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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 12:33
Adieu gay Pride?

L’enthousiasme des années de « braise » s’en est allé. Le soleil était cette année au rendez-vous, mais cela n’a pas suffi à enrayer le déclin de la Gay Pride parisienne qui n’attire plus les foules et qui a perdu le sens de la fête depuis au moins 2 ans, date de l’adoption du mariage pour tous…Simple coïncidence, réelle démotivation après la satisfaction d’une revendication majeure ou lassitude devant une politisation jusqu’auboutiste de la direction de la LGBT? Combien d’entre nous se sentent concernés, si ce n’est une infime minorité, par la cause des transsexuels, la pseudo théorie du genre, ou la GPA ? Le slogan choisi cette année, «multiples mais indivisibles», pouvait prêter à sourire. Multiples certes, mais indivisibles vraiment? Il suffit de jeter un coup d’œil à ce qui se dit sur les réseaux sociaux gays ou de constater l’attrait qu’exerce le front national sur certains d’entre nous au point d’y militer, pour dévoiler son côté dérisoire. Cette radicalisation idéologique a tué la dimension carnavalesque de l’évènement. La fête s’est réfugiée, le soir, dans les rues du marais autour des bars qui, expulsés du défilé depuis des années, continuent, pour combien de temps encore, d’en faire un moment de réjouissance.

Quel contraste avec la 23ème fête de rue gay à Berlin la semaine précédente, à quelques pas de l’hôtel ou je résidais pour un congrès de neurologie, immense kermesse gay dans le quartier gay de Schonberg : multiples stands, talk-show, défilé de personnalités du monde du spectacle, de la culture et de la politique, pistes de dance, etc. Quel contraste avec l’immense foule qui a envahi les rues de Madrid pour fêter les 10 ans du mariage gay.

L’actualité était pourtant propice pour faire de cette Gay Pride une célébration des toutes récentes victoires historiques concernant le mariage homosexuel : le oui massif de l’Irlande catholique, si massif qu’il en a ébranlé Nicolas Sarkozy, et la contribution décisive du juge de la cour suprême, Anthony Kennedy, conservateur et catholique, à sa légalisation aux Etats Unis…Il semble bien qu’il n’y ait qu’en terre chrétienne, ou du moins judéo-chrétienne, que puisse se dérouler une Gay Pride, puisque celle d’Istanbul, la seule à ma connaissance en pays islamique, venant d’être violemment réprimée. Une occasion pour rapporter ces propos du Pape, passés inaperçus, lors d’un voyage à Turin : « Les Alliés avaient les photos de lignes de chemin de fer qui menaient aux camps où étaient assassinés les Juifs, les homosexuels, les Roms. Pourquoi n’ont-ils pas bombardé ces lignes de chemins de fer ?»…

Des années après leur séparation, un couple dont le fils, homosexuel, qu’ils ont abandonné, s’est suicidé quelques mois auparavant à San Francisco, se retrouvent dans « la vallée de la mort » après la réception de deux lettres qu’il leur a envoyé pour les inviter à se réunir dans ce lieu où il affirme qu’il leur apparaitra. Au-delà de la performance de Depardieu, surtout, et d’Isabelle Huppert, il semble que la dimension spirituelle –culpabilité, remords, rédemption - quasi christique dans sa scène finale, du dernier film de Guillaume Nicloux, Valley of love, ait contribué à l’accueil plutôt tiède, voir hostile, de la critique. Il m’a au contraire profondément touché, émotion renforcée par la beauté de la musique lancinante et les interrogations sans réponse, comme le rôle de l’homosexualité, à peine évoquée, de Mickael.

Pour terminer ce billet, quelques lignes extraites du passionnant livre de Raphaelle Bacqué sur la vie fulgurante mais fascinante de Richard Descoings, ancien directeur de Sciences Po, mort mystérieusement dans une chambre d’hôtel de New York, souffrant d’une bipolarité exacerbée par la drogue et l’alcool, et acteur de ces années de « braise» précédemment évoquées :

« Dans cette nouvelle société de la nuit et de la fête, les homosexuels animent la plupart des scènes à la mode. C’est un mouvement joyeux qui s’avance sans poing levé, mais en dansant sur la musique disco….Tout le monde couche avec tout le monde dans une douce odeur de poppers. C’est follement gai, terriblement mondain et somptueusement décadent.

Depuis qu’il s’autorise à vivre comme il l’entend, une fois la nuit venue, Richard a le sentiment d’avoir goûté à une drogue inconnue et puissante. …Le soir, lorsque le sage énarque enlève son costume et sa cravate pour enfiler un pantalon de cuir et un tee-shirt moulant et plonger dans la nuit, il ne sait plus très bien quelle tenue est un déguisement…..

« Je suis homosexuel pour ceux qui savent et hétérosexuel pour ceux qui n’ont pas besoin de savoir ! » »

(Richie, Raphaëlle Bacqué, Grasset, 2015)

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