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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 19:41

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Selon des chercheurs néerlandais qui ont réalisé une étude dite « scientifique » sur 42 hommes et femmes, les homosexuels ont la faculté de reconnaître d'autres personnes gaies plus rapidement que les hétéros, et ce « gayradar »  serait du au fait qu'ils sont beaucoup plus analytiques que les hétérosexuels, portent une plus grande attention aux détails et notamment aux petits indices sur l'orientation sexuelle d'autrui. Passons sur le fait que si cette enquête dont j’ai trouvé les résultats dans le magazine gay « e-illico » avait été réalisée sur d’autres communautés que celle homosexuelle, elle aurait sans doute soulevé l’indignation, pour nous intéresser à sa méthodologie quant à la constitution de l’échantillon « homosexuel ». Il est très peu probable qu’il ait été réalisé de façon parfaitement aléatoire  (car nombre d’homosexuels dissimulant leur homosexualité ne sont pas accessibles à l’échantillonnage) mais plus probablement dans les milieux gays, biais considérable puisque les gays du « milieu » répondent à différents « clonages » plus facilement repérables par leurs congénères que par les hétéros….Il me semble, en tous cas selon mon expérience, qu’en dehors de la minorité d’entre nous qui correspondent naturellement ou par provocation aux stéréotypes homosexuels de l’inconscient collectif (en d’autres termes qui portent les stigmates de la « folle »), notre façon de nous habiller, de façonner notre physique et surtout de croiser le regard de l’autre sont les clés de notre reconnaissance mutuelle, beaucoup plus qu’une quelconque capacité « d’analyse ».
On pourrait s’amuser de la même façon à étudier la possibilité de discrimination du caractère  « actif » ou « passif » de la pratique sexuelle chez les gays. C’est une question qui brûlait les lèvres de ma mère lorsque je lui ai jeté à la figure l’aveu de mon homosexualité. Pour les vétérans comme moi qui ont connu les heures de gloire de l’accession des gays à la visibilité, cette identification n’allait pas de soi puisqu’ à la fin des années 70, lorsque j’ai commencé à fréquenter les lieux de notre enfermement, on m’expliqua que la position du trousseaux de clé que l’on voyait à la ceinture de tant d’entre nous, à droite ou à gauche, indiquait dans quel sens nous fonctionnions. Le système pouvait même se sophistiquer pour préciser les pratiques par la couleur du mouchoir qui dépassait de la poche arrière de notre jean. Je dois avouer avoir oublier ces codes qui étaient tout de même bien plus sympathiques que les critères de la médecine légale au 19è siècle qui affublait les homosexuels de stigmates physiques, anus d’aspect féminin pour les passifs, forme particulière du pénis pour les actifs (« Les anormaux, cours au Collège de France », Michel Foucault).Cette signalétique semblait toutefois superflu pour ceux chez qui tout dans l’attitude évoquait pour nous la béance anale. Je n’allais pas tarder d’apprendre à mes dépends, qu’à l’apparence il ne fallait point se fier lorsque, en cette fin des années 70, Eric qui était mon amant et qui « prêtait » volontiers ses conquêtes à ses deux meilleurs copains avec lesquels il habitait le même grand studio, me mis dans les bras de Michel, très joli garçon qui se plaisait à se conformer aux stéréotypes de la « folle ». Michel avait la réputation d’être « très bien monté » mais je n’avais pas imaginé que ce fût à ce point là lorsque dans l’obscurité de la pièce où nous allions dormir tous trois, ma main découvrit son l’ampleur de son sexe lorsqu’il se glissa dans ma couche. Ayant encore une expérience très limitée de la sodomie, je bénis le ciel qu’il fût « folle ». A tort, il était actif, très actif même, j’ai mis quelques jours à m’en remettre…Je n’ai pas cherché à renouveler l’expérience.

Les folles n’étant  pas toutes « passives » (souvent tout de même!) et ceux qui font le plus « mec » loin d’être toujours actifs, on peut s’interroger sur la pertinence de la théorie psychosexuelle freudienne qui assimile la passivité à ce qui est féminin, castré et masochiste et l’actif à ce qui est masculin, phallique et sadique. Certes s’il peut y avoir superposition partielle de ces dichotomies, les pratiques homosexuelles ont aussi une indiscutable dimension historique, sociologique et culturelle. Mais surtout, toutes ces « théorisations » d’une pratique passent à côté de ce qui relève au moins autant du hasard que de la nécessité, l’expérience individuelle du plaisir et ses aléas. Si je m’en tiens à ma propre expérience, l’adoption lors de mes « premiers pas » d’une position préférentiellement passive dans mes rapports sexuels a plus tenu à mon manque de confiance en moi quant à mes performances sexuelles en tant qu’actif (on peut se demander si certains passifs exclusifs et insatiables chez lesquels on échoue à déclencher la moindre érection, n’ont pas compensé par une jouissance anale leur impossibilité d’une jouissance pénienne) qu’à une prédisposition  à cette position où à une recherche préférentielle du plaisir par cette voie (la sodomie, quelle que soit son sens, n’a d’ailleurs jamais constitué chez moi une condition pour que je considère un rapport comme satisfaisant). La passivité comme paresse….Et puis mes tous premiers amants étaient tous actifs, j’ai fait preuve d’une certaine capacité à l’adaptation…De plus toute tentative de théorisation « psychologique » de la sodomie a tendance à la « fixer » dans une des deux positions, ce que dément la possibilité de « réversibilité » d’un certain nombre d’entre nous ou même d’évolution temporelle ce dont je fais l’expérience depuis que je fréquente les bars sexe « naturistes » et que le poids du temps qui s’inscrit sur mon visage m’a amené à constater qu’un certain « argument» dont m’a généreusement doté la nature était devenu, notamment pour les passifs, un « attracteur » bien plus performant que mon « physique ». M’assumer en tant qu’actif a fait notablement remonter le « compteur » de mes rencontres…

Ne pas se fier au « gayradar »…


PS : Dans le livre qui tient lieu d’illustration, Léo Bersini  en vient – via Freud et Bataille, entre autres – à interroger la jouissance supposée dans l’acte sodomique : le rectum serait-il la tombe de ce phallus priapique que vénère le style macho ?

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