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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 22:48

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La revue « Friendly » avait souhaité un nouveau billet pour son troisième numéro qui vient de sortir. J’avais suggéré un sujet autour de la théorie du genre et il m‘avait été demandé si cela pourrait s’intégrer dans la rubrique « scandale » avec si possible des références à des hommes publics.
J’avais répondu : « Non cela ne collerait pas avec une telle rubrique ... Un article qui aborderait la question sous l angle du scandale et mettrait en cause des personnes n est pas dans me cordes. Ci dessous le billet de mon blog que je proposais d actualiser à la lumière de la polémique sur la théorie du genre. Pas de matière à scandale!
http://limbo.over-blog.org/article-gay-de-naissance-ou-la-faute-a-maman-44364997.html ».

Ma proposition a semblé leur convenir et je leur ai donc envoyé le texte modifié. N’ayant pas eu de nouvelles, je pensais, qu’à la réflexion, ce billet ne leur convenait pas. C’est avec surprise que j’ai découvert en feuilletant le numéro 3 aux « Mots à la bouche », que mon article était bien paru, mais dans sa version initiale, étonnamment dans la rubrique « coup de gueule », et non dans sa théorie révisée que vous trouverez ci-dessous » :

"Un certain nombre de députés UMP, des passionnés de la question gay, n’ont eu d’autres urgences que celle de demander le retrait des manuels scolaires qui rendent compte de la « théorie du genre », théorie selon laquelle l’orientation et même l’identité sexuelle doivent autant au contexte socioculturel qu’à la biologie. L’un d’entre eux, Hervé Mariton, a souhaité être assuré par le ministre qu'il n'y ait pas de question aux examens sur cette théorie, voulant priver nos jeunes têtes d’un passionnant sujet de réflexion : « l’orientation sexuelle est-elle acquise ou innée » ? En d’autres termes, doit-on considérer, avec Louis-Georges Tin, l'hétérosexualité comme un construit, historiquement et socialement daté, dont il convient d'analyser les conditions d'émergence et d'acculturation, ou au contraire, comme les chercheurs de l’Université de Genève qui viennent de publier un livre sur le caractère inné ou acquis de l’homosexualité, que l’orientation sexuelle est le résultat d’une interaction entre le génétique et le biologique, qu’on ne devient pas homosexuel mais qu’on l’est de naissance ?

Avant de tenter de répondre à cette question, on devrait d’abord se demander pourquoi le sujet soulève tant de passions, y compris chez les gays, l’adhésion à l’une ou à l’autre thèse semblant le plus souvent relever plus du domaine de la croyance, en fonction de ses préjugés et angoisses, de sa façon même de vivre son homosexualité, que d’une approche rationnelle.
Les uns se satisfont mieux d’une genèse « psychologique » de l’orientation sexuelle (qu’il s’agisse de la version Freudienne qui en fait une anomalie de la maturation sexuelle, ou de la version Girardienne plus positive qui en fait une des figures possibles du désir mimétique), car elle laisse, leur semblent t’ils, la porte ouverte à une possible évolution de cette orientation, voire à une possibilité de choix, à la possible « culpabilisation » du milieu environnant (la famille en général), alors qu’ils ne voient dans la thèse innée qu’un fatalité oppressante. Les autres voient au contraire dans l’origine innée, génétique, de l’homosexualité, l’ancrage dans la « nature » de leur orientation sexuelle, aussi normale, fondamentale et immuable que la couleur des yeux. C’est une autre version du débat entre Nature et Culture. Certains vont même pour justifier leur opinion jusqu’à mettre en avant les dangers de la thèse contraire, comme si le degré de dangerosité d’une théorie suffisait à la rendre fausse ! On connaît les dangers potentiels de chaque approche : la théorie analytique a justifié et justifie encore bien des attitudes répressives (c’est contre les psychanalystes que l’homosexualité a fini par être exclue de la classification des maladies mentales, de nombreux psychanalystes ont soutenu l’opposition aux revendications du mariage gay et de l’adoption ; le Vatican s’appuie sur la psychanalyse pour interdire la prêtrise aux homosexuels ) ; d’un autre côté, la découverte éventuelle du « gène » de l’homosexualité pourrait faire craindre un futur sinistre (comme dans le film Bienvenu à Gataca) qui verrait l’émergence d’une société de la sélection par les gènes.

On peut aborder la question de façon plus rationnelle, ce qui nécessite définir de quoi l’on parle. Si l’on définit l’homosexualité comme une orientation exclusive du désir sexuel vers la même sexe ( évacuant le problème de la bisexualité, autre avatar Freudien, qui mériterait un traitement à part) et qui plus est masculine ( il se pourrait que l’homosexualité féminine soit plus complexe, plus hétérogène, le mouvement d’émancipation de la femme ayant pu favoriser l’émergence, notamment sous l’influence du MLF, à côté d’une homosexualité « biologique » de même type que la masculine, d’une homosexualité « sociale »), il faut distinguer « désir sexuel » et « pratique sexuelle »,c’est à dire orientation de ce désir vers le même sexe d’une part et réalisation de ce désir d’autre part.
C'est au niveau de l'orientation du désir vers le même sexe que se pose la question de son origine innée ou acquise. Il n’existe à ce jour aucune « vérité » scientifique, irréfutable, mais seulement des hypothèses dont certaines sont bien plus crédibles que d’autres car bâties sur des faisceaux d’arguments. Si l’on appelle « acquis », tout ce qui est déterminé par ce qui advient après la naissance, on ne peut constater qu’en dehors de « pures » théories spéculatives, il y a bien peu d’arguments en faveur de l’origine acquise de l’homosexualité. Il n’y a ainsi jamais eu d’études sérieuses sur la fréquence des « mères possessives » ou des » pères absents » chez les homosexuels, et même certaines tendraient à montrer que cette fréquence est la même chez l’hétérosexuel. La majorité des neurobiologistes défendent une origine biologique de l’homosexualité en se basant sur de nombreux arguments : l’existence d’une homosexualité animale, le côté universel, transculturel, du comportement homosexuel ( avec une fréquence qui semble assez semblable quelle que soit la culture), les études sur les jumeaux, les cas assez fréquents de fratries d'homosexuels, certaines études (certes controversées et parfois contradictoires) sur les différences au niveau des structures cérébrales impliquées dans le désir sexuel (hypothalamus), etc.

Mais affirmer que l’homosexualité est probablement d’origine biologique, ne signifie pas qu’elle est héréditaire… Il semble peu probable qu’il existe un gène unique codant pour ce type de comportement, voire même plusieurs gènes. D’abord parce que la relation "un gène/un comportement", trop réductioniste, n’a jamais pu être mise en évidence, ensuite parce que la sélection naturelle, étant donné la pression biologique en faveur de la reproduction, aurait eu tendance à éliminer ce type de gènes. Il est toutefois possible qu’il y ait des traits génétiques favorisants, mais qui demandent la présence d'autres facteurs pour que le comportement soit présent (on explique ainsi l'homosexualité souvent partagée par les jumeaux, mais cependant pas toujours : une origine purement génétique produirait une concordance des comportements dans 100% des cas). D’où l’hypothèse selon laquelle l’homosexualité serait de nature EPIGENETIQUE. Qu’entend- on par-là ? Pendant la phase embryonnaire et fœtale, les groupes de neurone qui vont migrer vers (et constituer) les régions cérébrales impliquées dans le désir sexuel (l’hypothalamus), le font sous contrôle du programme génétique, mais avec des variations statistiques qui conduisent dans un certain pourcentage de cas à une variation topographique ou fonctionnelle de ces structures qui aboutira à des comportements différents. Ces « variations » sont bien sûr influencées par des facteurs environnementaux internes (température, hormones etc..) mais aussi par toute perturbation externe qui peut avoir des conséquences biologiques internes (y compris par exemple l’angoisse de la mère pendant la grossesse, son comportement alimentaire, etc…).

Ainsi, l’orientation homosexuelle du désir serait la conséquence de variations dans la structure du cerveau, statistiquement minoritaires, variations qui sont la conséquence d’une interaction entre la programmation génétique, éventuellement favorisante, et les facteurs aléatoires qui modifient l’environnement interne et externe du fœtus. L'homosexualité serait donc innée, au sens de prénatale, mais aussi acquise puisque fonction de variations aléatoires du milieu. Il est bien entendu que ce mécanisme « épigénétique » est général (encore appelé darwinisme neuronal par le prix Nobel de Médecine, George Edelman) et va bien au-delà du seul comportement homosexuel. Selon cette hypothèse il n’y a aucun moyen de « prédire », in utero, un futur comportement homosexuel.

Mais dire que l’orientation sexuelle du désir est prédéterminée durant le développement in utero, ne signifie pas que la façon dont ce désir va se « réaliser » est également déterminée. La façon dont l’homosexualité va s’exprimer (ou ne pas s’exprimer et être "refoulée") pourrait dépendre essentiellement de l’environnement post natal, de l’enfance et de la pression culturelle… En d’autres termes, « t’as pas choisi d’être homo mais la façon dont tu l’es, folle, hypermacho, honteuse, etc… dépend en partie au moins de toi !"

Ceci ne me semble pas incompatible avec la théorie « Queer », certes fort contestable dans sa version « militante» qui relève du combat politique d’une certaine extrême gauche, si l’on considère la façon dont l’aborde Florence Rochefort du CNRs, en ne parlant plus «d’identité » mais de représentation : "Toutes les représentations assimilées au féminin et au masculin sont le produit d'une construction sociale".

On pourrait conseiller à nos chers députés UMP d’aller voir, comme « leçon de choses », le passionnant thriller d’Almo Dovar, « La piel que habito », d’une grande beauté formelle même s’il n’atteint pas, le film est quelque peu glacial, à l’émotion de « Tout sur ma mère ». A la fin de ce dernier film, le héros, transsexuel, affirmait que son identité sexuelle était un choix. Dans « La piel que habito » Almo Dovar va plus loin, l’identité de «Vera » sera forgée par un démiurge, le genre au-delà du gêne et du socioculturel... »

La représentation de l’homosexualité au théâtre et au cinéma est souvent au-delà de la caricature comme le dit si bien la chanson d’Aznavour « On rencontre des attardés, Qui pour épater leur tablée, Marchent et ondulent, Singeant ce qu'ils croient être nous, Et se couvrent, les pauvres fous, De ridicule ». Ce n’est pas le cas de celle de l’acteur Romain Canard, dans la pièce « Dernier coup de ciseaux », qui se déroule dans un salon de coiffure, sorte de Cluedo interactif avec le public qui doit choisir entre les trois suspects, pour trois fins différentes. Dommage que ce ne fût pas lui l’élu dans la représentation à laquelle j’ai assisté, pour le seul plaisir de le voir en scène plus longtemps, car il est irrésistible et domine la distribution. La caricature ici ne force qu’à peine le trait, au point de sembler « naturelle » et nous fait immanquablement penser à tel ou tel d’entre nous.

 

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C
<br /> Blog(fermaton.over-blog.com),No.19. - THÉORÈME de L'AVENIR. - Prédiction du futur.<br />
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