La presse s’est faîte l’écho de l’utilisation très répandue d’une nouvelle drogue que l’on pourrait se procurer sur internet, « la méphédrone », drogue euphorisante qui simule les
effets de l’ecstasy. Les Autorités de Santé viennent de lancer une alerte en raison de plusieurs cas de décès. L’utilisation de telles drogues récréatives répond aux effets de mode. Il y a
deux ou trois ans, lors d’un épisode tragique survenu au cours d’une soirée gay « people », il a été dit qu’une des drogues consommées avait été « la drogue du violeur », le GHB. Je n’avais pas
immédiatement identifié de laquelle il s’agissait, il y a tellement de « drogues du violeur », et ce d’autant plus qu’il n’y avait pas eu viol (mais le terme est sans doute plus vendeur que celui
de « drogue récréative »).
Renseignements pris, il s’agissait d’un dérivé du GABA (une des molécules, appelées neuromédiateurs, qui transmettent l’information entre neurones dans le cerveau). Ce neuromédiateur intervient
dans les situations d’alarme, de peur, d’anxiété et d’éveil. Il a été découvert par Henri Laborit au début des années 60, un neurochirurgien militaire qui s’était déjà illustré en découvrant, 10
ans plus tôt, les propriété antipsychotiques de la chlorpromazine, ce qui allait révolutionner le traitement de la schizophrénie et contribuer à la sortie de l’asile de nombreux malades. Le GABA
est utilisé en médecine comme anesthésique en raison de ses propriétés hypnotiques et relaxantes, son utilisation ayant été détournée du fait de cette action relaxante, avec diminution de
l’anxiété, euphorie, état proche du rêve et de l’ivresse. Il est également utilisé par les bodybuilders pour d’autres raisons. Il n’est pas normalement pas possible de s’en procurer mais certains
semblent y parvenir sur internet. Alors pourquoi « drogue du violeur », tout simplement parce que ses propriétés hypnotiques, si on l’introduit subrepticement dans une boisson, peut permettre de
prendre en partie le contrôle d’une personne. Mais ceci est le cas de biens des tranquillisants, surtout ceux qui agissent sur le GABA, notamment le Rohypnol, ce qui a conduit à ne plus en
commercialiser que la posologie la plus faible et en modifier la composition afin qu’il colore les boissons ou l’Halcion, qui a été retiré du marché. Ce détournement de médicaments à des fins «
récréatives » ou criminelles, ne date pas d’aujourd’hui. Je me souviens qu’un de mes premiers amants avait voulu me faire croire qu’il était dépressif, pour que je lui prescrive du Survector, un
antidépresseur utilisé alors surtout chez la personne âgée, mais dont j’ai appris qu’il l’utilisait à des doses dix fois supérieures en discothèque, comme stimulant. En fait ce produit à forts
doses a des propriétés amphétaminiques (comme l’extasie) et a du être, lui aussi, retiré de la vente. Un autre médicament de ce type, utilisé en médecine vétérinaire surtout, la kétamine,
dangereux hallucinogène, est également très recherché dans certaines soirées.
Il va sans dire, qu’outre les risques d’addiction, ses drogues peuvent être mortelles, notamment si elles sont associées ou prises avec de l’alcool qui les potentialise, ou si la personne a le
moindre problème cardiaque (souvent méconnu…).
Certaines drogues, apparemment plus anodines, comme les « Poppers », qui sont aussi dérivés d’un médicament utilisé dans des tests cardiologiques (le nitrite d’amyle), peuvent provoquer de
sérieux problèmes cardiaques (et ils sont d’ailleurs contre indiqués avec les stimulants de l’érection comme le viagra). On peut comprendre que leur interdiction à la vente en France en 2008 ait
perturbé la communauté gay. Ils sont depuis peu à nouveau autorisés, le Conseil d’Etat ayant cassé l’arrêté d’interdiction, le jugeant proportionné par rapport au risque.