Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 22:25

niankh.jpg


Sur un autre blog, citant un texte de Renaud Camus où ce dernier notait que les homosexuels, cherchant la "reconnaissance", avaient tendance à «sacrifier les éléments les plus exposés du dossier», les folles et les pédophiles, j'avais déclenché des réactions indignées qui ne m’avaient  pas surprises lorsqu’elles émanaient de ceux qui ont tellement intériorisé les interdits qu’ils sont prêts à sacrifier bien plus que les deux éléments précédemment cités. Etonné tout de  même qu'on puisse à ce point méconnaître son « histoire », je veux dire par là, ce qui constitue la « culture homosexuelle » j'avais entrepris de la leur conter, en commençant par les relations "pédérastiques" dans la Grèce antique. On m'opposa qu'il n'était pas pertinent de parler «d’homosexualité» à propos de l’amour des garçons dans ce cas là , et dans la polémique qui opposa certains historiens à ce propos, on me rangea d'office dans le camp de ceux, tels Boswell, qui défendaient la thèse contraire.

Je n’ai pris conscience que dans un second temps que cette controverse  à propos de « l’homosexualité » dans la Grèce antique renvoyait directement à celle sur le caractère « inné ou acquis » de l’homosexualité, sujet que j'ai abordé dans un billet récent. S’il s’agissait de la même question de fond, ma position sur les deux questions se devait d’être cohérente (bien que j’acquiesce, une fois n’est pas coutume, à l’assertion de Renaud Camus : «Que la subtilité d’un système s’évaluerait à la part de consciente et délibérée auto-contradiction qu’il admet»). Ma position quant au caractère inné ou/et acquis de l’homosexualité était clairement défini, mais n'étant pas helléniste et n'ayant pas lu les historiens en question, je m'étais abstenu quant à la pertinence du concept d'homosexualité dans l'antiquité. A la réflexion, même si je ne me prononcerai pas sur la qualité d’historien de Boswell, il me semble qu'il a raison sur le fond.
Boswell appartient en effet au courant «essentialiste», autrement dit «universaliste», anti «nominaliste», «réaliste», selon lequel l’homosexualité existe «réellement», trans-culturelle ment et trans-historiquement et n’est pas une « construction ». Il s’oppose en cela aux «constructivistes», «nominalistes», pour lesquels les «universaux» n’existent pas, et qui, se référant à Michel Foucault, considèrent que le concept «d’homosexualité» n’a de sens qu’à partir du moment où le mot existe, marquant la «psychiatrisation» d’une pratique, la sodomie, au 19è siècle. A partir de cette prise de conscience se déroulerait «l’histoire de l’homosexualité», l’histoire d’une pratique : «l’homosexualité relève d’une pratique de soi c’est une expérience qui se forme et se constitue à partir d’un travail sur soi. C’est ce qui fait d’elle une forme d’expérience, c'est-à-dire que la sexualité (le désir et les choix sexuels) n’est pas quelque chose de fixé une fois pour toutes, mais au contraire, une matière à partir de laquelle on construit son existence. Si l’homosexualité est liée à des choix sexuels, ceux-ci, explique le philosophe français, doivent en même temps être créateurs de mode de vie (Foucault, 1982). C’est ce qu’il dit en parlant de la nécessité d’être gay».
Ce qu’ont « inventé » les « constructivistes », famille à laquelle appartient George Tin qui lui situe l’émergence du concept «d’hétérosexualité» au XIIè siècle, c’est une «troisième» théorie des origines de l’homosexualité, à côté de celles « génético-biologique » et « psychologique » (freudienne), une théorie « sociologique » de la sexualité, en fait une théorie politique dont le mouvement « Queer » constitue la forme la plus radicale.
Ceux qui ont lu mon billet « Inné et acquis » savent que je suis de ceux qui pensent que ce que j’appelle «homosexualité», c'est-à-dire une orientation du désir masculin vers un objet du même sexe (ne doutant pas que «le genre» existe, aussi peu «queer» que possible donc; je ne me prononçais pas sur le désir lesbien dont je n’exclue pas qu’il ait une composante sociologique), est d’origine « biologique » (voir le billet pour plus de précisions), donc transculturel et transhistorique. Du côté de Boswell donc. L’homosexualité a toujours existé, y compris au temps de grecs, sans être «nommée». Elle s’est exprimée, ou a été refoulée, selon les canaux que la «culture» de l’époque lui permettait d’emprunter ou non.
Je n’ai formalisé dans ce précédent billet que les théories « biologiques » et « psychologiques », mais la conclusion de l’article indiquait la place que je faisais à la théorie «sociologique», constructiviste, celle de la façon dont le désir homosexuel se «réalise» dans une société donnée : « En d’autres termes, t’as pas choisi d’être homo mais la façon dont tu l’es, folle, hypermacho, honteuse, etc… dépend en partie au moins de toi ! ». C'est notre «génotype» (au sens très large de ce terme décrit dans le billet) qui détermine l’orientation de notre désir, mais son phénotype dépend de nous et du contexte culturel. L’histoire de l’homosexualité, c’est l’histoire de son phénotype….
Les polémiques auxquelles j'ai fait allusion revoient  à ce que je disais en début du billet sus cité : «On peut d’abord se demander pourquoi ce sujet soulève tant de passions, notamment chez les gays, l’adhésion à l’une ou à l’autre thèse relevant plus du domaine de la croyance, en fonction de ses préjugés et angoisses, de sa façon même de vivre son homosexualité, que d’une approche rationnelle». Il était plaisant de voir les plus indignés par les propos de Renaud Camus sur "la partie du dossier", faire appel, pour discréditer Boswell, à un constructiviste, Didier Eribon, disciple de Foucault et Bourdieu, un des plus fervents partisans de la «visibilité». On pourrait aussi questionner l’utilisation qu’Eribon fait de Foucault, ami de Boswell, ce qui l’a amené à accuser Paul Veyne, qui était si proche de Foucault, de le «dépolitiser » dans le livre qu’il vient de lui consacrer. Foucault, mort du Sida sans n’avoir jamais voulu dire qu’il en était atteint, n'avait pas réglé avec lui même le problème de son homosexualité.
Les constructivistes sont cohérents avec eux même, ils sont «communautaristes». On peut s’étonner de trouver parmi les opposants à «l’essentialisme» de Boswell, certains de ceux qui rêvent «d’une représentation du genre masculin homosexuel plus conforme à la norme, à l’usage des relations sociales de la vie courante, non communautaires», en un mot des valeurs « universalistes »….


« Libre/
Je me répète (je vais finir, si ne n’y prends garde par échafauder un semblant de « thèse ») : la nature de l’homosexuel n’existe pas. Elle n’est pas dans la femme, elle n’est pas dans la « folle », elle n’est pas dans le « macho ». Vous n’êtes condamné à rien. Soyez ceci ou cela ou n’importe quoi si vous en avez envie, et encore assurez vous à deux fois que votre envie est bien la vôtre. »
« L’amateur/
Ce petit livre pour expliquer pourquoi, de l’homosexualité comme essence, l’auteur n’a rien à dire. Il l’écrit pour montrer qu’il n’est pas un expert quant à la question »
(Renaud Camus, Notes Achriennes , 1982)

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

C
" L’homosexualité a toujours existé, y compris au temps de grecs, sans être «nommée». "<br /> <br /> Nommée, elle l'était, chez les Grecs et aussi chez les Latins. Voir le § XVIII de ma page https://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.fr/2016/10/ces-petits-grecs-constantes-et.html
Répondre