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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 16:35
Les Cow-boys

Présenter mes vœux aux lecteurs de ce blog est une occasion pour moi de le reprendre après quelques semaines de silence.

Ce ne sont pourtant pas les sujets qui ont manqué depuis ce sinistre samedi, au lendemain des attentats, où flânant avec Bertrand dans un Paris plus déserté qu'un 15 août caniculaire, dans une atmosphère étrange, nous avons trouvé porte close à l'UGC des halles. Il n'y avait pas grand monde non plus, le soir, à la terrasse du Cox, où nous sommes allés boire notre bière habituelle, sans grande crainte, car il semblait bien que pour les sociopathes de l'islam radical le temps n'était plus aux attentats ciblés visant des communautés - dessinateurs, juifs, et pourquoi pas, donc, homosexuels symboles de la "décadence" des mécréants dont la disparition n'aurait guère touché la France de la "manif pour tous" - mais qu'il s'agissait maintenant de tirer dans le tas...Quelques jours plus tard, le film de Thomas Bidegain, « Les Cow-boys » , narrant la fugue et la conversion à l’islam d’une fille de 16 ans à la suite de sa rencontre amoureuse avec Ahmed, français d’origine immigrée et radicalisé, au moment où je terminais la lecture de 2084, conte philosophique de l’algérien Boualem Sansal qui décrit l’ Europe sous emprise d’une dictature islamique, me fit l’effet d’un coup de poing dans le ventre.

Il serait sans doute vain d’essayer de comprendre ce qui dépasse l’entendement, aux confins de la psychiatrie et de la religion, mais le vif intérêt que j’ai pris à la diffusion de la remarquable série télévisée «Jésus et l’Islam» sur Arte procédait sans doute de ce mouvement-là. En partant de la place exceptionnelle dans le Coran que tiennent Jésus, et encore plus Marie, qui y garde son statut d’immaculée conception, c’est à un éclairage saisissant sur les origines controversées de l’islam auquel le béotien que je suis, en cette matière, a assisté. La série ne fait qu’évoquer, sans la retenir, l’hypothèse soulevée dès le 7è siècle par Jean de Damas, arabe syrien et docteur de l’église, selon laquelle l’islam aurait pour origine une secte judéo-chrétienne, les nazaréens, lointains disciples de Jacques, le frère du christ. Cela me ramenait au roman d’Emmanuel Carrère, « Le Royaume », non seulement parce que ce dernier avait suggéré, à la sortie du livre de Houellebecq (Soumission), que si le christianisme avait était l’avenir de l’antiquité, sa diffusion ayant été facilité par l’empire romain, l’islam pourrait bien être celui de l’Europe (facilité par l’immigration massive consécutive aux guerres du Moyen-Orient, rendant prophétique le livre de Boualem Sansal ?) ; mais surtout parce qu’il montrait combien le christianisme, à ses origines, avait frôlé le schisme, entre les fidèles de Jacques, défenseur de la tradition juive, et l’universaliste Paul qui finit par l’emporter et fonder le christianisme tel que nous le connaissons. L’islam n’a pas évité le schisme à la mort du prophète, entre ses disciples, défenseurs de la tradition, les sunnites, considérant le Coran comme parole de Dieu à prendre à la lettre, et les fidèles de son gendre, Ali, qui donnèrent naissance au Chiisme, dans lequel le Coran est une œuvre humaine. Que serait-il advenu du christianisme si Jacques, l’intégriste, l’avait emporté sur Paul ? Ce n’est qu’à la fin du Moyen-âge, au début du 16è siècle que le christianisme connut son schisme majeur avec Luther et Darwin. Le formidable roman «L’œil de Carafa», dont j’ai déjà rendu compte dans ce blog, nous rappelle que le protestantisme a connu ses dérives sectaires, dont celle des anabaptistes radicaux de Thomas Müntzer, qui fut aussi une révolte sociale, avec son lot d’atrocités. La régression moyenâgeuse du sunnisme que représente l’état islamique a eu ses précurseurs….

Les élections régionales s’annonçaient comme une débâcle historique pour le parti socialiste. La parfaite gestion des attentats par François Hollande et ses deux remarquables ministres Bernard Cazeneuve et Jean-Yves Le Drian, aidé par un Sarkozy qui a manifestement perdu la main, ont sans doute contribué à fortement limiter la casse, au point que notre président, et je m’en réjouissais, pour peu que la situation économique s’améliore, puisse à nouveau être en position de briguer un deuxième mandat. Insupportable sans doute pour sa gauche sectaire, ancrée sur son idéologie, le vouant aux gémonies, pour une mesure, la déchéance de nationalité, certes sans efficacité réelle, mais symbolique aux yeux de la population, qui ne concernerait qu’une infime minorité des sociopathes éventuellement concernés…

Terminer ce billet plus positivement en vous disant mon coup de cœur pour l’admirable film de Jia Zhang-Ke, qui vous obsède longtemps, « Au-delà des montagnes ».

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 19:50
Du désir, de l'amour et de la haine

« Retracer le destin du désir humain à travers les grandes œuvres littéraires », telle était l’ambition de René Girard lorsqu’il écrivit « Mensonge romantique et vérité romanesque », première ébauche de sa théorie du désir mimétique, sur laquelle il fondera une nouvelle anthropologie de la violence et du religieux. L’émotion que j’ai éprouvée ce mercredi à l’annonce de sa mort m’a renvoyé à celle que j’avais ressentie en découvrant « Des choses cachées depuis la fondation du monde », ouvrage qui allait profondément transformé, au moins autant que les interprétations de la mécanique quantique (Bernard d'Espagnat, le physicien du "réel voilé", s'est lui aussi éteint il y a quelques semaines) , ma vison du réel.

La parution de cet ouvrage fondamental l’année (1978) de ma « sortie du placard », ne pouvait qu’attiser mon attention tant il s'opposait (même s'il ne s'agissait que d'un aspect très secondaire de l'ouvrage) à la doxa freudienne sur l'interprétation de l'homosexualité : non seulement il n'écartait pas la possibilité d'une homosexualité proprement biologique (sur laquelle il se disait incompétent), mais il déconstruisait le concept d’homosexualité latente, celle-ci n’étant plus considérée comme la recherche du « même », mais vouloir être ce que l’autre est :

« L’homosexualité correspond forcément à un stade « avancé » du désir mimétique mais à ce même stade peut correspondre une hétérosexualité dans laquelle les partenaires des deux sexes jouent, l’un pour l’autre, le rôle de modèle et de rival aussi bien que d’objet. La métamorphose de l’objet hétérosexuel en rival produit des effets très analogues à la métamorphose du rival en objet. C’est sur ce parallélisme que se base Proust pour affirmer qu’on peut transcrire une expérience homosexuelle en termes hétérosexuels, sans jamais trahir la vérité de l’un et de l’autre désir. C’est lui, de toute évidence, qui a raison contre tous ceux qui, soit pour l’exécrer, soit au contraire pour l’exalter, voudraient faire de l’homosexualité une espèce d’essence. »

Cette isomorphie du désir homosexuel et hétérosexuel, rendue si évidente par Proust, elle transparait également chez Roland Barthes dans ses « Fragments d’un discours amoureux ». Un des romans de cette rentrée littéraire, « Histoire de l’amour et de la haine », de Charles Dantzig, l’auteur du « Dictionnaire égoïste de la littérature française », pourrait être perçu comme une version romanesque du précédent – on pourrait tout autant évoquer « Vie secrète » de Pascal Guignard – si ces fragments, portraits réflexions des six personnages - Fernand, jeune intellectuel homosexuel fils d’un député homophobe, un couple gay, Anne leur colocatrice, Pierre écrivain hétérosexuel vieillissant - ne se situaient au moment précis « où les loups sont entrés dans Paris», entre la première et la dernière manifestation de la « manif pour tous ». Ce roman, très érudit, et dont la narration est si peu romanesque, est aussi une chronique de l’homophobie, dont il montre combien elle est irréductible à tout autre forme de racisme, puisqu’il prend racine au sein même de la famille. Vision fondamentalement pessimiste d’une irréductibilité du mal, et donc de la haine, qu’aucune loi ne pourra jamais changer. Une lecture « girardienne» de ce roman montrerait comment ce déchainement des foules de la manif pour tous - la haine étant une des figures, exacerbées, du désir - répondait à un mécanisme mimétique avec l’homosexuel comme bouc émissaire.

René Girard affirmait l'identité du social et du religieux, ce dernier expliquant l'ordre social. Comment la croyance fonde une communauté , c'est ce que nous raconte "Ni le ciel, ni la terre", film de guerre à dimension fantastique et métaphysique présenté à Cannes à la semaine de la critique, qui a pour moi dominé la rentrée cinématographique. Un commando français dirigé par le capitaine Bonassieu (interprété de façon exceptionnelle par Jeremy Renier) ayant établi son campement à la frontière du Pakistan, peu de temps avant le retrait des troupes d'Afghanistan, interposé entre un village afghan et les talibans, va se trouver confronter à la disparition mystérieuse de plusieurs de ses soldats, disparitions qui vont affecter symétriquement le camp taliban et rapprocher de façon étrange, dans la quête du sens, les protagonistes...Ce qui est inexplicable aux yeux du capitaine, l'amenant au bord de la folie et du délire va trouver au "sens" aux yeux des villageois afghans et d'un des soldats "chrétien" : "Dieu est en train de reprendre sa création". Sans dévoiler le dénouement qui a pu paraitre décevant à certains critiques, la capitaine ne trouvera la paix que offrant aux familles des disparus et à l'état major français une explication "rationnelle", sacrificielle pour lui même...

Mis à part la sortie des films primés à Canne, l'éprouvant "Fils de Saul" et l'étrange "The lobster" (ou l'enfer d'une société où les couples se formeraient sur la recherche du "même"), que de déceptions : "Seul sur mars", si seul qu'on s'ennuie avec lui; un bien décevant Woody Allen et un Rappeneau dont la mise en scène est tellement datée...

"On change de corps comme de chemise. Le corps qui a couché avec un autre il y a vingt-quatre heures n'est plus le même que le corps de maintenant. Il a oublié son plaisir; mais pas qu'il l'avait eu, ce qui lui donne envie de recommencer. Les corps ont une mémoire abstraite. Ce sont les esprits qui ont une mémoire matérielle, du détail de l'endroit du corps qui jouissait plus que l'autre." (Richard Dantzig, Histoire de l'amour et de la haine, Grasset, 2015)

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 16:38
De la French Theory à l'univers orwellien

Michel Houellebecq était l’invité de rentrée de l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché ». A ses interlocuteurs se référant aux succès des livres de Zemmour, Finkielkraut, Onfray et à la montée du FN, dont il contestait les affirmations selon lesquelles son point de vue sur l’islam se situerait «dans l’air du temps», il lui fallut préciser, ce qui semblait pourtant évident, qu’il ne parlait pas du « peuple», mais de la doxa médiatique totalement colonisée par la gauche «bien-pensante». La sortie sur les écrans de la palme d’or à Cannes, «Deephan», le dernier film de Jacques Audiard, est venue à point nommé pour en donner une preuve éclatante tant il s’est fait «éreinté» dans la presse de gauche, l’exemple le plus pathétique ayant été donné par un chroniqueur de l’Observateur, un certain Vincent Malausa : « arrogant et stupide. Un film politiquement infect…. agonisant dans sa bêtise et comme étourdi de sa petite puissance de roitelet d'un hypothétique néo-cinéma de genre français… ». Ici chapelet d’injures d’une chronique abjecte, là incroyable mauvaise foi d’un article des Inrocks qui s’indigne de découvrir que la banlieue où a été tourné le film est en fait sans histoire, comme s’il s’était agi d’un documentaire et non d’une œuvre de fiction : l’histoire d’un exilé sri-lankais qui, fuyant la guerre civile de son pays, réussissant à immigrer en France grâce à de faux papiers et la constitution d’une famille fictive et s’intégrant, plutôt avec succès, va retrouver, confronté à la violence des bandes organisées de sa banlieue d’accueil, ses instincts de guerrier tamoul pour protéger cette femme qui n’est pas la sienne et dont il va finir par tomber amoureux. Cette peinture d’une certaine banlieue française comme zone de non droit, jointe à un exil final dans une Angleterre idyllique (sur ce dernier point les intentions du réalisateur restent certes obscures) ne pouvait que s’attirer les foudres de la «censure de la bien-pensance».

L’instrumentalisation de la photo d’un enfant mort sur une plage, témoin de l’exode d’une population fuyant désespérément une autre guerre civile, qui s’éternise en partie du fait de l’inertie de l’Europe, comme l’a illustré la caricature de Charli Hebdo, a permis de rendre inaudible tout autre discours que celui humanitariste de la doxa médiatique, mais avec d’inattendus et savoureux effets collatéraux. En effet, il y a peu encore, durant la crise grecque, Angela était adulée par la droite «républicaine» et vouée aux gémonies par la gauche paranoïaque et son allié virtuel le front national. Quelques mois plus tard, la posture de la chancelière comme guide moral de l’Europe a rendu la droite schizophrène et sidéré l’extrême gauche qui n’avait pas besoin de ça après la «trahison» de Tsipras, qui tel la chèvre de monsieur Seguin avait cédé au petit matin. Mais notre nouvel Hébert, Jean-Luc Mélenchon, n’allait pas se laisser troubler bien longtemps avant d’ajouter un chapitre à son «hareng de Bismark» en accusant une nouvelle fois Angela, qui n’est certes peut-être pas totalement angélique dans cette affaire, de tuer l’Europe : "Ce que fait Mme Merkel, c'est un leurre. Et nous le paierons cher". Le seul point qui le séparait encore de « la fille du père» étant l’attitude vis-à-vis de l’islam, on pourrait se demander si cette dernière diatribe n’est pas le début d’une ultime convergence : aurait-il peur d’une porte ouverte à l’islamisation accélérée de l’Europe, prélude à l’autoréalisation du roman «prophétique» de l'écrivain algérien Boualem Sansal, 2084, présélectionné pour le Goncourt, décrivant une Europe sous l’emprise du totalitarisme islamique et dont Houellebecq en avait fait l’éloge dans l’émission de Ruquier ?

Ce roman fait bien sûr écho à 1984, à un moment où Orwell tend à devenir la référence de ces intellectuels français, dont les plus représentatifs ont été cités en début de billet, qui dénoncent la fracture sans cesse élargie par la censure de la bien-pensance, entre l’idéologie dominante et la culture populaire. Comment ne pas rapprocher ces quelques lignes d’Orwell ( http://www.slate.fr/story/103135/printemps-orwellien-intellectuels-francais ) «Profondément enracinées dans l'économie planétaire et ses technologies sophistiquées, culturellement libérales, c'est-à-dire “modernes”, “ouvertes”, voire “de gauche”, les nouvelles élites du capitalisme avancé manifestent en effet……à mesure que leur pouvoir s'accroît et se mondialise, un mépris grandissant pour les valeurs et les vertus qui fondaient autrefois l'idéal démocratique. Chaque jour devient plus manifeste leur incapacité dramatique à comprendre ceux qui ne leur ressemblent pas: en premier lieu, les gens ordinaires de leur propre pays.», de celles de Jacques Julliard « Ces écrivains et ces essayistes se rapprochent du peuple réel à mesure que le parti socialiste s’en éloigne….Ce qu’ils reprochent à la gauche c’est de s’inventer de nouveaux prolétariats au détriment du prolétariat réel ».

Michel Onfray avait beau jeu samedi soir chez Ruquier, encore, de répondre à un Yann Moix hystérisé : « c’est vous qui faites le lit du FN ».

Ces intellectuels, que le Monde qualifie «à la dérive», estiment que cette dictature de la «bien-pensance» est le fait d’une génération qui a été formée par le French Theory : « C’est un mouvement de civilisation... L’erreur des intellectuels, des philosophes… ceux dont on dit qu’ils sont la french theory outre-Atlantique, c’est-à-dire les Deleuze, les Foucault, les Guattari, les Derrida etc., ont déliré, ont déliré. Et intellectuellement ça produit encore des effets chez Najat Vallaud-Belkacem par exemple » (Michel Onfray, débat avec Eric Zemmour, le Point).

Il se trouve qu’un roman, « La 7è fonction du langage », prix du roman Fnac, vient d’être consacré à cette génération d’intellectuels qui ont dominé le monde universitaire des années 70/80, les structuralistes, mieux nommés « déconstructivistes ». Ce récit, sous forme d’une enquête policière jubilatoire transformant le suicide de Roland Barthes en son «assassinat » à la sortie d’un déjeuner avec François Mitterrand, nous donne des portraits irrésistibles des protagonistes de la French Theory (entre autres les exploits de Michel Foucault dans les saunas gays….), ainsi que de Sollers et BHL (qui n’auraient pas apprécié…). L’auteur, Laurent Binet, étant, à ce que j’en sais, plutôt proche de le la gauche «bien-pensante», il faut sans doute plus voir dans cet ouvrage un hommage en forme d’initiation ludique à un mouvement de pensée exceptionnel, qu’une mise en pièce du structuralisme et qu’il fasse siennes ces paroles de Michel Onfray : « La mauvaise chose c’est que la destruction de valeurs qui avaient fait leur temps, n’a pas été remplacée par des valeurs nouvelles, c’est-à-dire que ce moment de négativité qu’a été mai 68 aurait dû être suivi par un moment de positivité qui n’a pas eu lieu. Donc je dis oui à ce moment de négativité parce qu’on ne peut pas dire non au réel… C’est un mouvement de civilisation... ».

Michel Foucault qui interviewé en 1979, à une époque où il s’enthousiasmait pour la révolution iranienne, disait à propos de l’arrivée massive des boat people vietnamiens « Les hommes réprimés par la dictature choisiront d’échapper à l’enfer…..Je crains que ce qui se passe au Vietnam ne soit pas seulement une séquelle du passé, mais que cela constitue un présage de l’avenir ». Il n’avait pas imaginé le changement d’épistémè !

Je reste un tant soit peu nostalgique de ces années de «déconstruction» ( pas seulement sur le plan « philosophique »…), mais je suis de ceux qui se demandent parfois si elles ne nous ont pas mené dans une impasse.

«La liberté, c'est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque c'est accordé, le reste suit.»

(Orwell, 1984)

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 18:32
"Par dessus l'épaule de Dieu"

Dans l’avion qui me ramenait de Bordeaux, assis à côté d’un passager qui venait de commander, en fin de matinée, un jus de pomme avec biscuit sucré, alors qu'il s'était agi pour moi d'un jus de tomate accompagné de salé, me confortant dans l’idée qu’ il y avait bien deux mondes, j'ai eu le loisir terminer le dernier roman de Jérôme Ferrari " le principe" , prix Goncourt pour son précédent, biographie imaginaire du prix de Nobel de physique Werner Heisenberg, un des pères fondateurs de la mécanique quantique, qui énonça le fameux principe d’incertitude selon lequel on ne peut déterminer avec une précision absolue à la fois la vitesse et la position d'une particule élémentaire, ouvrant ainsi la voie à une révolution théorique sans doute encore plus fondamentale que celle de la relativité générale. Roman philosophique en forme d'interpellation du physicien sur sa vie, par un jeune étudiant en philosophie qui n'est autre que l'auteur : comment celui qui a tenté de regarder « par-dessus l'épaule de Dieu » en réussissant à lever le voile sur la façon dont se comporte l’infiniment petit, a-t-il pu montrer tant de complaisance envers le régime nazi en acceptant de participer au programme nucléaire du Reich? Comme si, par une généralisation du dit principe, une plus grande lucidité dans un domaine, ici celui du monde atomique, était corrélée à un aveuglement dans un autre, là le problème du mal, aveuglement dont le film "Le labyrinthe du silence" nous révèle que nombre d'allemands auraient préféré voir échapper au devoir de mémoire. Ce grand roman, écrit superbement, demande cependant pour en savourer toutes les nuances, un minimum de familiarité avec les concepts de la mécanique quantique…

Si les grands textes religieux sont censés nous délivrer « la parole » de Dieu, son interprétation se fait aussi «par-dessus son épaule». Le regard que porte un réalisateur originaire du monde musulman sur l’évangile, en ces temps où nombre de chrétiens y sont persécutés, à travers le personnage de Judas, est un des plus originaux depuis le film de Pasolini « l’évangile selon Saint-Mathieu ». Derrière une réhabilitation de Judas, qui ne serait pas le traître colporté par la mémoire collective, mais un disciple fidèle, trop peut-être, « Histoire de Judas », nous donne un version très réaliste de l'évangile, filmée avec une grande simplicité, peu de dialogues - à l’exception de la scène fascinante de la confrontation entre Jésus et Pilate-, peu d’épisodes relatés, mais exemplaires comme celui des marchands du temple, ou surtout celui de la femme adultère en raison des origines arabes de l’auteur. Un très beau film.

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 22:34
Le Royaume

L’ été avait été fort contrasté quant à mes plaisirs de lecture : de l’enthousiasme avec un thriller haletant que vous n’arrivez pas à lâcher, « Je suis Pilgrim », qui au-delà de quelques réflexions discrètement islamophobes qui raviraient Zemmour, donne une vision terrifiante et réaliste de la dérive du terrorisme islamique vers les actes isolés ; à la déception avec le dernier roman fleuve de Donna Tartt, « Le Chardonneret », pourtant encensé par la critique, mais qui après une description éblouissante des conséquences d’un attentat au Metropolitan Museum, m’a plongé dans un ennui certain (je dois avouer avoir lu des pages entières en diagonale), n’arrivant que par intermittence à m’intéresser aux (més)aventures de son héros à l’homosexualité profondément refoulée, en dépit de la virtuosité narrative de l’auteur.

Enfin arrivé enfin au bout des 700 pages de ce roman, j’étais impatient de me plonger dans le livre dont on parlait le plus en cette rentrée littéraire. Ces dernières années un tel engouement, des «Bienveillantes» de Jonathan Little à « La carte et le territoire » de Houellebecq - deux grand moments de lecture – annonçaient le prix Goncourt. Ce ne sera pas le cas avec « Le Royaume » d’Emmanuel Carrère qui a été systématiquement éliminé des sélections. Ostracisme vis-à-vis d’un écrivain, peu probable, ou plutôt christianophobie ? Il s’agit en effet d’un enquête romancée sur les origines du christianisme…

Le sujet ne pouvait que me passionner- fasciné depuis toujours été par les évangiles – d’autant plus que j’avais fort apprécié « la moustache » et surtout son livre sur Philippe K Dick, « Je suis vivant, vous êtes mort », deux de ses précédentes oeuvres. J’ai dévoré cette reconstitution très documentée des débuts du christianisme à travers l’histoire des premières communautés chrétiennes et notamment celles de Saint Paul et de Saint Luc –médecin macédonien, compagnon de Paul, auteur des Actes des apôtres et du troisième évangile - tachant de répondre à cette incroyable énigme : comment une secte fondée sur cette croyance absurde « d’un homme revenu d’entre les morts », a-t-elle pu devenir une église universelle, l’Eglise?

Il aurait pu en être autrement si plusieurs « nœuds temporels » ne s’étaient succédés sur trois siècles :

* La décision de Pilate tout d’abord, préalable indispensable à la mise en place de ce conte fantastique. Que serait-il advenu s’il avait dit non aux Prêtres ?

* La chute de Jérusalem ensuite, 70 ans plus tard, qui va faire des juifs, et donc des judéo-chrétiens des proscrits, étouffant la voix des disciples les plus proches de Jésus, Jacques son frère, véritable leader de l’église primitive et les apôtres Jean et Pierre, les plus légitimes à répandre son enseignement, laissant le champ libre aux « chrétiens », disciples du « trublion déviationniste » Paul qui prône une église universelle et déjudaïsée (origine sans doute de l’accusation d’antisémitisme portée à son encontre). Les fondateurs sont devenus des hérétiques…Que serait-il advenu du christianisme si sa parole dominante était restée celle de la secte intégriste de Jacques, ou de celle « ésotérique et paranoïaque » de Jean (auteur de l’Apocalypse dont les imprécations visent, à n’en pas douter selon Emmanuel Carrère, Paul et ses disciples - la synagogue de Satan - accusés de « manger de la viande ou d’en laisser manger »). C’est sur ce qui restait de leur secte que Mahomet se serait fait une idée de Jésus…L’auteur fait un parallèle avec cet autre religion que fût le communisme post Lénine, mais avec cette différence essentielle : dans l’église primitive, c’est Trotski qui l’a emporté sur Staline…

* La conversion de Constantin enfin, qui par la voie de la mondialisation romaine va en faire la religion officielle de l’empire.

Les mondes alternatifs - les univers parallèles - qu’on pourrait imaginer, conséquences d’un « dénouement » autre de ces potentielles bifurcations temporelles illustreraient à merveille le livre que le psychanalyste et essayiste Pierre Bayard, « Il existe d’autres mondes », vient de consacrer au paradoxes de la mécanique quantique (« Le chat de Schrödinger »).

Bien d’autres sujets sont abordés dans ce monument littéraire où la vie personnelle de l’auteur ( reproche qui lui a été fait dans la critique très négative des staliniens de Mediapart) est omniprésente. L’auteur dit en effet "d’où il parle", narrant sa crise mystique et sa conversion , puis sa « déconversion », faisant de lui un agnostique qui ne croit pas que le Christ soit ressuscité :"« Non, je ne crois pas que Jésus soit ressuscité. Je ne crois pas qu'un homme soit revenu d'entre les morts. Seulement, qu'on puisse le croire, et de l'avoir cru moi-même, cela m'intrigue, cela me fascine, cela me trouble, cela me bouleverse". Mais comme il le précise si justement, l’agnosticisme ( qui est mon état de conscience) n’est pas plus neutre que l’apolitisme…Si se dire « ni de droite ni de gauche » fait suspecter une position qui penche plutôt à droite, se dire agnostique c’est tout de même ne pas totalement écarter la possibilité …de la résurrection.

J’ai terminé la lecture du Royaume au moment où se déroulait le synode des Evêques à Rome. Comment ne pas faire le rapprochement, et se demander qui des Evêques conservateurs ou du « trublion déviationniste » jésuite à la tête de l’Eglise finira par l’emporter…

Le dernier film de Woody Allen, « Magic in the Moonlight », savoureux et magique m’a semblé une bonne illustration de ce billet. Sa « morale » n’est-elle pas : il n’y a pas "d' au-delà", mais y croire peut parfois avoir des effets positifs…

"Je ne fais pas le bien que j'aime, mais le mal que je hais" (Saint Paul)

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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 22:53
Aux mains des hommes

Lorsque les djihadistes de l'Etat islamique (EIIL) ont annoncé, il y a peu, le rétablissement du califat, pour l’instant de l’Irak à la Syrie, je n’ai pu m’empêcher de penser au roman de science-fiction de Dan Simmons, dont j’avais dit quelques mots il y a plusieurs mois : « Le dernier roman, controversé, de Dan Simmons (l’auteur d’Hyperion et de l’Echiquier du mal), Flashback, nous décrit également un univers apocalyptique, allant au-delà des pires cauchemars de Renaud Camus : un monde partagé entre un Califat Global ayant thermo-nucléarisé Israël et qui s’étendrait du Pakistan au Canada, en englobant l’Europe et la suprématie d’un Japon gouverné par des castes à l’organisation médiévale et qui, à la suite de l’effondrement de la Chine, est devenu le tuteur d’une Amérique en proie au chaos intérieur et à l’invasion des Etats du Sud par le Mexique. La description d’une Amérique en faillite financière et morale, conséquence des politiques désastreuses de l’administration Obama - dépenses sociales inconsidérés, soumission aux délires écologistes sur le réchauffement climatique et tolérance à l’égard de l’Islam…….. ».

La situation actuelle - conflit israélo-palestinien, décomposition de l’Irak et de la Syrie, tension entre Chine et japon, guerres aux portes de l’Europe, risque nucléaire iranien, émeutes pro-islamiques en France – jointe à la faiblesse et l’indécision de l’administration Obama, président qui ne s’est pas montré à la hauteur des espoirs mis en lui, peut amener à se demander si cette vison romanesque, diversement accueillie (http://www.huffingtonpost.fr/philippe-kieffer/dan-simmons-flashback_b_1651533.html ; http://www.causeur.fr/science-fiction-dan-simmons-une-decadence-19764.html) de Dan Simmons relève du délire paranoïaque ou de la prémonition….Jacques Attali ne disait-il pas récemment que nous étions en 1914 « Il y a eu 1914 et les 75 ans de barbarie qui ont suivi. Nous nous trouvons aujourd’hui à une étape semblable».

Hasard de parution, vient de sortir le deuxième tome d’un autre roman de science-fiction, «Silo». A l’origine nouvelle publiée sur internet, qui, plébiscitée, s’est progressivement étoffée, par suites successives, jusqu’à la dimension d’un roman. Le premier volume décrit un monde post-apocalyptique où les êtres humains vivent dans d'immenses silos enterrés, construits en étages hiérarchisés en fonction des classes sociales, autour d’un interminable escalier central, pour se protéger des conditions de vie mortelles qui règnent à la surface de la planète. Ceux qui régulièrement se révoltent, enfreignent les lois du silo et surtout mettent en doute la réalité de ce qui se passe à la surface, en sont immanquablement expulsés et envoyés à une mort certaine retransmise en direct par des caméras extérieures.

Le deuxième volume de ce roman qui appartient à la catégorie des « contre-utopies »,tels les mythiques « Monde inverti » de Christopher Priest ou « Delirium Circus » de Pierre Pelot, plus maitrisé et passionnant que le premier tome dont on sent qu’il a été artificiellement étiré - Hugh Howey n’a pas le talent littéraire de Dan Simmons – nous révèle peu à peu l’origine de la création des silos : une décision de l’administration démocrate pour faire face à la menace imminente d’une arme nano-bactériologique mise au point par l’Iran en guerre larvée avec les Etats-Unis…mais aussi la planification criminelle d’une « nouvelle (in)-humanité ». Le troisième tome, attendu avec une certaine impatience pour la rentrée, devrait nous révéler quelques surprises quant à ce que vont découvrir les « révoltés ».

La frontière entre l’humanité et l’inhumanité, c’est ce qu’explore, sous forme d’allégorie, le fascinant film de science-fiction de Jonathan Glazer, « Under the skin ». Un être féminin (ou une machine ?), qui a pris forme humaine à son arrivée sur terre, dépourvue de toute sensibilité ou sentiment humain, découvre un monde dont elle ne comprend pas le sens et dont le comportement des hommes qu’elle aborde ne semble motivé que par leur pulsions sexuelles sur lesquelles elle va s’appuyer pour les éliminer un à un ( dans de sidérantes scènes visuelles et sonores) conformément à la mission qui lui a semble–t’il été assignée et dont un mystérieux motard se fait le gardien vigilant et impitoyable. Jusqu’à ce qu’un homme dont les difformités du visage le rendent inhumain, étranger au désir sexuel, la « contamine » de son humanité, la rende accessible aux « sentiments » et la conduise à sa perte…

Frontière encore entre l’humanité et l’inhumanité, dans ce terrible film de Katrin Gebbe, « Aux mains des hommes », tiré d’une histoire réelle et qui a fait l’objet d’une véritable boycott en France ( refus de programmation dans certaines salles, interdiction aux moins de 16 ans sous prétexte de violence extrême, alors qu’elle est essentiellement suggérée, hors champ, et rarement visible à l’écran). J’ai pu le voir, attiré par la lecture d’une critique positive dans libération et le Nouvel Observateur, dans une des deux seules séances par jour où il était programmé, au MK2 Beaubourg. Qu’est ce qui, dans cette histoire d’un adolescent chétif en rupture sociale, enrôlé dans une secte chrétienne dont il prêche la bonne parole avec un sourire béat, recueilli dans une famille menée par un père tyrannique, dont il va devenir le souffre-douleur jusqu’à la séquestration et actes de barbarie, a pu susciter tant de répulsion ? Serait-ce la dimension christique du film (Télérama n’ a pas aimé…), les humiliations et tortures que subit Tore s’apparentant et étant vécues comme un chemin de croix jusqu’à cette magnifique scène finale où, laissé pour mort, il répond à son bourreau qui lui demande «où il est ton christ ?» : « il est ici» ?

Ces visions quelque peu pessimistes de l’humanité, variations sur le problème du Mal, m(ont donné l'envie de me changer les idées… Ce fut le cas avec ce show télévisé de Nicolaparte après sa garde à vue, même si l’envie d’en rire était contenue par le spectacle donné par un membre de droit du Conseil Constitutionnel et ayant occupé les plus hautes fonctions…Et puis j’ai fini par aller voir «Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu» : plutôt sympathique , moins pire que prévu en tous cas.

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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 21:24
Les joies de la semaine sainte en Andalousie

Si je n’avais eu la sagesse de lire les informations du guide du routard concernant l’arrivée sur Grenade en voiture, j’aurais sans doute dû faire face à une véritable galère. En effet une grande partie du centre de la ville n’est accessible qu’à des véhicules autorisés, ce qui nécessite pour rejoindre son hôtel de prévenir de son arrivée et de donner son numéro d’immatriculation qui sera automatiquement repéré par les caméras de surveillance. Mon hôtel, consulté par mail, m’indiqua un moyen plus simple en m’adressant l’itinéraire très précis permettant de l’atteindre sans passer sous une de ces caméras, ce qui implique bien sûr de leur confier la voiture une fois arrivé afin qu’elle soit amenée dans un parking lourdement tarifié…Contrepartie positive, il était situé à 100 mètres de la cathédrale et autorisait même à entreprendre à pied, en une vingtaine de minutes, les 800 mètres de dénivelé qui mènent à l’Alhambra pour l’entrée de laquelle j’avais pris la précaution de réserver et d’imprimer mon billet à l’avance évitant ainsi l’interminable queue aux caisses…Avant d’entreprendre l’après-midi, une autre ascension, celle du quartier le plus pittoresque de la ville - il a gardé son authenticité mauresque - l’Albaicin, qui est à Grenade un peu ce que celui de l’Alfama est à Lisbonne.

Grenade ne manque pas de bars gays, mais en Espagne plus qu’ailleurs , ils ne commencent à s’animer que fort tard. Bien qu’ils soient tous plus ou moins regroupés dans le même quartier, à distance de marche de notre hôtel, nos balades intensives ne nous avaient pas laissé assez d’énergie pour les explorer.

Le dimanche des Rameaux nous atteignîmes Ronda, petite ville perchée sur une falaise et coupée en deux par un vertigineux ravin dans lequel furent précipités, par les troupes républicaines au début de la guerre civile, depuis le pont qui le surplombe, des centaines de prêtres et de bourgeois de la cité. La célébrité de Ronda, ne doit rien à ce tragique épisode (que le guide du routard passe totalement sous silence), mais, au-delà de la beauté du site, repose sur son statut de berceau de la tauromachie. En visitant ses superbes arènes, les portraits omni présents d’Antonio Ordonez, enfant du pays, ont fait resurgir les souvenirs de mon enfance où mon grand-père m’amenait le voir toréer dans celles de Bayonne, lui ou ces autres « divas » que furent Louis Miguel Dominguin et le Cordobès. Je ne saurais dire pourquoi j’ai délaissé ce genre de spectacles, me contentant de temps à autre des retransmissions télévisées de canal plus qui les a depuis abandonnées, probablement par crainte des violentes campagnes menées contre ce type de divertissement.

Alors que nous somnolions, moment de récupération à l’hôtel, jetant un œil distrait à une retransmission télévisée d’une procession de la semaine sainte, une clameur qui montait de la rue nous a fait prendre conscience que ce défilé se déroulait à deux pas de nous! Le dimanche des Rameaux marque en effet le coup d’envoi de ces innombrables parades, au rituel immuable, où chaque « fraternité » quitte son église pour rejoindre la cathédrale, un char, porté à dos d’homme, représentant une des scènes de la passion en tête du cortège, suivi de centaines de «pénitents» encagoulés, puis d’un char de la vierge. Ces processions, dont a souvent du mal à percevoir la ferveur religieuse et qui semblent plus tenir d’un carnaval funeste, n’allaient plus cessé d’accompagner notre voyage pour culminer à Séville.

Après une étape fort agréable dans la très charmante citée médiévale de Carmona, aux portes de Séville, nous avons rejoint cette dernière, ultime destination de notre séjour Andalou. Je n’allais pas tardé à réaliser qu’arriver à Séville en voiture en pleine semaine sainte était fort imprudent. Le centre-ville se révélait inaccessible et les forces de police intraitables, ne permettant en aucune façon d’atteindre l’hôtel par voie motorisée. Il ne restait plus qu’à abandonner la voiture dans un parking pas trop éloigné et de faire le reste du chemin, bagages compris, à pied…Cette ville était la seule de notre périple que je ne découvrais pas car elle est souvent le siège de congrès ou autres manifestations professionnelles. Mon premier séjour remontait à plus de trente ans, quand jeune praticien hospitalier j’avais été invité à un congrès par le laboratoires Servier, depuis tristement célèbre, dans un des prestigieux hôtels de la ville (en ces temps-là l’absence totale de réglementation de ce type de manifestations permettait tous les excès). J’ai découvert une Séville beaucoup plus vivante - la semaine sainte où toute la population semble descendre dans la rue y était sans doute pour beaucoup - que le souvenir que j’en gardais, avec même un véritable quartier gay aux multiples bars aux abords de la place Alameda de Hércules. Cependant la barcelonais récemment installé à Séville que nous avons rencontré ( merci Grindr…) a confirmé mon impression antérieure d’une ville assez fermée, très catholique où l’on ne s’éclatait pas comme en catalogne. Inutile de préciser que les processions étaient incessantes, avec un point culminant le jeudi saint, sans que cela ne nous empêcha comme nous l’avons craint un moment de visiter la monumentale cathédrale dont le gigantesque retable, en réfection, n’était malheureusement pas visible.

Avant de remonter sur Paris, ce qui n’était pas possible en une journée, nous avons fait une halte à Sitgès, pour un soir seulement, car la température, plutôt fraiche n’incitait pas à y rester. La ville était cependant très animée en cette veille de week-end pascal, beaucoup de barcelonais sans doute, mais bien des bars gays n’étaient pas encore ouverts et la clientèle d’avril qui fréquentait ceux qui l’étaient nous a semblé très « bears ».

Le retour sur Paris se fit d’une seule traite, 9 heures de route…

Les joies de la semaine sainte en Andalousie
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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 10:14

Après un brève étape à Bordeaux nous avons pu atteindre Salamanque dimanche en huit, sous le soleil et une température très printanière. Cette ville ne m’était pas inconnue, je l’avais visitée deux fois déjà avec mon ancien ami, lors d’un périple en Castille et au retour d’un voyage au Portugal. J’en gardais un souvenir fasciné, mais près de 25 ans après, seules la Plaza Mayor, la façade de l’université et ses deux impressionnantes cathédrales avaient laissé une trace encore très présente, même si j’avais oublié la place qu’y tenaient les styles baroques et plateresques. Par contre la superbe église de San Esteban, son couvent , l’Université pontificale et son église clériciale furent une totale redécouverte mais peut-être le les avais-je pas visité par manque de temps. Pour la visite guidée obligatoire de l'université pontificale, prévue uniquement en espagnol, nous eûmes la chance d'être les seuls touristes avec deux belges ce qui nous valut le privilège d' en bénéficier en français avec cette précision sur le rude climat de Salamanque : " neuf mois d'hiver et trois mois d'enfer".

Ce dont je me souvenais parfaitement, c’est de la médiocrité des repas que nous y avions pris lors de mon premier séjour, comme en Castille en général…Cette fois-ci, peut-être l’oubli du guide du routard de cette région fut-il une chance, nous avons pu trouver sur le site internet du « Michelin», un restaurant remarquable ( certes sur une place peu accueillante et isolée), «L’el Alquimista», à des prix incroyables (imaginez une bouteille de Rioja à 11 euros !).

De Salamanque nous sommes reparti vers la destination de nos vacances, l’Andalousie, en commençant par Cordoue, non sans galérer quelque peu pour atteindre notre hôtel, obligé de me livrer à un véritable jeu de pistes pour contourner les rues interdites à la circulation…Véritable coup de cœur pour cette cité visitée par une température de 31 degrés, plutôt inhabituelle pour la saison puisque la climatisation de l’hôtel n’était pas encore passée sur le mode « été » et ne fonctionnait que sur celui de «chauffage» ! Le wi-fi n’était pas très performant non plus, ce qui commençait à faire beaucoup pour un hôtel de cette catégorie, la direction en a convenu et m’a offert les deux jours d’un parking hors de prix mais incontournable dans cette ville.

L’inoubliable ici c’est bien sûr la mosquée, malheureusement en partie défigurée par l’édification en son centre d’une sorte de tarte au citron meringuée, la cathédrale chrétienne…Ses bâtisseurs, sans doute pris de remords, ont cependant su préserver l’essentiel de ce chef-d’œuvre de l’art musulman. Nous rapporterons un autre souvenir de Cordoue, celui d’un jeune et charmant andalou, qui nous avait contacté sur Grindr lors d’un des rares moments de fonctionnement de la Wi-Fi et cueilli à la sortie de ses cours universitaires.

L’occasion de dire que les applications de rencontre sont très fréquentées, et les contacts s’’annonceraient plus que faciles s’ils n’étaient bridés par la barrière de la langue, les andalous semblant encore plus fâchés avec l’anglais que les catalans (pourtant Gibraltar n’est pas loin…). Surpris tout de même par leur nombre notablement supérieur à celui que l’on peut avoir en France, l’attrait sans doute de la chair fraîche de passage ( même si ce qualificatif n’est pas des plus pertinents pour quelqu’un de mon âge…).

Avant d’atteindre Grenade, nous avions prévu une étape à Ubeda au patrimoine culturel si riche, dont l’incroyable Sacra Capilla del Salvador. Lors de ma visite de Tolède, avec Bernard mon précédent ami, nous nous étions contenté d’aller boire un verre au « Parador » qui dominait la ville, nous disant qu’un jour nous aurions peut-être les moyens de séjourner dans un tel hôtel. Les « Paradores » sont loin d’être les hôtels les plus chers (si l’on excepte celui de Grenade situé dans l’Alhambra) mais ils sont presque constamment localisés dans édifices historico-artistiques exceptionnels. Celui d’Ubeda, dont il constitue un des monuments, m’a permis de réaliser ce rêve d’il y a 25 ans (même s’il y a 25 ans j’aurais été bien plus transporté qu’aujourd’hui….).

Ubeda est un village - la saison touristique commence à peine- où nous étions presque seuls d’autant plus que la vieille ville historique est désertée par sa jeunesse pour la ville moderne. Il en était de même de Grindr et autres, les plus proches profils se situant à des dizaines de kilomètres ( à l’exception notable de « Bender », allez savoir pourquoi, où je fus assailli de contacts d’allure très « rurale », alors que Bertrand ne recevait aucune demande…).

Sur la route de Grenade, notre prochaine étape, avant Séville, nous avons pu faire une halte de quelques heures à la sœur jumelle d’Ubeda, Baeza.

De Salamanque à Grenade
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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 12:49
Histoires de Dandy : résistant, réactionnaire, guerrier, politique

Quel spectacle réjouissant, drôle, élégant, intelligent que ce « Grand Budapest hôtel », fable humaniste de dimension burlesque qui nous conte la fin d’un monde, celui de la clientèle d’un Grand Hôtel d’un pays imaginaire de l’Europe de l’est. Nostalgie de ce paradis perdu qu’était l’Europe d’hier (référence explicite au « monde d’hier » de Stephen Zweig) submergée, dans les années 30, par la montée du nazisme et du communisme, nostalgie aussi d’un certain cinéma, tout cela vu à travers l’histoire d’un dandy, Gustave, concierge de l’hôtel. Le dandysme comme forme ultime de résistance à l’écroulement d’un monde ?

C’est semble-t-il la posture qu’a choisie Renaud Camus, qui a transformé l’audience où il comparaissait pour incitation à la haine raciale en tribune, en faisant le procès de l’avocat de l’accusation devant un tribunal médusé (http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/renaud-camus-poursuivi-pour-incitation-a-la-haine-raciale_1494216.html).

Cette nostalgie du monde d’hier c’est également ce qu’ont semblé nous jouer les médias en ce lundi, tant on aurait pu croire à la lecture de la presse ou l’écoute des chaines d’info continue, que nous étions revenu aux pires heures de la guerre froide. Peut-être cette nostalgie est elle aussi celle de nos dirigeants occidentaux qui semblent prendre un malin plaisir à provoquer le Bonaparte slave, qui certes n’éveille pas la sympathie, sur de biens mauvaises causes : la Syrie d’abord en soutenant une rébellion dont l’inclinaison semble plus terroriste que démocratique ; puis maintenant une révolution ukrainienne de composition pour le moins ambiguë tout en sachant que la Russie ne peut se permettre de perdre la Crimée, et que l’exemple de ce que nous avons fait du Kosovo pourrait lui servir de « jurisprudence»!

L’économiste Charles Gave, l’autre matin sur BFM business, était fort convaincant, en montrant comment Poutine était en train de « fédérer » derrière lui le monde Chiite, ce qui pourrait s’avérer stratégique sur le plan pétrolier - le problème Ukrainien comme pure diversion, -alors que nous soutenons les sunnites et qu'un autre Dandy, guerrier celui-là, BHL, est devenu le nouveau « maitre à penser » des médias et de ceux qui nous gouvernent…

La fureur médiatique ne s’est emparé de l’Ukraine que l’espace d’un lundi, hier elle ne bruissait plus que du nom de Buisson. Jouer le rôle de Raspoutine n’est pas sans danger, il aurait mieux fait de rester journaliste politique sur LCI où il excellait…L’ histoire retiendra peut être que l’UMP a fait l’impossible pour tenter de sauver le soldat Hollande d’un désastre aux municipales et qui sait, lui permettre de garder Ayrault, et ne pas appeler, ce qui constituerait un étonnant remake du tournant économique du premier septennat de Mitterrand, Laurent Fabius, ce « dandy cérébral » ( selon une expression de Raphaëlle Bacqué).

C’est en sortant de la projection du film de Wes Anderson que j’ai appris la mort d’Alain Resnais. Adolescent j’étais passé à côté d’«Hiroshima mon amour» et je m’étais ennuyé à « l’Année dernière à Marienbad ». C’est avec «Providence» que j’avais découvert cet immense réalisateur dont je n’ai plus manqué aucun film, intérêt renforcé par le fruit de sa rencontre avec le biologiste et philosophe Henri Laborit, «Mon Oncle d’Amérique», qui illustre les théories de ce dernier sur le comportement humain, ou par son illustration des univers multiples de la mécanique quantique avec «Smoking, no smoking».

Le hasard a voulu que sa mort survienne au lendemain d’une cérémonie des Césars dont il avait, en son temps, trusté presque toutes les récompenses avec Providence. Le palmarès de cet année n’est certes pas choquant mais «les garçons et Guillaume à table», est-il vraiment, aussi charmant soit-il, le meilleur film de l’année ? J’aurais plutôt penché pour «L’inconnu du lac», mais je conçois qu’on puisse contester mon objectivité...Quant à «La vie d’Adèle», je peux difficilement en juger, ne l’ayant pas vu, sans autre excuse, alors que j’avais fort apprécié le précédent film du réalisateur « la graine et le mulet », que la crainte de subir pendant trois heures une histoire de lesbiennes…mais je tente de soigner ma misogynie et je me suis promis de le voir lors de son passage à la télévision….Je n’ai pas vu non plus le vainqueur des Oscars, mais là aussi la crainte, à la vue de la bande annonce, d’une indigestion après trois films, excellents, sur l’esclavage noir aux Etats Unis (le Tarantino, le Spielberg, puis le Lee Daniels). Hollywood semble ne pas aimer DiCaprio, pourtant époustouflant dans «Le loup de Wall Street»….

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 22:03

cloitre_du_prieure_d_espagnac_ste_eulalie.jpg

Depuis plusieurs années, Bertrand et moi, avons l' habitude de faire plusieurs étapes, à l'aller ou au retour (voire les deux), dans quelques uns des plus beaux villages ou sites de France  sur le chemin de Sitges, étapes qui jouent, en quelque sorte, le rôle de "chambre de décontamination" avant que nous n'atteignions notre "Compostelle " gay. Cette année, Saint Cirq La Popie, petit village du Lot, désigné comme « plus beau village de France » lors d’une récente émission de France Télévision, à peine quelques jours après que j’eusse fait ma réservation, est notre première halte sur la route de notre « Compostelle » gay. J’avais découvert ce joli site il y a 14 ans, avec mon précédent ami qui m‘avait quitté un an plus tôt - pour la nième fois il tentait, par un improbable retour, de savoir de quel manque il souffrirait le moins, du mien ou de celui pour lequel il était parti -  revenant d’un séjour dans l’hôtel restaurant de Michel Bras à Laguiole,souvenir plutôt douloureux.

Nous ne nous attendions pas à trouver si peu de monde en plein mois d’août dans la vallée du Lot-Celé et de pouvoir visiter presque seuls ces petites merveilles que constituent les vestiges de l’ancienne abbaye de Marcilhac-sur-Célé ou du prieuré d’Espagnac -Sainte-Eulalie, prieuré que nous fit ouvrir et visiter, en dehors des rares heures prévues à cet effet, une ahurissante vieille dame, gardienne des lieux, dont l’humour le disputa à l’érudition, sur la sollicitation insistante d’un jeune touriste accompagné de son épouse et de sa mère(« je suis élève de l’école du Louvres ») , qui se vit répondre : « si j’accepte de vous faire cette visite jeune homme, qui je vous en avertis durera au moins trois quart d’heures et vous coutera deux euros par personne, ce n’est pas en votre qualité d’élève de cette école, je n’en ai rien à faire, mais parce que, avec ces deux messieurs, vous êtes cinq ». A notre interrogation sur la faible fréquentation de ce lieu elle s'exclama : "Qui s'intéresse encore à culture, qui plus est à la culture religieuse!". Durant la visite, nous rappelant pourquoi les « gisants » étaient toujours représentés jeunes, à l’âge de la mort du Christ, elle se retourna vers moi : « Ca doit vous réjouir, Monsieur, d’apprendre que vous n’aurez que 33 ans lors de votre résurrection… ». 

 

 Je ne suis pas sûr que la jeunesse soit une condition suffisante (ni nécessaire) pour trouver dans cette région une âme gay disponible à une distance raisonnable, une des rares détectable par « Grindr » ne se trouvant qu’à plus de quinze kilomètres! Nous atteindrons Sitgès mercredi, après deux nouvelles étapes à Saint Bertrand de Comminges puis à Villefranche-de-Conflent, pour en repartir le 16. Nous avions envisagé de rompre avec nos habitudes aoutiennes et d’accompagner , pour découvrir enfin Mykonos qui constitue encore une lacune dans ma culture gay, un couple de nos amis habitué de cette destination nettement plus onéreuse, mais ceux-ci ayant du renoncé à de nouvelles dépenses à la suite de l’achat de leur appartement, il nous a semblé financièrement plus judicieux d’attendre que la Grèce ne sorte de l’euro ….

Saint-Cirq n’était pas tout à fait notre première étape puisque nous avons passé quarante huit heures à Bordeaux, le temps d’aller esquisser notre bronzage sur la plage gay du Porge, elle aussi bien peu fréquentée en ce vendredi pourtant très ensoleillé. Le soir, le « Gowest » se trouvant fermé pour congés annuels, nous sommes allé boire un dernier verre au « Trouduc », dont le nom même témoigne , au même titre que l’ambiance musicale qui y règne et le look de sa clientèle, de la momification dans les années 70 d’une certaine homosexualité provinciale

(La photo d'illustration de ce billet est celle du prieuré d'Espagnac

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