Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 21:33

3423940_6_01d7_pierre-deladonchamps-a-droite-dans-le-film_5.jpg

Lors d’un récent congrès à Barcelone, par un temps qui là non plus n’était pas vraiment de saison, tout au moins pour la Catalogne, j’ai eu le plaisir d’y retrouver un « monument» de la neurologie française, que j’avais fait inviter comme orateur à une conférence sur la maladie d’Alzheimer. Agé de plus de 82 ans, à la retraite depuis des années, s’il ne fut pas un de mes «maîtres» - je n’ai jamais été un de ses élèves, il professait à la Pitié-Salpêtrière, alors que j’exerçais à Bordeaux – je lui ai toujours voué une grande admiration et j’avais particulièrement été touché par la lettre de remerciements qu’il m’avait adressée lorsque, sur les conseils de mon chef de service, un autre grand nom de la neurologie, je lui avais envoyé un exemplaire de ma thèse dont le sujet, « l’alexie sans agraphie » touchait à son domaine de prédilection, la neuropsychologie. Lors d’un diner qui a suivi cette conférence, le vin aidant, il entama une discussion quelque peu enflammée avec un autre orateur, chercheur fondamental, qui défendait une vision très organiciste de la maladie en question, alors que lui-même en avait une approche beaucoup plus « holiste », neuropsychologique, dans laquelle on pouvait décerner une certaine influence freudienne, d’autant moins étonnante qu’il appartient à cette génération de médecins dits « neuropsychiatres », parce que formés avant que ces deux spécialités, neurologie et psychiatrie, ne soient séparées en 1968. Je ne pus m’empêcher de prendre quelque peu le parti du jeune chercheur contre le « maître» et lui dire mon étonnement quant à son attachement à la psychanalyse. Il se tourna alors vers moi et me demanda : « pourquoi y êtes vous donc si opposé?». La réponse qui me vint immédiatement à l’esprit, je ne sais pourquoi (le vin peut être…) car j’aurais pu en donner bien d’autres, et dont je vis à l’expression de son regard qu’elle était totalement inattendue pour lui fut : « parce que je suis homosexuel». Il ne s’est bien sûr pas contenté et j’ai développé les arguments maintes fois exposés dans d’autres billets de ce blog, mais il semble que je lui ai appris que l’exclusion de l’homosexualité du cadre des maladies mentales lors de la révision du DSM-III (classification internationale des maladies psychiatriques) en 1987 s’était faite contre l’avis des psychanalystes.

Durant ce même congrès, «Grindr» m'a donné l'occasion d'un échange inattendu. J'y fus contacté par un certain « Frenchparis », qui n’affichait aucune photo, et qui me tint à peu près ce langage : « Salut, tu es en congrès ? Désolé, mais je crois que je t’ai croisé dans les couloirs de l’hôtel, j’habite le 12è et ta photo me disait quelque chose. Pour la petite histoire je l'avais déjà vu sur Grindr à Paris et en la retrouvant en me connectant ici à Barcelone, j’ai cru que mon téléphone merdait, puis je t’ai croisé hier et reconnu. T’es neuro ? ». J’ai seulement appris, car il ne s’est pas identifié et n’a pas mis sa photo, qu’il était neurologue hospitalier à Paris et qu’il faisait partie du groupe de médecins qui nous accompagnait. Si nous pouvons maintenant nous marier, il ne semble pas que cette "avancée" ait fait progresser le désir de « visibilité » de certains d’entre nous…..

L’univers de la drague homosexuelle, non sur les réseaux sociaux comme Grindr, mais dans un ces espaces naturels qui furent longtemps ses lieux privilégiés, ici les bords d’un lac du Sud de la France, constitue le décor d’un des plus beaux films, un des plus grands, qu’il m’ait été donné de voir ces derniers temps. L'accueil critique enthousiaste qui a accompagné la sortie de « L’inconnu du lac » d’Alain Guiraudie, présenté à Cannes dans la section « un certain regard », m'a incité à me précipiter dans une des rares salles qui le programment. Le film se situe en un lieu unique - une plage « naturiste » au bord d’un lac, lieu de rendez vous où des homosexuels de tout âge viennent en période estivale chercher le plaisir ou tuer l’ennui – et se déroule en plusieurs plans séquence, d’une journée, immanquablement inaugurés par l’arrivée de Franck, le héros de l’histoire, dans sa R25. En ce lieu "théâtral", toutes les figures du désir vont défiler: consommation sexuelle effrénée ; jalousie ; indifférence à tout de qui n’est pas son objet (cruauté du milieu…) ; cristallisation, ici dans l’amitié de Franck avec Henri - « l’hétérosexuel» bedonnant quitté par sa femme et qui tente de noyer sa solitude dans la conversation avec un beau garçon - , là dans sa passion pour Michel, inquiétant et insaisissable, qu’il soupçonne d’avoir assassiné son amant ; sa vanité aussi que seule la lucidité du regard d’Henri a perçu qu’elle peut constituer une épopée vers la mort, illustrée par le suspense hitchcockien qui clôture le film. La mise en scène sobre et magnifique et une interprétation remarquable jusque dans les seconds rôles contribuent à faire de ce film un sommet du cinéma gay et peut être du cinéma tout court.

Quelques mots aussi pour témoigner de ce fascinant hommage à ce génie du cinéma que fût Stanley Kubrick, que nous livre le documentaire "Room237", voyage à l'intérieur de "Shining", où plusieurs intervenants nous livrent leur interprétation du film, jusqu'au délire (notamment celle qui fait de ce film un "repentir" de Kubrick quant à sa participation à une réalisation "truquée" du premier alunissage).

Partager cet article
Repost0

commentaires