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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 21:21

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J’avais déjà eu l’occasion de découvrir cette ville, berceau de la démocratie américaine, lors d’un précédent congrès qui se déroulait dans l’entre-deux tours de la campagne présidentielle de 2007. Il y a 6 ans, ma pratique des réseaux sociaux de rencontre étant encore embryonnaire, j’avais envisagé d’aller explorer les bars et clubs de la ville, mais constatant qu’il n’y avait pas de « village » à Boston - les lieux gays y sont éclatés, sur le mode de "l'étalement" (voir le billet intitulé "Global Gay") - j’y avais finalement renoncé car ils étaient trop éloignés de mon hôtel et le poids des années commençant à se faire sentir je n’avais déjà plus le courage de ces escapades nocturnes, plus aléatoires qu’autrefois, qui ne se terminent souvent qu’au petit matin et qui vous font croiser, pas rasé et les cheveux en friche (enfin non, pas vraiment, il y a longtemps que je n’en avais plus), dans le hall de l’hôtel, vos collègues qui se dirigent vers la salle du petit déjeuner, et qui, pour ceux d’entre eux qui vous connaissent bien, vous gratifient d’un sourire entendu. Maintenant que les réseaux sociaux sont devenus mon quotidien, la seule question qui se posait était de découvrir lesquels étaient les plus fréquentés dans le Massachussetts, le découvrir par soi-même car si les « guides gays » sont très exhaustifs sur les lieux « physiques » de rencontre, ils ne vous disent rien de ce qui se passe sur le web. Les plus fréquentés se sont révélés être « Manhunt » et « Jack’d», suivis de « Hornett», « Scruff» et « Growl», alors que, comment souvent aux Etats Unis, gayromeo était déserté. Quant au mythique « Grindr», la fréquence d’intrusions intempestives provenant d’individus, probablement virtuels, localisés selon le GPS de l’application à des milliers de kms et qui envoyaient des liens vers des sites pornographiques, m’a obligé à ne plus l’utiliser ; cet étrange phénomène a cessé dès que j’ai eu quitté Boston. Ce qui frappe tout de suite lorsqu’on parcourt les profils sur ces applications, c’est la présence massive des jeunes, voire des très jeunes, et une obésité beaucoup moins répandue que dans d’autres villes américaines que j’ai eu l’occasion de visiter, ce qui témoigne probablement du dynamisme de cette ville - qui compte en moyenne plus d’actifs que le reste du pays, à l’économie orientée vers la haute technologie, sorte de seconde Silicon Valley -, d’une forte présence étudiante et d’une vie culturelle intense.

Le climat qui y régnait en cette mi-juillet n’incitait pas à quitter les lieux climatisés. La chaleur était si étouffante, l’air si chargé d’humidité, que je n’ai même pas été capable de terminer mon « running», le long de Seaport et de la « Charles River », que j’ai dû interrompre au bout d’une demi-heure par crainte d’un malaise. Il n’était malheureusement pas possible, du fait de mes obligations professionnelles, de dégager suffisamment de temps pour aller visiter Cap Cod, son littoral sauvage et surtout le petit village de Provincetown, devenu une des destinations gays les plus courues.

Le dernier roman de Dennis Lehane, « Ils vivent la nuit », dont l’action, comme celle de la plupart de ces romans, se déroule à Boston, m’a accompagné tout au long de ce voyage. Dennis Lehane est connu pour la série de thrillers dont Patrick Kenzie et Angela Gennaro, ses deux « privés», sont les héros et dont le dernier opus m’avait déçu, mais surtout pour deux chef d’œuvre du roman noir, « Mystic River », une autre des rivières qui traverse la région de Boston, et « Shutter Island », tous deux portés à l’écran. « Ils vivent la nuit » est souvent présenté comme la suite du monumental « Un pays à l’aube», centré sur la révolte policière et les luttes syndicales qui ensanglantèrent Boston en 1919, au moment où les soldats américains, au retour de la grande guerre allaient trouvés leurs emplois occupés par des noirs dans un contexte de crise économique majeure. C’est en partie vrai puisque le roman narre le destin, une dizaine d’années plus tard, en pleine prohibition, de Joe Coughlin, frère cadet de Danny, l’agent de la police de Boston qui est le héros de «Un pays à l’aube». Mais si ce dernier était avant tout une magistrale fresque familiale, historique, sociale et politique (http://limbo.over-blog.org/article-un-pays-a-l-aube-67136499.html), « ils vivent la nuit » est un grand et vrai roman « noir » qui conte l’ascension et la chute d’un jeune caïd au moment de la naissance de la pègre et de la constitution des réseaux maffieux., sans oublier cependant que le contexte historique et politique reste très présent, comme en témoigne ce passage où Joe va voir passer, lors de son séjour en prison, Sacco et Vanzetti qu’on amène à la chaise électrique. Ben Affleck, qui a déjà porté à l’écran, de façon très efficace, « Gone baby gone », un des épisodes de la série « Patrick Kenzie », devrait réaliser une adaptation de cet excellent thriller.

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