"Si la Turquie doit faire partie, ou non, de l'Union européenne, c'est une question qui en implique des dizaines d'autres, toutes de la plus haute importance. Elles ne sont pas seulement
politiques, bien loin de là; certaines sont à proprement parler philosophiques, ontologiques, herméneutiques, etc.… ». Cette question de l’appartenance ou non de la Turquie à l’Europe, à laquelle
cette citation, tirée du livre de Renaud Camus « Du sens », fait référence, m'est à nouveau venue à l'esprit à l'occasion d'une lecture récente et de la réflexion d'un collègue turc lors d'un
congrès à Genève, mentionnée dans un billet récent (L'affaiblissement de Sarkozy lui semblait favorable à la cause turque).
Il y a 4 ans, lors d’un autre congrès, à Istanbul, le conférencier qui me précédait a inauguré son propos en se disant heureux d’être dans une des plus belles villes d’Europe ce qui a provoqué un
très discret murmure dans l’audience. Il m’a semblé amusant, tout en précisant qu’il ne fallait y voir aucune prise de position mais un simple désir d’équilibre, d’inaugurer le mien en me disant
heureux de me trouver dans une des plus belles villes d’Asie. Applaudissements d’une partie de l’audience…
Aucune prise de position de ma part en effet, car je dois avouer que la lecture des arguments « historico géographiques » que l’on nous assène de part et d’autres ne m’ont jamais semblé
totalement convaincants et le plus souvent témoignant d’une certaine mauvaise foi. On va même jusqu’à évoquer la légendaire ville de Troie qui se situerait en Turquie…Ma lecture récente du roman
historique «La Religion» qui conte l’attaque, elle échoua, de l’armada de l’empereur Ottoman « Soliman le magnifique » contre la ville de Malte défendue par les Hospitaliers menés par le
chevalier De la Valette, fournirait plutôt des arguments au camp adverse. "L’ordre" fut alors fêté dans toute l’Europe en tant que sauveur de la Chrétienté. On sait que Malte a récemment été
admise dans l’union européenne et qui sait si une des raisons secrètes de l’escapade de Nicolas Sarkozy à Malte au lendemain de son élection, où il avait proclamé « La France est de retour en
Europe », sur le yacht de son ami Bolloré, n’était pas un signal fort dans ce lieu historique pour proclamer, son hostilité à l’entrée de la Turquie dans l’union et son attache aux racines
chrétiennes de l’Europe, en quelque sorte l’héritier du chevalier! Et pourtant même dans ce cas tout n’est pas si simple : l’empire Ottoman était alors un empire européen plus grand que celui de
Charles Quint, allant jusqu’à la Bosnie et la Hongrie, et il existait un traité secret d’alliance entre François 1è et Soliman….
Personnellement aucun argument historique, géographique, religieux ou culturel ne saurait déterminer ma position quant à l’entrée de la Turquie dans l’union. Je ne sais si la Turquie fait ou non
partie de l’Europe, mais le seul fait que la question se pose sans qu’on puisse la trancher justifie à mes yeux qu’on admette un pays qui en la désir et à qui on a donné sa parole. Un seul
argument a, pour moi, du poids, et cette entrée ne saurait être effective tant qu’il ne lui a pas été porté une réponse sans ambiguïté, l’argument démocratique et la liberté religieuse. Nous
avons quelques années pour convaincre les Turcs de poursuivre leur évolution dans un sens conforme aux valeurs européennes.
Mais laissons la parole à qui ne partage point cette opinion :
« Sur les contradictions de M. Sarkozy à propos de la Turquie
Le parti de l'In-nocence attire une nouvelle fois l'attention sur les contradictions et les ambiguïtés du président de la République, M. Nicolas Sarkozy, à propos de l'éventuelle entrée de la
Turquie dans l'Union européenne. Tout en s'y déclarant hostile devant ses électeurs il ne fait rien pour enrayer la progression qu'on pourrait croire irrésistible du processus, et tout se passe
comme si la Turquie s'approchait sans cesse davantage d'une adhésion au fur et à mesure de fermes déclarations des uns et des autres, mais surtout de M. Sarkozy lui-même, selon lesquelles, de
cette adhésion, il n'est pas question. Avec M. Sarkozy à leur tête, les opposants à l'entrée de la Turquie dans l'Union sont comme une armée qui ne remporterait que des victoires, mais toujours
plus près de sa capitale. Au demeurant tout refus d'adhésion de la Turquie qui s'appuie sur des motifs circonstanciels est déjà une capitulation. Si la Turquie ne doit pas faire partie de l'Union
européenne, c'est parce qu'elle n'appartient pas à l'Europe et qu'une Union dont elle serait membre n'aurait aucun sens, aucune réalité de civilisation, aucun des caractères d'une patrie. »
(Renaud Camus, communiqué du parti de l'innocence)