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19 juin 2014 4 19 /06 /juin /2014 22:00
Cupcakes pour transhumansexuels

Dans un billet récent ("Une homosexualité irréductible à la norme") j'avais souligné combien des films comme "L'inconnu du lac" ou "Tom à la ferme" constituaient une façon nouvelle de filmer l'homosexualité, loin de celle de la période "gay", celle de la lutte pour notre visibilité. Ceux que j'ai pu voir ces dernières semaines nous ramènent plus loin en arrière, à la période pré-gay, celle où n'était pas porté sur notre condition un regard optimiste et plein d’espoir.

Celui qui m’a le plus marqué, vu un peu par hasard sur la chaine d’orange OCS city le lendemain de sa diffusion aux US, est un très beau téléfilm sur le sida et ses ravages dans les années 80 à New York, « The normal Heart », semble-t-il inspiré de l’histoire de l’écrivain américain Larry Kramer qui fonda Act-up. Bouleversant et combien édifiant sur les divergences idéologiques qui secouèrent les milieux militants homosexuels au moment de l’émergence de l’épidémie. A ne pas manquer lorsqu’il passera sur des chaines moins confidentielles.

Deux autres films ont fait une sortie plus que discrète dans des salles d’art et essai. « Ligne d’eau » raconte la découverte de son homosexualité par un jeune champion de natation qui, vivant chez une mère ultra-possessive et prisonnier de sa relation avec sa petite amie dans une Pologne oppressive, va vivre une passion tragique à la suite de sa rencontre avec un garçon à la beauté fascinante. Un beau film sur le plan esthétique, mais la noirceur et la tristesse de cette histoire, peu originale tellement le sujet a déjà été traité, accentuées par la sobriété et le parti-pris excessif de lenteur de la mise en scène et la froideur de la photographie, finissent par distiller un certain ennui.

J’ai été plus intéressé par celui, autobiographique, tiré du roman éponyme de l’écrivain marocain Abdellah Taïa, «L’armée du salut», car il a le mérite de nous éclairer sur la place de la sexualité dans le milieu familial populaire marocain - ce dont il ne faut surtout pas parler - et de celle de l' homosexualité qui ne peut être vécue ouvertement dans un pays où l’organisation sociale et religieuse est un frein supplémentaire à l’expression de sa sensualité. Le point de départ est semblable - mère omnipotente et découverte de son homosexualité – mais le héros saura échapper à la « négociation » de son désir en l’utilisant, grâce à la rencontre avec un riche homme « mûr », amant éphémère manipulé, comme moyen d’atteindre son objectif : rejoindre l'Europe et obtenir sa bourse d’étude. Mais la terre promise n'étant pas le paradis espéré, seul et sans argent il trouvera à "L'armée du salut" un toit protecteur et un peu de chaleur humaine.

Après ces films quelque peu déprimants, le dernier chef d'œuvre de David Cronenberg, "Maps of the stars", pourtant d'un pessimisme absolu, m'a procuré un plaisir jubilatoire. Cette satire Hollywoodienne qui est en fait une métaphore de notre monde et de la nature humaine, nous décrit un l'univers peuplé de fous ou de personnages monstrueux, où personne n'est innocent et le mal radical.

Vous pourrez comprendre qu'après cette série noire, le besoin de se détendre a commencé à se faire sentir. Ne pouvant tout de même pas me résoudre à aller voir "Qu'est ce qu'on a fait au bon Dieu", bien que les sujets de ces derniers films pourraient amener à se poser la question, je me suis précipité sur le dernier Eytan Fox, ce réalisateur israélien qui m'avait particulièrement séduit et touché avec ces précédents films, dans un registre dramatique, comme "Tu marcheras sur l'eau" ou the "Bubble" et qui s'essaie à la comédie avec "Cupcakes". Imaginez un ancien mannequin; une attachée de presse d'une ministre de la culture tyrannique; une bloggeuse timide; une chanteuse lesbienne qui ne remplit pas les salles et un animateur d'école maternelle, volontiers travesti, dont le petit ami se refuse à vivre leur liaison ouvertement, réunis autour d' Anat, boulangère spécialiste de cupcakes, en proie à une déception affective. L'un deux va envoyer, comme une plaisanterie, l'enregistrement de la chanson, une mélodie douce et ringarde, qu'ils lui improvisent pour lui remonter le moral, au comité de sélection du candidat israélien pour une sorte "d'Eurovison de la chanson". Leur chanson se trouvant retenue, ils vont se lancer dans l'aventure en essayant d'oublier et de surmonter ce qui leur gâche la vie de tous les jours. Manifestement Eytan Fox a éprouvé lui aussi le besoin de "souffler", avec un film certes mineur, injustement éreinté (et incompris) par la critique, plein de paillettes, mais combien réjouissant et sans rien oublier de ses thèmes favoris: culpabilité, religion, homosexualité.

Le sujet de ce billet me donne l'occasion de dire un mot de la saison 2 de la série suédoise de science-fiction « Real Humans » qui vient de se terminer sur Arte. Elle décrit un monde proche de la suède d’aujourd’hui, où l’usage des robots est devenue routinière pour les tâches domestiques et industrielles, mais qui ont des caractéristiques si humaines (ne les nomme-t-on pas « hubots ») qu’ils peuvent déclencher des manifestations affectives, voire une désir sexuel, chez leur «maitres». La science-fiction n’est en fait ici qu’un artifice de scénario – on est loin de l’œuvre mythique d’Isaac Asimov, i Robot, et de ses célèbres lois de la robotique – pour traiter de façon métaphorique les problèmes sociétaux les plus actuels et notamment celui de l’homophobie. Comment ne pas faire le rapprochement avec la question gay quand sont abordés les problèmes de leur droit au mariage, de l’adoption, quand on les voit décimer par un « virus » et que la réaction de rejet qu’ils suscitent dans une partie de la population va donner naissance à une mouvement hostile et violent, les «Real Humans», que l’on pourrait croire directement issu des éléments les plus radicaux de la « manif pour tous » (un des arguments avancés contre l’adoption est la crainte que cela ne fasse des enfants qui en bénéficieraient des « transhumains sexuels »…).

La saison 3 nous dira peut être s'ils ont eux aussi bénéficiés de la nomination au poste de "Défenseur des droits" d'un représentant des "hubophobes". Mais après tout, comme vient de le suggérer la porte parole de l'association homosexuelle "L'autre cercle", Jacques Toubon est peut être sur le chemin de Damas (ce qui n'est pas sans risque actuellement...) :

«Je pars du principe que quand on devient Défenseur des droits, on ne vient pas avec ses convictions personnelles. Et il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Jacques Toubon a le sens du devoir et le respect des institutions. Il ne peut déroger à ce qu’avaient établi ses prédécesseurs, qu’il s’agisse de la Halde ou de Dominique Baudis. En acceptant cette mission, il est parfaitement conscient qu’il devra lutter contre toutes les discriminations, même celles avec lesquelles il n’est pas familier ou à l’aise. C’est une marque de confiance du président de la République à un homme de droite.» (Catherine Tripon, porte parole de l'Autre Cercle)

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commentaires

T
Salut,<br /> Tu m'as coupé l'herbe sous les pieds avec ton commentaire sur la série &quot;Real humans&quot; , du coup j'ai causé d'autre chose.<br /> Les tenanciers de blogs ayant pour la plupart jeté l'éponge, je suis le tien avec d'autant plus d'intérêt et je l'ai rajouté dans mes liens &quot;Du même genre&quot;. S'il t'arrive de faire un tour dans ma boutique, je te saurai gré d'en faire autant, ça peut améliorer le référencement.<br /> Bonne continuation !<br /> <br /> PS On a osé &quot;qu'est-ce que j'ai fait au bon Dieu&quot; et dans l'ensemble, ça nous a bien fait marrer (pour cela rien de mieux que les poncifs)
Répondre
L
Vais essayer !
T
Je suis sûr au moins d'une fois, une peu avouable fréquentation de pissotières t'y avait conduit :-)<br /> Pour mettre un lien : dans la plateforme d'administration du blog : &quot;configurer&quot; - &quot;mise en page&quot; <br /> cliquer ensuite sur l'icône du marteau du bloc &quot;liens&quot; qui apparaît par défaut à droite, une fenêtre s'ouvre : &quot;ajouter un lien&quot;, coller le lien et le nommer du nom du site<br /> Good luck !
L
J'ai fait un tour dans ta boutique comme tu dis! Il me semble y être déjà allé. Question bête, comment on fait pour rajouter des liens!