Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 22:03

20120823-69129565850363328b3b7f.jpg

Nous avons finalement renoncé à aller visiter l’abbaye de Montmajour, notre temps ayant été largement occupé par la découverte de la très agréable ville d’Uzès et la recherche, le long des gorges du Gardon et sous un soleil de plomb, de la « plage » naturiste gay qui s’est révélée fort peu fréquentée mais idéale pour actualiser les photos destinées aux sites de rencontres.

A mon retour sur Paris, un échange épistolaire avec mon ex à propos du dernier film de Xavier Dolan (« Laurence Anyways »), que j’avais vu quelques jours avant mon départ, me donne l’occasion de dire tout le bien que je pense de cette fresque de 2h40 que nous n’avons pas interprétée de la même façon. A sa relative déception, pointant la longueur excessive du film et l’interprétation insatisfaisante du héros transsexuel par Melvin PouPaud éclipsée, selon lui, par celle de sa partenaire Suzanne Clément, j’opposais mon enthousiasme - admettant certes quelques imperfections, comment s’en étonner de la part d’un 'auteur de 23ans (dont les deux premiers films, "J’ai tué ma mère" et "les amours imaginaires", m'avaient déjà touché)- pour une œuvre bouleversante et brillantissime qui me semblait être plus un film sur le couple, ou plutôt sur son impossibilité, que sur le "genre". Il me répondit : « En fait je crois savoir ce qui me gêne dans le film de XD, il entrecroise deux modalités de récit cinématographique, l'un réaliste (sur le genre et la transsexualité), l'autre allégorique (sur le couple et l'altérité). Le fait qu'il ne veuille pas choisir l'un ou l'autre modèle crée un effet de distorsion gênant selon moi. C'est ce que tu m'as écrit qui m'a permis de le comprendre». Je pense au contraire qu’il n'y a en fait qu'une modalité de récit, celle réaliste sur le couple et son échec inéluctable dans la durée ( ce qui justifie la longueur du film qui couvre la fin des années 80 et la décennie 90), inéluctable du fait de "l'altérité" (dont la transsexualité n’est que la transposition "allégorique"), de la « marginalité » de tout couple né dans la passion . D'où un autre point de désaccord quant à l'interprétation "décalée", toute en retenue, très loin des clichés de Melvil Poupaud que j’ai trouvée excellente (sa partenaire est, il est vrai, stupéfiante), l'imaginaire "queer" étant campé par les 4 extraordinaires personnages felliniens. Ceci semble confirmé par l’auteur lui-même : « Je ne traite pas le thème de la transsexualité, mais celui de l’amour mis à l’épreuve des décisions plus importantes, existentielles. D’où les questions du film : vivre ou aimer ? Vivre sans aimer ou aimer sans vivre ? ».

Ce film est moins un plaidoyer pour la différence que la démonstration de « l’irréductibilité » de cette dernière qui s’exprime aussi dans l’écriture du film par un réalisateur (« je ne me sens ni de mon temps, ni de mon corps, ni de mon âge), qu’on ne peut imaginer autre « qu’homosexuel», qui a tout conçu, musiques, décors, habits…


Cette citation de Michel Montaigne trouvée dans un essai récemment paru, dont j’espère avoir le temps de rendre compte dans un prochain billet, « Homographies », me parait une conclusion idéale :

« Passant à Vitry le Françoys, je pus voir un homme que l’Evêque de Soissons avait nommé Germain, en confirmation, lequel tous les habitants de là ont connu, et vu fille, jusques à l’âge de vingt-deux ans, nommé Marie. Il était à cette heure-là fort barbu, et vieil, et point marié. Faisant, dit-il, quelque effort en sautant, ses membres virils se produisirent : et est encore en usage entre les filles de là, une chanson, par laquelle elles s’entravertissent de ne point faire de grandes enjambées, de peur de devenir garçons, comme Marie Germain. Ce n’est pas tant de merveille que cette sorte d’accidents se rencontre fréquemment : Car si l’imagination peut en telles choses, elle est si continuellement et si vigoureusement attachée à ce sujet, que pour n’avoir si souvent à réchoir en même pensée et âpreté de désir, elle a meilleur compte d’incorporer, une fois pour toutes, cette virile partie aux filles. »
(Essais, I, XXI)

Partager cet article
Repost0

commentaires