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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 02:11

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Il est dans le destin d’une bulle d’éclater. Quand, il ya quelques mois, j’avais intitulé un précédent billet « De quoi DSK est il une bulle ? », j’étais loin d’imaginer que cela adviendrait si vite et surtout de cette façon là ..
Ses aventures à New York auront fait office d’étrange révélateur de nos « structurations ». Structuration de l’inconscient de notre classe politique et médiatique. Lacan ne nous disait il pas qu’il était « structuré comme un langage », celui de certains de nos hommes de gauche fût édifiant : « après tout il n’y a pas mort d’homme » (Jack Lang) ou « après tout il ne s’agit que du troussage d’une domestique (un autre Kahn, Jean François, fondateur de Marianne).

Structuration idéologique aussi. Comment ne pas être stupéfait devant cette belle unanimité initiale (enfin presque, Marine a fait bande à part) quant au respect de la présomption d’innocence, surtout de la part de ceux qui il n’y a pas si longtemps demandaient avec acharnement la tête d’Eric Woerth (n’est ce pas Martine ?). Ne s’appliquerait-elle qu’aux affaires « privées » ? Sans doute la première secrétaire du Parti Socialiste s’est elle aperçue de cette position schizophrène puisqu’elle vient de soutenir le choix de Christine Lagarde comme candidate à la succession de DSK, alors que le PS est à l’origine de la demande de mise en accusation de la ministre devant la Haute Cour dans l’affaire Tapie !! Unanimité initiale qui a vite volé en éclat sous les coups des « droits de l’hommiste », la femme de chambre cumulant les signes victimaires, femme, domestique, noire et musulmane, elle était donc victime et lui coupable... 

Sans oublier la tartufferie de la presse qui a mis en avant cette présomption d’innocence tout en organisant des débats entièrement bâtis sur l’hypothèse de sa culpabilité et où l’on ne manquait pas d’entendre « tout le monde savait », ce qui a suscité la saine colère de Manuel Walls (http://www.youtube.com/watch?v=9gwsNZe_pqw).

Le tableau ne serait pas complet si j’oubliais l’intervention de Bernard de Lybie, délaissant pour un instant ses affaires d’Arabie et le commandement en chef de notre armée pour voler au secours de son ami DSK et participer à la curée contre le système judicaire américain, une habitude chez lui après l’affaire Polanski. Lorsque je le vis vendredi soir dernier à l’émission de Gisbert sur France 2, il y présentait la publication des « lettres à sa femme » (femme qu’il étrangla lors d’un épisode délirant) de son « maître » Althusser, renouveler son indignation quant à la façon dont DSK avait été traité, je ne doutais pas qu’il déclenche l’ire d’Emanuel Todd, également présent sur le plateau. Ce dernier, politologue, historien, philosophe, démographe, sociologue, un peu tout en un mot, est surtout connu pour avoir proposé un brillant modèle, basé sur l’évolution des structures familiales, qui a fait de lui le prophète de la chute du mur de Berlin et des révolutions arabes. Lorsqu’il délaisse la méthode scientifique pour s’aventurer sur celui de l’idéologie, protectionniste, eurosceptique, il est un ardent soutien d’Arnaud Montebourg, ses prévisions sont plus fantaisistes (il avait prédit que Sarkozy finirait à 16% le premier tour de la dernière présidentielle, l’effondrement du dollar et annonce à « 90% » pour cette année la fin de l’euro). A ma grande surprise, tout en précisant que tout le séparait de BHL, il l’a pleinement soutenu quant à sa position sur l’affaire DSK. Comme quoi il y a une hiérarchie des haines, celle de l’Amérique l’a emporté (voir son ouvrage « Après l’Amérique, essai sur la décomposition du système américain).


DSK ayant implosé en vol, laissant Mélenchon sans voix, le Parti Socialiste s’essaye à un remake de ce qui lui a si bien réussi en 2007, après le « tout sauf Ségolène », voilà que se met en place le « tout sauf son ex ». Cette stratégie n’empêche pas toujours le « pestiféré » de gagner, ce que nous montre « La conquête » qui se révèle, je ne sais si c’était l’objectif, un hymne à la gloire de notre Nicolas. On n’apprend pas grand chose dans cette version « humanisée » des guignols de l’info, mais les déjeuners entre Villepin et Sarkozy sont savoureux.....

Demain je m'envolerai pour Lisbonne, le congrès européen de Neurologie, si le volcan le veut bien.

PS : Le fonctionnement du système judiciaire américain est décrit avec minutie dans les romans de Mickael Connelly, «la défense Lincoln» (dont l’adaptation cinématographique sort cette semaine) et «Le verdict du plomb»

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 23:14

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L’après midi de ce 10 mai me parût interminable. J’avais essayé de tuer le temps en m’enfermant dans une salle de cinéma en dépit du beau temps sur Bordeaux. Certes les sondages de la semaine précédente étaient favorables à Mitterrand, mais son avance n’était pas décisive et surtout nous n’arrivions pas à imaginer qu’une victoire fût vraiment possible après 25 ans d’échec et l’immense déception des législatives de 1978 alors que les sondages donnaient la gauche largement victorieuse. Les visages fermés des duettistes de la soirée, Jean Pierre Elkabbach et Etienne Mougeotte me donnaient cependant quelque fol espoir. Je ne saurais décrire l’immense émotion qui m’a submergé lorsque le visage de François Mitterrand est apparu sur l’écran, surpassant de loin celle pourtant très intense que j’avais ressentie lors de la défaite de De Gaulle au référendum de 1969.
Je regrette encore de n’avoir pas, par pudeur, dès les premiers coups de klaxon, rejoint la foule qui se pressait au centre ville et participé à la fête, ni osé ouvrir une bouteille de champagne. Je vivais alors ma deuxième expérience de couple avec un charmant garçon de 22 ans (j’ai conté ailleurs cette histoire : http://limbo.over-blog.org/article-pierre-jean-fin-des-annees-d-insouciance-45934152.html) qui avait, ce n’était pas son sel défaut, des opinions politiques fort éloignées des miennes puisqu’il était membre de ce qu’on appelait alors, si ma mémoire est bonne, l’UDR , le parti dit « gaulliste ». Pendant que je n’arrêtais pas d’essuyer mes larmes de joie, il participait au dépouillement à la mairie de Bordeaux dont il était un des agents municipaux... Il est rentré et s’est mis au lit sans m’avoir adressé le moindre mot.

Il est difficile d’imaginer aujourd’hui le traumatisme que cette victoire a provoqué dans l’autre camp, quand ce n’était pas la haine et la peur. Une anecdote personnelle en témoigne : le lendemain lorsque j’arrivais à Pau pour un remplacement prévu de longue date, j’eus la surprise d’être accueilli par l’épouse du neurologue que je remplaçais ; ils n’étaient pas partis en vacances comme prévu, et elle m’annonça, en soupirant, que son mari était barricadé dans sa chambre, le fusil à la main, attendant l’arrivée des chars russes ! Ce n’était pas un cas isolé, une partie de la bourgeoisie était entrée en transe paranoïaque.
Comment oublier la folle ambiance des semaines qui ont suivi et le vent de liberté qui flottait sur la France, l’irruption des radios libres dont celle du PS local où je participerais bientôt à l’animation de l’émission homosexuelle « Framboise et citron », l’abolition de la peine de mort (les premiers mots de Danielle Mitterrand à l’annonce de la victoire de son mari furent, si l’on en croit les témoins, « je pense aux X personnes qui ne vont pas mourir »), rien que cela aurait suffit à justifier mon vote, la dépénalisation totale de l’homosexualité, la circulaire Deferre abolissant le fichage et le contrôle des homosexuels (mes fréquentes incursions dans les cars de flic sur les places de drague allaient me manquer....), etc. Cette même année était fondée l’Association des Médecins Gays à laquelle j’adhérais l’année suivante.

Douce nostalgie d’une époque où les choix politiques s’imposaient à moi sans l’ombre d’une hésitation, en partie il est vrai en raison de ma fascination pour un homme politique exceptionnel, fascination qui remontait à sa première campagne présidentielle lorsqu’il s’était opposé à De Gaulle en 1965. Elle ne me quitta jamais même si sur le plan de la politique économique je me sentais bien plus proche de la « deuxième » gauche incarnée par Michel Rocard et Edmond Maire, le leader de la CFDT.

30 ans plus tard je ne suis pas encore certain ni du camp, ni de la personne pour laquelle je voterais, et même si le finaliste du PS se trouve être DSK ou Hollande, le vote se fera sans enthousiasme...

PS : merci de me dispenser des commentaires, s'il devait y en avoir, sur le côté "obscur" de Mitterrand, sa part "d'ombre" et autres lieux communs Edwy Plenneliens que je connais tous par coeur....

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 11:35

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Dans l’avion qui me ramenait d’Honolulu j’ai lu d’une traite la dernière biographie de Frantz Olivier Giesbert consacrée à Nicolas Sarkozy. Lecture hallucinante d’un itinéraire qui va de de 2005 à 2011 et qui nous livre un personnage oscillant sans cesse du grotesque au surdoué, dont on se demande s’il en est resté au stade de l’enfant gâté, impulsif et violent, sorte d’hybride d’Iznogoud et de De Funès, ou s’il est fou, peut être tout simplement hystérique. Etait il bien raisonnable de confier les rênes de notre pays à quelqu’un dont la boisson préférée est le « coca light » et qui affirme n’aimer ni le vin, ni le fromage ? Il faut toujours se méfier de ceux qui pour des raisons autres que religieuses ou médicales ne boivent pas de vin (il n'est pas rare qu'en plus ils mangent bio et fuient les antennes de téléphonie mobile!), pire disent ne pas l’aimer, des psychorigides, des « peine à jouir » comme le dit joliment Giesbert. Le livre ne peut cependant pas être réduit à une descente en flamme du dit personnage, comme pourrait le laisser supposer la conclusion, pourtant ambigüe, du livre : « ...Nicolas Sarkozy n'est plus tout à fait le même. Il a peut-être enfin commencé à se trouver. Il est fait; il est fini. ». Par bien des aspects de sa personnalité pourrait finir par apparaître attachant, notamment dans ce passage où nous sont révélées, à la limite de l’indécence, les épisodes de sa douloureuse et interminable séparation d’avec Cecilia, lasse de ses infidélités. « Tromper c’est partir » aurait il confié à l’auteur, je partage pleinement cette conception. L’épilogue du livre est surréaliste, on y découvre un Nicolas Sarkozy à qui Carla semble avoir fait découvrir les joies de la lecture, étaler sa connaissance des chefs d’œuvre de notre littérature, en en citant, aidé par son hypermnésie, des passages entiers !

La prochaine campagne présidentielle se promet d’être burlesque, sinon passionnante. Quel plateau ! Sarkozy donc qui va nous mener un train d’enfer; nos Dupond et Dupont, les populistes Jean Luc et Marine; le facteur; Dupont GnanGnan , monsieur moins de 1%; Vilaine Pine; la passionaria catholique; le dandy misanthrope retiré dans son château du Gers, le comique "écolo" du précédent gouvernement; le Béarnais; Mr Hulot qui a décidé de mettre fin à ses vacances et sans doute un socialiste, le rescapé du trio formé par le père des 35 heures, celle qui les a mis en musique atonale, le corrézien enfin, qui monte, monte, trio dont l'heureux vainqueur devrait sortir quelque peu fripé de l’essorage des primaires( un de mes (rares) « amis » sur Facebook m’a lancé une invitation à participer aux primaires socialistes...un faible pour le corrézien). Imaginez un second tour Borloo/Le Pen, ubuesque...

Le hasard a voulu que le thriller que j'ai lu pendant ce voyage, "L'honorable société", roman écrit à quatre mains par DOA, dont j'avais précédemment apprécié "Citoyens clandestins", et Dominique Manotti. L'intrigue se situe pendant une campagne présidentielle imaginaire mais il n'est pas difficile de mettre des noms sur tel ou tel personnage : un candidat de droite qui déclare "Quand j’aurai les pleins pouvoirs, je me chargerai moi-même d’en pendre quelques-uns à des crocs de bouchers" , sa femme "Sonia", des patrons de grandes entreprises, le tout sur fond de scandale touchant la filière nucléaire, guerre des polices et écologistes radicaux....Projet de scénario refusé par la télévision, l'écriture, rapide, hachée, en porte les traces, ce roman, trop "démonstratif", ne tient pas ses promesses.

 

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 18:02

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A mon retour de terre asiatique, je ne doutais pas qu’en l’absence d’un fait divers bien sordide, c’est  le psychodrame récurrent sur la montée du FN qui occuperait les médias français, bien avant ce qui fait la une ailleurs, la catastrophe japonaise et les révoltes arabes.

Le drame qui se joue à Fukushima  et dont l’évolution reste imprévisible, a remis en lumière,  je le rappelais dans le précédent billet,  les écrits de jean Pierre Dupuy sur le « catastrophisme éclairé ».  Selon lui la mondialisation et son corollaire, la croissance effrénée des pays émergents  vers un niveau de vie à l’occidentale rend la catastrophe inévitable, qu’elle soit nucléaire (si ce n’est pas aujourd’hui à Fukushima ce sera demain ailleurs), climatique ou biotechnologique. Comme on ne peut bien sûr envisager de maintenir ces pays dans le sous développement en continuant à les exploiter comme on le fit si longtemps, c’est notre rapport même aux modes de production et à la croissance qui serait à redéfinir si l’on veut éviter l’Apocalypse. Il cite souvent l’ exemple donné par Ivan Illich, qui avec René Girard a profondément influencé sa pensée, selon lequel l’utilisation de la voiture n’aboutit à aucun gain de temps, au contraire, par rapport à un déplacement non motorisé si l’on tient compte du temps passé à gagner l’argent nécessaire à son achat et à son utilisation....Pas de contre sens cependant, Jean Pierre Dupuy n’est absolument pas un adepte du mouvement de « l’écologie profonde » ! Sa position est « métaphysique ».

 

J’ai été heureusement surpris d’apprendre, après le pitoyable épisode égypto-tunisien, que la France avait eu le courage (quelle qu’ait pu être l’influence de BHL)  de  jouer les premiers rôles dans l’aventure libyenne, et cela dans une relative unanimité de la classe politique. Certes cela ne fait pas oublié nos complaisances passées avec les psychopathes du moyen –orient,  Sadam Hussein hier et Khadafi il y a encore quelques mois, mais ce n’est pas sans une certaine émotion qu’on a pu voir le drapeau français applaudi à Benghazi. Déception cependant de voir l’Allemagne, après ses réticences quant au sauvetage des pays européens en faillite, du moins pouvait on comprendre qu’elle en est assez de payer pour les autres, soit à nouveau très en retrait, enterrant une nouvelle fois toute possibilité d’Europe politique et nous conduisant vers une nouvelle « entente cordiale » avec l’Angleterre. Demain la Syrie ? Une intervention là, aux portes d’Israël, semble impensable.

Est ce suffisant pour s’écrier avec Luc Ferry : « Fukuyama avait raison » ? On sait que ce dernier affirma « la fin de l’histoire » à la suite de l’effondrement du bloc soviétique et qu’il entendait par là qu’il n’y avait plus d’alternative à nos valeurs démocratiques. Fukuyama contre Huntington donc. Ce cri de victoire me semble bien prématuré, d’abord parce que l’évolution des révolutions arabes en cours vers la démocratie n’est pas donnée, loin de là, mais surtout parce que si Jean Pierre Dupuy  a raison, si la fin de l’histoire doit advenir, si l’Apocalypse est pour demain, Fukushima pourrait en être une métonymie , à moins justement que renoncions à faire de notre mode de vie consumériste un modèle universel, ce qui consisterait, pour paraphraser Toynbee à faire en sorte que « History is again in the move ».

 

Pendant que l’histoire est en marche nous n’avons d’yeux que pour la montée irrésistible du Front National dans les sondages et dans les urnes au point que la principale préoccupation entre les deux tours des cantonales était de l’empêcher d’avoir des élus. Mais qu’est ce qu’on en a à fichtre que ce parti ait quelques élus, d’autant plus que ce déni de démocratie, refuser à 15 à 20% de la population d’être représentée, ne fait que le renforcer. Il est paradoxal que certains parmi ceux qui crient le plus fort sont les mêmes qui militent pour un retour à la proportionnelle ! Il est bien plus facile de recourir à l’ostracisme que d’affronter le réel, le malaise d’une partie de la population qui a le sentiment « de ne plus être chez soi » selon l’expression de Claude Guéant, n’eusse t’elle vu d’immigrés, du fond  de son village, qu’à la télévision. 

Confondre ce malaise - dont le succès de la réédition du livre de Jean Raspail qui date pourtant de 1973 (« Le camp des saints » qui imaginait le déferlement de populations du tiers monde sur nos côtes et qui serait probablement censuré s’il paraissait aujourd’hui)), et de celui de Renaud Camus, "J'y crois pas" (qui se retrouve pour la première fois dans la liste des meilleures ventes des essais et documents !) témoigne - avec le néopopulisme qui progresse partout, en Europe comme en France, bien au delà  du FN (il suffit d’écouter Melenchon) me semble une analyse insuffisante du problème. Car problème il y a, et le nier au nom d’une idéologie « droit-de-l’hommiste » ou l’amplifier en stigmatisant une religion sont deux façons aussi efficaces de rendre inexorable la progression du FN. Recourir à la pédagogie, reconnaitre qu’on aurait du mieux maitriser les flux migratoires et les mécanismes d’insertion, mais qu’il serait contraire à toutes nos valeurs et même à nos intérêts de s’en prendre à des gens qui sont  sur notre territoire depuis longtemps, qui pour beaucoup sont français et dont la plupart ne demandent qu’à s’insérer, mais qu’on appliquera sans indulgence les lois déjà existantes et suffisantes pour le respect des valeurs républicaines et laïques. 

Je ne partage pas ce malaise, le monde change, la France de demain n’aura plus grand chose à voir avec celle du petit « village gaulois », on n’inverse pas la flèche du temps. Mais je peux le comprendre.

 

« A la décharge des politiciens de gauche comme de droite, ou plus exactement en guise de circonstances atténuantes (je le dis dans ma préface), il faut reconnaître que s'ils allaient à rebrousse-poil de la meute médiatique, showbiztique, droit-de-l'hommiste, enseignante, mutualiste, publicitaire, judiciaire, gaucho-chrétienne, pastorale, psy et j'en passe, ils signeraient à l'instant leur condamnation à la mort civile. Car, en face, s'agite une redoutable phalange issue du sein de notre propre nation, et pourtant tout entière engagée au service de « l'autre » : Big Other. L'hydre des bons sentiments et des manipulations, la bouillie de l'humanitaire, se nourrissant de toutes les misères humaines. A l'instar du cauchemar d'Orwell, Big Other vous voit, vous surveille. Il est le fils de la pensée dominante, il circonvient les âmes charitables, sème le doute chez les plus lucides, rien ne lui échappe. Pire, il ne laisse rien passer. Et le bon peuple comme ses édiles de le suivre, anesthésiés, gavés de certitudes angéliques, mais aussi secrètement terrorisés par les représailles s'ils venaient à s'éloigner des vérités affirmées. Ainsi Big Other a-t-il tordu le cou au « Français de souche », pour déblayer le terrain. Ainsi s'est-il fait le chantre d'un pseudo-métissage franco-français, entre régions en somme, puis avec nos premiers immigrants européens. « La France métissée », escroquerie historico-sémantique imposant un impudent amalgame, l'immigration de masse extra-européenne ne datant au plus que d'une cinquantaine d'années. Il est vrai que la France est le produit d'un superbe et bénéfique brassage, sur fond de sauce gallo-romaine, de Francs, de Burgondes, de Vikings, de Wisigoths, etc., puis d'Alsaciens, de Basques, de Catalans, de juifs d'Alsace et de Lorraine, de Bretons, de Provençaux, etc., puis d'Italiens, d'Espagnols, de Polonais, de Portugais - c'était l'Europe qu'elle invitait chez elle. Les voilà, les Français de souche ! Et s'ils se réveillaient aujourd'hui ? S'ils se révoltaient contre les doucereux oukases de Big Other, contre son conformisme mou, son totalitarisme universel au service de l'autre ? »

(Jean Raspail, interview du Figaro, février 2011)

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 22:55

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Sur le long chemin qui me mène de mon domicile dans le 12è arrondissement à mon bureau en banlieue ouest, une véritable traversée de Paris, en écoutant ma radio matinale préférée, BFM, un des invités constata, pour le déplorer, que le traitement des « révolutions arabes » par les grands médias était pathognomonique de la « provincialisation » de notre pays. Il est vrai que les grandes chaines de télévision ou de radio, audimat à l’appui, faisant plus d’audience avec les faits divers qu’avec la politique internationale, nous avons eu plus souvent droit, comme premier sujet traité, aux péripéties de l’enquête sur le psychopathe qui découpe en rondelles les jeunes filles ou autres passionnantes histoires apparentées, qu’aux aventures de celui qui dirige la Lybie ou d’un de ses clones. Impensable sur la BBC. Ceci traduirait un repli sur soi, sur son quotidien, sur ce « qui peut nous arriver », en un mot le signe d’une décadence. Ce désintérêt pour le monde extérieur, vite secoué par le principe de réalité, la montée vertigineuse du prix de l’essence, faut il s’en étonner quand notre « prince » fait appel à un journaliste de la France des villages, la France « moisie » de Philippe Sollers, pour animer son intervention télévisée et est plus prompt à réagir, immédiatement, au dit fait divers, en disant n’importe quoi, qu’au souffle de l’histoire qui balaie l’orient en mettant plusieurs semaines pour se débarrasser d’une ministre et la renvoyer dans son joli port de pêche, St Jean De Luz.

Pauvre ministre, aucune compassion cependant, elle m’insupporte depuis toujours, victime ahurie d’un phénomène qui illustre la théorie du chaos : un battement d’aile de papillon, la hausse des prix alimentaires, a déclenché une révolte en Terre arabe où elle passait ses vacances, comme bien de nos dirigeants qui depuis des décennies, continuité de la politique arabe de la France, là encore aucune rupture sarkozyste, ont « fleurté» avec les tyrans des régimes qu’ils soutenaient. Politique qui consistait, comme vient de le rappeler un groupe anonyme de diplomates dans une tribune du Monde, le groupe « Albert Camus » à se démarquer du monde « libéral », en sacrifiant à notre idéal démocratique une volonté d’indépendance de notre politique étrangère. Hier l’Irak et la Serbie, aujourd’hui la Tunisie, l’Egypte et la Libye.

Ce repliement sur soi, sur la France de TF1, sur celle qui a peur à qui notre « petit » prince s’est adressé l’autre soir, pour un simple remaniement, avec une solennité qu’on n’avait plus vu dans une intervention télévisée depuis celle de Mitterrand nous annonçant notre entrée en guerre contre l’Irak, il veut en faire le centre de sa prochaine campagne électorale en soulevant, au pire moment, le problème de l’Islam en France et en ouvrant ainsi un boulevard pour le second tour à la fille du borgne. Pourtant on ne voit plus ce qui pourrait le sauver tant il semble engagé dans une vertigineuse spirale de l’échec. Je n’avais pas voté pour lui, mais j’avais espéré, j’y ai cru un temps en dépit de sa fascination pour le luxe, qu’il fasse bouger les choses dans ce pays sclérosé et englué dans ses corporatismes. Je n’avais pas imaginé ce mouvement brownien qui n’est qu’immobilité. La probabilité de son échec à la prochaine présidentielle est peut être ce qui paradoxalement va le sauver car les candidats socialistes, ne voyant plus la nécessité de faire appel à DSK pour le battre, pourraient bien nous rejouer règlement de compte à Ok Corral...Il a pourtant laissé passé l’occasion d’une manœuvre machiavélique qui aurait pu le remettre en piste, dissoudre l’assemblée plutôt que de remanier et mettre ainsi en piste un rival potentiel, laisser les socialistes vainqueurs probables des législatives s’enferrer dans leur contradictions et soit trahir leurs promesses soit aller dans le mur à un moment où le problème de la dette va resurgir, pour apparaître un an plus tard comme le sauveur. Risqué certes, mais jouable...

Moisissure de la France du repli sur soi, certes, mais il en est une autre, plus subtile, qui la nourrit en fait par un processus de capillarité, celle des élites « droit de l’hommiste », qui ont d’ailleurs toujours soutenu la politique « arabe » de la France, celle du politiquement correct qui infiltre jusqu’à nos magistrats et qui vaut à Eric Zemour d’être condamné, pour n’avoir dit, sans précaution de langage, que ce qui est. Etrange police de la langue qui reste aveugle, ou plutôt sourde par contre aux propos eux racistes, mais un racisme qui ne touche que les pédés, du rappeur Cortex, « je ne supporte pas qu’un pédé soit maire de Paris ». Stéphane Hessel, dont je n’ai pas lu le long article, « Indignez vous », est ce bien nécessaire, à peine 20 pages dont on trouve suffisamment d’extraits dans la presse, est sans doute un digne représentant de cette élite. Renaud Camus, a jugé bon de répondre à ce pamphlet au succès monumental, cela s’appelle « J’y crois pas ».

Julien Doré et son bichon ont trouvé un moyen bien plus ludique d’aider nos villages à s’ouvrir sur le monde :
http://www.tetu.com/actualites/culture/julien-dore-en-garcon-sensible-dans-son-dernier-clip-et-vous-quen-pensez-vous-18925

 

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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 10:27

 

livToddCourbage

 

 

Il ya bien des années de cela, bien avant la chute du mur de Berlin, Emmanuel Todd avait pronostiqué l'effondrement de l'union soviétique en se basant sur l'évolution des structures familiales. Plus récemment, dans "le rendez vous des civilisations" , réponse cinglante au "Choc des civilisations" de Hutington, il nous annonçait que les pays arabes allaient rejoindre la modernité. On connait sa thèse qui s'appuie sur le taux de fécondité, le degré d'alphabétisation, la fréquence de l'endogamie, les structures familiales et l'histoire. L'histoire montrerait la concomitance de trois phénomènes : la baisse de la fécondité avec le passage de structures familiales élargies favorisées par l'endogamie à la structure familiale nucléaire, l'alphabétisation et la révolution. "il y a un rapport entre endogamie et structure politique: l’étanchéité du groupe familial entraîne la fermeture des groupes sociaux sur eux-mêmes et la rigidité des institutions". Ce schéma s'applique parfaitement à la Tunisie ou à Bahreïn, partiellement à l'Egypte qui a vu baisser sensiblement son taux d'endogamie ou à la Syrie pour ce qui est de l'alphabétisation. Emmanuel Todd semble plus sceptique sur l'évolution du Yemen. (Je ne sais ce qu'il en est de la Libye, dont on a du mal à comprendre comment un psychopathe qu'on verrait bien enfermé dans une unité fermée d'un hôpital psychiatrique a pu diriger un pays sans se faire renverser pendant 40 ans). Selon cette même analyse il considère que le pays dont on devrait se soucier et surveiller est non pas l'Iran qui est proche des normes européennes sur ces critères, mais le Pakistan.

J'avais été passionné par les premiers livres d'Emmanuel Todd, "Le fou et le prolétaire", et surtout "La nouvelle France", et "L'invention de l'Europe", où il exposait pour la première fois sa théorie des structures familiales et montrait comment la révolution culturelle des années 65-80 avait profondément modifié le système politique français, y compris jusqu'à l'émergence du Front national. Sa dérive gauchiste et son antisarkozysme primaire m'avait quelque peu éloigné de ses écrits, mais je dois avouer être troublé par l'apparente pertinence de sa thèse. Alors que je me sentais plutôt assez proche de la position de Huntington, l'avenir nous dira si les troubles qui secouent en ce moment le monde arabo-mulsuman sont en fait les prémisses d'un révolution "post islamiste"?

Il semble que notre diplomatie ne soit pas très au courant des travaux d'Emmanuel Todd...Peut être Pierre Bergé, qui vient de se résigner à garder TETU qu'il cherchait à vendre pour cause de non rentabilité, pourrait il augmenter ses ventes en mettant en couverture notre ambassadeur à Tunis, dont ont ne sait dans quelle structure familiale il s'inscrit mais qui semble plus doué pour faire le gogo boy que le diplomate.

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 22:26

 

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Au moment où parait « Sanglantes origines », traduction tardive puisque l’ouvrage original en anglais date de 1983, d’une confrontation « philosophique » entre René Girard et deux anthropologues anglo-saxons (ceux de son propre pays, et notamment Lévi-Strauss, l’ayant toujours ignoré) qui prit place en Californie où l’auteur professe, on peut s’interroger, à la lumière de prises de position récentes de deux des plus illustres de ses « disciples », sur l’influence que pourrait avoir la pensée girardienne sur le « politique ».

On aurait plutôt tendance à y voir un fondement philosophique possible de la pensée de droite. Selon cette théorie la nature pathologique du désir humain, « le mal », dont il nie toute autonomie puisqu’il ne fonctionne que par imitation, va conduire au déchainement de la violence mimétique à laquelle il ne pourra être mis fin que par le sacrifice réconciliateur d’une victime innocente, le bouc émissaire. Mécanisme de fondation de la culture qui « contient » le mal dans les deux sens du mot contient. Considérer la mal comme premier n’est généralement pas à la source de la pensée progressiste. Bien plus, la théorie proclame la supériorité de la religion chrétienne, le texte évangélique étant lu comme celui, unique, qui dévoile les mécanismes victimaires et proclame l’innocence de la victime. René Girard, membre de l’Académie Française, est considéré comme un catholique conservateur, qui de fait a souvent pris position en faveur des deux derniers Papes et a soutenu le film de Mel Gibson sur la passion du Christ. Ses inquiétudes quant à la modernité synonyme pour lui de crise culturelle par sa propension à effacer les différences, homogénéisation de la mondialisation source de déclenchement de la violence mimétique (Quand il parle de « l’énigme d’une situation historique sans précédent, la mort de toutes les cultures » on croirait entendre Renaud Camus), sa vision apocalyptique de notre avenir, tendraient à renforcer ce sentiment d’une pensée conservatrice, voire réactionnaire, bien qu’il se défende d’un pessimisme radical : « Une humanité nouvelle est en gestation, à la fois très semblable et très différente de celle dont nos utopies agonisantes ont rêvé »

Serait ce une illusion? Les écrits récents de deux de ceux qui soulignent l’influence qu’a eu et continue à avoir sur eux la théorie girardienne, Jean Claude Guillebaud (écrivain, philosophe chrétien et journaliste au Nouvel observateur) et Jean Pierre Dupuy (philosophe de formation scientifique, professeur à l’école Polytechnique), vont dans un sens diamétralement opposé à celui d’une pensée réactionnaire.
Jean Claude Guillebaud, qui vient de remplacer Jacques Julliard parti à Marianne, comme éditorialiste du Nouvel Observateur, s’en prend à ceux qui agitent le populisme comme épouvantail : « Il faut se méfier de la démagogie, mais l'antipopulisme ne doit pas tenir lieu de pensée aux nantis », considérant que derrière le « Vade retro Melenchon », il y avait en fait « Silence aux pauvres ». Il a également fait l’éloge de Stephane Hessel...
Plus surprenant pour moi, la violente diatribe anti DSK de Jean Pierre Dupuy, qui fait de sa popularité une bulle (au mécanisme de formation très girardien) de la démocratie d’opinion (sa publication dans Le Monde d’octobre 2010 m’avait échappée). Ce dernier, qui a contribué à faire connaitre en France les théoriciens du libéralisme et notamment la pensée de John Rawls (« Théorie de la justice »), s’inscrit depuis longtemps dans la perspective apocalyptique girardienne comme théoricien du « catastrophisme » (écologique, nucléaire, nano-biotechnologique). J’ai souvent fait référence à ses publications (« La marque du sacré », « Pour un catastrophisme éclairé », « Avions nous oublié le mal » dans des billets précédents). Je renvoie au lien ci-dessous pour vous laisser juger de la violence d’une attaque que là encore Mélenchon ne renierait pas : http://oloron.blogspot.com/2010/11/dsk-une-bulle-politique-par-jean-pierre.html

DSK est sûrement une bulle politique, mais quelle importance si l’on suit les interprétations du même Jean Pierre Dupuy sur les paradoxes du vote exposés dans un billet précédent. N’y a t’il pas contradiction à s’alarmer d’une élection possible grâce à un mécanisme de bulle quand on considère dans un même temps que de toute façon tout vote est une loterie ? On sait que la démocratie d’opinion fonctionne au mimétisme, il suffit de considérer l’évolution de la popularité d’Obama, au plus bas au moment où il ne fallait pas, les élections des 2 chambres, et maintenant affichant une remontée spectaculaire !

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 22:39

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Comme ils étaient pathétiques, cheminant côte à côte vers la tombe de celui dont ils se réclament seulement l'espace d'une élection. Qu'ils se réjouissent, pour les 20 ans de sa mort il y aura encore une élection, ils pourront franchir un nouveau cran sur l'échelle du ridicule. Ils n'étaient certes pas tous là, ni Fabius qui une autre fois avait poussé l'indécence jusqu'à s'habiller comme lui, ni Jospin qui a depuis longtemps pris ses distances, ni Walls victime d'une sortie de route dans la course aux primaires sur la question des 35 heures, ni Hollande surtout, le plus digne. Est ce là, sur sa tombe, qu'ils ont scellé leur accord, appelé à tort coup de Jarnac par la presse, car le dit coup contrairement à son acception populaire n'était pas un coup bas, pour concocter un calendrier électoral des primaires défavorable à deux des absents, DSK (qui ne pouvait de toute façon être là) et Hollande?

Chevènement n'était pas là lui non plus mais il n'est plus socialiste, même s'il garde un profond attachement affectif pour Mitterrand. Hier soir, sur la plateau de l'émission de Ruquier, il est revenu sur l'une des divergences majeures qui l'en ont éloigné : l'Europe. Selon lui Mitterrand a fait la pari de l'Europe, un pari qu'il assimile au pari de Pascal. En quelque sorte "si l'Europe n'est pas possible, elle est perdue et pourrait retomber dans ses déchirements de la première partie du 20è siècle, alors faisons le pari qu'elle est possible". J'ai rarement été d'accord avec Chevènement mais j'ai toujours gardé une certaine sympathie pour celui qui permit à François Mitterrand de s'emparer du parti socialiste à Epinay. Son courageux soutien à Eric Zemour n'a fait que renforcer cette sympathie. Cette judiciarisation de tout propos qui décrirait une réalité qui ne rentre pas dans le schéma idéologique droit-de-l'hommiste conduit à une "big-brotherisation" de notre société. Ne vient on pas de dénoncer les propos, qualifiés d'homophobe", de Robert Menard, ancien secrétaire de Médecins sans Frontières, qui a simplement dit "qu'il avait envie que ses enfants aient une sexualité hétérosexuelle". Il me semble que c'est son droit le plus absolu de se souhaiter cela sans être pour autant homophobe...

La joie des tunisiens de Paris faisait plaisir à voir samedi après midi alors qu'ils défilaient rue de Rivoli. On ne sait jamais de quel côté penchera une révolution, eut elle un nom de fleur. Souhaitons que la révolution de Jasmin ait un destin aussi heureux que celle des œillets qui m'enflamma en 1974. L'issue de cette dernière, après une première phase où, comme en Tunisie, le pouvoir fût d'abord confié à une personnalité compromise avec l'ancien régime, le général Spinola, fût longtemps incertaine, sa composante "social-démocrate", menée par le major Melo Antunes, ne l'emporta contre la faction communiste menée par le général Gonçalvès que grâce au brusque revirement du fougueux major gauchiste, Othello de Carvalho. En Tunisie, l'absence de menace islamiste, qui rend difficilement compréhensible le soutien de la France à l'ancien régime, est un facteur d'optimisme. Peut être est ce cette menace dans les autres pays du Maghreb, en cas d'effet domino, qui est une source d'inquiétude pour la France à un moment où cette dernière est la cible privilégiée d'Al-Qaïda dans le Maghreb islamique. A ce propos c'est avec une certaine tristesse que j'ai lu et entendu les positions de certains hommes politiques qui se sont élevés contre la décision de Sarkozy d'intervenir lors de la dernière prise d'otages. Comment peuvent ils se permettre d'affirmer de façon si péremptoire qu'il ne fallait pas intervenir, sinon pour de sinistres motivations de nature électorale, ou comme j'ai pu le constater sur un autre blog par une haine antisarkoziste qui finit par tout obscurcir? François Hollande, là encore , a été digne.

Cette révolution tunisienne vient comme en écho au très beau film, "Même la pluie", que j'ai vu le week-end dernier. Ce film, d'une grande virtuosité scénaristique et de mise en scène, réussit le tour de force d'être à la fois le récit du tournage d'un épisode effroyable de la conquête de l' Amérique par Christophe Colomb au moment où des prêtres s'élèvent contre le massacre et l'asservissement des peuplades autochtones , le récit de cette épisode même et enfin celui d'une révolte populaire dans le pays du tournage, révolte contre la privatisation de la distribution de l'eau (d'où le titre du film) qui va entraver sa réalisation. Ces évènements vont bouleverser l'existence du producteur et du réalisateur, magnifiquement interprétés, dont l'évolution psychologique va se faire dans des directions opposées et inattendues.

J'allais oublier, ce soir sur Arte, un magnifique film sur ceux qui se retrouvent "seuls de leur condition" parmi les autres, "Loin du paradis".


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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 23:33

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On se souvient sans doute qu’il n’y pas si longtemps les « souverainistes» ont considéré l’adoption du traité de Lisbonne comme une insulte à la « Volonté du peuple » qui se serait exprimée dans plusieurs pays par un vote négatif sur la précédente version du texte de constitution européenne. Faire de la « Volonté du Peuple » une hypostase est irrationnel . Ce que l’on appelle « volonté » du peuple n’est que la somme aléatoire de décisions individuelles aux motivations si diverses, allant des revendications égoïstes aux peurs fantasmatiques, qu’on en chercherait vainement la cohérence, la "main invisible". La démocratie d’opinion (« participative») qui repose sur cette fiction, celle des sondages incessants, des manifestations de rue ou de leur quintessence, le référendum, est en train de faire basculer le système en supplantant la démocratie « représentative» . La démocratie d’opinion c’est le repliement sur soi, sur le terroir, sur sa communauté (telle la Suisse qui recule à coup de référendums), sur ses peurs et préjugés. Le succès phénoménal de film comme « Bienvenue chez les t’chis » ou « Les petits mouchoirs» sont peut être le symptôme de ce retour « chez soi». Peut on imaginer un seul instant que la peine de mort eût été abolie en France si le « peuple » avait été consulté, ou qu’en ce qui concerne l’homosexualité, en dépit de sondages actuels qui semblent favorables, (le oui à l’Europe est toujours en tête dans les sondages bien avant l’élection..), nous aurions les avancées actuelles si le «peuple» était consulté? La démocratie «représentative», c’est le choix par les individus, qu’ils peuvent régulièrement remettre en question, des représentants qui «décideront» en fonction d’un projet politique. Alain Juppé s’était demandé, après le vote irlandais, si "les élites n’étaient pas en avance et le peuple en retard" et avait raillé les radios qui "le matin donnent la parole à des gens qui n'ont que des conneries à dire". Après tout c’est bien ce que sous-entendait Marx avec son « avant garde du prolétariat ». . La démocratie participative, chère à Ségolène, c’est la porte ouverte à toutes les manipulations, aux marchands de rêves et d’illusions. Il est à craindre à une époque où la «déculturation» s’étend qu’il n’y ait rien à attendre des prochaines générations et que sous l’empire de l’individualisme roi, du primat de la "sincérité" (Wikileaks) sur la recherche de la vérité, le pire de la démocratie d’opinion soit devant nous. Espérer que le «politique» finisse par reprendre le dessus, que les élites (y compris nos gouvernants) recommencent à amener «le peuple» là où il ne serait pas aller tout seul, n’est sans doute qu’utopie
De la même façon qu’en économie, la régulation du marché par le cercle vertueux « surproduction, inflation, hausse des taux, récession, reprise économique » a été remplacée, effet pervers de la mondialisation, par le cercle infernal de la succession des « bulles » -internet, immobilière, matières premières, etc. – qui peut conduire à l’implosion finale du système bien plus surement que le numéro de clown de Cantonna, la substitution de la démocratie d’opinion à la démocratie représentative, par l’immobilisme, voire les régressions qu’elle entraîne pourrait bien nous conduire à un retour au protectionnisme, qu’appellent pourtant de leurs vœux Emmanuel Todd ou Eric Zeimour.

Le peuple comme "sujet " d'une volonté...Ceci me remet en mémoire les réflexions du philosophe Jean Pierre Dupuy dans son livre "Avons nous oublié le problème du mal" sur les paradoxes du vote : "La consultation concernant le traité de Maastricht a donné en France l'avantage au oui, mais d'extrême justesse. On a dit : "dans sa grande sagesse, le peuple français a répondu oui à l'Europe, mais il a aussi voulu donner un avertissement à tous ceux qui voulaient précipiter les évènements, etc". Bien sûr, aucun sujet n'a voulu, pensé. ni réalisé cela. Le sujet collectif qu'on appelle en renfort est une pure fiction." "Et l'élection, en elle-même, est un processus de désignation des dirigeants qui contient une bonne dose de hasard; hasard qui provient des divers paradoxes que le mécanisme du vote fait naître. »
Jean-Pierre Dupuy, présente l'exemple de trois des paradoxes qui naissent du vote :
Le premier découle du paradoxe de Condorcet qui relève de la théorie du choix. Imaginons que vous ayez à choisir entre A, B et C et x autres candidats selon un système de vote majoritaire et que dans un choix bilatéral A soit préféré à C, B préféré à C et B préféré à A. En toute logique B devrait remporter l’élection, sauf si dans une élection réelle à deux tours B arrive en troisième position et est éliminé.... Ce fût le cas de Lionel Jospin en 2002...Le choix n’est plus rationnel, la procédure de vote revient à choisir le gagnant au hasard.
Le second paradoxe des élections est celui des sondages. On sait que les candidats présidentiels en France en tête dans les sondages un an avant l'élection sont rarement élus. Pourtant c’est de plus en plus sur de tels sondages qu’on tend à choisir les candidats à l’élection. Ce fut le cas pour Ségolène, et cela pourrait l’être pour Strauss-Kahn... La sélection d’un potentiel gagnant se fait sur une procédure là encore non rationnelle, «au hasard ».
Le troisième est le paradoxe du vote proprement dit: « pourquoi un individu va-t-il voter alors que la probabilité que son vote modifie l'issue finale est infinitésimale?... Mathématiquement, la situation dans laquelle un bulletin de vote a le plus de chances de créer une différence est celle dans laquelle l'opinion est exactement partagée entre deux possibilités. Mais alors, il y a un problème, vécu amèrement par Al Gore en 2000; c'est que la procédure de dépouillement des votes comporte nécessairement une (petite) marge d'erreur de comptage. Si le vote effectif des électeurs est dans cette marge d'erreur, alors, le résultat de l'élection n'est pas déterminé par les électeurs mais par le hasard. Ce qui aboutit au plus grand des paradoxes : la seule situation dans laquelle le vote d'un électeur a des chances de compter est la situation dans laquelle l'élection sera décidée par le hasard de la marge d'erreur. »
Le hasard joue donc un rôle central dans le processus de désignation démocratique. « Loin d'en être la négation, il en constitue plutôt un fondement, qui permet d'éviter la dérive du système vers la tyrannie de la majorité."
C’est ce qui fait du processus démocratique représentatif, la casino qui opère une rotation des élites, le moins dangereux de tous les systèmes...L'extinction progressive de ce processus met la démocratie en danger. Dans son dernier livre Michel Rocard se dit profondément pessimiste sur l'avenir de la démocratie

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 22:56

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Peu avant Noêl 95, nous dinions, Bernard (mon ex) et moi, chez « Paul », un bistrot près de la Bastille, lorsque nous avons appris que Jacques Delors venait de déclarer à Anne Sainclair, épouse de Dominique Strauss-Kahn, lors de l’émission 7 sur 7, qu’il ne serait pas candidat à l’élection présidentielle. Nous étions abattus, il allait falloir se résigner à subir Jacques Chirac, que j’abhorrais, pendant 7 ans. Je n’étais pas le seul à ressentir cela comme une trahison car il était largement donné gagnant. Ce que nous vivions comme une dérobade relevait pourtant d’une analyse très lucide de la situation : une fraction importante du parti socialiste, dirigé alors par Henri Emmanuelli qui allait être supplanté par Jospin comme candidat, ne lui donnerait jamais les moyens d’une politique qu’elle jugeait trop réformiste. Et voilà qu' on apprend que si un socialiste n’avait pas dirigé le Conseil Constitutionnel, l’élection de Chirac aurait été invalidée pour cause de « comptes » de campagne...Qui sait, si l’on avait du revoter, Jospin peut être...

15 ans plus tard, l’histoire semble bégayer, comme un disque rayé. Dominique Strauss-Kahn est donné comme largement vainqueur des futures présidentielles, ce qui est loin d’être le cas de la fille de Jacques Delors, mais il se pourrait bien que lui aussi renonce et ce pour les mêmes raisons que ce dernier, un parti socialiste dont le centre de gravité s’est encore un peu plus déporté vers la gauche. La situation est même pire car si Jacques Delors considérait qu’il n’aurait pas les moyens de sa politique, sa désignation comme candidat n’aurait pas été contestée par le parti, alors que l’opposition à DSK est déjà en ordre de bataille. Pourquoi abandonnerait il une direction du FMI, où il est certain d’être reconduit, et qui lui confère peut être plus de pouvoir qu’une présidence française ?
La gauche réformiste, la « deuxième » gauche, celle de Rocard et d’Edmond Maire, a t’elle été définitivement emportée par la crise financière ? On peut se le demander lorsqu’on voit Jacques Julliard, dont je me suis senti souvent proche et qui était une figure de cette gauche sociale et libérale, se radicaliser et quitter le Nouvel Observateur, pour rejoindre, les bras m’en tombent, un journal populiste, « Marianne ». Il sera semble t’il « remplacé » par un autre chrétien de gauche, le girardien Jean Claude Guillebaud.

Si mes craintes se confirment et que DSK n’est pas le candidat socialiste, j’ai bien peur de ne plus pouvoir (à moins que François Hollande crée la surprise mais c’est plus qu’improbable) apporter ma voix, à aucun des deux tours, au candidat socialiste, ce qui sera une première depuis que je suis en âge de voter, car cette fois ci je n’« abhorre » pas le probable candidat de droite. Je ne voterai certes pas pour lui, sauf circonstance exceptionnelle, la présence de Cruella au second tour par exemple (entre deux maux il faut choisir le moindre..). Et puis qui sait, si la gauche est dans un triste état, la situation à droite ne manque pas non plus de piquant, avec la résurgence à propos de l’affaire « Karachi » de la lutte à mort entre balladuriens et chiraquiens. Epoustouflant Dominique de Villepin (tiens si celui là était candidat je pourrais voter pour n’importe qui à gauche !), qui après s’être laissé entrainer par sa haine de Sarkozy vient de s’apercevoir, d’où son rétropédalage, qu’il allait risquer de flinguer au passage bon nombre de chiraquiens !

Le résultat du vote comme fruit du hasard...j’y reviendrai


Jospin fait une apparition inattendue et pleine d’humour dans le film « Le nom des gens » que j’ai vu ce week-end, film qui se révèle un abécédaire du « bien pensant », de tout ce que l’idéologie des droits de l’homme et du politiquement correct peut véhiculer. C’est sympathique, parfois drôle, parfois un peu ennuyeux, la bande annonce suffit peut être... « Red », équipée loufoque de retraités de la CIA m’a bien plus diverti.

Au moment où j'enregistre ce billet j'apprends que Denis Olivennes, ancien PDG de la Fnac et actuellement directeur du Nouvel Observateur, quiitait ce journal pour le direction d'Europe 1 dont l'actuel directeur, Alexandre Bompard, a annoncé qu'il prenait la direction...de la Fnac! Il semble que ce soit à la suite d'un différent avec Denis Olivennes sur la ligne du journal que Jacques Julliard a quitté le même journal...

PS : « Le disque rayé » est le titre d’un roman de science-fiction du français Kurt Steiner, un petit chef d’œuvre où le héros revit inlassablement la même aventure, comme sur un disque rayé.

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