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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 22:35

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« Nous sommes les autres » disait Henri Laborit. Il entendait que nous sommes ce que les autres - la famille, les éducateurs et professeurs, etc. – ont fait de nous. « Vous n’aurez pas ma liberté de penser » chantait l’autre qui ne voulait pas payer d’impôts, en effet « ils » n’auront pas ce qu’il n’a pas….Il en est de même bien sûr pour notre culture « personnelle », « personnelle » car elle est unique, mais bien « impersonnelle » dans sa genèse. Je serais bien incapable de faire la part en ce qui concerne ma propre culture (entendu au sens large de contenu des connaissances et de façon d’appréhender et de réagir au monde) de ce qui revient à la génétique (qui peut déterminer les « aptitudes » ), ma famille, mon éducation scolaire et religieuse, l’environnement audio-visuel, la rencontre de l’autre, le hasard, etc. Ce que je sais c’est qu’au sortir de l’adolescence mon « contenu » culturel était essentiellement de nature « cognitive » (sous la dépendance du cerveau gauche diraient les neuropsychologues), réflexive, passant par le langage et les signes : littérature, sciences, philosophie, alors qu’on pouvait parler de vide presque absolu en ce qui concerne la connaissance que je qualifierai « d’esthétique », non réflexive (schématiquement sous la dépendance du cerveau droit) : peinture, musique, architecture, etc. La dichotomie cognitive/esthétique est bien sûr schématique (quid de la poésie par exemple, du style ? et il y a du réflexif dans l’art). Mais mon propos n’est point là.

Le cerveau devenant moins « malléable » le temps passant (il est ainsi moins probable que des découvertes scientifiques, du moins pour les sciences « dures », soient faîtes au-delà de 35 ans), l’influence des « autres » diminue avec l’âge. La relation amoureuse, par l’opération de séduction qu’elle requière souvent, pour peu qu’elle s’accompagne d’un certain degré de fascination (un peu comme l’élève pour son maître), au-delà du contact des doigts sur une peau, peut permettre une plus grande perméabilité à ce que l’autre ressent, à essayer de ressentir ensemble. Malheureusement , la rencontre amoureuse devant beaucoup au hasard (en ce sens l’Amour (avec A) est une fiction, une illusion), la probabilité de rencontrer un handicapé du neurone est bien plus grande que celle de tomber sur une sensibilité culturelle « aigue », même proportion que parmi les bloggers (que ceux qui n’en ont jamais « pincé », ne serait ce que l’espace d’un matin, pour une « blonde » lèvent le doigt !). J’en arrive ainsi au sujet de ce billet (pour rassurer ceux qui n’auraient pas deviné où je veux en venir…). Si la génétique, ou l’influence culturelle (religion par exemple) ou les deux, ou autre chose, ont fait de vous un « fidèle » (je veux dire sur le plan sexuel), à moins de vous faire systématiquement « larguer » (ce qui devrait vous faire vous interroger sur vous-même), ou d’être vous-même d’une instabilité affective préoccupante (idem), vous n’avez eu dans votre vie que peu d’occasions, voire aucune, d’ accroître vos influences culturelles par ce canal là ( voire une seule fois dans les scénario « un seul pour la vie » ou pire « une seule fois dans ma vie »). Au contraire, ceux qui, comme moi, ont un rapport avec le sexe pas très différent de celui qu’ils ont avec la gastronomie, un besoin de renouvellement de la carte autour de ses « coup de cœur » qui en constituent les points fixes, en un mot les infidèles sexuels (ce qui n’exclut pas la fidélité affective, mais ne la garantit certes pas non plus…) peuvent avoir la chance de multiples rencontres enrichissantes. Ainsi si je n’avais pas rencontré Bernard1 sur une plage bordelaise (alors que je fréquentais régulièrement X), me serais je intéressé à la mode ? Si je n’avais pas rencontré Bruno, aurais je lu « La société ouverte et ses ennemis » (2 tomes dont il me fit cadeau dès notre 3è rencontre) où Karl Popper critique l’historicisme (Platon, Hegel et Marx) ? Si je n’avais pas rencontré Pierre Jean (alors que j’étais avec Michel) me serais je intéressé à la nouvelle cuisine ? Si je n’avais pas rencontré Bernard2 dans une émission de radio libre (alors que j’étais avec Michel dit « ginette »), devenu un long point fixe (15 ans !), pur littéraire, aurais je jamais entrepris la lecture de Proust qui est devenu des mois durant mon livre de chevet et dont je suis sorti avec l’impression que je ne pourrais rien lire derrière ? Si je n’avais pas rencontré Hervé (alors que j’étais avec Philippe) aux abords d’une « tasse » je serais passé à côté de la « musique des années 80 », et si Michel (toujours « ginette »). (alors que Pierre Jean venait de me quitter) n’avait pas croisé ma route à la « danse du tapis » d’une boîte gay, je n’aurais pas alimenté les DJ des discothèques gays bordelaises en « nouveautés » import que j’allais chercher à Paris et qui constituent aujourd’hui une collection appréciable de vinyles des tubes de l’époque. Si Thierry (qui avait répondu à une petite annonce passée dans Gai Pied alors que j’étais avec Bernard2.) qui habitait Nancy et moi Bordeaux n’était pas venu au rendez vous parisien que je lui avais fixé à mi distance, me serais je tant enthousiasmé pour les symphonies de Mahler par Eliahu Inbad et découvert enfin la musique classique et la peinture moderne ? Si je n’avais pas rencontré Joël au sauna continental (alors que j’étais avec Bernard2.) me serais je enfin initié à l’informatique?
Autant de rencontres qui pourraient faire l’objet d’un billet, certaines peut être, comme je l’ai fait pour Ginette, y donneront lieu.
Je n’oublie pas toutes les autres, et tout ce que je ne saurai dire avec des mots, les regards, la voix, les corps, les sourires, l’effleurement des peaux, les baisers, les pleurs et les cris, les appels téléphoniques reçus et ceux que j’ai attendus en vain, toute cette mémoire affective qu’ont façonné tous ces garçons que je n’aurais pas rencontré, pour la plupart, si je n’avais été infidèle.
On pourrait m’objecter que c’est un point de vue bien égoïste, que je ne parle jamais de la souffrance que j’ai pu semée. Je pourrais cependant garder le beau rôle en disant que c’est toujours moi qui aie été quitté, du moins par ceux que j’ai aimés, j’ai le privilège de ne pas avoir ressenti ce que c’est que de ne plus aimer, et que j’ai eu mon lot de souffrance, souffrance dont la trace est toujours là, 13 ans plus tard, en c e qui concerne la dernière rupture. Et ce ne sont pas mes infidélités, qui ont toujours (ou presque, il m’est arrivé une ou deux fois de me faire piéger) été un jardin secret, qui en sont responsables. Pas directement en tous cas, car bien sûr je ne peux exclure que le départ de Bernard2 après 15 ans en soit une conséquence sournoise, celle d’une présence et d’une attention à l’autre insuffisante du fait d’un désir qui se dispersait. Chaque fois que je suis parti, rarement, très rarement, c’est dans des situations où je n’avais jamais envisagé que la relation que j’avais entamée put être autre chose qu’une aventure, responsable cependant, presque toujours de n’avoir pas vu, ou pas voulu voir, qu’il n’en était pas de même pour l’autre et d’avoir trop tardé à clarifier ce qui devait l’être, d’être parti trop tard. Et la possible souffrance des amants me direz-vous ? Celle de ceux avec lesquels j’ai pu avoir des liaisons pendant de long mois, alors que je n’étais pas libre ? Je ne leur ai jamais menti sur ma situation, ils ont toujours su (mais l’ont-ils tous intimement crus, n’ont-ils pas parfois espérés qu’avec le temps ?) que je ne quitterais pas celui avec lequel je partageais ma vie de tous les jours. Comment de telles liaisons prennent elles fin ? Parfois j’ai du y mettre rapidement fin du fait du comportement quelque peu hystérique (ce n’étaient pas les plus virils !) et qui devenait menaçant (« je vais m’expliquer avec ton ami ») des protagonistes (dont la conception du désir amoureux était assez simpliste : il trompe son ami, donc il ne l’aime pas, donc il m’aime…) ; le plus souvent, Joël, Amir, Thierry, fatigués de la situation, sont partis, non sans que j’accuse le coup, je ne les « aimais pas », mais j’aurais pu les aimer dans un univers parallèle, et j’y étais de toute façon attaché ; quelquefois, ce sont eux qui sont parti rapidement, ne me considérant, eux aussi, que comme une aventure, et bien sûr, c’est comme cela que fonctionne le désir, c’est un d’entre eux, Laurent qui m’a fait toucher, Hervé aussi, à ce qu’on appelle la passion, je me souviens encore de ce qu’il m’a dit alors que nous étions allongé au bois de Verrière : « tu prends le risque d’aimer, pas moi » ; et puis une fois, avec Luc, il n’y a pas encore eu de fin, cela va faire 21 ans que nous nous sommes rencontrés un soir de 89, encore au sauna continental, il habitait Rennes où il tenait un bar avec son ami rue Saint Malo (La Bernique Hurlante !) et moi St germain en Laye, nous n’avons jamais cessé de nous voir, sans qu’il n’y ait jamais aucun malentendu, parfois à des années d’intervalle (il est maintenant à Bruxelles et nous ne nous sommes pas vu depuis 6 ou 7 ans), ou de nous téléphoner régulièrement.
Ceci n’est pas une plaidoirie en faveur de l’infidélité, mais je ne regrette pas d’avoir vécu tout cela même si je suis bien conscient que j’ai parfois été trop aveugle et que j’aurais du me comporter autrement. Mais dire tout de même que je me méfie des « fidèles » (sur le plan sexuel) comme de la peste, leur fidélité est si possessive qu’elle finit par épuiser leur désir et ils vous quittent pour une autre fidélité qui s’épuisera à son tour, ils aiment tant qu’ils brulent trop vite leur énergie qui s’éteint avec l’atténuation progressive du désir physique. La « fidélité sexuelle » ne garantit pas, loin de là, la « fidélité affective », l’infidélité sexuelle n’exclut pas, loin de là, la fidélité affective

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