et celui d’un vieux couple dont les protagonistes, touchants et drôles, mais n'ayant guère eu de problème avec leur image, et ne s'étant sans doute jamais demandés s’il pouvait y avoir une « question gay», étant un peu à part. Les deux autres témoignages masculins, surtout celui terrible de l’un d’entre eux qui illustre cruellement les tourments de la « haine de soi », ne font apparaître qu’ en arrière plan ce que furent les luttes fondamentales de la période post 68, notamment celles du FAHR (Front homosexuel d’action révolutionnaire) et des GLH. Il se peut aussi que la plupart de ceux qui auraient pu témoigné de leur engagement dans le mouvement de libération sexuelle ne soient plus là, victimes du virus avant d’avoir assisté à l’issue victorieuse de leur combat. La question du sida est étrangement absente. On est presque étonné, de ne voir jamais soulevés les thèmes qui nous agitent aujourd’hui, adoption, le désir d’enfants n’est pas évoqué, ou mariage, si ce n’est furtivement le religieux, lorsqu’un des couples masculins visite une église.

La réalité « cachée » décrite dans ce film je l’ai en fait peu vécue. Lorsque je suis passé « de l’autre côté du miroir», le changement «d’épistémé» était en cours, nous basculions de la période pré-gay à la période gay, où tout allait devenir plus facile. Eut-elle était plus visible, le jeune homme très timide et peu débrouillard que j’étais, mais qui se savait, sans en ressentir la moindre culpabilité, homosexuel, n’aurait sans doute pas attendu avril 78 pour trouver où les homosexuels se cachaient, dans les cinémas, les parcs, les «tasses» et les bars insolites, aurait découvert bien plus tôt le « pays des merveilles» et n’aurait pas eu à se dire un jour « je n’ai jamais eu 20 ans ». Car en effet, à l’instar de ce que dit un des personnages, « comment une vie bascule à travers une main qui s’aventure», je garde ce sentiment étrange que tout a commencé, que ma mémoire s’est mise en route, le jour où j’ai franchi la porte de ce cinéma porno de la rue Vivienne et rencontré ce premier garçon, aujourd’hui fait prêtre.

Une autre dimension du film, au-delà de l’accès à la visibilité, est celle de l’âge. Vieillir homosexuel, les témoignages le montrent, cela peut se faire dans un certain épanouissement. Mais non sans une certaine angoisse. Cela est joliment exprimé, par Monique, personnage fascinant par son intelligence et sa sensibilité, qui se rappelant sa peur «d’avoir 50 ans», nous dit avoir franchi sereinement cet obstacle en renonçant à la quête incessante de la séduction. Cette angoisse très présente en moi dès que j’ai eu franchi la trentaine, je l’ai surmontée bien différemment et de façon surement moins pérenne, en ne renonçant pas à séduire et désirer, au mépris du temps qui passe, ce qui finira, à n’en pas douter, par avoir ses limites…..

Dans une scène d’une intensité folle la même Monique nous conte comment, apprenant que les parents de son amie souhaiterait la connaitre alors que les siens la rejetait, elle s’est sentie déstabilisée, révoltée jusqu’au refus de cette rencontre, comme si elle avait peur de perdre sa marginalité. « La marginalité nous rendait libre » dira une autre des femmes de ce film, tandis qu’un des personnages masculins s’étonnera qu’il ait pu dans cette période faire « la folle », la folle comme stigmate de l’homosexualité invisible. Le contraste est saisissant dans ce documentaire entre ceux qui ont vécu cette période dans une sorte de transgression joyeuse et ceux qui l’ont vécu dans la souffrance. Ceci m’a fait songer au dialogue de sourd que j’ai parfois eu sur mon autre blog avec certains commentateurs à propos de la revendication « droit à la différence ou droit à l’indifférence», dialogue qui reflétait sans doute moins une divergence sur le fond qu’une profonde différence de sensibilité et sans doute de génération.

Le moment peut être le plus émouvant du film est celui où Monique, se trouvant en face du mur de la gare de sa ville, a le sentiment qu’il la voit, qu’il est le gardien mémoriel de tout ce qui s’est passé, comme si tous les moments vécus étaient superposés en lui. Ceci m’a aussitôt renvoyé aux conceptions physiques actuelles sur le temps comme illusion, passé présent et futur étant simultané, dans une superposition de tranches d’espace, chacune définissant un autre univers, une autre « maintenant». Le titre de ce billet, « la réalité cachée », renvoie en fait au dernier livre de Brian Greene, l’auteur de l’univers élégant, sur les univers multiples qui apparaissent à beaucoup de physiciens comme l’hypothèse qui s’impose invariablement, qu’il s’agisse de la théorie de l’expansion infinie, de celle de l’inflation, de la théorie de cordes, de la mécanique quantique ou de la valeur de la constante cosmologue. Une infinité d’univers, réalisant tous les possibles, avec une infinité de copies de chacun de nous… Quel vertige d’imaginer ce que serait mon double, quel homosexuel il camperait, dans l'univers où je n’ai pas abandonné mes études en Math SP, dans celui où j’ai poursuivi ma carrière hospitalière à Bordeaux au lieu de rejoindre l’industrie, dans celui où je n’ai pas croisé Bernard à l’émission de radio Framboise et Citron en 1982, ou dans celui où la bouche de Bertrand n’a pas trouvé mon sexe dans la back room de la Luna, à la soirée incorporation en août 1998….

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 23:08

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Tenu quelque peu écarté de ce blog par mon activité professionnelle, je n’ai pas pris le temps de me lancer dans l’écriture des quelques billets que l’actualité me signalait, sur le mariage gay avec les états d’âme de François Hollande ou le savoureux épisode des « guignols de l’info » que sont entrain de nous jouer les leaders de l’UMP, épisode qui a au moins le mérite de soulager un peu le gouvernement socialiste de l’acharnement médiatique dont il est victime.

Laissons tout cela mûrir encore un peu, j’aurais sûrement l’occasion d’y revenir, pour faire part de la tristesse, voire l’exaspération que m’inspire l’attitude d’une partie de la profession à laquelle j’appartiens. Je m’en tiendrais à trois exemples récents qui ont suscité chez moi une irritation croissante.

Il y eut d’abord, il y a quelques semaines, les déclarations de l’inévitable Patrick Pelloux, coqueluche des médias car c’est un « fort en gueule » qui passe bien dans le « poste », à propos d’un drame survenu sur l'autoroute A 20, où une Lotoise avait accouché seule avec son compagnon d'un enfant, portant des accusations sur le démantèlement des hôpitaux de proximité, avant de se voir apporté un démenti cinglant par la patiente qui s’était rendu dans un hôpital relativement éloigné non par contrainte, mais par choix. Il ne s’agit pas ici de nier le problème que pose la désertification médicale de certaines régions, mais en le plaçant là où il se situe vraiment, le manque de médecins (manque qu’on ne voit pas comment il pourrait être résolu sans certains mesures contraignantes quant à l’installation, même si on peut comprendre l’inquiétude des internes qui se sont mis en grève), et non au niveau des petites structures hospitalières, qui au-delà d’un coût que nous ne pouvons plus supporter, présentent un risque majeur en termes de sécurité pour les patients car moins on pratique certaines interventions (du fait d’une population insuffisante) plus elles sont à risque…Une situation décrite dans le film « Amour » de Haneke permet d’illustrer ce point. A la suite d’un accident vasculaire régressif dont la cause serait un rétrécissement athéromateux de la carotide, une solution chirurgicale peut être proposée pour prévenir une récidive qui pourrait elle n’être pas régressive. La décision d’opérer ne devrait être prise que si le risque de récidive est supérieur au risque opératoire, et ce dernier dépend en partie du chirurgien, les plus expérimentés étant généralement ceux qui opèrent souvent…..

Plus grave la parution de ce scandaleux « guide » des 4000 médicaments utiles ou dangereux par Bernard Debré et Philippe Even. Arbitraire, mal documenté, affirmations péremptoires sous couvert d’un rationalisme pseudo-scientifique, méconnaissance de certains des avancées les plus récentes de la médecine, mais surtout irresponsable car préjudiciable pour nombre de patients qui ne peuvent être que désarçonnés par la lecture de ce livre et être amenés à arrêter d’eux mêmes des médicaments qui leur sont indispensables, tout cela semble bien plus dicté par la volonté de se faire de la publicité et d’exploiter le filon « médiator » pour tirer un bénéfice financier d’un succès de librairie garanti par le soutien médiatique. J’ai feuilleté ce livre et ce que j’ai lu sur les antidépresseurs m’a stupéfié : les produits les plus récents (prozac et autres) sont classés comme inefficaces, et les produits de référence anciens (anafranil) comme dangereux. Il ne reste plus aux déprimés qu’à se suicider….De grands noms de la médecine se sont indignés, mais il a été bien peu fait écho à leur protestation. Certes il existe bien des médicaments inutiles et dangereux, plus souvent par la façon dont ils sont prescrits que par leur nature même, mais la façon dont cela doit être communiqué au grand public nécessite documentation irréprochable et sérieux. Des universitaires, les académies de médecine et de pharmacie s’y emploient et le résultat de leur travail devrait être bientôt disponible.

Enfin, cerise sur le gâteau, il y a eu cette grève de certains médecins libéraux pour protester contre le projet de limitation des dépassements d’honoraires. Et tout cela bien sûr au nom de l’intérêt des patients, slogan qui ne sert qu’à masquer, pas toujours certes mais bien souvent, intérêt personnel, fascination de l’argent et rentabilité. Ce masque est souvent devenu inconscient, une partie de la profession médicale, engagé dans un processus de surmédicalisation, ayant fini par se convaincre que celle-ci était indispensable à une « bonne » politique de santé publique. Sans être un adepte d’Ivan Illich, on serait sans doute effaré de connaître le nombre d’examens biologiques et radiologiques totalement inutiles qui sont pratiqués et pire encore le nombre d’interventions chirurgicales injustifiées (combien d’appendices et d’utérus auraient il pu chaque année être épargnés ?). J’ai peu pratiqué la médecine libérale, seulement de façon épisodique à l’occasion de remplacement d’un neuropsychiatre d’une ville « surmédicalisée », Pau, lorsque j’étais médecin hospitalier à Bordeaux dans les années 80, mais j’étais stupéfait par le nombre d’examens pour moi inutiles qu’il prescrivait et dont la seule justification me paraissait être la « rentabilisation » du matériel d’exploration (Doppler, électroencéphalogramme, etc…).

Plutôt que ce billet d’humeur j’aurais également pu donner mes impressions sur les excellents films que j’ai vus ces dernières semaines. « Après 68 », d’Olivier Assayas, qui montre comment un génération d’étudiants a frôlé le terrorisme (film qui peut paraitre ennuyeux à qui n’a pas vécu la période si j’en crois la réaction de Bertrand) ; « Les collines de Wellington », retraçant l’échec de la campagne napoléonienne au Portugal, film que la mort n’a pas permis à Raoul Ruiz, l’auteur du magistral « Mystères de Lisbonne », de réaliser mais que sa femme a su mener à bien avec sa propre sensibilité ; « Royal Affair » le beau film historique qui conte, au dix huitième siècle, l’amour et la fin tragique de Struensee, habité par l’esprit des « Lumières», médecin et conseiller du roi fou du Danemark; et surtout le bouleversant « Amour » de Michael Haneke, qui me hante encore.

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 09:32

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Les séminaires de « team building » auxquels mon entreprise me convie régulièrement une fois l’an dans un environnement de la région parisienne certes agréable, ne sont pas de ceux, notamment du fait des activités sous forme de « jeux de rôle » que j’abhorre, qui me mettent le plus en joie, mais les nouvelles qui se sont succédé durant les deux jours de celui qui s’est déroulé la semaine dernière m’ont fait voir les choses sous un jour plus positif.

La plus probable était l’adoption en conseil des ministres du projet de loi sur le mariage homosexuel. Cela faisait certes peu de doute mais on entendait dire ici ou là que certains socialistes « de terrain » souhaitaient un report et le « Parisien » faisait état de confidences de proches de Hollande : "dans son esprit, un couple homo, ça reste une étrangeté" - sentiment qui reste, je le disais dans un précédent billet, celui d’une majorité d’hétérosexuel si ce n’est de la totalité. Crédible quand on se souvient des réticences de Jospin vis-à-vis du Pacs et des positions de son épouse. Il est des cas où l’on peut se réjouir que l’idéologie « contraigne». Un report aurait sonné comme un avis d’enterrement du projet dans le contexte du déluge de bêtises et d’insanités dont nous a gratifié la droite (en ce qui concerne Serge Dassault je ne suis pas sûr d’avoir identifié à la décadence de quelle Grèce il se réfère, l’actuelle ou l’antique ?)…Et dans le même temps le gouvernement espagnol renonçait à défaire la loi votée par les socialistes mais qui venait d’être validée par le conseil constitutionnel de ce pays. Il en sera de même en France, quelque soient les effets d’annonce de tel ou tel membre de l’UMP il ne sera plus possible de revenir en arrière.

L’heureuse réélection de Barak Obama semblait moins certaine. Il n’a certes pas confirmé les espoirs qu’on avait mis en lui mais la perspective de retrouver une Amérique dirigée par le membre d’une secte religieuse, aussi modéré soit il parmi les républicains, m’effrayait. Puisse cette victoire, obtenue en grande partie grâce au vote des minorités et qui montre que le règne sans partage de « l’hétérosexuel blanc » est terminée, faire réfléchir tous ceux, Jean-François Coppé en tête, qui entrainent la droite dans une dangereuse dérive identitaire.

Par contre, la prise en compte par le gouvernement Ayrault d’une partie importante du rapport Galois m'a presque surpris. Pourtant, je n’aurais point du l’être si l’on en croit ce que j’écrivais dans ce blog au lendemain des élections législatives : « François II a donc parachevé sa victoire par un triomphe électoral législatif qui semble lui donner encore plus de latitude que le premier du nom pour appliquer sa politique, même le Sénat est entre les mains de ses amis. Semble car, une fois les mesures symboliques prises, il ne le pourra pas. Son prédécesseur socialiste fit pendant deux ans ce qu’il avait promis, avant d’avoir à choisir l’Europe et le tournant de la rigueur, François Hollande n’aura même pas six mois. C’est parce que je le crois capable de réaliser aussi équitablement que possible et faire admettre cette « nécessaire adaptation » que j’ai voté pour lui».
Il lui faudra sans doute aller plus loin, se séparer des verts et des communistes, mais ne commencent ils pas à s’en aller d’eux mêmes? Cela risque malheureusement de n’être pas suffisant pour enrayer, ou encore moins inverser, l’incroyable unanimité de tous les médias pour fustiger les premiers mois du gouvernement Ayrault et crier au « couac » , à la queue leu leu, à la moindre manifestation, démocratique, d’une opinion réservée ou divergente d’un membre ou d’une formation de la majorité….Sarkozy se plaignait d’avoir été lynché par la presse, ce qui n’était pas tout à fait faux, il semble que celle-ci cherche à s’en disculper en s’acharnant sur son successeur….Quelle aubaine pour les populistes de tous poils qui s’en donnent à cœur joie.
Si François Hollande échoue, Marine Le Pen aura un boulevard devant elle, comme peut le faire craindre le témoignage de mon « beau père » (le père de Bertrand) qui déjeunait hier chez nous et qui m’a fait parvenir ce lien et ce commentaire alors que je l’ai connu votant à gauche :
http://ripostelaique.com/formidable-discours-de-renaud-camus-a-orange-45.html
« Voilà le discours dont je te parlé hier. J'avais participé la veille à la "marche contre le fascisme islamiste". Nous étions plus de 3000 de Denfert à Place d'Italie, j'y ai reconnu Renaud Camus,
je lui ai serré la main en lui témoignant mon admiration pour son discours
à la convention des Identitaires du 4.11.12 ».

 

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 22:50

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Quand j’ai rédigé mon dernier billet, je n’avais encore lu que quelques pages du livre de Mathieu Lindon, « Ce qu’aimer veut dire », prix Médicis 2011, récit autobiographique en forme d’ hommage à ses deux pères, le naturel, Jérome Lindon, qui fût le patron des éditions de Minuit, et le « spirituel», Michel Foucault. Si la progression de ma lecture, gênée par un style déroutant, relâché, parfois difficilement compréhensible, surtout dans sa première partie, avait été plus rapide, j’aurais sans doute infléchi quelque peu mes réflexions sur amitié et homosexualité. Il m’a fallu un peu de persévérance, j’ai failli en abandonner la lecture, pour m’intéresser à cette histoire qui se déroule en grande partie dans l’appartement que Michel Foucault, rue de Vaugirard, mettait à disposition de ses amis, où les drogues circulaient et où les trips à l’acide et à l’héroïne et les aventures sexuelles se succédaient sans fin. Le récit bascule à mi-parcours, à la mort du personnage central, Michel Foucault, dont le souvenir devient omniprésent, et a alors réussi à m’embarquer jusqu’à son terme et me toucher. Il s’agit bien ici de l'histoire d’une amitié profonde, non sexuelle, d’un jeune homme de 23 ans pour un homme mûr - même s’il y a eu désir chez ce dernier - fasciné par sa tolérance, sa générosité, sa facilité de communication tout ce que n’a pas su lui donner son père.

Amitié donc, sans l’ombre d’un doute, mais l’auteur fait cependant écho à plusieurs reprises à mes interrogations du précédent billet : « Je suis embarrassé du sexe, parfois, ne distingue pas bien l’amour et l’amitié. Je suis persuadé que tout ce qui en moi rend hommage à l’amitié rend hommage à Michel : n’est ce pas de l’amour ? Je ne peux rencontrer quelqu’un sans penser à lui, non pas pour m’imaginer comment il aurait estimé ce nouvel ami, mais persuadé que cette rencontre n’aurait pas été possible sans lui, ne se serait jamais passée aussi bien. Je ne sous-estime pas l’apport de mes parents dans les qualités que je peux avoir : mais le poids d’une relation père (ou mère) – fils est évidemment une entrave, comme si, par une sorte de structuralisme psychologique, les individus étaient écrasés par elle », ou plus loin , « Que je n’aie jamais fait l’amour avec Michel ni Hervé (Guibert)- c’étaient mes deux seuls amis avec qui ça s’est posé et ne s’est jamais réalisé – était comme un lien supplémentaire entre nous trois. Que le sida tue et celui avec qui je n’avais d’abord pas voulu coucher et celui qui n’avait pas voulu coucher avec moi m’interdisait de regretter les actes manqués. C’était une honte mais c’était ainsi. »

Une amitié homosexuelle, pour s’affranchir du sexe, nécessite peut être une rencontre exceptionnelle?

Ce livre m’a également touché par sa description très crue du quotidien de la fin des années soixante-dix et du début des années quatre-vingt, traversée par une multitude de figures homosexuelles célèbres, Hervé Guibert, Roland Barthes (dont la vison qui est donnée de son rapport aux jeunes gens ne rend pas particulièrement sympathique l’auteur de l’inoubliable « fragments d’un discours amoureux »), Daniel Defert (le compagnon de Foucault qui allait fondé Aides après sa mort) renvoyant à ce que j’ai appelé la période « gay » dans un de mes billets précédents, quotidien que j’ai vécu dans bien des aspects décrits - à l’exception de celui de la drogue que je n’ai rencontré que de façon anecdotique – les tricks qui se succèdent, les amours sauvages, les amis qui disparaissent les uns après les autres et peut être surtout le rapport à la famille, celle que l’on se crée, à laquelle on choisit d’appartenir, et non la vraie, subie. Cette famille que l’on se crée, celle de nos amis, de leurs amants, des nôtres présents ou passés est ce qui est parfois appelé, fort improprement, « milieu », cela n’a bien sûr rien à voir avec celui auquel se terme pourrait renvoyé, celui qui est constitué par la fréquentation quasi exclusive des quartiers, commerces, bars, discothèques et circuits gays car si celui là est tissé de liens affectifs, on peut se sentir fort seul dans celui-ci.

« L’homosexualité a transformé les règles. L’intimité a changé de camp. Il n’a pas pu y avoir de solidarité familiale au sens le plus strict, de mon ascendance à ma descendance : de ce point de vue, le seul enfant qu’il y a eu entre mes parents et moi, c’est demeuré moi. Alors l’affection est restée mais l’intimité entre nous est devenue obscène, égarée entre l’enfance et la sexualité, ayant perdu le contact avec la réalité, plus fausse que les choses survenant à Hervé. Elle s’est à la fois circonscrite et élargie à ma famille amicale, cette famille fictive qui est devenue la vraie, à croire que j’avais enfin découvert, après une longue quête, mes amis biologiques.. Et aucune malédiction de cet ordre n’a frappé cette intimité là, elle se transmet à travers les générations si bien que notre relation à Daniel et moi, nous l’avons chacun héritée de Michel »
(Mathieu Lindon, Ce qu’aimer veut dire, P.O.L., 2011)

 

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 22:51

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D’amis, au sens fort du terme, celui que donnent à ce mot les hétérosexuels, je n’en ai jamais eu depuis que j'ai une vie sexuelle. Auparavant ce que j’ai cru être de l'amitié n'était que le fait d’un désir amoureux qui ne se reconnaissait pas comme tel. Ceux que j’appelle aujourd’hui mes « amis » sont le plus souventd' anciens amants avec qui j'ai gardé des relations suivies, mais cette qualification est abusive car il s’agit de quelque chose d'indéfinissable, sorte de complicité affective qui a connu l'intimité de la chair, et qui n'a pas de "nom". Il m’est également arrivé de tisser des relations amicales avec les "nouveaux amants" de mes ex, ou leur propres « ex », tous nettement plus jeunes que moi, mais ces relations ne se sont pas nouées indépendamment de ma sexualité. J’ai bien un ami d’enfance, qui ne fût certes jamais mon amant, mais nous avons joué à touche-pipi à l’âge de 8 ans….Ce n’est sans doute pas le fait du hasard si n’ai jamais noué de relations affectives avec un hétérosexuel. Mon mode de vie, en dehors du milieu professionnel, est si imprégné de la "culture", au sens moderne de ce mot, homosexuelle, qu'une amitié qui ne le serait pas est difficilement envisageable, notre regard sur le monde serait trop différent, nous ne pourrions pas « sentir » ensemble.
Mais je n’ai jamais eu non plus d’amitiés féminines. Ceci a sans doute été favorisé par une certaine misogynie dans mon adolescence qui se traduisait par un profond ennui en présence d’une ambiance féminine, mais plus probablement ne suis-je pas capable d’aller vers l’autre sans la médiation des doigts…

A moins que l’amitié ne soit qu’ un concept « écran », masque ou révélateur d’une homosexualité? Les références cinématographiques ne manquent pas, notamment le remarquable premier film de Jacques Audiard, « Regarde les hommes tomber », ou sur un mode qui se veut humoristique dans le poussif « Asterix au service de sa majesté » (seul Depardieu nous sauve de l’ennui). Une occasion aussi de dire tout le bien que je pense du dernier film de François Ozon (« Dans ma maison ») dans lequel l’amitié de Rapha pour Claude révèle son homosexualité.

Michel Foucault, dans un texte dont je n’ai pas retrouvé duquel de ses ouvrages ou conférences il est extrait, ne disait il pas :
« Une de mes hypothèses est que l’homosexualité, le sexe entre hommes, est devenue un problème au xviiie siècle. Nous la voyons entrer en conflit avec la police, le système judiciaire, etc. Et la raison pour laquelle elle fait socialement problème, c’est que l’amitié a disparu. Tant que l’amitié était une chose importante et socialement acceptée, personne ne se rendait compte que les hommes faisaient l’amour ensemble. »

On pourra également lire sur le sujet :
http://culture-et-debats.over-blog.com/article-13477433.html

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 23:12

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Vendredi dernier, accoudé à un bar gay bordelais, le « Go-West », l’écoute et la vison du clip video de la chanson "Cherchez le garçon» (http://www.youtube.com/watch?v=FfOOlppnZG4&feature=player_detailpage),   m’a brusquement ramené au début des années 80, dans cette même ville, à une époque où deux ou trois années à peine après mes premiers pas d’homosexuel « pratiquant », j’entrais en «militance» par, presque simultanément, l’adhésion à l’association des médecins gays, la participation régulière en tant qu’animateur à l’émission de radio «Framboise et citron », et surtout la fondation, avec quelques autres, de la première association gay bordelaise «les nouveaux Achriens».

Cette démarche militante répondait plus à un désir d’augmenter la visibilité gay et de permettre au plus grand nombre d’y accéder, qu’à une action revendicative quant à nos droits si ce n’est celui de nous laisser baiser en paix. Notre objectif était de lutter contre l’homophobie, ou plutôt d’aider à l’affronter, en traquant celle qui était tapis au plus profond de nous même et qui conduisait tant d’entre nous à rester dans l’ombre. J’ai été dès le début persuadé de notre différence absolue, irréductible à la seule dimension sexuelle- l’homosexualité et l’hétérosexualité, deux façons d’être au monde – rendant primordiale l’extirpation de l’homophobie « intérieure », puisque celle de l’homophobie de "l’autre" était illusoire et qu’on ne pouvait espérer, au mieux, qu’elle prenne le masque de la tolérance.

On comprendra peut être ainsi pourquoi je me suis trouvé en phase avec certains textes des auteurs «d’Homographies » dont j’ai reproduit quelques extraits dans un billet précédent et pourquoi j’ai pratiquement abandonné toute action militante depuis des années (je continue à participer à l’AMG mais plus comme « un service rendu » que comme militant). Celle-ci, après s’être laissée envahir par l’obsession « épidémique » - la période Act-Up- s’est focalisée sur la revendication du mariage et de l’adoption - la période LGBT- marginalisant la lutte contre l’homophobie en tendant à nous faire croire que celle-ci se dissoudrait dans l’égalité des droits. On s’apercevra vite que relativement peu de gays vont se marier, non parce qu’ils ne le souhaitent pas, comme on l’entend dire ici où là, notamment par les homophobes déguisés en tolérants, mais parce qu’ils ne l’oseront pas !
En quelque sorte, en référence à l’attribution du prix Nobel de Physique, analogie quelque peu contestable je l'avoue, je dirai que l’action militante a « décohérée ». Des deux réalités superposées que sont la lutte contre l’homophobie et la revendication de nos droits, l’interaction avec  notre environnement hétérosexuel ne nous permet plus d’observer que la seconde.

Serge Haroche élève de  Claude Cohen-Tannoudji, lui même pris Nobel il y a une quinzaine d'année et dont le livre, "la Matière- Espace-Temps" m'avait passionné, a en effet obtenu hier la consécration suprême pour ses travaux qui ont permis une confirmation expérimentale de la théorie de la décohérence, théorie qui donne une solution à l'interprétation, dans le cadre de la mécanique quantique, du paradoxe du chat de Schrödinger, paradoxe qui avait été le sujet du premier billet de ce blog (http://limbo.over-blog.org/article-41792587.html)!  Selon la théorie quantique, la réalité est "enchevêtrée", tous les possibles existant simultanément comme superposés, or nous n'en percevons qu'un seul, notre réalité.  La décohérence permet d’expliquer comment l’interaction avec l’environnement nous empêche d’observer que le chat de Schrödinger est « à la fois dans un état mort et vivant ». "Nous ne pouvons pas observer d’objets macroscopiques dans un état superposé car nous sommes condamnés à ne pouvoir effectuer que des observations locales, c’est-à-dire portant sur une portion de l’espace seulement". L'interprétation n'est cependant pas totalement satisfaisante car elle n’explique pas pourquoi les superpositions du chat mort et vivant disparaissent mais seulement pourquoi elles ne peuvent pas être observées.

Alain Resnais a illustré, à sa manière, la théorie des mondes multiples dans "Smoking, no smoking". Son dernier film, "Vous n'avez encore rien vu", déclaration d'amour aux auteurs, au théâtre, au cinéma et au texte d'Anouilh, mise en abyme d'une réalité démultipliée, est un immense plaisir intellectuel.

 

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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 16:40

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Dans le dernier numéro du Nouvel Observateur, un article intitulé « La galaxie du refus », fait le point sur les différents « lobbies » qui tentent de s’opposer à la future loi sur le mariage gay et l’adoption. Il y a bien sûr, il ne pouvait en être autrement, les différentes religions monothéistes, avec à leur tête l’Eglise catholique. La seule surprise de ce côté-là viendrait plutôt de la relative modération de ses instances dirigeantes, du moins à ce jour, bien loin du déchainement auquel on a assisté il y a quelques années en Espagne, si l’on excepte quelques dérapages individuels comme ceux de Mgr Barbarin (dont les arguments ont presque été repris mots pour mots par l’Imam de Bordeaux!) dont on pourrait se consoler en se disant qu’il n’est pas allé aussi loin dans l’infamie que certains politiques puisqu’il n’a pas évoqué le risque pédophile ou la zoophilie…Politiques de tous bords puisque certains élus de gauche, souvent communistes, ont fait savoir qu’ils n’appliqueraient pas la loi si elle était voté. Le troisième pilier du refus est constitué par les psychanalystes, je me suis suffisamment attardé sur leur néfaste influence dans de précédents billets pour que je n’y revienne pas. Enfin il y a les intellectuels, souvent de droite (on connait les positions machistes d’Eric Zemmour), quelques fois de gauche avec la philosophe Sylvie Agacinski, femme de Lionel Jospin, au nom de la différence des sexes et parfois homosexuels comme Benoit Duteurtre (qui vient de publier « A nous deux Paris » , l’histoire d’une sorte de Rastignac gay dans le Paris des années 80) dont je reproduis les propos en fin de billet. A les lire - si on ne savait qu’il avait publié en 1996 « Gaieté Parisienne», une satire du milieu gay- on comprend (un peu) mieux, car on pourrait y déceler certains similitudes, le contre sens qui a été fait dans certains commentaires sur un autre blog à propos de la position d’intellectuels espagnols que je rapportais dans un précédent billet, position dont il était affirmé qu’elle rejoignait celle de l’Eglise ! Duteurtre raille la revendication du mariage gay comme une régression « petite-bougeoise» (au sens qu’avait ce mot dans les contrats de location où il était précisé que les lieux devaient être occupés de façon bourgeoise), alors que les auteurs d’ «homographies» s’insurgent contre la manière « petite-bourgeoise», trop « sage », dont cette revendication est menée, la nuance est de taille! 

Dans le même numéro du Nouvel Observateur, un autre article est consacré à un autre front du refus, celui de «L’islamisation» de l’Europe et particulièrement de la France, dans lequel sont mis dans le même sac des écrivains (qualifiés de « seconde zone » !) comme Renaud Camus, Richard Milllet, Denis Tillinac, Edourd Nabe, Jean Raspail ; des politiques comme Gilbert Collard ou Gérard Longuet ; des journalistes comme Patrick Buisson, Robert Menard ou Eric Zemmour, et des philosophes comme Alain de Benoist, Elisabeth Levy ou Alain Finkielkraut…L’amalgame est parfois surprenant, voire sidérant, quand on voit associer les noms d’Alain de Benoist, philosophe qui a défendu une conception fondée sur l'« ethno-différencialisme » et une critique du judéo-christianisme et d’Alain Finkielkraut. Plutôt qu’amalgamer, tourner en dérision, s’indigner, et stigmatiser (la nébuleuse est qualifiée de « néofasciste» alors que seule une minorité de ces auteurs s’est laissée aller à une dérive identitaire sur le mode obsessionnel ou paranoïaque), on aurait préféré une réflexion sur les racines du « mal », sur la façon dont est ressentie une certaine immigration vécue comme non contrôlée, comme si l’on faisait tout pour justifier l’affirmation d’un racisme « anti blanc », expression que Jean-François Coppé vient d’emprunter à Marine Le Pen. Certaines des réactions aux caricatures publiées par Charlie Hebdo (plutôt drôles contrairement à l’affligeant film américain qui a tout déclenché) sont symptomatiques de ce voile idéologique que l’on veut poser sur le réel. Si elles avaient concerné le Christ à la suite de manifestations violentes d’intégristes chrétiens qui ont pu se produire, personne n’y aurait trouvé à redire, bien au contraire. Il en est de même des critiques dont est l’objet l’action remarquable de Manuel Walls, ou du surprenant manifeste de députés PS en faveur du vote des étrangers (mesure à laquelle je suis favorable) dont on peut s’interroger sur l’opportunité.

On pourrait aussi évoquer la horde hostile au traité européen, qui ne cesse de croitre, les écologistes ayant décidé de rejoindre, certes pour des raisons opposées, les populistes dans leur refus du traité. Tout est fait pour amener la famille Le Pen aux portes du pouvoir. Comment voulez vous que les gens n’y perdent pas leur repères ? Le père de mon ami, sympathisant jusqu’ici du front de gauche, vient de décider de soutenir Marine…..

« L’aspiration des militants homosexuels à la famille et au mariage est une formidable régression intellectuelle par rapport aux enjeux de la libération sexuelle…(il est) amusant de voir certains militants s’exciter contre l’Eglise, qui devrait, à son tour, accepter le mariage gay – comme s’il fallait à tout prix obtenir la reconnaissance du clergé qui ne fait pourtant que jouer son rôle de force morale archaïque…La modernité, c’est évidemment le Pacs, qui laisse de côté tout cet héritage et qu’on pourrait fort bien se contenter d’améliorer. Mais les groupes de pression, engagés dans la surenchère, semblent confondre l’égalité et le pastiche. Ils ne représentent qu’une minorité. Beaucoup d’homos se contrefichent du mariage comme de l’adoption, mais il est vrai que cette soif de normalité enchante certaines personnes qui ont l’impression de les voir rentrer dans le rang. »
(Propos de Benoit Duteurtre/Le Nouvel Observateur)

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 10:45

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On se plait à rêver d'une rentrée littéraire sans Amélie Nothomb, Christine Angot,  Florian Zeller et quelques autres, dont les livres vont aller détrôner, pour un temps, les romans de Guillaume Muso ou de Marc Levy en tête des ventes. De nos jours, Stéphane Hessel a montré la voie, pour s'assurer de "gros tirages", il faut faire court (de la dimension de la "nouvelle"), facile à lire, dans le métro ou sur la plage,  et surtout avoir la faveur des médias qui vont s'empresser de faire la promotion inlassable des mêmes. Tant pis pour les quelques textes qui en vaudraient la peine, il faudra s'efforcer de les découvrir seul, par le bouche à oreille, ou si l'on a de la chance  grâce à un critique à l'abri du "système".

Je ne prenais pas beaucoup de risque en choisissant comme premier livre de la rentrée "Rien ne se passe comme prévu", de Laurent Binet, journal de bord de la campagne de François Hollande, mais qui peut se également se lire comme un roman, celui de l'histoire d'un écrivain de 40 ans  (Goncourt du premier roman pour Hhh) qui s'apprêtait  à voter Mélenchon et qui - comme Yasmina Reza en son temps le fût pour Sarkozy - chargé de suivre et de raconter, plus ou moins à l'initiative de Valérie "Twitter", la campagne du futur président, finira par voter pour lui. Ce récit subjectif, souvent drôle, qui fourmille d'anecdotes, se lit avec plaisir, même s'il ne transcende pas le genre.

Tout se passe comme prévu au contraire en cette rentrée politique,  si l'on en croit ces quelques mots de François Hollande au soir du 6 mai, tirés du livre : "Est-ce que ça va durer ? Est-ce qu'ils seront toujours là dans trois mois ? Et qu'est-ce qu'ils penseront de moi, alors ?". "On sait que c'est très fragile." En effet comme prévu il a commencé par tenir la plupart de ses promesses, parfois imprudentes il est vrai mais c'est la règle du jeu; comme prévu dès la fin des vacances  il a confirmé le tour de vis fiscal et budgétaire annoncé, trop à bas bruit peut être; comme prévu tout le monde lui est "tombé dessus", y compris dans la presse de son propre camp, parce qu'il n'a pas réussi en quatre mois à nous sortir d'un trou que l'on creuse depuis 30 ans; comme prévu les écologistes et l'aile gauche de son parti se sentent si mal au pouvoir qu'ils rêvent presque à voix haute d'un retour dans l'opposition. Je ne partage pas tout à fait l'opinion du philosophe de gauche Marcel Gauchet qui expliquait ainsi le retournement médiatique contre Hollande :  "Sarkozy avait la direction mais pas la méthode, Hollande sait faire mais n'a pas de cap". Je crois qu'il a bien un cap, une social-démocratie moderne, mais qu'il lui est interdit de le dire par la doxa écolo-gauchiste, un cap en forme de handicap...Le film « Superstar », de Xavier Giannoli, est une fort pertinente fable philosophique sur ces retournements médiatiques.

La rentrée c'est aussi pour moi la participation à un  séminaire organisé chaque année en septembre par mon entreprise pour certains de ses collaborateurs. Près d'Ajaccio cette année. J'ai constaté avec étonnement, lors de la fréquentation des réseaux sociaux décrits dans les précédents billets, le nombre de "contacts" qui se disaient à la recherche d'un plan "discret". J'ai fini par m'enquérir auprès d'un d'entre eux, auquel je confiais que je n'avais pas l'habitude de convoquer la presse lors de mes rencontres, ce qu'il entendait par là. "Tu sais la Corse est un petit pays, tout se sait, je ne souhaite pas que tu dises que tu m'as rencontré..". Ne connaissant personne dans cette île, Je ne voyais pas très bien à qui j'aurais pu faire de telles confidences, mais je n'ai pas insisté...Il semble que la Corse en soit encore à la période "pré-gay" (voir le billet précédent).

C'est manifestement aussi à cette période pré-gay qu'en est resté le personnage interprété par Claude Rich dans "Cherchez Hortense". Au cours d'un dialogue savoureux dans un restaurant japonais  son fils, interprété par Bacri, découvrant l'attention que porte son père, conseiller d'état,  à un jeune serveur l'interpelle (je transcris de mémoire)  : " Serais tu gay?"; puis  devant la négation effarée de ce dernier : "Je vais reformuler ma question de façon plus précise, as tu couché avec  des hommes?" - "Oui" réponds le père - "donc tu es homosexuel?"- "parce que le fait de coucher avec des hommes ferait de moi un homosexuel?" S'ensuit une diatribe contre le communautarisme  : "je couche avec qui j'ai envie""...Père que pourtant, une scène nous le révèlera plus tard, un autre haut fonctionnaire ("Hortense" justement) a l'habitude d'appeler "vieille cocotte"...Ce film qui traite, entre autres, du problème de la régularisation des sans-papiers hors des chemins habituels du politiquement correct, est jubilatoire . Bacri est irrésistible et touchant,  mais l'ensemble de la distribution est au sommet.

 

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