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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 17:47

L’étrange concours de circonstances qui semble promettre à Emmanuel Macron une destinée si improbable, il y a quelques mois encore, m’apparait comme une métaphore d’une expérience de pensée imaginée par James Clerk Maxwell pour mettre en échec le second principe de la thermodynamique. Ce principe, avec celui d’exclusion de Pauli, constitue le fondement de la physique basée sur le principe de causalité et d’irréversibilité du temps. Souvenez-vous de vos cours de physique : vous n’avez jamais constaté que l’eau d’une casserole n’atteigne l’ébullition sans qu’on la chauffe ou que les morceaux d’un vase brisé ne se reconstituent spontanément. Cela est pourtant compatible avec les lois de la physique qui sont parfaitement réversibles mais est interdit (ou du moins rendu fort improbable, à moins que n’ayez l’éternité devant vous pour avoir une chance d’assister à ce «miracle») par le dit second principe qui établit que l’univers évolue «statistiquement» vers l’état le plus probable, celui du plus grand désordre (ou entropie). Maxwell conçut une expérience qui mettait en échec ce principe. Prenons un récipient rempli d’eau, divisé en deux compartiments A et B, séparés par une cloison dotée d’une petite trappe permettant, à son ouverture, de les faire communiquer . Si le compartiment A est rempli d’eau chaude (grande vitesse des molécules) et le B d’eau froide (moindre vitesse de celles ci), l’ouverture de la trappe entrainera une homogénéisation de la température par répartition égale des molécules rapides et lentes dans les deux compartiments. Imaginez maintenant un «démon» capable de discerner les molécules et ouvrant et fermant la trappe en fonction de leur vitesse afin de faire passer les plus rapides en A et à conserver les plus lentes en B, rétablissant ainsi la différence de température entre les deux compartiments, en contradiction avec les prévisions du second principe (création d’ordre à partir du désordre et donc diminution de l’entropie….).

Lorsqu’Emmanuel Macron a quitté le gouvernement au mois d’aout, personne ne lui donnait la moindre chance de concourir pour le second tour de la présidentielle, tout au plus celle de dépasser le candidat socialiste…Qui aurait pu imaginer que les primaires de la droite élimineraient les deux favoris, Juppé et Sarkozy? Puis que François Hollande renonce à se présenter à des primaires conçues pour lui, dont les deux favoris seraient  à leur tour éliminés (j’anticipe peut être un peu…) et qu’enfin Ulysse Fillon déclare son amour à Pénélope (ça ne s’invente pas…).

Emmanuel Macron a-t-il eu une vision prémonitoire qui l’a incité à se lancer dans cette folle aventure, ce qui ferait de lui une version politique du démon de Maxwell? On ne peut plus exclure qu’il atteigne le second tour de la présidentielle en contradiction avec toutes les probabilités initiales….

Il ne faudrait cependant pas oublier que la démonstration de Maxwell a été réfutée : connaitre la vitesse des molécules a un «coût», il faut les éclairer pour les voir, et donc dépenser de l’énergie, c’est-à-dire augmenter l’entropie….Le second principe est donc respecté… Le coût serait-il aussi le point faible de Macron ? Ne commence-t-on pas à lui dire « qui te finance» ?

Ceci dit l’évolution, aussi improbable qu’elle soit, de la situation politique a considérablement clarifié mon processus décisionnel. Ils n’étaient que trois à qui je puisse éventuellement apporter mon vote, Juppé, Valls et Macron. Après m’être parjuré deux fois, en participant aux primaires de la droite (pour éliminer Nicolaparte) sans aucunement en partager les valeurs, puis de gauche (pour tenter de sauver Valls) dont je n’adhère plus qu’à certaines valeurs «sociétales», mais plus du tout à celles d’Hammon ou de Mélenchon (au moins lui il est drôle), celles d’un réel fantasmé, des «post vérités» ou des faits alternatifs, en un mot de la négation du réel (magnifiquement illustré par ce porte-parole de Trump à propos de l’affluence à son investiture : « il arrive que nous soyons en désaccord avec les faits» !), il n’en reste plus qu’un….Si Macron devait à son tour passer à la trappe, je resterai chez moi.

Qu’importe après tout puisque Michel Onfray, dans « Décadence », nous annonce la fin de la civilisation occidentale qui succomberait à la menace islamique, et si j’ai bien compris ce qui en est dit (je n’ai pas lu son opus), la faute en incomberait au christianisme, bâti sur une fable, et à sa culture du ressentiment. Dans sa vision apocalyptique, il fait référence à Clausewitz, tout comme René Girard (qui n’est jamais cité) dont il partage le pessimisme, mais ce dernier se fonde sur l’hypothèse exactement inverse, celle de la vérité évangélique. Devant cette montée aux extrêmes, qui "se sert aujourd'hui de l'islamisme comme elle s'est servie hier du napoléonisme ou du pangermanisme", René Girard propose une alternative à la soumission aux pulsions "rivalitaires" (religieuses, nationales, idéologiques...) : imiter le Christ en renonçant à toute violence.

"Dire que le chaos est proche n'est pas incompatible avec l'espérance, bien au contraire. Mais celle-ci doit se mesurer à l'aune d'une alternative qui ne laisse d'autre possibilité que la destruction totale ou la réalisation du Royaume" (La vérité cachée de Clausewitz, René Girard, 2007).

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Published by limbo - dans politique
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robet 22/03/2017 18:07

les mots clefs "gay catholiques" me font lire votre prose....Juste une petite idée l'invasion musulmane..de/chez Onfray....Votre réaction est tout sauf étonnante pour un gay catholique.

limbo 23/03/2017 13:49

"Gay de culture catholique" serait plus exact, car je me définirais plutôt comme agnostique même si je continue à voir l'Eglise sous un œil plutôt bienveillant.

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