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19 septembre 2018 3 19 /09 /septembre /2018 15:42

C’est en plein délire médiatique sur l’affaire Benalla que j’ai quitté Paris, fin juillet, pour trois semaines de vacances qui allaient, comme chaque année, me mener à traverser la France pour rejoindre Sitges. Long périple en voiture seul au volant, que je peux espérer être le dernier, Bertrand venant de passer avec succès l’épreuve du code…

Première étape dans le petit village d’ Angles sur L’Anglin, repéré lors d’une émission consacrée aux plus beaux villages de France, l’occasion de dormir dans un petit hôtel de charme et de prendre quelques heures de sommeil d’avance, Grindr ne révélant aucune âme gay dans un périmètre raisonnable. Bordeaux n’était plus qu’à trois heures de route, le temps de déposer nos bagages dans notre pied à terre et de partir aussitôt vers le Porge océan, sa belle plage, son endroit gay et ses dunes accueillantes quoique bien moins fréquentées que dans ma folle jeunesse. Ces quelques jours dans ma ville natale furent aussi l’occasion de découvrir le magnifique village de l’Herbe, sur le bassin, à deux pas du Cap-Ferret. Ou plutôt redécouvrir car j’eus aussitôt une impression de déjà vu, j’étais déjà venu là, pas seul, mais impossible de me rappeler le garçon qui m’y avait amené lorsque j’habitais Bordeaux…La nuit gay bordelaise n’est plus très animée et aussi diversifiée depuis que le BHV, le TH et le Yelow Moon ont disparu. Certes le Trou’duc ou le Coco-Loco sont des bars sympathiques mais plutôt gay friendly avec une forte présence féminine et seul le Buster garde une ambiance sexe. Je suis toujours surpris de ne plus apercevoir dans les bars gays bordelais (si ce n’est parfois au Porge) ceux de ma génération, croisés ou rencontrés dans les années 80/90. Ils ne peuvent avoir tous quitté la ville ou renoncé au marché du sexe, ou changé à un tel point que je ne les reconnaisse plus…A moins qu’ils ne continuent à draguer à l’ancienne, hantant de nuit les espaces publics, comme la dalle de Mériadec, où je fis tant de rencontres lorsque j’habitais, de 1981 à 1988, un des immeubles qui la surplombe et apparemment toujours le siège de ratonnades anti-homos, si l’on en croit un  thriller récemment paru, « Parfois c’est le diable qui vous sauve de l’enfer », de l’écrivain bordelais Jean-Paul Chaumeil.

Rejoindre Sitges en traversant les Hautes Pyrénées permettait d’éviter le Perthus, ses bouchons et de marquer une étape à Argelès-Gazost, village où se sont rencontrés mes parents – j’y fus peut-être conçu- et qui fut le point départ de multiples randonnées vers les « 3000 » de la région avec mon précédent ami. Au retour d’une éprouvante balade sous un soleil de plomb jusqu’au pied de la grande cascade du cirque de Gavarnie, nous pûmes constater que le « Grand remplacement », l’obsession de Renaud Camus, n’était pas près d’advenir dans ce village très gaulois : des restaurants proposaient des repas « autour du cochon » et la station-service où je me suis arrêté affichait « ici nous sommes en république, on n’entre pas voilé » ... Nuit calme, aussi peu de gays que de « remplaçants » …

La scène gay de Sitges ne présentant pas cette année de changements notables par rapport au billet que je lui avais consacré ces deux dernières années, je ne m’étendrais pas sur les 10 jours toujours intenses que nous y avons passés, sous une chaleur parfois éprouvante.

Le temps s’avérant désespérément beau cette année, nous pouvions tenter, sur le retour, après une nouvelle halte à Bordeaux, de nous aventurer, non en Bretagne (le risque climatique étant trop grand…) mais en Vendée, région qui m’était totalement inconnue. Notre choix s’est porté sur Noirmoutier dont le caractère sauvage, de la nature environnante certes, mais aussi de la population nous a quelque peu surpris, de l’hôtelière qui nous a refusé d’aller aux toilettes tant que les chambres n’étaient pas prêtes, aux restaurateurs qui vous annoncent, lors d’une tentative de réservation, que tout est complet alors que vous trouvez des tables en vous pointant au dernier moment, sans parler des clients qui désertent la piscine de l’hôtel en fin d’après-midi en clamant qu’ils vont à la messe…La Vendée serait-elle un bastion de la Manif pour tous ? Nous trouvâmes cependant une plage semi-naturiste fort agréable.

De retour à Paris je me suis précipité pour voir le film de Camille Vidal-Naquet, « Sauvage », histoire dramatique d’un SDF, prostitué homosexuel et drogué, souvent touchant, parfois bouleversant mais le sordide d’une scène d’une sexualité « extrême », inutile, ou le portrait à la limite de la caricature de certains des « clients » du héros suscitent une certaine réticence. L’interprétation de Félix Maritaud est époustouflante.

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 10:13
L'homosexualité irréductible à la norme

Bien que politiquement très éloigné de la pensée du philosophe communiste Alain Badiou, j’ai trouvé son interview sur LCI le week-end dernier, à l’occasion de la sortie de son dernier livre, particulièrement pertinente quant à la rhétorique du « vieux monde » qui reste le fondement du discours de la gauche du parti socialiste ou du front de gauche, vu comme une nostalgie touchante d’un époque révolue, car le monde utopique ainsi fantasmé ne pourrait advenir que dans une rupture radicale avec l’économie de marché, rupture dont ils ne se réclament pourtant pas, position schizophrénique qui finit par amener Melenchon à tenir le même discours économique que Marine Le Pen…

Une gauche devenue « réaliste, Manuel Valls donc, c’est semble-t-il le cauchemar de ces pathétiques députés socialistes ou de la majorité présidentielle qui se sont abstenus sans se rendre compte qu’ils la vouent ainsi à rester éternellement un locataire éphémère du pouvoir, le temps de quelques réformes sociétales. Cauchemar au point de perdre toute retenue, de l’insulte, une seconde nature chez Melenchon, à la stupidité quand un Daniel SCHNEIDERMANN compare Valls au héros de la série TV « House of cards » ( pour les non-initiés, Kevin Spacey, qui incarne un politicien cynique prêt à tout pour arriver à ses fins, tue de ses propres mains deux des protagonistes qui auraient pu l’arrêter dans sa course vers le pouvoir).

Je me serai dispensé de parler des écologistes si José Bové n’avait égayé ma semaine en mettant sur le même plan la PMA ( sur laquelle je dois avouer n’avoir pas vraiment d’opinion, je laisse la parole aux femmes sur ce sujet) et les OGM ( dont il me semble on devrait pouvoir discuter) en s’opposant à « toute manipulation sur le vivant»….Voilà au moins quelqu’un qui va au bout de sa logique…

En ce retour de vacances - j’avais un certain retard à rattraper - le cinéma m’a donné bien plus de satisfaction que le spectacle de notre classe politique. Le dernier Resnais et "Gerontophilia" ayant déjà disparus de l'affiche (ou n'étant plus projetés qu'à des horaires impossibles...), nous avons vus, le même après midi, deux films qui, à la suite de « L’inconnu du lac », constituent une façon nouvelle de filmer l’homosexualité, ancrée dans le réel quotidien, dans la « nature ».

« Eastern boys », du français Robin Campillo, nous conte la rencontre, sur la base d’un désir tarifé, entre un cadre quadragénaire et un jeune prostitué russe qui s’avèrera être membre d’un bande délinquants d’Europe de l’est. Le film se déroule en quatre tableaux : la drague, le piège, l’attachement affectif, le final en forme de thriller. Une fois entré dans le film – le début du premier tableau, de long plans sans parole sur le ballet des protagonistes gare du nord peut dérouter- difficile de ne pas se laisser emporter et émouvoir. Trois aspects méritent particulièrement l’attention : la rencontre improbable entre deux milieux que tout oppose, le « bourgeois » et la petite frappe de banlieue, immigrée de surcroit, même si l’homosexualité la rend « naturellement moins improbable ; le regard, loin de l’angélisme politiquement correct habituel, qui est porté sur une certaine immigration clandestine et les sans-papiers ; l’évolution des rapports, du désir à l’affection, entre la quadragénaire et le jeune prostitué. Cette évolution de la relation entre les deux protagonistes m’a particulièrement intéressé, car contrairement à ce qu’en a dit la critique, je ne crois pas qu’elle soit seulement due à la prise de conscience par Daniel des problèmes qu’affrontent le jeune Marek au sein de sa bande, mais surtout de la transformation qui se déroule en lui quant à la nature initialement sexuelle de sa relation. De façon inattendue, alors que Marek s'était installé dans une relation tarifiée régulière, Daniel, lui propose une l'hospitalité permanente ("c'est chez toi"), mais au prix de l’arrêt de tout rapport sexuel : son désir s'est transformé en affection « paternelle », refus de l’inceste. A faire méditer à ces nombreux « petits cons » qui dans leur profil, sur les sites de drague, prennent le soin de préciser pour éloigner les hommes « murs » : « au fait j’ai déjà un père»….

J’ai rendu compte de mon enthousiasme pour tous les films du Xavier Dolan, jeune prodige du cinéma canadien, depuis « J’ai tué ma mère », réalisé alors qu’il avait 18 ans. « Tom à la ferme ». filmé en quelques jours seulement, aux incertaines références hitchcockiennes (puisque l’auteur affirme n’avoir pas vu plusieurs des films que les critiques ont évoqués…), raconte la visite d’un jeune publiciste branché, à l’occasion de l’enterrement de son petit ami, dans la famille de ce dernier qui vit dans une ruralité très homophobe. Le frère, brute machiste vivant seul avec sa mère, voulant à tous prix qu'elle continue à ignorer la sexualité de son fils décédé, va tenter d’imposer au héros, incarné par l’auteur, le silence, au besoin par la terreur. Va alors s'instaurer huit clos sadomasochiste oppressant qui va opérer un basculement du thriller au film d'angoisse. L'ambigüité de leur relation - homosexualité refoulée du frère?- va culminer dans la magnifique scène du tango où la parole libérée du frère quant à ses rapports avec sa mère n'est pas sans renvoyer au premier film du réalisateur. Il est à noter que dans Eastern Boys aussi on assiste à une étonnante scène de danse de Daniel avec son "bourreau", le chef de la bande de malfrats, ce qui a fait évoquer dans les deux cas le syndrome de Stockholm.

Deux films, qui avec Gerontophilia sans doute, viennent nous rappeler que l'homosexualité est irréductible à la "norme".

Quelques mots enfin du film d’une représentante du cinéma indépendant américain, Kelly Reichardt, « Night Moves », qui conte la dérive meurtrière de Josh, interprété de façon magistrale par Jesse Eisenberg, membre d’un trio d’écologistes radicaux qui sombrent dans le terrorisme. Au-delà de la beauté du décor, la nature sauvage, et de la magie de la mise en scène, c’est le regard, sans parti pris, porté sur le cheminement tragique de cet « ange révolutionnaire», personnage introverti et mal dans sa peau, que semble être Josh, qui fascine. Ce film très noir, qui suggère l’inéluctabilité du mal, semble conclure à l’impossibilité de changer le monde et les rapports humains.

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