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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 17:52

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Une année qui commence plutôt bien avec la vision de la première partie de l'étonnant film de Lars Von Trier, Nymphomaniac. Un homme âgé vient de recueillir une jeune femme trouvée inanimée sur un trottoir. Il va "rationaliser" les confidences de cette dernière qui lui déroule l' histoire de sa vie de "nymphomane" , tentant de la débarrasser de son sentiment de culpabilité, qu'il qualifie de haine de soi, en métamorphosant ce qu'elle prend pour une capacité de séduction autodestructrice basée sur la politique du chiffre, en une stratégie du désir et sa confrontation à cet obstacle qu'est "l amour". Difficile de porter un jugement définitif sur un film et sur les interrogations qu'il suscite avant de l'avoir vu dans son intégralité, mais il s'agit à n'en pas douter d'un œuvre d'envergure,angoissante et noire, comme le fut Melancholia. Il est remarquable de noter, à l'instar de Polanski dans "La Venus et la fourrure" en la personne du personnage interprété par Mathieu Amalric, que le réalisateur s'invite également dans son film, Stellan Skarsgård, l'auditeur âgé, étant à n'en pas douter son "porte parole"...

Par un hasard étrange, j' ai reçu ce même premier jour de l' année , un mail d' un lecteur de çe blog qui entre étonnamment en résonance avec ce film. Je la reproduis ici avec son autorisation :

"Cher hypérion,


Je ne te connais pas, mais je t'écris. Après moult tentatives et ratures, j'opte finalement pour le tutoiement. On ne se connait pas et voilà qui déroge à toutes les règles de bienséance, mais qu'importe! Avec ce "tu", je me sens bien plus libre d'écrire que d'habitude.

Je me présente, L.", jeune lecteur ponctuel de ton blog. Que ce soit après avoir effectué une recherche Google dont on taira le contenu, ou après avoir voulu en savoir plus sur la vie gay parisienne, j'ai pu à plusieurs reprises au cours de ces dernières années, lire avec plaisir tes billets sur Limbo. Cette semaine, amené par une autre recherche Google qui donnerait à croire que mes principaux centres d'intérêt se trouvent au dessous de la ceinture, j'ai pu avec plaisir consulter l'ensemble de tes posts, tantôt personnels, politiques ou culturels.

C'est la lecture des billets " perso" qui m'a le plus plu et surtout interpellé. Le récit qui se détache en filigrane de ces billets, celui de ton parcours sexuel et de la découverte de ton désir, a fait comme écho en moi.
C'est ainsi à ce sujet que je me permets de t'écrire. Pourquoi? Peut-être parce qu'on parle plus facilement de choses intimes à un inconnu, peut-être parce que l'âge offre une expérience permettant d'éclairer certains questionnements, et surtout peut-être parce que j'ai l'impression d'avoir vu dans ton expérience un parcours au carrefour du mien et de celui de mon partenaire.

Si tu as le temps, permets-moi donc de t'embêter avec ma petite histoire.

J'ai 27 ans. Je suis maintenant depuis bientôt 3 ans engagé dans une relation que je construis avec envie ,avec mon partenaire, de 10 ans mon aîné. "Aimer ce n'est pas tomber amoureux" dis-tu souvent dans tes billets, et Dieu qu'il m'en a fallu des efforts pour comprendre cela! Comment, je ne me réveille pas ce matin en me perdant dans ses yeux et en admirant l'homme qui est a mes côtés? Comment, nous n'avons pas toujours quelques choses à nous dire? Comment, je ne bondis pas de joie en le voyant chaque soir? Les ravages de la littérature romantique et du cinéma hollywoodien étaient passés par là et j'ai du, dans ce qui est ma première relation, redéfinir le paradigme amoureux tout entier. Reconstruction toujours en cours d'ailleurs... Aimer c'est construire et en avoir envie, en effet, non sans heurts, non sans aléas, certes, mais construire malgré tout,justement.

Mon partenaire a bientôt 37 ans et un parcours sexuel similaire au votre, au tiens, pardon! Au cours d'une soirée, j'ai en effet eu le malheur de lui demander combien de partenaires il avait eu au cours de ces dix dernières années ( soit à l'époque, entre son arrivée à Paris et le début de son "activité" sexuelle, et le moment où je lui posais la question). Sa réponse claqua en moi comme une gifle : "j'ai arrêté de compter à 512, aux environs de mes 25 ans". 512 partenaires en un peu plus de deux ans!!! Écrire simplement noir sur blanc cette information me donne le tournis et une boule au ventre. Mon partenaire a été ainsi, comme toi, un actif sexuellement très actif, et le nombre de ses partenaires dépasse le millier, très certainement, en 10 ans. Je ne compte plus le nombre de profils qu'il "connait" sur Gayromeo, Adam etc. sur lesquels nous avons déjà pu tomber lors de nos recherches de 3ème partenaire,ou de rencontres fortuites dans les rues du marais menant à des saluts ô combien significatifs.

Ces chiffres me donnent le tournis, le vertige et parfois la nausée. J'ai énormément de mal à comprendre comment on peut fonctionner ainsi, quel monstre d'énergie sexuelle on peut être pour accumuler autant les partenaires.
Tout cela est du passé, certes, mais j'éprouve une réelle douleur à chaque fois que cette réalité refait surface en moi, aggravée par l'émergence d'images en toutes sortes.

Là pourrait être mon seul problème, cette sorte de jalousie rétractive malsaine, dont je me suis déjà entretenu avec lui. Mais non, il y a un "mais". Certes, je suis dépassé par ces chiffres, certes, ils me donnent le tournis, mais à bien y regarder, plus que cela, je les envie. Oui, je les envie!

"j'ai l'impression de ne pas avoir eu 20 ans" cette phrase m'a plusieurs fois frappé en lisant ton blog. Car cette phrase là, ce parcours là, celui d'avant tes 27 ans, c'est aussi le mien! Cette boule au ventre que j'ai en pensant à ces "tricks" passés de mon partenaire, c'est aussi de la jalousie!
Ce n'est que vers 25 ans que j'ai découvert le plaisir du sex , le plaisir intense de se faire prendre, de se lâcher, alors même que tout comme toi, j'ai toujours eu, même sans rapport ,une sexualité exacerbée. Or, c'est au moment même où je m'apprêtais à me jeter dans le bain de cette sexualité libérée, que j'ai rencontré mn partenaire, vis-a-vis duquel j'ai d'abord été réticent ( "j'ai 25 ans, je veux m'éclater, pas être en couple!") avant d'avoir envie d'être avec lui.

Il est d'une certaine façon ce que j'ai l'impression de ne pas avoir été et de ne pas être : un jeune qui profite de sa jeunesse et de son pouvoir de séduction. Les plans en pleine nuit, les rencontres d'un soir, les lieux de drague... je souhaite connaitre, vivre tout cela! Cette sexualité là me semble devoir participer à une forme de mon épanouissement personnel...


Encore une fois pourquoi t'écrire tout cela à TOI? Parce que, de nouveau, j'ai l'impression d'être au carrefour de ce qui me semble avoir été ton parcours, ces fameux 27 ans où tout a changé rue Vivienne. Tu sembles, par ton expérience, pouvoir me parler tant du point de vue de mon partenaire, avec qui tu partages un répertoire bien fourni de plans d'un soir; que du mien, tant tu sembles savoir ce que c'est que d'avoir envie d'explorer une sexualité longtemps tenue en bride.

Je ne cherche pas à savoir si je dois arrêter mon histoire afin d'aller vivre pleinement ma sexualité, soyons clair. Oui, je veux peut-être le beurre et l'argent du beurre, mais ne peut-on pas vouloir tout avoir?

Ce que j'aimerais, c'est simplement savoir ce que t'inspirent ces sentiments. Peux-tu comprendre cette jalousie mêlée d'envie, cette rancune fascinée, vis-à-vis du passé de mon compagnon? Cette idée de "score", le mien étant tellement faible par rapport au sien ( une 30aine de partenaires seulement), m'obsède et je trouve cette différence injuste. Suis-je en train de manquer quelque chose en n'allant pas purger une fois pour toute cette ardeur? Comment se construire à la fois au sein du couple tout en ne renonçant pas à une exploration sexuelle personnelle?

Ciel! J'ai l'impression d'avoir écrit à un psy, ce que tu n'es pas et que je ne te demande pas d'être. J'aimerais simplement avoir, si tu le veux bien, l'avis d'un homme d'expérience sur ces questions que tu me sembles bien connaitre.


Je te remercie de m'avoir lu et serais ravi d'avoir une réponse de ta part.


Amicalement."

La réponse que je manquerai pas de lui envoyer mérite réflexion....


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