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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 19:27

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Plus d'une semaine déjà que nous sommes rentrés de Sicile, après nos dernières étapes, Taormine -une relative déception à la découverte de ce village médiéval planté sur la montagne et de son célèbre théâtre antique : les touristes y sont si nombreux, ce qui n'avait pas été le cas jusque là car la saison touristique commence à peine, que l'on se serait cru, sur le "Corso Umberto", au Mont Saint Michel - puis l'Etna dont nous avons limité l'excursion aux premiers cratères, la chute brutale de la température par rapport à celle que nous avions dans la vallée nous ayant surpris en tenue tout à fait inadéquate. Une façon de nous préparer au climat que nous allions trouver Paris à notre retour...

Dans l’avion qui nous ramenait de Catane vers Paris, la lecture d’un article du Figaro, qui exposait les arguments contre le projet de loi sur le «mariage pour tous» soumis par L’UMP au Conseil Constitutionnel, semblait laisser peu de doute quant à la probabilité d’une censure partielle du texte sur l’adoption, la décision étant annoncée pour le mercredi 25. Il a donc fallu attendre jusqu’au vendredi 27, journée mondiale de lutte contre l’homophobie – serait-ce une volonté, en forme de clin d’œil, du président de cette institution?- pour être pleinement rassuré, même si la tranquille assurance de François Hollande lors de sa conférence de presse, la veille, au sujet de sa promulgation, était prémonitoire. C’est un "texto" d’un ami éditeur qui m’a appris la nouvelle, alors que nous sortions, Bertrand et moi, du sauna IDM. L'annonce, à peu près en même temps, de la réalisation d'une autre promesse présidentielle que j'avais oubliée, la suppression du mot race de la législation -ou quand l'idéologie falsifie le réel - a quelque peu terni ma soudaine bonne humeur, imaginant un instant un monde bien déprimant où le mot même d'homosexuel, au nom des ayatollahs de l'indifférenciation, aurait lui aussi disparu de notre vocabulaire.

Une occasion cependant pour aller célébrer cela dans le tout nouveau bar qui vient d’ouvrir dans le marais, la « Mine», déjà très fréquenté et qui pourrait être un concurrent sérieux pour le Cox et surtout le Quetzal, actuellement fermé pour rénovation, même si la clientèle au look d’apparence plutôt « virile», voire rétro – on croirait presque retrouvé l’ambiance, à la grande époque, des bars des villages « gays » américains de Castro ou Greenwich, mais dont la décoration aurait été revu par un designer à la mode – semble renouvelée par rapport à celle des autres bars du quartier, au point de se poser la question : où tous ces visages inconnus ou perdus de vue depuis longtemps allaient-ils donc avant ? Il était alors bien tentant, le temps était presque clément, d’aller diner dans un des restaurants gays tout proche, « Ze Restoo », et cela pour la deuxième fois en deux jours, comme si nous n’arrivions pas à nous défaire de nos habitudes de vacances, car nous y étions déjà allés la veille avec des amis après avoir assistés, à la mairie du 2è, à une exposition des artistes de cet arrondissement – l’un deux, Samuel, un de mes "ex", y exposait deux masques.

Avant de nous y rendre, nous avons fait un détour par la librairie « les mots à la bouche », à quelques pas de là. J’allais y découvrir avec excitation la parution de deux livres dont je n’ai pu résister à l‘achat immédiat, et dont la lecture, à n’en pas douter, allait occuper un week-end qui s’annonçait fort pluvieux. Le prix Nobel de physique Gilles Cohen-Tannoudji vient de publier, avec Michel Spiro, le boson et le chapeau mexicain - un récit de l'univers à la lumière de l' histoire de la découverte du boson de Higgs (le "chapeau mexicain" illustre le mécanisme par lequel la "particule de Dieu" donne la masse aux particules élémentaires). La lecture de son premier ouvrage, la matière-espace-temps, vingt six ans déjà, reste toujours aussi présente, non seulement car elle m’avait fasciné, en dépit de sa difficulté, mais aussi parce qu’elle est liée à un épisode marquant de ma tumultueuse vie affectivo-sexuelle de l’ époque : elle s’est en effet déroulée pendant le long voyage en train que j’effectuais entre Bordeaux et Marseille alors que, vivant en couple avec Bernard depuis 5 ans, je venais de mettre un terme, dans les cris et les larmes, à ma liaison avec un amant, Fréderic - rencontré quelques mois plus tôt dans un parc et qui n’arrivait pas à comprendre qu’il ne serait jamais pour moi qu’un amant - pour en rejoindre un autre, Thierry, rencontré par petite annonce dans Gai Pied, qui allait décider de rompre en m’annonçant qu’il ne pouvait se contenter d’être mon éternel amant… Je n'ai de nouvelles ni de l'un, ni de l'autre.
A peine en avais-je compulsé un exemplaire que mon regard fût attiré, dans le rayon, de plus en plus restreint, consacré aux publications de Renaud Camus, que mon œil fût attiré par une superbe première de couverture que je ne connaissais pas, le dernier tome du journal de l'année de l'auteur, Vue d'œil, journal 2012. Une surprise car les contrats de l'auteur avec ses éditeurs, notamment Fayard, ayant été dénoncés au moment de sa prise de position en faveur de Marine Le Pen, j'avais appris que la publication du journal ne se ferait plus qu'en version électronique, un mode de lecture auquel je ne suis pas encore prêt à me résoudre pour ce qui est de la littérature. Le journal 2012 n'étant pas concerné il sera donc le dernier à rejoindre ma bibliothèque, 19 ans après le premier dont j'ai fait l'acquisition (mais non le premier publié) en 1994 -L'esprit des terrasses, journal de l'année 1990 - dont j'avais commencé la lecture sur un quai de la seine qui tenait de lieu de drague, par une chaude journée de printemps. On ne peut certes pas oublier l'inexorable dérive politique de l'auteur, que les passages du journal qui lui sont consacrées échouent à justifier, mais il n'en reste pas moins un écrivain- le plaisir de lecture est intact, un week-end ayant suffi à venir à bout des 500 pages.

'Le désir ou le besoin sexuels, voilà (avec la curiosité intellectuelle et l'amour des paysages) une des principales raisons de sortir de chez soi. Quand on en est débarrassé d'une manière ou d'une autre, ou qu'on peut les satisfaire à la maison, on a beaucoup moins de raisons de quitter son logis -d'autant que ce désir ou ce besoin (contrairement à la curiosité intellectuelle et à l'amour des paysages) ont tendance à ne vous conduire qu'en des endroits affreux, ou idiots. Le Castro et le Thalia avaient des programmations excellentes, toutefois; et rien n'est plus poétique que certains lieux de drague sous la lune - non je pensais plutôt à des boîtes de nuit, aux gays parades, à Mykonos, Ibiza...)"
(Vue d'œil, journal 2012 - Renaud Camus, Fayard, 2013)

PS : Le Castro et le Thalia étaient des cinémas mais aussi des lieux de drague à San Francisco et New York

 

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