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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 21:37



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La parution de "Global Gay" fait écho à notre actualité «communautaire» abordée dans plusieurs billets antérieurs.

Il n’est pas inutile de rappeler que son auteur, Fréderic Martel, avait publié en 1996 «Le Rose et le noir : les homosexuels en France depuis 1968», livre qui avait suscité une vive polémique, entre autres parce qu’il pointait la sous-estimation par certaines associations gays de la question du Sida en début d’épidémie. L’accueil favorable qu’il avait reçu dans une partie de la presse de droite (notamment l’Express) avait renforcé la qualification de « réactionnaire » qui lui avait été attribuée par Didier Eribon, l’auteur de «Réflexion sur la question gay» (http://www.prestige-rental.com/prod/file/esprit_presse/archive/xml_sommaire/11_1996_11/11_1996_11_p000197_art1.xml).

J’avais personnellement pris un vif plaisir à la lecture de ce livre qui m'avait semblé refléter fidèlement la situation que j’avais pu vivre, du moins à partir des années 80, notamment au sein de l’association des médecins gays, même si je ne partageais pas pleinement ses réserves sur le « communautarisme et la gaypride. L’auteur s’était étonné de cette polémique : « Dans sa conclusion le livre défend une position modérée et intermédiaire entre un républicanisme crispé et un communautarisme outrancier, rejetant avec une égale vigueur les arguments des partisans du « droit à la différence » et ceux qui, au nom d'une République mythique, refusent la diversité et se satisfont trop bien d'un « droit à l'inexistence » (j’adore cette dernière expression !).

Depuis il a publié « Mainstream, Enquête sur la guerre globale de la culture et des médias », un pamphlet « J'aime pas le Sarkozysme culturel » et s’est fait remarqué par une violente et caricaturale critique de la « Grande déculturation » de Renaud Camus (ce qui a fait dire à Elisabeth Levy qu’ il "était passé du côté du manche"), ce qui le positionnerait plutôt maintenant du côté de la doxa bien pensante.

C’est avec intérêt et curiosité que j’ai abordé la lecture de « Global Gay », d’autant plus que son sous-titre «comment la mondialisation gay change le monde», dans le contexte de sa reprise de la terminologie « pre-gay/gay/post gay » proposée par des intellectuels espagnols (http://limbo.over-blog.org/article-adapte-toi-a-notre-homophobie-ou-de-l-heterosexualisation-de-l-homosexualite-109687347.html) laissait supposer un point de vue quelque peu différent de ces derniers.

Déception car de point de vue il n’y en a point vraiment, il ne s’agit guère ici d’une «réflexion sur la question gay», mais plutôt d’un état des lieux, très documenté, parfois jusqu’à l’ennui, sur le mode journalistique de l’enquête, de la situation des gays individuellement, socialement, culturellement et de ses répercutions sur l’évolution des mentalités dans un grand nombre de pays aux régimes politiques et religieux les plus divers.

Hors la "mondialisation", il n’y a guère de fil conducteur à cette succession de chapitres qui fait penser à une compilation d’articles dont la plupart sont consacrés à des pays où la situation des homosexuels est plus que difficile. J’ai cependant trouvé particulièrement intéressants celui consacré à Cuba – Mélenchon serait bien inspiré de prendre connaissance du sort que ses amis, les frères Castro, réservent aux gays – et surtout à l’Iran en pleine évolution, qui va tout à fait dans le sens du point de vue publié dans le monde de lundi, « théologiennes féministes de l’islam ». Passionnante notamment cette constatation d’une dichotomie entre le Sud et le Nord de Téhéran, encore au stade des "pratiques", de l’ombre, pré-gay pour le Sud, identitaire, « déjanté », au stade « gay » au Nord.

Une place relativement limitée est consacrée aux pays occidentaux, presque inexistante pour la France, avec toutefois la proposition d’une typologie convaincante de l’organisation de la vie gay dans les grandes villes: le «cluster», regroupement de lieux gays sur quelques rues, le plus souvent en périphérie ; «le village», comme le Marais à Paris ou Castro à San Francisco ; le «strip» où tout s’organise le long d’une avenue comme Santa Monica Boulevard à Los Angeles ; la «colonie», lieu historique, souvent estival comme Key West ou Sitgès et Mykonos en Europe ; «l’alternatif», décrit comme plus socio-culturel que géographique même s’il est localisé, gayfriendly, en quelque sorte « désexualisé » ; enfin l’ «étalement» (sprawl), éparpillement des lieux gays dans toute la ville. Les deux dernières typologies témoignent de cette évolution « post gay » des pays occidentaux : «plus une ville est gayfriendly, plus la vie gay s’éparpille et se dissout dans le tissu urbain ; plus la tolérance est fragile, plus la vie gay se regroupe en «villages» et en «clusters». J’ai eu la sensation en lisant le chapitre sur New York que je ne retrouverais pas facilement mes marques dans cette ville dans laquelle j’ai vécu un mois, et des nuits « déjantées », en 1993….

Le contraste est saisissant entre un monde occidental entrain de basculer dans un monde post-gay, où «la pénalisation de l’homosexualité laisse la place à la pénalisation de l’homophobie» et l’Orient, notamment en terre d’Islam où la révolution gay progresse pas en pas, non sans risque, progression formidablement aidé par internet et la puissance des réseaux sociaux qui permettent de contourner la censure et l’invisibilité.

L’intérêt et l’utilité de de livre ne sont pas discutables, formidable outil de travail pour le chercheur, voire guide de voyage. On peut cependant regretter qu’il ne questionne pas -si ce n’est de manière anecdotique - cette évolution, vue me semble t’il, contrairement aux auteurs d’ « Homographies », de façon quelque peu idyllique en Occident.
 

 

 

 

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