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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 21:59

 

le-squat-3.jpg

Il y a 5 ans, déjà, que j'ai découvert, à la suite d'un examen radiologique motivé par un accident de ski, que ma pratique quelque peu excessive de la musculation m'avait mis en danger.

Tout avait commencé à la mi mars, nous étions Bertrand et moi en vacances à La Plagne. Notre journée de ski touchait à sa fin, en route vers l’hôtel, je venais de quitter un télé siège pour en rejoindre un autre quelques mètres en contre bas, Bertrand, toujours vif s’étant élancé avant moi, je commençais à prendre un peu d’élan sur la pente peu prononcée qui allait à l’autre téléski et….je ne peux vous raconter les quelques minutes qui suivirent car je n’en ai aucun souvenir ! J’ai repris conscience à terre, sur le dos, incapable du moindre mouvement avec mes bras et mes mains qui étaient complètement inertes et que je ne sentais plus, alors que mes jambes semblaient fonctionner. Il m’est impossible de raconter tout ce qui a pu défiler dans mon esprit à ce moment là, réalisant en un éclair que j’avais très probablement un traumatisme du rachis entraînant une paralysie des deux bras, les souvenirs de toute une vie se télescopent, je me souviens surtout m’être inquiété du stress de Bertrand quand il lui faudrait rapatrier ma voiture alors qu’il n’avait pas le permis de conduire… ou m’être demandé pourquoi personne ne venait s’occuper de moi….Très vite, peut être trop vite pour qu’on s’inquiète autour de moi, j’ai perçu des sensations à type de fourmillements dans mes bras, un peu semblables à ce que l’on ressent quand on s’est endormi un peu trop longuement sur un membre, j’ai progressivement retrouvé leur motricité, une impression de résurrection, la sortie d’un cauchemar (on peut imaginer vivre sans jambes, mais sans bras….), et j’ai pu me relever et rechausser mes skis. J’ai alors constaté que j’avais brisé mes lunettes et que j’avais de petites plaies superficielles au menton et au sommet du crâne. Dans un état second j’ai appelé Bertrand qui m’attendais au pied du télésiège suivant et qui s’est exclamé « qu’est ce que tu fous ? », je lui ai dit que j’avais eu un problème et que j’arrivais. Il m’a confirmé qu’il s’était écoulé tout au plus 4-5 mn depuis le moment où il m’avait devancé. Une fois que je l’ai eu rejoint il m’a trouvé bizarre, répétant souvent la même chose. Nous sommes redescendus en ski jusqu’au studio que nous occupions…Une «folie», de la pure inconscience, qui a fait hurler mes confrères lorsqu’ils l’ont appris, et ce d’autant plus que ce qui m’était arrivé était du domaine de ma spécialité ! : un traumatisme du rachis étant certain, j’aurais du appeler les secours pour me faire descendre sur un brancard et passer en urgence une radio du rachis cervical à la recherche d’une fracture ou d’un déplacement de vertèbre. Pire, alors que je ressentais une douleur des deux épaules, qui allait cependant disparaître progressivement ( douleur qui m’a d’abord intrigué, comment avais-je pu tomber sur les 2 épaules à la fois ?- techniquement impossible- jusqu’à ce que je ne m’aperçoive qu’il s’agissait non pas d’une douleur de l’articulation de l’épaule, mais d’une hypersensibilité de la peau à ce niveau là, probablement due à une compression traumatique des racines nerveuses de ce territoire), j’ai continué à skier le lendemain et suis revenu à Paris en voiture le surlendemain. Je m’étais construit un scénario rassurant : j’avais du croiser mes skis ce qui m’avait projeté en avant tête la première, d’où un traumatisme crânien avec perte de connaissance brève (entraînant classiquement une amnésie de la chute) et banal « coup du lapin ».
De retour à Paris j’ai tout de même fait une radio du rachis cervical qui a contribué à me rassurer, elle était parfaitement normale. Mais être médecin vous amène à fréquenter beaucoup d’autres médecins qui, eux, s’évertuaient à m’inquiéter…Les cardiologues s’interrogeaient sur ma perte de connaissance qui nécessitait selon eux un bilan cardiaque et circulatoire, tandis que les neurologues se répartissaient en deux camps, ceux qui m’incitaient à rechercher également une cause (en faisant une IRM) à ma perte de connaissance, par exemple la rupture d’une petite malformation vasculaire de la moelle épinière, et ceux pour lesquels il était évident, comme je le pensais, que ma perte de connaissance était la conséquence d’une chute avec traumatisme crânien. On peut certes avoir « la vérole et un bureau de tabac », mais l’attitude scientifique postule de rechercher d’abord une explication unique à une relation causale entre plusieurs évènements, ici chute accidentelle, perte de connaissance par traumatisme crânien avec choc cervical entraînant une souffrance de la moelle épinière et non pas deux histoires distinctes comme la perte de connaissance inaugurale par problème cardiaque qui provoque une chute et un traumatisme cervical (en général une telle perte de connaissance vous fait vous effondrer sur vous-même et non sur le crâne !). Je n’ai commencé à être inquiet que 3 semaines après l’accident quand j’ai commencé à ressentir, lors des mouvements de la tête et du tronc, des manifestations sensitives étranges (picotements, fourmillements, décharges électriques, etc.) au niveau du haut du dos et dont le territoire n’a cessé de s’agrandir pendant les 2 mois suivants pour atteindre l’extrémité des membres supérieurs. J'étais de plus inquiet, m'attendant à tout moment à voir réapparaître les paralysies. Mes connaissances médicales ne pouvaient que renforcer l'inquiétude. Je me suis alors décidé à faire l’IRM conseillée. Le radiologue, au vue des résultats, m’a demandé si j’étais « rugbyman » ! En effet j’avais les lésions classiques de la pratique de ce sport, notamment pour ceux qui sont dans la « mêlée» : outre un rétrécissement congénital du canal cervical où passe la moelle, ce rétrécissement se trouvait aggravé par l’existence de plusieurs hernies discales qui faisaient protusion dans le canal. Je n’avais pourtant jamais fait de rugby, mais je pratique un sport moins connu des radiologues dont certains exercices pourraient provoquer des lésions similaires. En effet je fais régulièrement de la musculation, et je l’ai eu pratiquée, il y a quelques années, de façon intensive, notamment le « squat », mouvement qui consiste à charger une barre sur les épaules (je suis allé jusqu’à 170 kg…) et à s’accroupir pour se redresser à la force des quadriceps. Il est bien connu que ce mouvement est dangereux pour le rachis lombaire, d’où le port d’une ceinture de protection, mais on sait moins qu’il peut aussi être dangereux pour le rachis cervical, notamment en présence d’un « canal étroit ». Le neuro-chirurgien consulté alors m’a confirmé que « tant qu’il n’y avait pas de paralysie… » il fallait se contenter de suivre l’évolution et qu’aucune tentative de « décompression » par chirurgie des vertèbres cervicales n’était à prévoir pour l’instant, mais qu’avec l’âge et l’aggravation des lésions par l’arthrose ceci n’était pas à exclure dans le futur…Il m’a bien sûr conseillé de revoir avec attention mon programme de musculation et à prendre soin de mon rachis en évitant certains sports à risque (plongée, cheval, cyclisme etc…).
Puis miraculeusement, à partir de la mi-juillet, les manifestations sensitives ont commencé à refluer selon le même trajet que celui de l’aggravation, à diminuer d’intensité, et à disparaître en deux mois, le flux, puis le reflux. Très probablement le traumatisme cervical avait entraîné, outre le choc violent inaugural qui avait « sidéré » la moelle pendant quelques minutes d’où la paralysie, et une compression d’un vaisseau a du provoqué un problème circulatoire à ce niveau avec reconstitution progressive.
Tout étant rentré dans l’ordre j’ai cependant modifié quelque peu ma façon de m’entraîner. Et jusqu’ici je ne suis pas retourné faire du ski….Mais les lésions sont toujours là, sorte d’épée de Damoclès. J’ai commencé à faire du sport, il y a maintenant 25 ans, par peur de vieillir, « pour rester sur le marché ». Il s’en est fallu de peu que je ne subisse un brutal et prématuré « retrait du marché »…Depuis cet « accident » il m’arrive de considérer avec plus de distance bien des ennuis de la vie de tous les jours…

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