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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 10:05

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Voici donc, comme annoncé dans un billet récent, le texte complet sur le mariage gay que j'avais envoyé au bimestriel "Friendly", d'abord celui qui a été publié, suivi par celui qui dans mon esprit aurait du le précéder mais qui n' apas été retenu. Pour le prochain numéro à paraître en décembre j'ai proposé un texte sur la "théorie du genre"....

" Catho, réac, homophobe ou lâche?

Quelque réticence que l'on puisse avoir quant à la revendication du "mariage gay", sur sa pertinence ou son urgence, courir le risque de se retrouver en compagnie de ceux qui s'y opposent frontalement, parfois jusqu'à l'ignominie, ne vous laisse guère d'autre choix que de la soutenir.Ce front du refus n'est cependant pas univoque, il recouvre des motivations, des arrières pensées et surtout des conceptions de l'homosexualité fort différentes.
Il y a ceux, que l'on pourrait qualifier de réactionnaires, qui sur des convictions religieuses, politiques et/ou philosophiques tentent désespérément d'inverser la "flèche du temps". La normalisation de l'homosexualité vécue comme menace pour l'institution familiale ou porte ouverte au communautarisme. Pour nombre d'entre eux l'homosexualité est "acquise", voire un choix de vie, elle se conçoit comme une "pratique" et non comme une "relation affective" et il n'est pas rare qu'ils s'appuient sur la théorie freudo/lacanienne (on ne soulignera jamais assez les méfaits de la psychanalyse quant à sa conception de l'homosexualité). S'ils n'étaient contraints par leur idéologie "droit de l'hommiste", nombre de socialistes, comme il le firent par le passé, s'appuyant sur la philososphe Sylviane Agacinski, épouse de Lionel Jospin ("Il s'agit donc de savoir si l'institution du mariage et de la filiation doit continuer à inscrire chacun dans l'ordre d'une humanité elle-même sexuée, ou bien si l'on veut briser ce modèle dans lequel s'articulent la génération, la différence des sexes et celle des générations") s'inscriraient encore dans ce courant de pensée. Christine Boutin ne dit pas autre chose - « Effectivement. Ce n’est pas du tout ma foi qui me conduit à prendre cette position. C’est la réalité historique, biologique, psychologique. Pas du dogmatisme ou de l’idéologie ». On pourrait aussi citer François Baroin ( "ils ne veulent pas se marier") et surtout Eric Zemmour qui considère la revendication comme communautariste, le fait du "lobby gay"(dont les motivations réelles seraient la destruction de l'institution - un soupçon de vérité...pour une minorité). Pour ce dernier, qu'on a connu plus avisé dans ses démonstrations, la faible proportion d'homosexuels parmi ceux qui concluent un Pacs serait la preuve qu'une majorité d'entre eux ne se sent pas concernée! Dommage que l'on ait à rappeler une évidence à qui se veut si "rationnel", à savoir que les demandes de Pacs, devenu fait de société, ne font que refléter la prédominance "quantitative" de l'hétérosexualité , et qu'au contraire, si l'on considère l'obstacle infranchissable que constitue encore pour beaucoup la sortie du placard que le PACS implique, on doit souligner son succès chez les gays. Ces positions, tant qu'il n 'y a pas de rejet de l'homosexuel en tant que personne, font partie du débat public.
Il n'en va pas de même avec la cohorte des homophobes, dont il semble que l'UMP soit un réservoir, qui ont joué à qui irait plus loin que l'autre dans l'abomination. Un florilège : "Et pourquoi pas des unions avec des animaux? Ou la polygamie?" (Brigitte Barèges), «Après le mariage homosexuel, bientôt l’adoption, après l’autorisation du piratage et des vols de DVD, après la demande d’arrêt des contrôles de vitesse, après la dépénalisation de la prostitution, après la non-incarcération des délinquants mineurs, je dirais à la limite, à quand la dépénalisation du viol? Ou la légalisation du viol?» (Jacques-Alain Bénisti), proposition de signer le Pacs dans ""les services vétérinaires" (Dominique Dord). Sans oublier bien sûr le sinistre Christian Vanneste : « Je ne vois pas en quoi l'Assemblée nationale doit s'intéresser à une aberration anthropologique [...] ou encore "l'homosexualité est dangereuse, et inférieure à l'hétérosexualité". L'opposition au mariage n'est ici qu'un prétexte, c'est l'homosexuel qui est visé, aberration biologique, délinquant ou malade mental. Il est sidérant qu'un parti "républicain" garde en son sain de tels personnages.
Il y a enfin une dernière catégorie, d'autant plus méprisable que certains d'entre nous la composent, tel ce député UMP, futur ministre, Renaud Donnadieu de Vabres, dont Act-up avait menacé de révéler l’homosexualité, qui avait défilé contre le Pacs et dont les motivations étaient sans doute les mêmes que ce sénateur américain, connu pour ses positions homophobes, arrêté en état d'ébriété à la sortie d'un bar gay et qui avait déclaré : « …que ses votes représentaient la façon suivant laquelle ses électeurs voulaient qu’il vote, pas son propre « conflit interne »
Catho, réac, homophobe ou lâche? Certains se paient même le luxe d'appartenir à plusieurs de ces catégories, des "trans" en quelque sorte."


Ci-dessous le texte qui devait le précéder....


"L'opinion qu’on peut avoir quant au « mariage gay » n’est pas sans lien avec le « contexte » de l’époque où elle est émise. En d’autres temps François Baroin ne nous aurait pas dit pas qu’il avait des « amis gays », peut-être n’aurait-il même pas su qu’il en avait, aujourd’hui il nous précise «qu’ils ne veulent pas se marier». Si l'on peut sourire de la valeur statistique de l'argument, d’amis gays il ne doit point en avoir tant que ça pour que l’échantillon soit représentatif, il aurait fallu l'informer qu'il ne leur avait pas posé la bonne question. Le problème n’est pas de savoir si l'on «désire se marier» mais celui d'obtenir «le droit de se marier».

A cette revendication il n’est cependant pas certain que la réponse des gays soit aussi univoque que d'aucuns le pensent ou le proclament. L'extrait qui suit du livre de Jacques Fortin, militant LGBT et fondateur de la revue "Masques", "l'homosexualité est elle soluble dans le conformisme", en témoigne :
"Nous sommes-nous battus pour ça ?
Pétition pour le « mariage gay » à l'heure où le mariage hétéro implose, sans s'interroger outre mesure sur le contenu possessif, oppressif du mariage. Homoparentalité à deux papas deux mamans qui revendique d'instrumentaliser les corps en mère porteuse ou donneur anonyme. Retour en force de la « romance amoureuse » et du duo/duel de la conjugalité à la mode hétérosexuelle. Changement d'état civil (bien hétéronormé ?) pour les transexuel/les... Tout cela sent la reddition à l'ordre sexiste. On n'est plus dans la mise en procès de l'hétérosexisme machiste, mais plutôt dans le syndicalisme exigeant sa part à lui du « grain à moudre ». En même temps que, orchestrateur sournois de nos imaginaires, s'est épanoui un espace commercial qui dicte les modes, les comportements, les goûts, l'égotisme sexuel et la futilité consommatrice. Est-ce bien de cet utilitarisme, de ces normes et de ces « valeurs » dont les « hors-le-genre » avaient besoin ? Cela correspond-il à nos vies réelles ?"
Edmond White, dans sa chronique biographique des années 70 à New York récemment parue, "City Boy", dit à peu près la même chose.

Opinion d'une génération, celle des années 70, de ce temps où la « libération » gay voulait dynamiter le mariage et vouait aux gémonies tout mimétisme de l’hétérosexualité? A cette époque là la perspective même d’un « mariage » homosexuel nous aurait fait éclater de rire. Le mouvement homosexuel d'alors était loin de s’imaginer que son rôle essentiel dans la reconnaissance et l’acceptation progressive du fait homosexuel allait aboutir à une déroute de ses idéaux par victoire totale du modèle hétérosexuel qui a fini par nous imposer ses normes. Il était difficile d'imaginer que nombre de ceux que les militants des années 70 pensaient "libérer" de la pression culturelle qu’ils subissaient n’allaient accéder à la « lumière » que pour aussitôt intégrer le modèle qui n’avait cessé de les oppresser. Des deux visons de l’homosexualité qui s'opposaient alors, celle de Jean Louis Bory, critique cinématographique au Nouvel observateur, défenseur d’une homosexualité « respectable », du droit à "l’indifférence", en quelque sorte dans la logique de l'association "Arcadie", et celle de Guy Hocquenghem et des mouvements homosexuels tenant d’une visibilité radicale et d’une certaine marginalité, c'est la première qui semble avoir finalement triomphé ( les membres du FHAR, Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire, raillaient l'association Arcadie fondée dans les années 50, « l’homosexualité de papa ». Là où ces derniers se définissaient comme « homophiles », les membres du FHAR se disaient « pédés et lesbiennes)?
Il est assez étrange de voir que la revendication du mariage gay est née de l’alliance contre nature de l'extrême gauche, des disciples de Bourdieu (Didier Eribon, Michel Onfray, etc), qui ont toujours comme arrière pensée de détruire l’institution du mariage, de l’intérieur, revendication cheval de Troie, et de la majorité « silencieuse » gay, qui rêve d’une "reconnaissance sociale ". Pour cette dernière, il s’agit d'un besoin du « mot », elle est « nominaliste », nommer effacerait les différences... Alors que nous nous sommes battus pour le droit à la "différence", la génération actuelle se réclame du droit à « l’indifférence ». Je crains qu’il n'y ait chez nombre de ceux qui la composent une «intériorisation des interdits », quasi biologique, le regard de l'autre continuant à faire problème et derrière le désir de voir l’homosexualité reconnue comme dans "la norme", celui inconscient de s’accepter soi même enfin comme « normal ». Comment s'en étonner puisque ce sont souvent les mêmes qui fustigent les « folles », « les efféminés », « le ghetto », et tout ce qui, d’une manière ou d’une autre, irrite, choque, dérange ou fait rire l’hétérosexuel moyen, reproduisant ainsi contre les nôtres les mêmes mécanismes archaïques d’exclusion, l’éternel « bouc émissaire ». Le rejet de la "folle" stigmate de « la haine de soi ». La Gaypride, déjà privée de son nom de baptême, a elle même été victime de cette volonté d'effacement de nos "différences". Cette année, la LGBT avait choisi un visuel dans la tradition du l'humour "Queer", affublant le symbole du machisme et de la fierté, cher à nos rugbymen, le coq gaulois, d'un boa! La présentation de ce visuel au Tea Dance du tango a provoqué un vent de révolte dans une partie de la communauté homosexuelle, le concert des honteuses y ayant vu une stigmatisation des homosexuels, une intériorisation des clichés de la folle, un recul de la lutte contre l'homophobie....

Cette couse effrénée vers la "norme" nous fait oublier qu'il y a d'autres urgences aujourd'hui que celle du mariage et de l'adoption, l'homophobie qui est loin de régresser, le suicide des jeunes gays, la lutte contre le Sida, etc...Mais faudrait-il pour cela que les gays se sentent encore engagés par ces combat au lieu de n’avoir plus en tête que le « droit à l’indifférence ». Christine le Doaré, présidente du centre LGBT Paris, a déclaré dans TETU : « Il y a une perte évidente des repères individuels et collectifs sur ce sujet. L’obsession du mariage et de l’adoption a étouffé en partie d’autres luttes....Cette recherche absolue de normalité ne remet pas en question les principes fondamentaux de la société. Ceux qui en font les frais sont les mêmes : les femmes, les malades, les précaires.»

Qu'on ne se méprenne pas, le combat pour l'égalité des droits est essentiel, elle va de soi, mais la façon dont nous venons de le mener en se focalisant sur sa dénomination, "mariage", l'a retardée et nous a détournés d'autres luttes. Il va de soi, maintenant que le mariage gay a été adopté par nombre de pays, qu’il est une revendication mondialisée, revendication qui s’est imposée de fait, que toute autre appellation pourrait apparaitre comme une régression et qu’on n'a plus d'autre choix que la soutenir. Cela ne doit pas nous faire oublier :
"Le bonheur de n'être jamais vraiment à sa place,
le petit détail qui fait que l'on n'est jamais aussi conforme que le voudraient les normes" (Hervé Brizon, La vie rêvée de Sainte Tapiole)"

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commentaires

A
<br /> Votre blog m'a paru, à première vue (j'ai survolé trois/quatre article) présenter un point de vue intéressant sur la littérature et le cinéma. Culture, donc.<br /> <br /> <br /> Je vois peu après que vous vous déclarez 'gay'. Cela ne me pose naturellemnt aucun souci, mais reste quelque chose qui me chiffonne dans cet article.<br /> <br /> <br /> 'Marige gay' ? Quel mariage gay ? Je ne défend, pour ma part, que le mariage homosexuel.<br /> <br /> <br /> Je veux bien défendre des droits qui vous sont, sommes toute, dus, en tant qu'homosexuel mùasculin, mais les femmes, monsieur, les femmes, qu'en faites-vous ?<br /> <br /> <br /> En défendant votre 'mariage gay', c'est la légitimité des lesbiennes que vous dénigrez. Respectez les droits des femmes, n'est-ce pourtant pas la moindre des choses ?<br /> <br /> <br /> Ce n'est pas parce que je suis lesbienne que je défend seulemnt le 'mariage lesbienne'.<br /> <br /> <br /> De grâce ! Nous ne méprisons pas les hommes qui ne nous inspirent aucun désir, bien au contraire, nous les respectons, faites de même.<br /> <br /> <br /> Le suicide des jeunes lesbiennes existe aussi...<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Une lectrice emportée.<br />
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L
<br /> <br /> Je dois avouer que j'ai lu avec une certaine stupéfaction votre commentaire. Comment avez vous pu imaginer une seule seconde que je ne désignais par le terme "mariage gay" que les seuls hommes<br /> homosexuels. J'aurais pu éventuellement comprendre que vous regrettiez qu'on utilise le terme "gay" effectivement plus connoté "masculin" pour désigner de façon générique les homosexuels, y<br /> compris les lesbiennes. L'usage en a décidé ainsi si j'en crois Wikipedia "Le mariage homosexuel, couramment appelé mariage gay, désigne le<br /> mariage de personnes de même sexe".<br /> Vous préférez mainfestement une ségrégation des termes, c'est votre droit, je pourrais même concéder qu'il faille les séparer (mais dans ce cas on pourrait s'étonner que le terme "homosexuel" qui<br /> a la racine"homme" vous convienne mieux). j'ai quelque mal à admettre que vous ne méprisez pas les hommes. En tous cas soyez rassurée, vous étiez également concernées par mon billet,<br /> <br /> <br /> <br />
C
<br /> <br /> J'approuve cet article concernant le "mariage gay".<br /> <br /> <br /> <br />
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