Overblog Tous les blogs Top blogs LGBT
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 23:32

Numeriser0002.jpg

Bernard parti vers d’autres aventures et le « Bengali » dans sa famille lyonnaise, c’est l’humeur plutôt triste, ce qui m’aida à perdre quelques kilos (je ne pratiquais aucun autre sport que le sexe) que j’abordais l’automne 80. J’avais repris mes expéditions nocturnes, collectionnant les « tricks » dont les protagonistes étaient le plus souvent du même style, jeunes voire très jeunes, plutôt petits, minces, parfois très minces. Au début octobre, à la « danse du tapis », au Smart, je fus invité à plusieurs reprises par un grand et beau jeune homme, plutôt bâti , pas vraiment mon «genre». Je l’avais déjà remarqué lors de soirées préalables, le type de personnages dont on a l’impression qu’ils se font une « certaine idée » d’eux même. Il ne m’avait jamais semblé, jusque là, s’intéresser particulièrement à moi, c’était réciproque. Il me tendit une dernière fois le tapis, à ce moment là le DJ passait le dernier tube de Diana Ross - Upside Down- en me disant : « puisqu’il n’y a rien de mieux ce soir… », pas très encourageant, confirmation de mon impression défavorable, mais le « si on allait chez moi » qui a suivi m’a pris de court, hypnotisé j’ai dit « oui ». Cela ne pouvait pas se bien passer, j’ai eu à nouveau l’impression que c’était la première fois, pas la moindre érection. Il ne parût pas s’en émouvoir, disant même, à la fin d’une longue nuit où nous parlâmes beaucoup sur l’oreiller- « c’est bien supérieur à ce que j’ai connu jusqu’ici » - il ne parlait pas du sexe bien sûr, je le reverrais donc. 20 ans, fils d’un maçon d’origine italienne, il travaillait à la mairie de Bordeaux, service des listes électorales, et -décidément je n’avais pas de chance- militant RPR ! Nous passâmes plusieurs nuits ensemble dans le mois qui suivit, mais le pouvoir de séduction que j’exerçais sur lui ne suffisait pas à lever mes inhibitions - il m’avoua par la suite avoir commencé à se poser des questions - car je ne bandais toujours pas…Puis, une nuit, mystère, « ça » a fonctionné…le pied! Il fût sans doute l’un des garçons les plus sensuels que j’ai jamais rencontrés. Il se disait bisexuel (il avait effectivement eu plusieurs expériences féminines, il n’en eût plus). C’est chaque fois avec des bisexuels que j’ai retrouvé (les vrais, ce qui est exceptionnel) ce type de sensualité, une approche charnelle « enveloppante » inhabituelle chez les « gays ». Il venait le plus souvent chez moi, mais pas tous les jours, il ne s’agissait alors que d’une relation privilégiée, je ne me faisais aucune illusion. Je n’ai donc pas renoncé à faire un petit voyage, en voiture (je me souviens avoir entendu à la radio que Michel Rocard venait de se porter candidat, avant de renoncer, aux présidentielles de 81) jusqu’à Lyon, pour aller voir le Bengali qui se morfondait dans sa ville natale.
Progressivement Pierre Jean est venu de plus en plus souvent, amenant même à demeure des affaires personnelles. Un certain temps après mon retour de Lyon , en réponse à une « innocente » question sur mes aventures passées et sur ce voyage, j’ai reconnu avoir couché avec Michel. Il le prit fort mal, je lui ai dit que je n’avais jamais décelé dans son comportement le désir d’une relation privilégiée, voire exclusive avec moi. Cela a sans doute précipité son installation définitive, abandonnant son propre appartement. L’entente semblait parfaite, nous passions chaque jour de longs moments au téléphone depuis nos lieux de travail. Je ne sais ce que nous pouvions bien nous raconter, il n’y avait aucune affinité intellectuelle entre nous, mais nous trouvions pourtant matière à ces échanges. Pierre Jean n’était pas plus « cérébré » que Bernard, mais plus « éduqué », il avait une certaine prestance qui faisait illusion en société, un beau garçon qu’on aimait « sortir », celui qu’on vous envie. J’ai à plusieurs reprises constaté dans le regard de ceux qui le draguaient, lorsque nous étions en boîtes ou bars, une réaction de dépit qui trahissait leur pensée : «il pourrait se trouver beaucoup mieux que ça». J’y prenais un certain plaisir, cela renforçait mon désir. Il n’était cependant pas seulement un beau garçon et un «amant » surdoué, il était également tendre et attentionné. En ce temps là Baschung chantait, « Vertige de l’amour », et Francis Lalanne, qui ne se prenait pas encore pour un penseur, « La plus belle fois qu’on m’a dit je t’aime, c’est un mec qui me l’a dit ».
Au début du printemps 81 nous avons décidé de prendre ensemble un appartement et nous sommes installés dans une résidence du quartier Mériadec en pleine rénovation où nous avons trouvé un 2 pièces qui nous convenait. Je devais y rester jusqu’à mon départ de Bordeaux en 88. Il annonça son homosexualité et mon existence à ses parents, sous le choc sa mère fût hospitalisée quelques jours. Cependant par la suite il pu m’inviter dans sa famille qui habitait un petit village du Lot et Garonne, Castillonnes. Nous aimions tous deux, une question d’éducation, la très bonne cuisine. C’est avec lui que j’ai commencé à fréquenter les restaurants « dont on parle ». Mais l’amour, toute la littérature ne cesse de le dire, c’est une histoire qui n’est pas destinée à finir bien.
Pour un tonton maniaque, être en couple en mai 81 avec un militant RPR ne s’est pas révélé une sinécure. Le soir du 10 mai Pierre Jean travaillait au dépouillement des résultats dans son service à la mairie, pendant que je découvrais, les larmes aux yeux, le visage de François Mitterrand apparaître sur les écrans de télévision et ceux, effondrés, d’Etienne Mougeotte et Jean Pierre Elkabbach. Quel moment inoubliable, intense, unique. Je regrette aujourd’hui d’avoir résisté, pour lui, à aller me joindre aux manifestations de joie dans les rues de Bordeaux. Il est rentré vers 22 heures et sans un mot s’est couché. Les jours qui ont suivi ont du être quelque peu tendus entre nous. Quelle époque, je me souviens être allé faire un remplacement chez un médecin qui venait d’annuler ses vacances et dont la femme m’a prévenu qu’il s’était enfermé dans sa chambre avec un fusil, attendant les Russes !
Quelques temps après, lors d’une réception que donnait mon frère et dont Bernard, le pâtissier, assurait l’intendance, ce dernier est venu me souffler à l’oreille à propos d’un des invités de mon frère, son futur associé, marié et père de deux enfants : « vu la façon dont il me regarde, je te parie qu’il est « branché » ». Je ne sais pourquoi, je suis allé rapporter cette confidence à mon frère, ce qui le perturba beaucoup et il ne pu s’empêcher d’essayer d’en avoir le cœur net auprès de l’intéressé. Sans doute, avoir un frère et un associé pédés, trouvait il que cela commençait à faire beaucoup. Le pâtissier avait vu juste. La réaction de l’individu en question, appelons le X car j’ai oublié son prénom (je n’ai su que ce que m’en a dit mon frère) aurait été violente, notamment à mon égard, du style « il me le paiera ». X lui confia cependant aller régulièrement à Paris se payer des gigolos, car son travail lui ne lui laissait pas le temps de mener une double vie, et de toute façon « payer » le faisait jouir. J’étais loin de me douter que j’avais mis le doigt dans un engrenage infernal. Au début de l’été Pierre Jean commença à aller plus souvent chez ses parents et un week-end où je passais quelques jours de vacances chez les miens, mon frère m’ a laissé entendre que je devrais m’inquiéter de ce qu’il faisait en mon absence. Je n’ai pas accordé le moindre crédit à ses soupçons. Peu de temps après, un dimanche soir alors que j’attendais le retour de Pierre Jean, soi disant dans sa famille, mon frère m’a appelé pour me dire : « Je ne peux plus me taire, Pierre Jean a passé le week-end avec X, sa femme partie est en vacances avec ses enfants ». Je n’arrivais pas à croire quelque chose d’aussi sordide. Ce moment est encore si présent que je me souviens avoir attendu son retour en écoutant le Sacre du Printemps. Une fois rentré il ne tarda pas à tout avouer et à s’effondrer, mais il faisait partie de ces individus qui ont un fort potentiel de persuasion verbale, des manipulateurs qui savent retourner les situations les plus difficiles à leur profit, arrivant presque à se faire passer pour une victime des agissements de l’individu en question et de mon frère : « tu te rends compte, il m’obligeait à venir faire l’amour chez nous en ton absence, etc.… ». Je ne sais jusqu’où j’ai pu adhérer à ce discours, mais à la condition que cette relation cesse immédiatement, j’ai passé l’éponge. Ce qui m’a le plus attristé c’est d’apprendre le rôle qu’avait joué mon frère, celui d’un entremetteur en fait. Nous n’avions jamais été très proches, son instabilité psychologique et sa paranoïa m’éloignaient de lui, mais il était un des rares de ma famille à avoir accepté mon homosexualité. Cet épisode nous éloigna un peu plus encore, jusqu’à je cesse de le voir, des années plus tard lorsque l’aggravation de ses troubles du comportement, qui ont conduits X à rompre son association avec lui, ont fini par le conduire à l’hôpital psychiatrique et au suicide il y a 5 ou 6 ans.

Pierre Jean cessa vraiment de voir X, mais celui-ci ne me laissa pas tranquille, harcèlement téléphonique un temps, menaces à peine voilées parfois, puis quand j’ai eu quitté Pierre Jean, il lui arrivait de passer chez moi, pour savoir avec qui j’étais, pour me parler de ses aventures aussi. Je ne sais pourquoi je le recevais, sorte de défi. Je ne le craignais plus et c’est avec un sourire amusé, mais sans aucun esprit de « vengeance » que je me suis trouvé, après ma rupture avec Pierre Jean, en situation de coucher avec un de ses amants qu’il m’avait imprudemment présenté.
Je repris tant bien que mal mon aventure avec Pierre Jean, je n’ai plus un souvenir très précis des semaines qui ont suivi. Début septembre nous partîmes en vacances ensemble découvrir Sitgès que nous ne connaissions pas et qui avait la réputation d’être un formidable village gay. Le premier contact avec cette ville ne fût pas celui espéré et me laissa un souvenir amer. Pierre Jean n’arrêtait pas de téléphoner et semblait fébrile, ne voulant me dire exactement qui il appelait. J’ai fini, à force de le harceler, par découvrir qu’il avait un amant à Paris qui l’obsédait. La situation devenant insupportable je décidais d’interrompre les vacances et nous sommes rentrés à Paris où rien ne me fût épargné. Il devenait clair que Pierre Jean n’avait aucune intention d’interrompre sa liaison tout en restant avec moi (il était d’ailleurs toujours aussi performant au lit!). Je refusais un tel marché et lui demandais de quitter les lieux, ce qu’il fit me jetant ses clés au visage.
Encore une séparation douloureuse, on se s’habitue jamais. Quelques semaines plus tard Ginette croisait mon chemin, mais cette histoire là je vous la raconterai bientôt.
Je revis Pierre Jean assez vite, il s’était lassé de son aventure. Il est alors devenu…mon amant. Situation peu courante où l’on se retrouve amant après avoir été ami. La situation dura ainsi quelques mois, une à deux fois par semaine, envisageant de reprendre la vie commune quand j’aurais eu réglé le problème « Ginette ». Mais je m’aperçus assez vite qu’il n’était point pressé et qu’il trouvait pas mal d’avantages à son statut d’amant…J’ai alors espacé mes visites, jusqu’à les interrompre. Par la suite il rencontra JC. avec qui il vécu 4 ans et moi, peu après, Bernard2 avec lequel j'allais passer 15 ans. Nous eûmes encore, à deux ou trois reprises, des rapports sexuels mais cela ne pouvait décemment continuer lorsque JC. est devenu un proche. Nous sommes enfin devenus des « ex ». Bernard2 le tolérait, sans plus, d’autant plus qu’il prenait plaisir à faire état de la « qualité » de nos relations passées. Il fit en sorte que peu à peu les rencontres s’espacent. Puis Pierre Jean quitta JC., qu’il avait trompé de façon industrielle, pour un autre garçon que j’ai oublié, et nous cessèrent de nous voir jusqu’à nous perdre presque de vue lorsque je partis à Paris.
JC. était devenu entre temps un ami. Il a toujours soupçonné la relation adultère entre Pierre Jean et moi, mais il ne voulait pas vraiment savoir. Alors professeur agrégé d’histoire, et aujourd’hui proviseur adjoint d’un lycée parisien, JC. fût le confident et parfois le témoin des mes infidélités ultérieures. Lui qui, célibataire, se révélait un séducteur infatigable, pouvant « se taper » plusieurs garçons par jour, passait à une fidélité totale lorsqu’il était en couple. Il jugeait en fait sévèrement ce qu’il appelait "ma théorie" » sur le fonctionnement du désir et encore plus mes infidélités, et ce d’autant plus que ma relation avec Bernard2 a duré des années alors que lui allait d’échec en échec. Il y a 4 ou 5 ans, ayant rencontré à nouveau quelqu’un, il décida brutalement de couper les liens avec son passé, et notamment le «milieu» qu’il rendait responsable de tout et avec moi qui personnifiais tout cela. Je n’ai de ses nouvelles que par un ami d’enfance, le seul qu’il continue à voir. Quant à Pierre Jean je l’ai rencontré par hasard dans un bar bordelais il y a une dizaine d’années, toujours beau garçon, nous avons bu un verre agréablement, et nous sommes échangés les numéros de portable, mais aucun des deux n’a rappelé l’autre.

En juillet 81 le New York Times faisait état du 1è cas de « cancer gay » à San Francisco, et deux mois après ma rupture avec Pierre Jean, fin 81, le premier cas était signalé en France. Nous ne soupçonnions pas qu’il en était fini des années d’insouciance



http://www.youtube.com/watch
 

Partager cet article
Repost0

commentaires