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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 12:43

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En rentrant de Bordeaux, samedi en huit, de bonne heure, afin de pouvoir participer à la Gaypride parisienne, je suis tombé sur un article du journal Sud-Ouest, qui rendait compte de la démission d’Arbela d’Arcangues, petit fille de Pierre d’Arcangues, premier bâtisseur de ce village dont il fut le maire pendant 40 ans. Elle manifestait, par cette décision, son opposition au maire actuel qui avait refusé la célébration d’un mariage gay dans sa commune : «Arcangues n'a jamais été réactionnaire. Arcangues chantait sa tolérance. N'est-ce pas se compromettre que de s'être octroyé le droit de décider de ce qui est acceptable ou pas ?". Elle aurait pu ajouter que dans le cimetière de ce village, reposait, objet de pèlerinage, une des « folles » les plus célèbres de France, Louis Mariano !

Cette gaypride ne m’a pas paru mériter, du moins à elle seule, un billet de plus sur ce blog. Je l’attendais beaucoup plus festive, étant donné les circonstances, mais nous avons eu droit au défilé syndical habituel, loin du « carnaval gay » des années fastes. Beaucoup de monde toutefois, on ne saura jamais combien exactement, puisqu’aucun comptage officiel ou officieux, une première, ne nous a été donné, pour éviter sans doute toute comparaison avec les rassemblements anti-mariage pour tous. Cette année j’ai pu la parcourir en long et en large, puisque je ne défilais pas avec « l’association des médecins gays », non seulement parce qu’elle n’était pas représentée comme les trois années précédentes, mais aussi parce que j’ai préféré prendre un peu de recul depuis qu’une nouvelle direction a décidé d’en changer le nom en l’élargissant aux « gayfriendly » -notre indifférenciation est dans l’air du temps. La fête, elle eu lieu le soir dans le marais, envahi par une marée humaine au point de former un immense bar en plein air.

C’est dans le même avion qui me ramenait de Bordeaux que j’ai trouvé l’article consacré à la schizophrénie qui m’a donné l’idée ce billet. En tant que neurologue je n’étais pas destiné à m’intéresser à cette maladie fascinante, du ressort de la psychiatrie, mais à mon entrée dans l’industrie à la fin des années 80, le hasard de l’attribution des projets m’a amené à prendre en charge le développement d’un nouvel antipsychotique qui allait bouleverser le pronostic de nombre de schizophrénies réputées résistantes à toute thérapeutique. Ce fût sans aucun doute la plus exaltante de mes aventures professionnelles. Il n’est nullement dans mon intention de raviver les polémiques déclenchées par mon dernier billet sur l'autre version de clog publiée sur gayattitude (http://blog.hyperion.gayattitude.com/), mais plutôt que de répondre à l’interrogation de mon interlocuteur quant à mon opinion négative sur la psychanalyse, de façon quelque peu provocante, par un « parce que je suis homosexuel », j’aurais pu lui conter mon expérience dans un Centre Hospitalier Spécialisé de Sarreguemines en 1992– j’en ai un souvenir très précis car Edith Cresson venait d’être nommé premier ministre et je n’avais pu m’empêcher d’apostropher la collègue qui m’accompagnait par un « je crois que Tonton a pêté un câble » - où je tenais une conférence sur ce nouveau neuroleptique. Un des psychiatres de l’audience, également psychanalyste, m’a posé la stupéfiante question suivante à laquelle je n’étais pas préparé: « mais pourquoi voulez vous priver le malade de son délire, c’est une façon pour lui de s’exprimer, il ne délire pas sans raison ». Il me semble lui avoir répondu, après un instant de sidération, « parce que je suis médecin », voulant lui signifier ainsi que nous avions fait le serment de soulager, il n’y a pas de délire heureux chez le schizophrène.

Mais je m’éloigne du sujet de l’article en question, car aujourd’hui les psychanalystes ont abandonné le champ de la schizophrénie pour le laisser, du moins de façon prioritaire, à la psychiatrie biologique. Des chercheurs américains ont pu déceler par des techniques d’imagerie cérébrale, chez des patients ayant présenté un premier épisode psychotique, une intense activité d’une zone du cerveau impliquée dans les phénomènes d’attention et de mémoire, l’hippocampe, qui est aussi une des premières structures atteintes dans la maladie d’Alzheimer, aujourd’hui sujet de mes préoccupations professionnelles. Ces deux maladies n’ont certes aucun lien, aucune cause commune, mais il est intéressant de noter qu’à l’origine, elles étaient toutes deux qualifiées par le terme de démence qu’un psychiatre, Pinel, avait fait passer dans le domaine médical, en 1801, en le définissant comme un « affaiblissement intellectuel généralisé ». En effet en 1897 Kraepelin définit la « démence précoce », une maladie du sujet jeune, qui ne prendra le nom de schizophrénie qu’avec Bleuler en 1908, alors qu’en 1910 il fait une description détaillée de la « démence tardive » à laquelle il donnera le nom d’un de ses élèves qui l’avait découverte, Alzheimer…

L'ambivalence est un des symptômes majeurs du syndrome de discordance qui est au cœur de la schizophrénie. Je me demande parfois si l'attitude des dirigeants actuels en occident vis à vis des "révolutions en terre islamique" ne mériterait la qualification "d'ambivalente". Si j'ai approuvé sans aucune réticence l'intervention française au Mali qui visait à ne pas laisser s'installer une base terroriste à nos portes, je n'ai pas réussi à comprendre comment on pouvait envisager d'armer en Syrie des "rebelles" qui participent de la même mouvance que ceux qu'on a contribué à éliminer au Mali! Certes le dictateur syrien dirige un régime monstrueux, mais en quoi l'est il plus que celui que conduisait Saddam Hussein alors que la communauté internationale unanime a condamné l'intervention américaine, et en quoi le serait il moins que celui qui pourrait lui succéder? Les événements récents en Egypte et en Turquie nous ont démontré par "l'expérience" que l'Islam "politique" était décidément insoluble dans la démocratie, du moins telle que nous la concevons dans nos pays aux racines chrétiennes...Il serait sage de nous pas nous mêler de ces "guerres de religion".

Je m'envole pour Boston samedi matin, le congrès mondial annuel sur la maladie d'Alzheimer.

 

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