Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 09:49

Beginners12_thumb.jpg

Telle est la question que pose Jack, le chien « télépathe » du héros du film «Beginners», alors que son maître, Oliver, hésite à devenir adulte et à s’engager dans une histoire d’amour avec la jeune française qu’il vient de rencontrer peu après l’agonie de son père mort d’un cancer du poumon. Celui-ci, quelques années plus tôt, à 75 ans, avait fait son « coming-out » gay au moment du décès de sa femme, vie gay dans laquelle il allait se lancer avec enthousiasme, sans entrave, jusqu’à son dernier souffle,  révélant ainsi à son fils qu’il avait toujours été homosexuel, que son mariage de 40 ans,  s’il n’était pas bâti sur le mensonge - elle avait toujours su- n’était que de complaisance, « elle renonçant à sa judéité et lui à son homosexualité ».  Ce film, c’est peu dire qu’il m’a touché, s’il est empreint d’une certaine mélancolie - Oliver, graphiste de métier, n’est il pas en train de  dessiner une histoire de la « tristesse qui survint après la  création du monde », sorte d’écho à « Tree of  life »- est conté avec un humour distancié qui renforce son charme et le regard porté sur le milieu gay californien et ses combats plein d’affection.

 

Le film nous suggère, et cela est renforcé par les scènes de flash back qui replacent les épisodes de la vie de chaque personnage dans le « contexte » de l’époque (on s’habillait comme ça,  tel était personnel politique, on pensait que...),  que rien n’est figé et qu’il faut savoir oser s’engager, oser « être des débutants".

 

L'opinion qu’on peut avoir quant au « mariage gay » n’est pas sans lien non plus avec le « contexte » de l’époque où elle est émise. En d’autres temps François Baroin ne nous aurait pas dit pas qu’il avait des « amis gays », peut être n’aurait il même pas su qu’il en avait,  aujourd’hui il nous précise  «qu’ils ne veulent pas se marier». On est sidéré par la faiblesse de l’argument, dont on peut d’ailleurs rire de la valeur statistique, d’amis gays il ne doit point en avoir tant que ça pour que l’échantillon soit représentatif. Certes dans mon entourage qui constitue un échantillon beaucoup plus large, je n’en connais pas beaucoup non plus qui veuillent se marier, mais ce n’est pas la bonne question à poser. La question n’est pas de savoir si l'on « désire se marier » mais d’avoir « le droit de se marier ». Et à cette question il n’est pas douteux qu'une majorité des gays d’aujourd’hui répondraient oui.

 

Ceux qui ont lu certains billets, parfois anciens, de ce blog, savent mon peu d’enthousiasme pour cette revendication et que cette réticence concerne le mot qui la désigne, "mariage",  et non les droits qui lui sont attachés. Influence peut être de mon éducation catholique mais surtout de l’époque qui m’a formaté, de ce temps où la « libération » gay voulait dynamiter le mariage et vouait aux gémonies tout mimétisme de l’hétérosexualité. Certes les plus politisés  des gays d’aujourd’hui, à la pointe du combat, héritiers de ceux des années de lutte, ont toujours comme arrière pensée de détruire l’institution du mariage, de l’intérieur, revendication cheval de Troie, mais pour la plupart des autres  il s’agit d'un besoin du « mot », ils sont « nominalistes », nommer effacerait les différences... 

 

J’aurais préféré que nous nous battions pour  obtenir les mêmes droits (héritage, pension de réversion- pour l’adoption je ne me prononce pas, ce besoin m’est trop étranger), et non pour la dénomination "mariage" du contrat,  car ce mot appliqué à une relation entre deux hommes garde pour moi  ce côté « parodique » illustré par Coluche et Thierry le Luron. Mais comment ne pas reconnaître,  maintenant que  le mariage gay a été adopté par nombre de pays, qu’il est une revendication mondialisée,  revendication qui s’est imposée de fait, que toute autre appellation apparaitrait comme une régression et qu’on n'a plus d'autre choix que la soutenir.

Partager cet article
Repost0

commentaires