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2 janvier 2019 3 02 /01 /janvier /2019 16:57

 

Il y a 40 ans, lorsque je fis mes premiers pas sur le « marché » du sexe gay, j’étais convaincu qu’il me fallait profiter au maximum de mes années de jeunesse, ne doutant pas que l’inexorable altération due au temps ne pourrait que conduire à une raréfaction exponentielle de mes conquêtes potentielles. Le regard que je portais sur les homosexuels de plus de 50 ans qui fréquentaient les lieux de drague n’était pas des plus amène lorsqu’ils étaient accompagnés de partenaires nettement plus jeunes, que j’avais tendance à considérer comme des « gigolos », ou des gérontophiles.  C’est avec condescendance et scepticisme que j’écoutais les « prétendues » aventures avec des « petits jeunes » de mon ami Jean, mon aîné de 20 ans, lorsqu’il eut passé la soixantaine, persuadé que témoin envieux des miennes, multiples et incessantes, il s’inventait une vie sexuelle persistante.

Est-ce du fait de cette sourde inquiétude que j’ai, dès le début, tenu une « comptabilité », précise quoique succincte (prénom, âge, date), de chaque nouvelle rencontre, dont la totalisation annuelle pourrait me servir de suivi « indiciel » de mon attractivité au fil du temps ? Cette attractivité a trois points d’appel chez les gays : le visage, le corps et la bite. Pour le visage et la bite vous devez vous contenter de ce que la nature vous a donné d’emblée mais dont seul le premier va se dégrader, tandis que votre sexe, si la dotation a été généreuse et si la maladie ne vient pas altérer son fonctionnement, très longtemps immuable, va continuer à vous ouvrir bien des portes que votre seul visage aurait laissées de plus en plus closes. Le corps est quant à lui sensible aux soins que vous lui prodiguez, dont notamment une pratique régulière et intensive du sport qui peut le rendre plus longtemps désirable.

 

Le suivi de mon « indice » annuel d’attractivité (le nombre de rencontres) montra une courbe ascendante au fur et à mesure que je découvrais de nouveaux espaces gays jusqu’à atteindre sa vitesse de croisière lorsque j’eus atteint la quarantaine (si l’on fait abstraction des deux années « exceptionnelles », le compteur s’est affolé, me retrouvant célibataire après une douloureuse séparation). Ma surprise a été de ne pas constater d’inversion de la courbe, au moins jusqu’à maintenant, une fois le cap fatidique des 50 ans dépassé. Certes il s’agit d’un leurre car l’indice choisi est biaisé par une évolution de mes pratiques : le sport qui m’a fait découvrir l’attrait des corps plus que des visages, mon désir ne se portant plus préférentiellement sur les « minets », mais élargissant considérablement le champ des « possibles » ; la fréquentation des lieux « naturistes » qui permet d’exposer sans pudeur ses « attributs » source d’une attractivité parfois indifférente à l’âge ; enfin et surtout l’irruption d’internet et des applications de rencontre qui ont multiplié les possibilités…

Quoiqu’il en soit, une vie sexuelle gay très active, même avec des garçons nettement plus jeunes que vous, et qui ne sont pas forcément attirés uniquement par des mecs « matures », reste possible bien au-delà de 50 ans, d’autant plus qu’on a maintenu un certain « souci de soi ». Si les rencontres restent nombreuses, il faut cependant s’accommoder, du moins sur internet, de certaines sollicitations ou interpellations dont la fréquence ne fait que s’accentuer avec l’âge :

  • Les « escorts », jadis dénommées putes, mais dont l’évolution du nom a bénéficié de la « police de » la langue. L’espèce n’est cependant pas uniforme. On pourrait proposer une tentative taxinomique :  les « pros » qui s’assument pleinement et présentent d’emblée l’addition ; ceux qui vous font perdre votre temps en ne se dévoilant qu’après un « chat » plus ou moins long ; ceux qui dissimulent leur prostitution sous couvert d’une demande « d’aide sociale » à prix soldés (« tu pourrais me dépanner de 20 -30 euros » ou « c’est pour payer mes études » par exemple) ; les « gigolos », qui vous prennent pour un simple d’esprit en se disant rechercher « seulement » une relation sérieuse alors que vous avez au moins 30 ans de plus qu’eux… ; enfin, une catégorie nettement plus rare mais pas exceptionnelle, ceux qui « tentent le coup », allier le plaisir à l’avantage financier, mais qui renoncent au second quand vous leur dites que vous ne pratiquez pas ce genre de relation…..Je laisse de côté la catégorie de ceux dont vous ne voudriez même pas « gratis » qui s’imaginent peut être qu’après un certain âge on est prêt à se taper n’importe quoi.
  • Le scénario « dady/son » : ce trip freudien n’est pas du tout ma tasse de thé mais il a pu m’arriver d’y céder si le soi-disant « son » était plus que désirable… ce ne peut être alors qu’un « one shot ».
  • Les questions sur votre santé : « tu bandes encore ? » ou variante « tu prends du viagra ? », qu’il faut généralement traduire par « t’as rien à faire sur ce site, dégage », mais qui parfois traduisent une méconnaissance étonnante de la physiologie de l’érection qui se maintient intacte jusqu’à un âge très avancé en l’absence d’affection prostatique ou de troubles vasculaires.
  • Les demandes, fréquentes, de « dépucelage », sur des sites dont la « visibilité » gay n’est pas très forte, comme Tinder ou Badoo et qui émanent de garçons se disant « hétéros curieux… ». Tout cela reste bien entendu le plus souvent dans la sphère « virtuelle ».

 

La vie sexuelle est donc loin de s’épuiser avec l’âge, dans certaines limites bien sûr, mais, vivant en couple, et ne le dissimulant pas, je n’ai pu « tester » son influence sur les possibilités d’établir des relations « amoureuses », mais ceci est un autre sujet.

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