
IL faut prendre ici le mot folle dans son sens « générique », rassemblant toutes les catégories qui peuvent avoir une connotation féminine : « folle proprement dite, tante, travesti, transexuel,».
Lors de mes vacances à Torre Del Lago il y a 3 ans, une des destinations gays qui se veut concurrencer Sitgès, Ibiza ou Mykonos, j'avais été surpris par la forte présence de ces catégories, contrastant avec ce qu’on a l’habitude de voir à Sitgès et même à Ibiza.
Il est assez frappant de constater une quasi disparition de la « folle » dans les endroits où l’émancipation gay est la plus avancée : San Francisco (bien qu’on puisse objecter que le style macho/cuir est l’image en miroir de la folle), Miami, Toronto, etc…et bien sûr le Marais à Paris. Au contraire elle reste très présente ailleurs, en Italie certes, mais aussi en province pour s’en tenir à la France, comme aux temps « préhistoriques » (pré-Mitterrandiens). Ceci mérite réflexion. En effet, partout ou presque où il y a une « communautarisation » des gays (c’est à dire un droit à l’indifférence géographiquement circonscrit), la folle est expulsée, sa fonction « protectrice » étant devenue inutile, seulement ressuscitée dans la fête (comme la Gay Pride), résurgence des mécanismes sacrificiels. Au contraire, là ou l’homosexuel continue à affronter et fuir le regard de l’autre, la « folle » réapparaît, protégeant, sans le savoir, notre "différence" derrière un immense éclat de rire (je me souviens avec amusement de la joie de mes parents à la sortie du spectacle de « la cage aux folles » avec Poiret et Serrault dans les années 60 et de leur détresse lorsque je leur ai jeté en pleine figure qu’ils en avaient secrétée une qui n’avait pas cette apparence là).
Faut il voir là l’origine, au moins partielle, du racisme anti-folle qui sévit chez certains gays, notamment chez les plus jeunes (et dont nous nous voyons si souvent l’expression sur les sites gays de rencontre). Amnésie de son histoire, haine de sa différence, haine de soi.