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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 11:13
L'homosexualité irréductible à la norme

Bien que politiquement très éloigné de la pensée du philosophe communiste Alain Badiou, j’ai trouvé son interview sur LCI le week-end dernier, à l’occasion de la sortie de son dernier livre, particulièrement pertinente quant à la rhétorique du « vieux monde » qui reste le fondement du discours de la gauche du parti socialiste ou du front de gauche, vu comme une nostalgie touchante d’un époque révolue, car le monde utopique ainsi fantasmé ne pourrait advenir que dans une rupture radicale avec l’économie de marché, rupture dont ils ne se réclament pourtant pas, position schizophrénique qui finit par amener Melenchon à tenir le même discours économique que Marine Le Pen…

Une gauche devenue « réaliste, Manuel Valls donc, c’est semble-t-il le cauchemar de ces pathétiques députés socialistes ou de la majorité présidentielle qui se sont abstenus sans se rendre compte qu’ils la vouent ainsi à rester éternellement un locataire éphémère du pouvoir, le temps de quelques réformes sociétales. Cauchemar au point de perdre toute retenue, de l’insulte, une seconde nature chez Melenchon, à la stupidité quand un Daniel SCHNEIDERMANN compare Valls au héros de la série TV « House of cards » ( pour les non-initiés, Kevin Spacey, qui incarne un politicien cynique prêt à tout pour arriver à ses fins, tue de ses propres mains deux des protagonistes qui auraient pu l’arrêter dans sa course vers le pouvoir).

Je me serai dispensé de parler des écologistes si José Bové n’avait égayé ma semaine en mettant sur le même plan la PMA ( sur laquelle je dois avouer n’avoir pas vraiment d’opinion, je laisse la parole aux femmes sur ce sujet) et les OGM ( dont il me semble on devrait pouvoir discuter) en s’opposant à « toute manipulation sur le vivant»….Voilà au moins quelqu’un qui va au bout de sa logique…

En ce retour de vacances - j’avais un certain retard à rattraper - le cinéma m’a donné bien plus de satisfaction que le spectacle de notre classe politique. Le dernier Resnais et "Gerontophilia" ayant déjà disparus de l'affiche (ou n'étant plus projetés qu'à des horaires impossibles...), nous avons vus, le même après midi, deux films qui, à la suite de « L’inconnu du lac », constituent une façon nouvelle de filmer l’homosexualité, ancrée dans le réel quotidien, dans la « nature ».

« Eastern boys », du français Robin Campillo, nous conte la rencontre, sur la base d’un désir tarifé, entre un cadre quadragénaire et un jeune prostitué russe qui s’avèrera être membre d’un bande délinquants d’Europe de l’est. Le film se déroule en quatre tableaux : la drague, le piège, l’attachement affectif, le final en forme de thriller. Une fois entré dans le film – le début du premier tableau, de long plans sans parole sur le ballet des protagonistes gare du nord peut dérouter- difficile de ne pas se laisser emporter et émouvoir. Trois aspects méritent particulièrement l’attention : la rencontre improbable entre deux milieux que tout oppose, le « bourgeois » et la petite frappe de banlieue, immigrée de surcroit, même si l’homosexualité la rend « naturellement moins improbable ; le regard, loin de l’angélisme politiquement correct habituel, qui est porté sur une certaine immigration clandestine et les sans-papiers ; l’évolution des rapports, du désir à l’affection, entre la quadragénaire et le jeune prostitué. Cette évolution de la relation entre les deux protagonistes m’a particulièrement intéressé, car contrairement à ce qu’en a dit la critique, je ne crois pas qu’elle soit seulement due à la prise de conscience par Daniel des problèmes qu’affrontent le jeune Marek au sein de sa bande, mais surtout de la transformation qui se déroule en lui quant à la nature initialement sexuelle de sa relation. De façon inattendue, alors que Marek s'était installé dans une relation tarifiée régulière, Daniel, lui propose une l'hospitalité permanente ("c'est chez toi"), mais au prix de l’arrêt de tout rapport sexuel : son désir s'est transformé en affection « paternelle », refus de l’inceste. A faire méditer à ces nombreux « petits cons » qui dans leur profil, sur les sites de drague, prennent le soin de préciser pour éloigner les hommes « murs » : « au fait j’ai déjà un père»….

J’ai rendu compte de mon enthousiasme pour tous les films du Xavier Dolan, jeune prodige du cinéma canadien, depuis « J’ai tué ma mère », réalisé alors qu’il avait 18 ans. « Tom à la ferme ». filmé en quelques jours seulement, aux incertaines références hitchcockiennes (puisque l’auteur affirme n’avoir pas vu plusieurs des films que les critiques ont évoqués…), raconte la visite d’un jeune publiciste branché, à l’occasion de l’enterrement de son petit ami, dans la famille de ce dernier qui vit dans une ruralité très homophobe. Le frère, brute machiste vivant seul avec sa mère, voulant à tous prix qu'elle continue à ignorer la sexualité de son fils décédé, va tenter d’imposer au héros, incarné par l’auteur, le silence, au besoin par la terreur. Va alors s'instaurer huit clos sadomasochiste oppressant qui va opérer un basculement du thriller au film d'angoisse. L'ambigüité de leur relation - homosexualité refoulée du frère?- va culminer dans la magnifique scène du tango où la parole libérée du frère quant à ses rapports avec sa mère n'est pas sans renvoyer au premier film du réalisateur. Il est à noter que dans Eastern Boys aussi on assiste à une étonnante scène de danse de Daniel avec son "bourreau", le chef de la bande de malfrats, ce qui a fait évoquer dans les deux cas le syndrome de Stockholm.

Deux films, qui avec Gerontophilia sans doute, viennent nous rappeler que l'homosexualité est irréductible à la "norme".

Quelques mots enfin du film d’une représentante du cinéma indépendant américain, Kelly Reichardt, « Night Moves », qui conte la dérive meurtrière de Josh, interprété de façon magistrale par Jesse Eisenberg, membre d’un trio d’écologistes radicaux qui sombrent dans le terrorisme. Au-delà de la beauté du décor, la nature sauvage, et de la magie de la mise en scène, c’est le regard, sans parti pris, porté sur le cheminement tragique de cet « ange révolutionnaire», personnage introverti et mal dans sa peau, que semble être Josh, qui fascine. Ce film très noir, qui suggère l’inéluctabilité du mal, semble conclure à l’impossibilité de changer le monde et les rapports humains.

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