Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 19:20

Zizek300.jpg

 

Force est de constater (mon propos n’est pas ici de dire si je le regrette ou pas) que la victoire idéologique de la droite est totale. Aucune des réformes engagées depuis 3 ans n’a été retirée, même dans des domaines où cela avait toujours été le cas (éducation, retraite, universités), les mouvements sociaux sont d’une ampleur limitée et les soutiens aux grèves de la part de la population sont plus que mitigés. Même au sein du PS, c’est sur les thèmes imposés par la droite que l’on s'est étripé jusqu'à la victoire des régionales avec un baroud d’honneur pathétique des nostalgiques de la Commune (Emmanuelli, Hamon, Mélanchon, et c’est à la droite du parti que se situe le plus populaire des leaders de gauche, DSK. Cette victoire idéologique n’est pas récente, elle date en fait de la dernière campagne présidentielle, et il fût savoureux de voir Cruella s’en prendre à Delanoë qui avait osé employer le mot « libéralisme » , alors que c’est elle qui l’avait introduit dans son programme! Le manifeste publié par le PS il y a un peu plus d'un an qui jette la lutte des classes, la révolution et autres anachronismes à la poubelle, les groupes de réflexion récemment crées, qu’il s’agisse des Gracques ou de Terra Nova, tout va dans ce sens. Résultat, il n’y a plus vraiment d’opposition, en tous cas politique. Ce qui en tient lieu aujourd’hui c’est la presse, qui brûle ce qu’elle adorait il n'y a pas si longtemps ( sans parler bien sûr de notre « Minute rouge », Marianne) et le monde des arts et de lettres (90% des innombrables livres sur Nicolaparte, émanant souvent d’écrivains qui s’acharnent à le démolir).
Dans ces conditions on a du mal à saisir les raisons de l’impopularité, massive de Nicolas Sarkozy qui a débuté bien avant la crise finacière et économique (qui ne peut donc l'expliquer à elle seule). Elles ont sans doute multiples, mais j’ai trouvé très vrai cette hypothèse d’un des écrivains ayant écrit un livre sur lui : la jalousie. Sarkozy a pris un très grand risque en « désacralisant » la fonction, en n’arrêtant pas de signifier qu’il était comme « le français moyen » (il jure, il aime le m’as-tu vu, il jouit, etc). Les mécanismes de l’envie fonctionnent d’autant plus intensément qu’on est « proche » de celui qu’on envie (on jalousera la voiture du copain plus chère que la sienne, mais pas celle de telle ou telle star), on ne jalouse vraiment que ce qui est « à sa portée ». Vous pouvez être certains que si on pouvait facilement accéder aux déclarations fiscales des autres, ce sont celles des voisins et des amis qui seraient consultées en premier, pas celles des patrons du Cac 40 ! Une anecdote récente entendue sur une radio faisait état d’une réunion où Sarkozy, montrant sa nouvelle montre aurait dit « J’ai enlevé ma Rolex puisqu’il parait que c’est trop ostentatoire, avec celle-ci on me fout la paix, mais elle vaut 10 fois plus ! ». Et oui une Rolex, c’est très bof, donc très visible, et cela reste dans le domaine de ce qu’on peut espérer s’offrir un jour (les petits caïds de banlieue en raffolent). Il montre trop qu’il aime l’argent, il montre trop son goût du luxe et pire « sa réussite sexuelle » (Mitterrand et Giscard et d’autres avaient une vie sexuelle agitée, on le savait, mais ils étaient auréolés de leur fonction et ne s’exposaient pas). Il n’est de pire jalousie que celle d’une satisfaction sexuelle qui s’expose…Il y a tant de frustrés sur ce plan là…Je suis même convaincu que la facilité « sexuelle » qui est attribuée au « milieu homo » est une des racines de l’homophobie et aussi du rejet que ce milieu suscite chez les gays qui n’en font pas partie. Je me demande s’il n’a pas commis le type d’erreurs dont on ne se remet jamais…

Dans la réflexion qui agite actuellement la gauche, j’ai déjà parlé de Slajov Zizek, ce néo-marxiste qui fait l’apologie de Saint Paul. Je ne partage certes pas ses idées mais il vient de publier un livre, que je n’ai pas encore lu, « La Parallaxe » où il applique à la philosophie une notion déjà très heuristique en physique quantique :
« La réalité «se trouve prise dans le mouvement par lequel nous la connaissons», et «notre connaissance de la réalité est incorporée dans la réalité elle-même, comme le journaliste incorporé dans les troupes américaines en Irak». Et Zižek d’appliquer cet «écart» à toutes les autres oppositions, sujet/objet, idéalisme/matérialisme, immanence/transcendance, capitalisme/communisme, économie/politique, etc.
«Un manque». La parallaxe fait entrevoir la «différence pure» : non pas «la différence entre un élément et les autres, mais la différence de l’élément vis-à-vis de lui-même». Voilà ce que Zižek considère être «la leçon essentielle de Hegel» (qu’il illustre par des références au ruban de Möbius, au Carré noir sur fond blanc de Malevitch ou à un documentaire de Kieslowski) : il n’y a ni «grand Autre» ni «détermination substantielle» de quoi que ce soit. Une nation, par exemple, n’a «aucun contenu» : elle «existe uniquement dans la mesure où ses membres se considèrent comme tels». Et l’homme n’est que «l’animal qui se reconnaît comme homme», ou «un manque qui, pour se combler, se reconnaît comme quelque chose». Tout, en fait, est «son propre masque», et chaque individu est sa «différence minimale» qui le condamne à rester un individu qui «se ressemble». Les Marx Brothers avaient raison : «Vous ressemblez à X, il n’est donc pas étonnant que vous soyez X.»

 

" Les achriens sont seuls à connaître la jalousie dans toute son ampleur, puisqu'ils peuvent désirer leur rivaux"

(Renaud Camus, Notes Achriennes, P.O.L., 19801)

Partager cet article
Repost0

commentaires