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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 21:46

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J’ai conté, il y a peu, mon aventure avec Hervé. J’étais sorti de là blessé, mais aguerri pour affronter le « milieu ». Je suis allé de tricks en tricks durant quelques mois. En juillet 1979, parcourant les dunes du Porge, dans la partie « gay » de cette plage des environs de Bordeaux que je venais de découvrir, j’ai constaté qu’un séduisant jeune homme me suivait, mais toujours aussi timide (à moins que la timidité ne soit que le masque de la fierté), je l’ai laissé gravir bien des dunes sans jamais oser l’aborder. Rentré bredouille j’ai poursuivi le soir mes « explorations » sur une place de drague très fréquentée à ce moment là, la Place Renaudel, située entre l’école Santé Navale et l’église Sainte Croix. Je la parcourais à pied lorsque j’ai vu s’arrêter une voiture et en descendre…le jeune homme de l’après midi ! Il m’a abordé avec un large sourire : « on ne va pas se rater une seconde fois ! » et m’a proposé de quitter cet endroit « plein de bougnouls » pour son domicile. Bernard, deux ans de moins que moi, vivait seul avec sa mère récemment quittée par son père avec lequel il entretenait des relations tendues et tenait une boulangerie pâtisserie pas très loin de la maison de mes parents, dans la proche banlieue bordelaise.. La nuit fût très réussie, mais je ne savais pas encore que nous étions au début d’une aventure qui allait durer un an. Point de coup de foudre, je n’ai même pas envisagé d’annuler l’escapade parisienne que j’avais programmée quelques jours plus tard pendant laquelle j’allais rencontrer au « Continental », le sauna près de l’Opéra dont je ne pouvais plus me passer depuis que Philippe me l’avait fait découvrir, un jeune mexicain de 18 ans, en vacances à Paris. J’avais été fasciné par la beauté de son sexe. Manifestement aisé, fils d’un riche industriel, il m’avait invité à dîner au très chic « Café de Paris » à deux pas du sauna. Il est resté le seul de son âge à m’avoir invité ! Nous nous sommes revus le lendemain, à l’hôtel cette fois ci. Rentré à Bordeaux encore sous son charme, nous sommes restés en contact épistolaire pendant plusieurs mois, puis j’ai cessé brusquement de recevoir des nouvelles. Je me suis demandé si son père, qu’il craignait beaucoup, n’était pas tombé sur notre correspondance et y avait mis un terme…J’ai bien sûr revu Bernard à mon retour, de plus en plus souvent, ce qui m’a amené à accélérer la fin d’une liaison épisodique que j’avais depuis quelques temps avec Bruno, un instituteur, rencontré lui aussi Place Renaudel, et qui m’avait séduit sur le plan intellectuel ( il m’avait d’ailleurs offert 2 livres de Karl Popper, sur Platon et Marx, lors de nos toutes premières rencontres, ce qui aurait du me mettre sur mes gardes) mais dont la personnalité hystérique devenait de plus en plus difficile à supporter. La rupture fût difficile et m’a valu un courrier abondant, mélange d’injures et de déclarations d’amour. La tempête passée nous pûmes garder des relations amicales jusqu’à sa mort, du sida, il y a une quinzaine d’années.


Peu à peu je me suis attaché à Bernard. Je ne sais ce qui m’a attiré chez lui, mis à part son physique, son sourire charmeur et notre entente sexuelle (c’est suffisant pour s’envoyer en l’air, pas pour partager une vie…). Il était très peu cultivé (c’est le moins que je puisse dire…), d’un humour plutôt lourd, politiquement infréquentable (très à droite, poujadiste, raciste, sans doute un futur sympathisant d’un Le Pen qui n’avait pas encore fait sa « percée »). Mais enjoué, vif, travailleur, très directif, une personne sur laquelle je pouvais me « reposer » dans cette période difficile où l’atmosphère chez moi était devenue irrespirable. La situation étant même devenue intolérable, Bernard que ma mère avait surnommé « le dégénéré de la boulange » (elle avait fini par concevoir qu’on puisse être homosexuel, sexuellement, une perversion, mais pas « affectivement », pas qu’il puisse y avoir de l’amour entre deux hommes) m’a proposé que nous prenions un studio ensemble. Il ne souhaitait pas que je m’installe chez lui à la pâtisserie, en partie par crainte du « quand dira t’on » de la clientèle, mais surtout pour éviter que sa mère très possessive, qui aurait préféré, elle, me voir dans ses murs, ne cherche à « tout régenter ». Je quittais, à quelques jours de Noël, ma famille qui essaya en vain de me retenir (ils n’avaient pas imaginé un instant que j’en fus capable), pour un studio de 20 m2 que nous avions trouvé dans une résidence près de l’hôpital, dont le concierge, homosexuel, était un ami de Bernard.
Nous avons alors passé quelques mois fort agréables. L’époque était à l’insouciance, nous sortions peu du fait de son travail, mais intensément. Il me fit découvrir une autre boîte gay, « Le vert Galant », à l’extérieur de la ville, très représentative du milieu de l’époque, très « folle ». Il avait beaucoup d’amis, dont Claude qui tenait un commerce de chiens, grande « dame » qui allait sur sa quarantaine, à l’humour ravageur. Nous avons tout de suite sympathisé et sommes restés amis bien longtemps après ma rupture avec Bernard. Il fût le premier de mes proches à mourir du SIDA, début 88. Il avait rencontré Christian, 35 ans, coiffeur parisien, au milieu des années 80, qui devint son amant attitré et est venu s’installer à Bordeaux. Christian vivant depuis longtemps avec un homme de 60 ans, Jacques, dont nous entendions parler sans le voir, et qu’il ne voulait pas quitter, s’est formé une sorte de couple à trois. Jacques, que j’ai fini par connaître au moment où j’étais avec Bernard2, ne supportait pas la situation. Christian avait le Sida, il ne le savait pas lorsqu’il a quitté Paris, il ne découvrit son statut que lorsque les tests viraux sont arrivés. Claude est mort le premier, j’ai pu constater sa déchéance corporelle jusqu’aux tous derniers jours. Son humour était devenu très noir – je me souviens, la dernière fois où je lui ai rendu visite à l’hôpital, qu’il m’a lancé : « toi aussi tu y passeras »….- Christian et Jacques sont retournés à Paris au moment où je m’y installais. Ils sont morts tous les deux, presque la même semaine, 2 ans après. Ils étaient mes amis les plus chers.

La vie que nous menions, Bernard et moi, allait vite lui poser problème : il travaillait toute la journée, y compris le dimanche, venait dîner avec moi, se couchait tôt pour se lever à 4 heures du matin et repartir à la pâtisserie. Les soucis professionnels, les conflits avec sa mère qui me jalousait, à laquelle je m’opposais ce qui rendait inévitable qu’un de nous deux s’efface, le minaient. Quelque temps après lui avoir demandé de quitter la pâtisserie pour aller vivre chez elle, il a « craqué » et fait une dépression grave qui l’a amené à consulter un ami psychiatre qui a du entreprendre un traitement d’urgence. Lorsqu’il alla mieux je consentis à ce qu’il rappelle sa mère, mais je n’ai pas tout de suite compris que quelque chose était « cassé » entre nous, que plus rien ne serait comme avant. J’appris plus tard, après notre séparation, ayant rencontré quelqu’un qui avait été son amant durant cette période, que c’est à ce moment là qu’il avait commencé à me tromper. Je sentais bien que son désir pour moi s’affaiblissait, il ne venait d’ailleurs plus au studio tous les soirs, prétextant une réelle fatigue, aussi lui ai-je proposé que nous allions de temps à autre draguer ensemble, au sauna, nous l’avons mal vécu, ni l’un ni l’autre n’étions prêts pour ce genre de relations. Je le sentais s’éloigner sans toutefois voir venir la fin ou ne voulant pas la voir.
C’est alors qu’a surgi dans ma vie, au printemps 1980, le « bengali », qui allait artificiellement et bien involontairement prolonger cette première expérience de couple. Notre rencontre ne fût pas banale. En rentrant chez moi j’avais trouvé dans mon courrier, une lettre à mon nom mal orthographié. En l’ouvrant j’eus la surprise de découvrir la caricature d’un personnage du Muppets Show, Peggy la cochonne, avec une légende que j’ai oubliée, si ce n’est que l’écriture en était phonétique, un analphabète sans aucun doute… Intrigué je montrais ce courrier à Roger, le gardien de l’immeuble, qui s'esclaffa « ce doit être destiné à Michel, il a le même nom que toi à une lettre près ». J’avais déjà aperçu chez lui, sa porte était ouverte à une multitude de gens, ce Michel qui vivait depuis peu dans l’immeuble et dont j’avais également croisé, au Smart, la boîte gay du moment, le regard prédateur. Petite créature, d’apparence bien plus jeune que ses 21 ans, il avait déjà la réputation, quelques jours après son arrivée dans la résidence, d’avoir partagé la couche de divers locataires…C’est sans doute ce côté « volage », son physique frêle d’adolescent, son orientation sexuelle pas très claire (il couchait aussi avec des femmes, ses frères, ses sœurs…) qui m’ont fait le surnommer « Le Bengali », surnom qui devait rester. J’avais une occasion rêvée de le rencontrer, il était le prototype de ce qui m’attirait, en allant lui restituer le courrier qui lui appartenait. Je frappais donc à sa porte et me retrouvais quelques minutes plus tard… dans son lit. J’appris ainsi que la lettre venait de sa sœur qui lui renvoyait un dessin dont il avait « écrit » la légende. J’ai pu constater par la suite qu’il était effectivement analphabète, mais ceci ne m’a pas empêché de devenir littéralement fou de lui, totalement dépendant sur le plan sexuel. Bernard venant de moins en moins, il passait souvent la nuit chez moi. Je prenais des risques inconsidérés puisque Roger, le gardien, ami de Bernard, était parfaitement au courant d’une situation qu’il désapprouvait d’autant plus qu’il avait des « vues » sur le garnement. Et j étais loin d’être le seul à qui il faisait tourner la tête. Bernard le connaissait puisqu’il était souvent présent, invité par un tel ou un tel, voire par moi, lors des sorties de notre groupe d’amis. Complication supplémentaire, il était poursuivi des assiduités de son ex-ami, qui ne se considérait pas du tout comme un ex, un paysan d’une cinquantaine d’années chez lequel il vivait avant de « s’échapper » pour venir vivre (probablement avec l’ argent que ce dernier continuait à lui donner…) dans notre immeuble. Ce dernier est même devenu menaçant à mon encontre, à plusieurs reprises, et j’ai du un jour faire mine d’aller porter plainte dans un commissariat pour qu’il relâche sa pression alors qu’il me poursuivait en voiture dans les rues de Bordeaux. J’étais perdu corps et âme dans cette aventure quand Bernard m’annonça qu’il voulait prendre du recul et qu’il souhaitait qu’on ne se voit plus pendant quelques temps, ne sachant plus très bien ce qu’il ressentait pour moi. Brutalement rattrapé par le réel je me suis retrouvé désemparé. J’avais besoin de Bernard, il me semblait même l’aimer, le Bengali ne pouvait être pour moi qu’un « amant », une vie de couple n’étant pas le moins du monde envisageable. Il me fallait reconquérir Bernard, une occasion de tester la théorie girardienne récemment découverte. Je lui ai donc avoué ma liaison coupable, très vite avant qu’il ne l’apprenne par d’autres voies, afin d’allumer ce carburant du désir qu’est la jalousie. Une fois le moment de sidération passé (j’ai bien cru qu’il allait me frapper), il appréciait déjà peu le personnage, le mécanisme a parfaitement fonctionné et nous avons tenté de reprendre notre parcours commun. Quant au bengali, je savais que ce petit animal espiègle avait surtout besoin d’un « maître », et qu’il suffirait de lui en trouver un autre sans qu’il souffre vraiment de mon retour au bercail. Un ami de Bernard n’attendait que cela, je les ai donc rapprochés. Mais assez vite Bernard a recommencé à espacer ses visites et je n’ai pu résister à la tentation d’ouvrir à nouveau ma porte à Michel qui n’était qu’à un étage de distance. Durant l’été 80, nous étions à Paris chez sa soeur, Bernard a eu en ma présence un comportement que je ne pouvais admettre avec un garçon rencontré dans une soirée. J’ai alors pris, seul, le premier train pour Bordeaux. Cette fois-ci je savais que c’était fini.
Ne supportant plus de vivre dans ce studio que nous avions pris ensemble, je me suis installé dans un petit deux pièces à quelques mètres de l’hôpital. Quelques temps plus tard, Bernard venu me rendre visite, nous étions restés en bons termes, et découvrant Michel installé chez moi, m’a dit en partant « Ne t’engage pas avec Michel, ça n’a pas de sens ». Je l’ai rassuré, Michel n’était là que pour quelques jours, il avait décidé, je l’y avais incité, de retourner dans sa famille à Lyon.
Je vivais mal le départ de Bernard, quelques semaines difficiles, mais cela ne pouvait se comparer à ce que j’avais ressenti au départ d’Hervé. Puis début octobre, un soir au Smart…Pierre Jean….une autre histoire.
J’ai continué pendant longtemps à voir Bernard qui, quelques mois plus tard, a commencé une relation de couple avec Frank, une dizaine d’années de plus que lui, qui, lui, le dominait. Sans doute avait il besoin de cela pour se dégager de l’emprise de sa mère. Frank s’est installé chez lui, à la pâtisserie, et s’est investi dans son commerce (chose qu’il avait toujours refusé de moi, il se méfiait des « intellectuels »). J’ai constaté avec tristesse, même si je ne ressentais plus rien pour Bernard, l’influence néfaste qu’avait Frank sur lui, renforçant ses plus mauvais côtés. Il réussit même, quelques années plus tard, à lui faire vendre son commerce et à changer de métier. Le sien était certes très dur mais il l’aimait et le maîtrisait. Ils achetèrent un bar. Peu de temps après il pris enfin conscience de la situation et de la malhonnêteté du personnage -il a perdu pas mal d’argent dans l’aventure- qu’il « renvoya ».
J’ai peu à peu moins vu Bernard lorsque j’ai eu rencontré, en 82, l’autre Bernard, étudiant en Khâgne, dont j’ai maintes fois parlé dans ce blog. Leurs univers mental étaient à des millions d’années lumières et ce dernier m’avait d’ailleurs dit, mi ironique : « Mettons Hervé à part, tu as collectionné les anencéphales jusqu’ici… ». Une fois à Paris, il m’est arrivé de le croiser lors de mes visites bordelaises, le sourire toujours aussi charmeur mais de plus en plus de kilos superflus, dans les bars gays, ou plus rarement d’aller lui rendre visite dans son bar-café, apparemment toujours célibataire. Depuis que « l’interdit », un bar discothèque gay, a fermé, il y a près de 4 ans, je ne l’ai pas revu. Quant au bengali, j’ai perdu sa trace il y a bien plus longtemps, à mon arrivée à Paris. J’avais continué à le voir, épisodiquement, à Lyon, puis à Bordeaux où il a fini par revenir, puis à Paris enfin où il avait suivi une nouvelle aventure, avant de partir à nouveau pour je ne sais plus où, non sans avoir eu deux enfants entre temps….Je sais qu’il correspondait de temps à autre avec le gardien de l’immeuble dont j’ai parlé mais ce dernier refusait de me renseigner « pour m’éviter de faire encore des conneries ». Je serais curieux de savoir quel homme, de plus de 50 ans maintenant, il a pu devenir…

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