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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 16:00

Lorsqu’on comptabilise les intentions de vote pour les candidats qui prônent la sortie de l’euro et leur hostilité au «marché», manifestement majoritaires, on prend conscience du triste état d’esprit dans lequel se trouve la société française. Qu’un second tour Melenchon/Le Pen, bien qu’improbable, ne soit plus considéré comme impossible, donne le vertige. Après le Brexit, l’élection de Trump, la montée en puissance de Poutine et d’Erdogan, le cri d’Hamlet - «le temps est sorti de ses gonds» (Time is out of joint) - semble s’imposer.

 

Comment ne pas mettre en cause les réseaux sociaux, et notamment twitter et ses «gazouillis», dans cette explosion du populisme conséquence de la substitution de la «parole des incultes» à l’influence des élites. Le philosophe Michel Serres vient de le souligner, le grand changement, c’est que les technologies modernes, relayées par les médias qui donnent maintenant la parole aux «auditeurs» (je fuis ces émissions), ont permis aux incultes de prendre la parole à la place des intellectuels et des experts, jusqu’à prendre le pouvoir comme l’élection de Trump l’a montré. Tout devient désormais possible…

 

Cette inculture s’étend notablement au domaine économique, entrainant une adhésion irrationnelle à un candidat sans avoir la moindre idée sur la conséquence de son programme, y compris sur son propre patrimoine. J’en ai eu la démonstration éclatante avec mon beau père, ancien Mélenchoniste qui s’apprête à voter Marine Le Pen en raison d’une islamophobie irrépressible (alors qu’il vit dans un village de l’ouest parisien nullement sous la menace du « grand remplacement ») sans avoir pris conscience que, atteint d’un cancer à un stade avancé, les assurances vie en euros qu’il a souscrites pour protéger sa femme à son décès, perdraient une grande partie de leur valeur si cette dernière l’emportait.

 

Il est bien loin le temps où les campagnes présidentielles m’enflammaient- il est vrai qu’alors j’avais de fortes convictions socialistes et parfois une adhésion «affective» au candidat (François Mitterrand). Mais cette fois ci, même s’il ne représentait pas cette «deuxième» gauche dont j’ai tant rêvé, en présence, pour reprendre l’expression d’un de mes ex, «de l’escroc, du petit Ben (qui ose hurler à la trahison de Valls alors qu’il était prêt à censurer son gouvernement….), et du stalinien», je ne vois pas comment je  pourrais ne pas voter pour Emmanuel Macron.

 

Même si je n’y ai jamais milité, mon vote en faveur du parti socialiste n’a jamais fait défaut à toutes les élections clés depuis 1974 (première élection où je fus en âge de voter). Je suis consterné par l’état de délabrement dans lequel cette élection va le laisser, prolongeant l’action délétère entreprise par le petit Ben et les frondeurs durant cinq ans, accentuée par les primaires, véritable machine à mobiliser les électeurs les plus psychorigides ancrés dans leur idéologie, au point de le ramener à un niveau de représentativité à peu près similaire à celui dans lequel Mitterrand l’a trouvé (il s’appelait la SFIO en ces temps-là) quand il s’en est emparé (Le tandem Gaston Defferre/Michel Rocard fit 5 % à l’élection de 1969). François Hollande a-t-il voulu cela ? C’est une hypothèse sérieuse si on s’en réfère aux confidences faites à deux journalistes dans «Un président ne devrait pas dire ça». Mais dans ce cas pourquoi n’a-t-il pas préféré, au lieu de donner la main à Emmanuel Macron (« Emmanuel Macron, c’est moi ») pour tenter l’émergence d’une gauche socio-libérale, la conduire lui-même en se séparant de la branche vermoulue des frondeurs ? Mystère.

 

En dépit de ce qu’en disent les médias avides de «suspense», en dehors de la vampirisation des électeurs de Hamon par Mélenchon, les sondages sont remarquablement stables depuis qu’a surgi l’affaire Pénélope (les variations restent dans la marge d’erreur des 2%). C’est à mon arrivée à Pavie, en Italie du Nord, premier jour de mes vacances (j’aurais pu voter le matin tôt avant de partir), que je saurais si un second tour Macron/Le Pen est confirmé.

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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 17:47

L’étrange concours de circonstances qui semble promettre à Emmanuel Macron une destinée si improbable, il y a quelques mois encore, m’apparait comme une métaphore d’une expérience de pensée imaginée par James Clerk Maxwell pour mettre en échec le second principe de la thermodynamique. Ce principe, avec celui d’exclusion de Pauli, constitue le fondement de la physique basée sur le principe de causalité et d’irréversibilité du temps. Souvenez-vous de vos cours de physique : vous n’avez jamais constaté que l’eau d’une casserole n’atteigne l’ébullition sans qu’on la chauffe ou que les morceaux d’un vase brisé ne se reconstituent spontanément. Cela est pourtant compatible avec les lois de la physique qui sont parfaitement réversibles mais est interdit (ou du moins rendu fort improbable, à moins que n’ayez l’éternité devant vous pour avoir une chance d’assister à ce «miracle») par le dit second principe qui établit que l’univers évolue «statistiquement» vers l’état le plus probable, celui du plus grand désordre (ou entropie). Maxwell conçut une expérience qui mettait en échec ce principe. Prenons un récipient rempli d’eau, divisé en deux compartiments A et B, séparés par une cloison dotée d’une petite trappe permettant, à son ouverture, de les faire communiquer . Si le compartiment A est rempli d’eau chaude (grande vitesse des molécules) et le B d’eau froide (moindre vitesse de celles ci), l’ouverture de la trappe entrainera une homogénéisation de la température par répartition égale des molécules rapides et lentes dans les deux compartiments. Imaginez maintenant un «démon» capable de discerner les molécules et ouvrant et fermant la trappe en fonction de leur vitesse afin de faire passer les plus rapides en A et à conserver les plus lentes en B, rétablissant ainsi la différence de température entre les deux compartiments, en contradiction avec les prévisions du second principe (création d’ordre à partir du désordre et donc diminution de l’entropie….).

Lorsqu’Emmanuel Macron a quitté le gouvernement au mois d’aout, personne ne lui donnait la moindre chance de concourir pour le second tour de la présidentielle, tout au plus celle de dépasser le candidat socialiste…Qui aurait pu imaginer que les primaires de la droite élimineraient les deux favoris, Juppé et Sarkozy? Puis que François Hollande renonce à se présenter à des primaires conçues pour lui, dont les deux favoris seraient  à leur tour éliminés (j’anticipe peut être un peu…) et qu’enfin Ulysse Fillon déclare son amour à Pénélope (ça ne s’invente pas…).

Emmanuel Macron a-t-il eu une vision prémonitoire qui l’a incité à se lancer dans cette folle aventure, ce qui ferait de lui une version politique du démon de Maxwell? On ne peut plus exclure qu’il atteigne le second tour de la présidentielle en contradiction avec toutes les probabilités initiales….

Il ne faudrait cependant pas oublier que la démonstration de Maxwell a été réfutée : connaitre la vitesse des molécules a un «coût», il faut les éclairer pour les voir, et donc dépenser de l’énergie, c’est-à-dire augmenter l’entropie….Le second principe est donc respecté… Le coût serait-il aussi le point faible de Macron ? Ne commence-t-on pas à lui dire « qui te finance» ?

Ceci dit l’évolution, aussi improbable qu’elle soit, de la situation politique a considérablement clarifié mon processus décisionnel. Ils n’étaient que trois à qui je puisse éventuellement apporter mon vote, Juppé, Valls et Macron. Après m’être parjuré deux fois, en participant aux primaires de la droite (pour éliminer Nicolaparte) sans aucunement en partager les valeurs, puis de gauche (pour tenter de sauver Valls) dont je n’adhère plus qu’à certaines valeurs «sociétales», mais plus du tout à celles d’Hammon ou de Mélenchon (au moins lui il est drôle), celles d’un réel fantasmé, des «post vérités» ou des faits alternatifs, en un mot de la négation du réel (magnifiquement illustré par ce porte-parole de Trump à propos de l’affluence à son investiture : « il arrive que nous soyons en désaccord avec les faits» !), il n’en reste plus qu’un….Si Macron devait à son tour passer à la trappe, je resterai chez moi.

Qu’importe après tout puisque Michel Onfray, dans « Décadence », nous annonce la fin de la civilisation occidentale qui succomberait à la menace islamique, et si j’ai bien compris ce qui en est dit (je n’ai pas lu son opus), la faute en incomberait au christianisme, bâti sur une fable, et à sa culture du ressentiment. Dans sa vision apocalyptique, il fait référence à Clausewitz, tout comme René Girard (qui n’est jamais cité) dont il partage le pessimisme, mais ce dernier se fonde sur l’hypothèse exactement inverse, celle de la vérité évangélique. Devant cette montée aux extrêmes, qui "se sert aujourd'hui de l'islamisme comme elle s'est servie hier du napoléonisme ou du pangermanisme", René Girard propose une alternative à la soumission aux pulsions "rivalitaires" (religieuses, nationales, idéologiques...) : imiter le Christ en renonçant à toute violence.

"Dire que le chaos est proche n'est pas incompatible avec l'espérance, bien au contraire. Mais celle-ci doit se mesurer à l'aune d'une alternative qui ne laisse d'autre possibilité que la destruction totale ou la réalisation du Royaume" (La vérité cachée de Clausewitz, René Girard, 2007).

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 17:06

Ce n’est pas sans émotion que j’ai assisté au “renoncement ”de François Hollande au début de ce mois. J’étais encore de ceux, si rares, qui ne regrettaient pas leur vote de 2012, ni ne participaient au «Hollande bashing», bien que je ne doutais plus de son échec certain s’il se décidait tout de même à défendre un bilan auquel seule « l’Histoire» maintenant pourra rendre justice. Cette décision courageuse et triste, je l’avais pressentie dans un billet datant plus de deux ans : http://limbo.over-blog.org/2014/09/requiem-pour-une-gauche-revee.html. Les « frondeurs », et leurs complices, disciples de Martine, auront finalement eu sa peau, avant de tenter d’avoir celle de Manuel Valls, et de mettre ainsi fin à tout espoir, aussi minime soit-il, de garder le pouvoir. Cette «gauche» de la terre brulée, qui ne sévit pas qu’en France, finira-t-elle enfin par rendre des comptes, un jour, si ce n’est au tribunal de l’Histoire? On regrette déjà Obama, demain on regrettera peut-être Hollande.

 

La gauche en perdition, c’est un peu un réflexe de « sauve-qui-peut » qui m’a amené à participer aux primaires de la droite avec le seul objectif de barrer la route à Nicolaparte, dont le possible retour me hérissait le poil. Certes il fallait se parjurer en déclarant adhérer aux valeurs de la droite (demi parjure puisqu’il était également question du centre) mais n’étant plus vraiment sûr non plus d’adhérer aux valeurs de la gauche - laquelle d’ailleurs ? - cela n’avait plus beaucoup d’importance. J’ai donc apporté mon bulletin à Alain Juppé, pas vraiment parce qu’il est maire de ma ville natale qu’il a merveilleusement transformée, mais l’homme et le programme ne «traumatisaient» que marginalement mes convictions, si tant est que j’en ai encore. Par un mouvement aussi étrange que soudain, on a jeté le bébé avec l’eau du bain, et l’on se retrouve avec Fillon. Pas si étrange que cela d’ailleurs si on avait mieux lu Patrick Buisson (voir billet précédent)…

 

Si j’avais eu à choisir entre Sarkozy et Le Pen, je serais sans doute resté chez moi, mais avec Fillon, moins dangereux et imprévisible que son ancien maître déchu, il faudra peut-être que je me mobilise. Certes il est plus tendance « Young Pope» (remarquable série sur Canal!) que Pape François, mais toujours à en croire Patrick Buisson, s’il continue à ignorer les catégories populaires qui feront l’élection (et qui n’ont pas voté à la primaire de la droite), il est à craindre qu’une partie d’entre elles se réfugient dans les bras de Marine et nous amène à un scénario noir. Après le Brexit, Trump, et la chute de Matteo Renzi, ce serait presque la fin du monde….

 

Le pire n’étant jamais sûr et l’électorat plus que volatile ces derniers temps, on ne peut toutefois exclure que Fillon affaiblisse le Front en aspirant quelque pourcentage de voix de son électorat catholique et s’affaiblisse lui-même en effrayant l’électorat populaire. Un troisième larron plus sympathique à mes yeux pourrait alors supplanter l’un des deux et accéder au 2è tour…Choix cornélien, pour le sympathisant de la deuxième gauche que je suis, entre Valls et Macron, auto-proclamés disciples de Rocard. Valls serait sans doute le choix le plus rationnel, il a les épaules plus solides, étant donné son expérience, pour affronter le monde qui se dessine avec la plus grande puissance militaire mondiale dirigée par un «déjanté», mais cette machine infernale que sont les primaires va l’obliger à se « Hollandiser » - il a déjà commencé à se décrédibiliser avec son recul sur le 49-3 – en cherchant un impossible rassemblement avec ses adversaires socialistes. S’il gagne la primaire sur une ligne passéiste, et non sur ses convictions comme a su le faire Fillon, et bien sûr encore plus s’il ne la gagne pas, l’héritier de Rocard, le disciple, ce ne pourra être qu’Emmanuel Macron….

 

Pour conclure ce billet, un très beau film, Le Disciple, présenté au dernier Festival de Cannes dans la sélection Un Certain Regard, du metteur en scène de théâtre russe Kirill Serebrennikov, constitue une illustration du possible retour de ce qui était refoulé par « le peuple » (le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie) sous l’impulsion d’un leader charismatique ou de phénomènes de masse. Un bel adolescent en pleine crise mystique, version catholicisme radical, basée sur une interprétation radicale du nouveau testament, temporairement isolé, va finir, au moyen de citations de la bible inlassablement assénées, par trouver un écho complaisant dans ce microcosme de la société russe post stalinienne, celle de Poutine, que représente son lycée. Il n’est pas difficile d’y voir une métaphore de ce retour du refoulé auquel nous assistons un peu partout, prêt à s’enflammer sur un terreau fertile, de la Manif pour tous à Trump…La morale de ce film terrifiant, superbement mis en scène, notamment les corps masculins, révélant une indéniable sensibilité homosexuelle, c’est un appel désespéré à résister qui s’incarne dans le personnage de son professeur de biologie .

 

 

 

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 16:01
Martine et les "Feuillants"

J’ai longtemps fantasmé une gauche moderniste, « sociale-libérale », débarrassée de son idéologie post marxiste qui suintait encore dans la gauche « plurielle » de Lionel Jospin, en un mot la prise de contrôle du PS par ce qu’on a appelé la « deuxième gauche » qui fut incarnée , en son temps , par Michel Rocard et la CFDT d’Edmond Maire, puis par Jacques Delors. L’économiste Jean-Marc Daniel, dans un récent ouvrage, se référant aux clivages apparus durant la révolution française, voit dans cette deuxième gauche l’héritière du « Club des Feuillants », né d’une dissidence des Jacobins, auxquels il s’opposait sur la question de la destitution du Roi. Ce mouvement prônait la liberté économique et combattait les envolées lyriques et le populisme meurtrier des «Montagnards». Valls et Macron sont nos Feuillants, les frondeurs et l’hébertiste « Jean-Luc » nos Montagnards. La coexistence de ces deux courants a jusqu’ici été rendu possible au sein du PS par nos « Brissotins » modernes, Mitterrand, Jospin et maintenant Hollande qui ont forgé leur victoire en s’inspirant des seconds dans leur programme tout en gouvernant en les cocufiant, sans jamais oser rompre avec eux.

A deux reprises nos « Feuillants » ont été aux portes du pouvoir, mais Jacques Delors s’est fait la malle et la libido de DSK l’a fait exploser en plein vol. François Hollande aurait pu tenter l’aventure en 2012 s’il avait accepté la main tendue du béarnais, il a préféré la synthèse « girondine » avec Jean Marc Ayrault. Le départ de Taubira, après cet incroyable et interminable tohu-bohu médiatique à propos de la déchéance de nationalité, lui donnait la possibilité de trancher définitivement le bras vermoulu des Montagnards et de tenir un discours cohérent en prenant sans ambiguïté le parti des «Feuillants». Que nenni, il vient d’adopter une stratégie schizophrène en faisant un remaniement « gauche plurielle » tout en proposant une loi travail en rupture radicale avec l’idéologie de cette dernière…Machiavel (on le saura en 2017) ou « brissotin » jusqu’au bout ?

Tout n’est peut-être pas perdu pour mon fantasme inexaucé, car une autre « ex-girondine», montagnardisée dans son isolement lillois, vient dans une tribune explosive me rendre l’espoir que ce soit la gauche « plurielle » qui explose et que soit le programme Valls/Macron soit appliqué, soit qu’un des deux au moins prenne le large et casse le PS…

Il eut certes été préférable qu’ils ne fussent pas deux, leur rivalité grandissante fragilisant les perspectives…Ne voilà-t-il pas que les frondeurs en viennent à trouver des vertus à Emmanuel Macron, plus «sociétal», en espérant faire tomber Valls… Qui l’emportera de ce dernier, froid et cassant, ou de Macron, souriant et pédagogue ? Un duel Macron /Juppé me paraitrait autrement plus stimulant qu’un remake de 2012….

Une série télévisé sur Canal plus, sorte de «House of cards» à la française, «Le baron noir», vous plonge, comme si vous y étiez, dans les coulisses du pouvoir socialiste. L’affrontement entre Kad Merad, exceptionnel, qui incarne un député PS à l’ambition dévorante, sorte d’hybride entre Julien Dray et Mélenchon et Niels Arestrup, toujours aussi bon, dans le rôle d’un président qui tient autant de Hollande que de Mitterrand, est d’un réalisme à couper le souffle…

Martine et les "Feuillants"
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3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 15:20
Catholique zombie ou sociologiquement non pertinent?

De retour de mon périple vacancier qui m’a amené du « village-pâtisserie» de Füssen, au pied des châteaux de Louis 2 de Bavière qui inspireront Disneyland, jusqu’à Prague la baroque, en passant par Munich, Salzbourg, Vienne, et Budapest, autant d’étapes qui ne permettent pas de douter des racines chrétiennes de l’Europe, j’ai découvert la une de l’observateur, « le brulot Todd », qui annonçait un retour fracassant du débat intellectuel.

Un livre d’Emmanuel Todd ne m’a jamais laissé indifférent depuis qu’il a accédé à la célébrité en prédisant, dès 1976, l’effondrement de l’union soviétique, en se basant sur des analyses statistiques telles que le taux de suicide et surtout la mortalité infantile. J’ai commencé à le lire à cette époque-là, avec le « Fou et le prolétaire », livre parenthèse dans lequel il abandonnait son approche «scientifique» pour donner une analyse psychologique du totalitarisme comme conséquence de «l’aliénation mentale» d’une partie de la société. Il n’allait pas tarder à revenir à sa méthodologie initiale, en y intégrant l’analyse des structures familiales (famille nucléaire, famille souche, etc…) et leur lien avec les systèmes idéologiques et l’évolution de l’électorat. Cette approche «systémique» de l’idéologie basée sur l’anthropologie familiale, comme auparavant celle du « désir » par René Girard basée sur le mimétisme, ne pouvait que séduire le « rationaliste déterministe » que j’étais (et que je suis sans doute encore..), voyant là une extension aux sciences humaines de la quête des physiciens d’une théorie du « tout ». Si la solidité d’une théorie repose en grande partie sur ses capacités « prédictives », Todd a quelques jolis succès à son actif depuis celui de la chute du communisme: déclin de l’empire américain, crise financière, fracture sociale, révoltes arabes…Au point de prendre la posture de « Je suis celui qui sait ». Malheureusement son approche «scientifique» est parfois pervertie par son «aliénation» idéologique, celle de la gauche radicale…Je me souviens ainsi de sa «prévision» durant la campagne présidentielle de 2007 selon laquelle Sarkozy finirait à 16%.....

C’est donc avec intérêt que je me suis lancé dans la lecture de «Qui est Charlie». Mon intention n’est pas ici de me livrer à un commentaire approfondi de ce livre passionnant, qui donne à réfléchir et à prendre un certain recul par rapport à qu’on a vécu, mais de dire qu’il n’a pu emporter mon adhésion tant les dérives interprétatives de nature idéologique, quasi paranoïaques, affaiblissent le propos. Je suis prêt à concéder - même si cela n’est pas confirmé par un récent sondage sur la participation aux manifestations et que la peur d’un attentat comme facteur non négligeable - j’ai pu le constater dans mon entourage- de non-participation n’est jamais prise en compte - que les manifestants étaient plus nombreux dans les régions périphériques de tradition catholique à structure familiale inégalitaire, que dans les régions centrales de tradition athée et révolutionnaire à structure familiale égalitaire (qui basculent actuellement vers le vôtre FN), que les classes supérieures et moyennes, en état «de vide métaphysique» tendent au laïcisme radical et à l’exclusion des ouvriers et des musulmans. Mais comment souscrire aux affirmations péremptoires d’une «monnaie unique» substitut au «Dieu unique» des populations autrefois catholiques, d’une religion musulmane estampillée comme la religion des faibles et des opprimés (dans nos banlieues tout au plus…), d’un blasphème considéré comme naturel lorsqu’il vise sa propre tradition religieuse (chrétienne), mais lâche et méprisable quand il est dirigé vers la religion des faibles (ce qui revient à reconnaître nos racines chrétiennes…et à invoquer un passé colonial inexpiable), enfin et surtout d’une manifestation du 11 janvier traduisant un inconscient « islamophobe». Je suis peut-être un « catholique zombie » - « peut-être » car l’auteur désigne par là des « athées » de culture catholique, alors que je suis agnostique, ce qu’il considère comme « sociologiquement non pertinent» - mais il ne fait aucun doute pour moi que j’aurais manifesté de la même façon s’il s’était agi d’un acte terroriste perpétré par des catholiques intégristes ou une secte protestante.

On comprend sans peine que ce livre stimulant ait pu amener Alain Finkielkraut ou Eric Zemmour à polémiquer, ou que la gauche « bienpensante » et que nombre des « Je suis Charlie » se soient indignés, mais on aurait peut-être pas imaginé que c’est au sein même de la «gauche radicale», notamment chez ceux qui comme Michel Onfray ou Régis Debray ont récemment mis au centre du débat l’importance du fait religieux, que des oppositions si vives allaient se manifester.. L’excellent thriller de Víctor Del Arbol, « Toutes les vagues de l’océan », dont les protagonistes sont en grande partie des militants communistes pendant la révolution russe et la guerre civile espagnole, peut nous faire entrevoir jusqu’à quels extrêmes peuvent mener les luttes idéologiques dans cette mouvance radicale….

Quelques lignes extraites du livre de Gilbert Keith Chesterton, « La chose, pourquoi je suis catholique » qui vient de reparaître, pour conclure ce billet :

« Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fût le christianisme pendant la réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé de vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. Elles ont viré à la folie parce qu’on les a isolées les unes des autres et qu’elles errent indépendamment dans la solitude »

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 16:42
Du déni du réel à sa caricature

Même si Jean-Jacques Goldman est à la chanson française à texte ce qu’Amélie Nothomb est à la littérature, on a du mal à comprendre comment les paroles de sa dernière création pour les enfoirés, ni meilleure, ni pire que les autres, ait pu susciter une telle polémique jusqu’à amener Jacques Attali à sortir de son champ d’expertise ! Twitter et ses avatars sont devenus un effroyable « Big Brother » technologique permettant à la doxa du politiquement correct de mettre sur pied une police de la pensée dont les moyens ne sont plus la prison (du moins pas encore...), comme dans le roman de Georges Orwell, mais le lynchage médiatique…

Ce système de contrôle, piloté par la sphère médiatico-intellectuelle, fonctionne sur le déni du réel au nom d’un humanisme basé sur les valeurs des Lumières et de l’idéologie égalitaire post- soixante-huitarde. L’actualité récente démontre l’efficacité redoutable de ce système. Nous sommes ainsi fermement priés de qualifier les 21 victimes de Daesh en Egypte, de « ressortissants » égyptiens et non de « coptes », c’est-à-dire de chrétiens : les islamistes radicaux seraient des « produits de notre société » (selon l’expression d’Eddy Plenel), victimes de l’exclusion sociale et de nos antécédents colonisateurs , mais il ne saurait être question d’accorder ce statut de victime à des chrétiens au risque d’admettre que ces fanatiques islamiques sont en fait des produits de leur religion. De même, la pression de la doxa médiatique est si forte que Laurent Ruquier nous a donné le pitoyable spectacle d’un peu courageux retournement de veste en déclarant regretter d’avoir donné la parole à Eric Zemmour qui a pourtant fortement contribué au succès de son émission, sans même s’apercevoir, comme l’a justement remarqué Jean-François Kahn, qu’Éric Caron, virtuose du déni du réel, joue bien plus ce rôle de facilitateur du vote Front National que celui qu’il a remplacé (du moins « virtuellement » car on imagine mal que cette émission, temple de la bien-bien-pensance bobo, puisse être suivie par de potentiels électeurs du FN…).

Comment s’étonner que cette persévérance dans le déni du réel ait pour conséquence que ce dernier prenne sa revanche en prenant le masque de sa caricature qu’en donne le FN et une partie de l’UMP. Car ce réel quotidien que vivent les populations les plus exposées et que l’idéologie de gauche tente désespérément d’occulter, elles le perçoivent dans la caricature qui lui est substituée et se jettent de plus en plus nombreuses dans les bras de ses promoteurs.

Ceux à gauche qui tentent de regarder la réalité en face, comme Malek Boutih ou Michel Onfray (je suis loin de partager nombre de ses positions, mais ce n’est pas le sujet), sont aussitôt accusés de réhabiliter un discours d’extrême droite…Et puis il y ceux qui comme Manuel Valls sont sur une position schizophrénique : incontestablement dans le camp des réalistes sur le plan économique et sur la question sécuritaire, mais encore dans le déni sur la plan de sa phraséologie qui reste imprégnée de la vulgate humaniste gauchisante quand il s’en prend à Houellebecq ("La France ce n'est pas Michel Houellebecq ») qu’il n’a manifestement pas lu, où à Michel Onfray (accusé de "perdre les repères" et de « préférer l'intellectuel de la Nouvelle droite, Alain de Benoist, à l'intellectuel présenté comme étant de gauche Bernard-Henri Lévy »). Certes il lui faut composer au moins sur le plan du langage avec les «frondeurs», mais pour que la France évite de « se fracasser contre le mur de l'extrême ... du Front national », ce qui est «dit» et plus immédiatement perçu que ce qui «est fait».

"S’il faut une explication de texte à Manuel Valls (...) je disais que, moi qui suis de gauche, je préférais une idée juste, fut-elle de droite, à une idée fausse même si elle est de gauche, surtout si elle est de gauche. Quel philosophe, quel citoyen même, pourrait soutenir le contraire d’ailleurs, sauf à préférer l’erreur et le faux pour des raisons idéologiques ?"

(Michel Onfray, interview au Huffington Post, 2015)

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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 16:19
L'islam et la gauche radicale

On n’ose imaginer l’exploitation qui aurait pu être faite des événements tragiques de ce début d’année si, par malheur, Nicolas Sarkozy l’avait emporté en 2012. A n’en pas douter nous n’aurions pas échappé, de surcroît, à un arsenal de lois sécuritaires liberticides, selon le principe qui était la règle sous son quinquennat : « un fait divers, une loi ». Son attitude burlesque et ridicule lors de la manifestation « je suis Charlie » devrait suffire à dissuader quiconque de lui confier à nouveau les rênes du pouvoir. Hollande et Valls ne sont pas Sarkozy, il serait temps qu’une certaine gauche se le dise et le dise, au lieu de vociférer, comme Mélenchon l’été dernier, « Hollande, c’est pire que Sarkozy».

J’ai été frappé par le regard diamétralement opposé que porte des intellectuels proches de notre « gauche radicale » sur les racines de ce qui vient de se passer. Alors que Michel Onfray s’indigne que l’on puisse envisager d’enseigner le fait religieux à l’école, Régis Debray en souligne l’absolu nécessité, précisant même que bien qu’ayant voté Mélenchon aux dernières présidentielles, il regrette que ce dernier ne comprenne absolument rien au religieux.

Le même Michel Onfray, fidèle à son dogmatisme antireligieux, l’autre soir chez Ruquier, a réitéré ses propos sur le Coran dans le texte duquel on trouverait toutes les justifications possibles aux violences commises. Cette position - sur ce point au moins (sur la théorie du genre aussi…) pas si éloignée de celle de Zemmour - selon laquelle « le problème, c’est l’Islam», est en opposition frontale avec celle d’Edwy Plennel pour qui «le problème c’est nous», affreux colonialistes blancs qui avons fait de nos immigrés des exclus (ce qui lui fait approuver, une fois n'est pas coutume, le terme d’apartheid employé par Manuel Valls…). Si Michel Onfray concéda volontiers à ses débatteurs qu’on pourrait en dire presque autant de la bible, du moins dans sa partie «Ancien testament», il réfuta avec son habituelle mauvaise foi l’objection, pourtant évidente, de la rupture fondamentale que constitue le «Nouveau testament», en brandissant comme exemple – les bras vous en tombent de la part d’un gauchiste – l’épisode des marchands du temple !! Pourtant, ne faut-il pas voir – Riss n’a pas nié la connotation lors de son interview à Europe n°1 - dans la "une" du dernier numéro de Charlie, « Tout est pardonné », un clin d’œil malicieux à nos racines chrétiennes…

Dans un récent billet, j’ai rendu compte du roman d’Emmanuel Carrère sur les origines du christianisme. Dans l’éloge qu’il vient de faire de « Soumission », le dernier Houellebecq, il a écrit qu’il considérait «tout à fait possible que l’islam soit l’avenir de l’Europe, comme le judéo-christianisme a été l’avenir de l’Antiquité». On pourrait même aller plus loin et imaginer que ce pourrait alors constituer une revanche posthume des judéo-chrétiens sur les chrétiens ! Le christianisme tel que nous le connaissons a résulté de la victoire de Paul, prônant une église universelle et déjudaïsée, sur celle de la secte intégriste de Jacques (http://blog.hyperion.gayattitude.com/20141103/Le-Royaume). Or, selon certains historiens, certaines communautés nazaréennes héritières de la pensée de Jacques, les plus radicales («les ébionites») auraient été repoussées vers l’Arabie et auraient formé l’entourage proche du futur Mahomet… L’islam conçu comme une dissidence chrétienne intégriste… (http://www.culture-arabe.irisnet.be/dissidence.htm).

François Hollande, selon des propos rapportés par son entourage dans le dernier numéro du Nouvel Observateur (rebaptisé depuis peu L’observateur), aurait eu le pressentiment, quelques jours avant les vœux, que l’année 2015 serait une année historique, comme toutes les années en 15 depuis Marignan. Cela commence en effet très fort : les attentats en France, puis la victoire de la gauche « radicale » en Grèce (peut-être pas si radicale que ça d’ailleurs…). Il est amusant de voir que, comme prévu, Mélenchon et Marine le Pen, saluent en cœur cet événement… Michel Onfray, encore lui, avait il y a peu tenté d’expliquer pourquoi, en France, c’était l’extrême droite qui caracolait en tête des sondages et non le Front de gauche : « c’est simple » comme dirait le garçon tête à claque de la publicité Renault, c’est la faute à l’Islam ! Selon lui, Mélenchon et le Pen ont des discours très proches, sauf sur l’attitude vis-à-vis de l’Islam. En d’autres termes si Mélenchon était islamophobe il ferait de biens meilleurs scores…

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 23:06
"Bal tragique à Colombey : 1 mort"

La semaine même de la parution de ce titre en première page de "Hara-Kiri", le lendemain de la mort du Général de Gaulle, le ministre de l'intérieur de l'époque faisait interdire l'hebdomadaire. En ces temps là, pour tuer un journal, on employait des moyens moins sanglants qu'aujourd'hui. Une semaine plus tard, il reparaissait sous le nom de "Charlie Hebdo"..."Hara-Kiri", pour l'adolescent que j'étais, envoyait une bouffée d'air frais en ces années de plomb où j'affichais un antigaullisme viscéral. Si ma dérive socio-libérale m'a éloigné depuis longtemps de ce journal, comme beaucoup semble-t'il - sa survie n'était pas assurée - il n'en restait pas moins un des derniers bastions de la liberté de penser.

Par une étrange coïncidence, ceux qui refusaient de se soumettre sont tombés au champ d'honneur le jour de la parution du roman de Michel Houellebecq "Soumission" . Il a été peu souligné que Bernard Maris, un des martyrs de ce terrible jour, était un ami de Houellebecq et avait publié en septembre un ouvrage montrant que les romans du prix Goncourt 2010 étaient imprégnés d'une «intelligence économique» du monde contemporain... On aurait aimé que l'indignation quasi unanime qui a suivi l'attentat ne vienne pas aussi de ceux qui passent leur temps à dénoncer la "virtuelle" idéologie meurtrière de Houellebecq ou Zemmour (l'amalgame est d'ailleurs plus que contestable..), tout en trouvant des excuses à celle très "réelle" de l'islam radical, comme en témoigne le soutien très appuyé de notre Fouquier-Tinville moderne, Edwy Plennel, aux propos de l' ex-otage Pierre Torres sur son tortionnaire djihadiste : «Mohammed Nemmouche est un pur produit occidental, labellisé et manufacturé par tout ce que la France peut faire subir à ses pauvres comme petites humiliations, stigmatisations et injustices. L’empilement sans fin de nouvelles lois antiterroristes en est l’une des facettes». Ecœurant... Au moins Jean Marie Le Pen a eu, lui, le courage de ne pas se dédire en affirmant "Je ne suis pas Charlie", justifiant ainsi, à posteriori, la non invitation de son parti à manifester dimanche.

Il ne reste plus qu'à espérer que ces attentats ne se retournent pas contre les musulmans, ce qui est sans doute un des objectifs des commanditaires de ces malades mentaux, contribuant ainsi à transformer en prophétie "auto réalisatrice" les écrits de Zemmour quant au risque d'une guerre civile dans nos banlieues. Le très beau film "Timbuktu" en compétition à Cannes, montre admirablement comment les musulmans sont les premières victimes de la dérive sectaire de certains d'entre eux. Ce qui ne devrait pas empêcher les intellectuels musulmans de s'interroger sur les racines de ce mal qui ronge cette religion, comme dans cette "lettre aux musulmans", d'Abdennour Bidar, parue dans le Huffpost : http://quebec.huffingtonpost.ca/abdennour-bidar/lettre-au-monde-musulman_b_5991640.html. Car le refus de suivre la minute de silence dans de nombreuses écoles, nombre de réactions sur les réseaux sociaux, et peut-être symptomatique la faible mobilisation pour la manifestation de dimanche à Marseille -un quart de la population est musulmane - témoignent d'un soutien, au moins passif, qui va bien au-delà des djihadistes...

Du temps de Hara-Kiri, nous manifestions en criant "CRS-SS", hier nous les avons applaudis....

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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 22:57
Rêve éveillé

Il y avait de quoi éprouver un certain découragement le week-end dernier, entre les suites de l’affaire Fillon/Jouyet où les «Hollandistes» ont réussi ce tour de force de faire passer Nicolas Sarkozy pour une victime et le cirage de pompes des marcheurs de la «Manif pour tous» par ce dernier.

Dans un ancien billet (http://blog.hyperion.gayattitude.com/20100525224457/ma-gauche), bientôt 5 ans, après la crise des subprimes mais avant celle de la dette, je m’interrogeais sur la persistance de mon appartenance à « la gauche » que la constance de mon vote pour le parti socialiste à chaque élection déterminante ( à l’exception notable du premier tour de l’élection de 2007 qui me vit préférer le béarnais) me semblait valider.

Aujourd’hui la réponse serait plus complexe. De gauche peut-être encore, mais laquelle ? Je n’imaginais pas - contrairement au vœu d’Edgard Morin dont je rendais compte dans ce billet sans y adhérer - qu’au lieu de voir se rassembler les trois familles fondatrices (libertaire, socialiste et communiste) de la gauche avec celle des écologistes, on allait au contraire assister, deux ans après la prise du pouvoir par le parti socialiste, à une fragmentation radicale de ce dernier. Un article récent du journal libération (« Pourquoi la gauche peut mourir ») présentait le peuple de gauche comme une « famille décomposée » en six nébuleuses, dont quatre pour le seul parti socialiste. Ce dernier, autrefois partagée entre les héritiers d’Epinay ( congrès où Mitterrand prit le parti en 1971) et la « deuxième gauche » (Rocard/CFDT), se voit maintenant éclatée (selon la terminologie de l’article en question) en : « socialistes classiques », encore majoritaires autour d’Aubry et Cambadélis auxquels, disons culturellement, Hollande se rattache encore ; « antilibéraux » qui ont rejoint, du moins dans le discours, le front de gauche et les communistes (« les frondeurs») ; « conservateurs de gauche », défenseurs des traditions, avec Ségolène dans les pas de Jean-Pierre ; « sociaux-libéraux » , fils spirituels de la deuxième gauche, sous la houlette de Valls. Les écologistes ne sont pas en reste, maintenant divisés entre « sociaux écologistes » menés par Cécile Duflot et « écologistes centristes » derrière Cohn-Bendit et Placé.

Inutile de préciser ma proximité avec les « sociaux-libéraux », ce qui pourrait me mettre dans une situation fort inconfortable lors de la prochaine élection présidentielle, car je vois mal ces derniers devenir majoritaires au sein du PS et même loin d’être en position de remporter une future primaire. Devrais-je donc désespérer et me résigner à l’abstention, y compris en cas de présence quasi certaine de la fille du borgne au deuxième tour, si Manuel Valls n’est pas le prochain candidat du parti ? Peut-être pas si l’on prend conscience, à côté d’une montée des extrêmes à droite avec la progression incessante du Front national et la perspective cauchemardesque d’un retour de Sarkozy, d’un phénomène bien moins médiatisé qu’Alain Duhamel définit comme une «résurrection des modérés», qui va des sociaux-libéraux à Alain Juppé, en passant bien sûr par les «centristes». Peut-on rêver qu’ils s’entendent et offrent une alternative à un duel Le Pen/Sarkozy ?

Il ne serait pas nécessaire d’attendre encore plus de deux ans pour sortir de la situation délétère dans laquelle nous sommes si une idée machiavélique, la seule qui puisse le sauver, digne de son illustre prédécesseur socialiste dans la fonction, pouvait germer dans l’esprit de François Hollande. Ayant définitivement perdu le contrôle des sectes paranoïaques que sont les antilibéraux et les sociaux écolos, et pas loin de perdre celui d’une partie des socialistes classiques, il pourrait, avec l’accord de la quasi-totalité des partis politiques à l’exception de l’UMP, introduire la proportionnelle intégrale avant de dissoudre ! Il pourrait ainsi espérer une recomposition accélérée du paysage politique avec un gouvernement « d’union nationale » alliant, les sociaux libéraux, les centristes, les écolos centristes, une partie des socialistes classiques et peut être même la partie modérée de l’ UMP ….

Je rêve bien sûr, alors autant se retourner vers les étoiles et vous dire mon enthousiasme pour le film de Christopher Nolan, « Interstellar». Je suis peut-être trop âgé pour éprouver cet état de sidération émerveillé, dont l’adolescent que j’étais avait fait l’expérience à la projection de «2001, Odyssée de l’espace », mais même si Nolan, aussi grand réalisateur soit-il, n’est pas Kubrick, l’ombre du chef-d’œuvre de ce dernier hante son film. Difficile de ne pas établir des parallèles : mission spatiale en quête des origines de l’humanité dans l’un, de son avenir dans l’autre ; paranoïa mettant la mission en péril , d’un ordinateur dans l’un, d’un membre de l'équipage dans l’autre; odyssée métaphysique matérialisée par le monolithe noir dans l’un, par la référence à ces mystérieux « ils » donnant accès aux multiples dimensions du monde quantique dans l’autre ; vieillissement final du héros dans l’un, de sa famille dans l’autre… Si le "ils" du film de Nolan c'est "nous" comme son héros en fait l'hypothèse, «l’enfant des étoiles», image finale et énigmatique du film de Kubrick, symbolisant l'accès de l'humanité au stade cosmique de la conscience, ne pourrait-il pas être ce "nous"?

« Que pensez-vous de François Hollande ? Réponse : rien. Vous m’avez déjà posé la même question et j’ai fait la même réponse. Mais en fait je pense quelque chose. Je crois que cet homme est gentil. Il me faut chatouiller d’ailleurs en vain mes neurones les plus sadiques avant de trouver une expression que vous n’avez pas déjà entendue. Cela me procure une grande tristesse personnelle, une certaine mélancolie pour la France.» (Jean Daniel, édito de L’ Observateur, 13/11/2014)

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 23:14

Je me disais, dans mon dernier billet, impatient de connaître l’issue des élections municipales. Eh bien maintenant je sais…J’avais un moment caressé l’espoir que l’irruption médiatique autour des « affaires » du sarkoland atténue quelque peu la sanction qui s’annonçait, comme à chaque municipale, pour le pouvoir en place.

Que nenni, ce fût une débâcle. L’électeur de droite est un pragmatique -son intérêt avant tout- qui si il n’est pas satisfait de ses élus se garde bien de faciliter, notamment en s’abstenant, la prise du pouvoir par le camp d’en face. Il a pu ainsi parfois voter Front national quand sa victoire était possible mais est gentiment rentré au bercail UMP quand elle ne l’était pas. L’électeur de gauche, lui, est un idéaliste, quand il n’est pas satisfait il punit sans se soucier une seconde des conséquences : le retour au pouvoir de ceux qui vont appliquer, au moins sur le plan sociétal, un politique encore plus éloignée de ses « idéaux ». Idéalisme d’autant plus inconséquent que s’il était assumé avec détermination, il devrait au moins s’exprimer dans un vote radicalement de gauche et non dans l’abstention. Pourtant le Front de gauche, hors PC, a fait un score dérisoire. L’électeur de droite lui n’a pas peur de l’aventure.

On ne s’étonnera donc pas que le droite soit bien plus souvent au pouvoir que la gauche ce qui finit par lui faire croire qu’elle seule en a la légitimité et que le peuple français est majoritairement de droite….

Maigre consolation de voir Paris résister, sans doute sauvé par ses « bobos » qui bouffent « bio » et ont voté écolo. Etrange de voir cette maxime répétée sur toutes les ondes : « Paris n’est pas la France»…La prise de la Bastille, la Commune, etc…ce n’était donc pas « la France » ?

L’ampleur de la défaite aura au moins permis à François Hollande de mettre en conformité ses actes avec la teneur de sa conférence de presse de janvier en choisissant Manuel Valls. Je dois avouer que je ne pensais pas qu’il oserait aller si loin dans la rupture avec les archaïsmes idéologiques qui depuis 1981 ont systématiquement conduit la gauche dans le mur et rendre irréversible la rupture avec l’aile radicale du parti socialiste et les verts. Bon vent Cecile Duflot…. Enfin, mais sans doute trop tard, car on ne voit pas très bien sur quelle majorité le nouveau premier ministre va pouvoir s’appuyer pour mener sa politique. Si ceci avait été fait dès le début du quinquennat, c’était jouable, au prix certes d’un reniement, peu acceptable moralement, du discours de la campagne présidentielle. L’aile gauche du PS et les verts auraient plié et à défaut nombre de centristes -c’est ce qu’espérait le béarnais- auraient été prêts à une alliance. Mais maintenant ce dernier lorgne du côté de Juppé, le nouveau « recours ».

Tout va se jouer dans les semaines qui viennent car il ne sera fait aucun cadeau au nouveau premier ministre, notamment par nos deux héritiers de la "Terreur", ce cher Jean Luc - notre Hébert des temps modernes - , qui a, fort du score insignifiant de son Front aux municipales, déjà programmé une manifestation ou le nouveau Robespierre, Edwy Plenel, qui n'a sûrement pas attendu pour lancer ses sbires faire les poubelles à la recherche de la moindre information qui pourrait abimer son image. Je crains qu’il ne faille se résigner d’ici quelques mois à une dissolution, une nouvelle cohabitation, l’arrivée de Copé ( quel cauchemar…) à Matignon, peut-être d’ailleurs le meilleur espoir pour François Hollande de remporter la prochaine élection…machiavélisme ?

A la fin de la semaine je m’éloignerai un peu de la fureur médiatique, en route pour 15 jours de vacances vers le pays des racines - l’Espagne - des deux rayons de soleil de cette triste élection. En route en effet puisque c’est en voiture que nous partirons, Bertrand et moi, vers Cordoue et les villes d’Andalousie, via deux étapes, Bordeaux , puis Salamanque.

A signaler, illustration de ce billet, la parution d’ «Un goût exquis, essai de pédesthétique », ( d'Antoine Pickels (éd. Cercle d'art, 2006) ) prolongé par une spectacle chorégraphique de Fabrice Ramalingom à la « ménagerie de verre » à Paris. Les quelques lignes qui suivent, tirées du Monde d’ hier et qui rapportent les propos de l’auteur rappelleront sans doute à certains lecteurs de ce blog bien des réflexions qui y ont été faites: « La visibilité a entraîné une perte de la subversion pédé, de plus en plus diluée et lissée, dans un modèle toujours aussi blanc, économiquement à son aise, politiquement conservateur et sexuellement… hétérosexuel. Cela ne me semble pas compatible avec l'héritage historique de la résistance et de la clandestinité pédé. » Et de citer « les dix-sept siècles de bûcher, deux de répression policière, un de médicalisation… » « Ce point de vue prend aujourd'hui une acuité particulière dans le contexte politique français. Le mariage pour tous, les contre-manifestations violentes qu'il a engendrées et le retour de l'homophobie cernent d'un trait urgent et offensif le propos d'Antoine Pickels, de Fabrice Ramalingom et de ses interprètes. » (Le Monde du 31/03/2014)

Enfin! Trop tard?
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