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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 21:45
L'âge, le sexe, le sida

J’avais découvert avec stupéfaction, lorsque je me suis inscrit au marathon de Paris, il y a 12 ou 13 ans, que la catégorisation en fonction de l’âge des fédérations sportives était aussi sévère que celle du milieu gay : j’étais donc, déjà, un senior, aujourd‘hui un …vétéran…

Pourtant ces seniors seraient de plus en plus performants au marathon (j’avais réalisé 3h37…), alors que les temps des plus jeunes ne progressent pas, selon une étude de chercheurs de l’Inserm sur celui de New York. Si l’on en croit les résultats d’une autre étude que vient de publier le Lancet, les seniors auraient également plus souvent eu une expérience homosexuelle que les jeunes, du moins si l’on compare les 55-64 ans au 16-24 ans…Ces expériences sexuelles pourraient même être plus nombreuses que ne le croient ces jeunes gays qui chassent sur les réseaux sociaux en affichant des profils particulièrement « bienveillants » pour leurs ainés – «merci j’ai déjà un père, voire j’ai déjà un grand-père…»- si l’on se réfère aux statistiques de dépistage du sida qui montrent un pourcentage sans cesse croissant d'hommes fort "matures", notamment à partenaires multiples. Non seulement ils multiplient les rencontres, mais en plus, comme les plus jeunes, ils ont tendance à se passer de préservatifs…Il est vrai que certains d’entre eux ont connu la glorieuse période de « l’avant » et la nostalgie est la plus forte…

On peut avancer sans crainte de se tromper que les progrès thérapeutiques vont accentuer cette tendance au "bareback". Le conseil national du sida avait déjà évoqué la possibilité de ne pas utiliser de préservatifs pour les couples sérodivergents si le partenaire séropositif traité avait une charge virale indétectable (http://limbo.over-blog.org/article-sida-une-education-de-l-incertitude-49758130.html), caractéristique que l’on voit apparaitre ici ou là dans les profils sur les réseaux gay de rencontres ( je trouve d'ailleurs très discutable cette incitation appuyée et sans cesse renouvelée de certains sites de rencontre, tel Hornet, à afficher son statut HIV "daté"...). On vient de franchir un pas avec la démonstration de l’efficacité préventive très élevée d'une prise « à la demande » de l'antirétroviral Truvada quelques heures avant et après le rapport, attitude recommandée par l’OMS pour les individus à risque…

A ma connaissance la molécule n’est pas encore disponible en France, mais quand elle le sera, on peut douter que l’assurance maladie admette cette pratique « de confort » (c’est vrai sans capote c’est plus confortable…) au remboursement. D’autant plus que tant qu’on y est, pourquoi ne pas mettre aussi en place un traitement « curatif », sans dépistage, d’une potentielle infection syphilitique ou à chlamydia, passée inaperçue, par une prise annuelle (très efficace aussi) de 15 jours d’un traitement par tétracyclines !

Ce billet sur les seniors me donnent l'occasion de signaler un film particulièrement touchant, « Love is strange »,sorti presque confidentiellement, mais heureusement salué par la critique. Il nous conte les conséquences désastreuses du mariage d’un vieux couple gay dont l’un des partenaires va perdre son emploi de professeur de musique dans une institution catholique, son homosexualité, parfaitement connu et tolérée jusque-là ne l’étant plus une fois officialisée (Florian Philippot saura bientôt si le Front National se conduit moins hypocritement que l'Eglise!). Mais il ne s'agit beaucoup moins d'un film militant -les gays y sont montrés plutôt bien insérés dans la société newyorkaise - que d'une histoire d'amour qui porte un regard tendre sur la place des seniors dans la société et sur les rapports entre générations. Autre film émouvant et troublant, "Something must break", du Suédois Ester Martin Bergsmark. Une histoire d'amour encore, celle d'un personnage complexe, Sebastian, adolescent androgyne qui voudrait être Ellie, la fille qu'il sent en lui, et donc la rencontre avec Andreas va illuminer, un temps, sa vie. Mais Andreas n'est pas "gay" et Sébastian, s'il s'habille en fille, ne veut pas en devenir une "physiquement"....Les scènes de sexe sont d'une beauté troublante, inhabituelle. Film bien plus convaincant sur le genre que celui d'Ozon ("une nouvelle amie") qui m'a laissé relativement indifférent, en dépit de l'interprétation de Romain Duris.

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