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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 19:13

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Le personnel d’Air France ayant renoncé à faire grève et les sénateurs à leur amendement, j’ai finalement pu, jeudi dernier, m’envoler pour Toulouse pour assister à ce congrès sur les essais cliniques dans la maladie d’Alzheimer, études qui, les unes après les autres, s’avèrent négatives. La perspective d’une percée majeure dans la prise en charge de cette pathologie dans les 5 ans à venir, un des objectifs du Plan Alzheimer lancé par Nicolas Sarkozy, s’éloigne chaque jour un peu plus.

La douceur printanière qui régnait sur la « ville rose » m’a incité à parcourir à pied et redécouvrir, de mon hôtel à l’Hôtel Dieu où se tenait le congrès, son centre ville et sa partie historique sur les bords de Garonne, d’un œil plus bienveillant, plus objectif, que le bordelais que je suis ne le faisait dans un passé pas encore si lointain, n’hésitant pas à affirmer de façon péremptoire- « on ne compare pas la brique et la pierre de taille... » . Les quelques années que j’y ai passé à l’occasion de la mutation temporaire de mon père, du jardin d’enfant à la 9è, ne m’avaient laissé que le souvenir de la naissance de mon frère, comme le signe prémonitoire de tout ce qui allait nous séparer, et de la coiffe des bonnes  sœurs de l’école Sainte Barbe et du bonnet d’âne qu’elles m’avaient infligé pour une écriture « de cochon ».

De retour à Paris, vendredi soir, c’est au restaurant le « vagabond » que j’ai redécouvert, presque 20 ans après ma dernière visite, à une époque où les bars/discothèques de la rue Saint Anne, le 7, le Colony et le Bronx avaient depuis longtemps fermé leur portes et où les tapins de la rue de Saint Anne avaient migré vers des lieux plus accueillants, alors que  le club « 18 » et « L’insolite » tous proches étaient encore fort courus. Bien que le propriétaire ait changé, le lieu (mais pas la note) semblait comme piégé dans un repli du temps. La clientèle m’a semblé encore plus âgée qu’auparavant, j’ai perdu l’habitude de me retrouver parmi les plus jeunes, ou presque, d’un établissement gay, tandis que les gigolos si présents lors de ma dernière visite, semblaient avoir déserté le lieu à l’instar de leur collègues bas de gamme de la rue Saint Anne, préférant sans doute maintenant chasser le micheton sur Gayromeo. Sans doute ces gays d’un certain âge, qui se sentent exclus du Marais, viennent ils  essayer de retrouver là un peu de leur passé.

Samedi, sous une pluie froide, en sortant de ma séance au Club Med Gym Nation, j’ai pu croiser la tête du cortège syndical qui atteignait les colonnes du Trône. L’ambiance n’était pas à l’euphorie, point besoin d’attendre les comptages, d’où qu’ils viennent, pour constater le reflux. Le temps en tous cas incitait à s’enfermer dans une salle de cinéma, ce que nous fîmes à trois reprises ce week-end, rien d’inoubliable mais du bon cinéma du samedi soir : « Elle s’appelait Sarah », un mélo fort émouvant, c’est fait pour ça, remarquablement interprété même dans les seconds rôles (Michel Duchossoy, Niels Arestrup)- « Fair Game », thriller parfois un peu poussif, quasi documentaire,  sur les méfaits de l’équipe Bush pour justifier l’invasion de l’Irak- « L’homme qui voulait vivre sa vie », comédie dramatique à la première partie prometteuse, malheureusement un final trop peu crédible, mais il y a Romain Duris, je craque, et Niels Arestrup, encore, toujours génial.

Je n’ai pas l’habitude de faire mes choix de lecture en fonction de l’attribution d’un prix littéraire, mais il n’est pas rare que de tels prix récompensent un livre déjà lu. Cette année ce fût le cas pour « Sukkwand Island » (Prix Médicis étranger) et le Houellebecq, bien sûr. C’est un des grands romanciers de ce siècle, Harry Mulish, donné plusieurs fois "nobélisable", qui vient de disparaître. Un de ses derniers romans, « A la découverte du ciel », reste pour moi un des plus grands chocs littéraires que j’ai éprouvés. Cette fresque magistrale, véritable thriller métaphysique,  dont le dénouement se situe à Jérusalem,  raconte comment Dieu décide de rompre son alliance avec l’humanité qui a fait du 20è siècle une barbarie. Une perte pour moi équivalente à celle de Kubrick pour le cinéma.


 "C'est qu'il y a deux sortes d'absence, la bathmologie le sait bien, qu'on pourrait appeler pour les distinguer ante factum et post factum l'une est un en deçà de la présence, l'autre est un au-delà. La première est celle des pays que nous ne connaissons pas, des musiques inouïes, des êtres que nous n'avons jamais rencontrés. Celle-là ne m'intéresse guère, même s'il arrive aussi qu'elle me hante. C'est une absence essentiellement conceptuelle, progressiste, dynamique et pour tout dire métaphysique. C'est par excellence l'absence de Dieu - malgré le court épisode de "l'Incarnation", que nous sommes quelques-uns à ne pas trouver pleinement convaincant. L'autre absence est bien plus humaine, nostalgique et sensuelle, conservatrice et, j'en ai peur, réactionnaire, même : elle connaît ce qui lui manque. Elle a - et c'est bien sûr sa cruauté, mais c'est aussi sa force, sa beauté, son efficace et sa vertu - elle a le son d'une voix, le grain d'une peau, l'odeur d'une pinède, d'une averse ou d'une chevelure. Elle luit du miroitement captieux d'un nom, de la couleur d'un moment, de la terrible acuité d'une volupté, d'un assentiment ou d'un cri. Sans doute est-elle un vide, nous ne l'éprouvons que trop. Mais comme dans les plus audacieuses et les plus belles des nefs, des coupoles et des cages d'escalier baroques, ce vide est l'élément constitutif d'un espace qu'il structure et qu'il modèle selon ses formes propres, son épaisseur, ses lois, ses caprices, ses lancinantes poussées."
(Renaud Camus, Elégies pour quelques-uns, P.O.L., 1988)

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commentaires

D
<br /> <br /> Par une pure coïncidence, je viens tout juste de relire le roman de Mulisch (dont j'ignorais qu'il fût mort...) après l'avoir découvert il y a une dizaine d'années. Lors de cette seconde lecture,<br /> il m'a semblé que les deux cents dernières pages n'étaient pas à lahauteur des huits cents précédentes. Cela reste néanmoins un grand roman, je crois.<br /> <br /> <br /> <br />
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L
<br /> <br /> Mais le livre ne fait que 670 pages! Contriarement à toi j'ai trouvé le final époustoulflant<br /> <br /> <br /> <br />