Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 15:07

L’intitulé de ce blog, « regard d’un gay », ne suggérait-il pas une façon « d’être au monde » spécifique de l’homosexualité, marquée par l’emprise de l’orientation de son désir ? Au royaume du désir gay, contrairement à l’affirmation sartrienne, « l’essence précède l’existence » (http://limbo.over-blog.org/article-l-homosexualite-essence-ou-construction-45613197.html), au point même de la  pourrir chez ceux qui n’arrivent pas ou ne peuvent pas l’assumer. Il n’est donc pas étonnant que je me sois engagé avec empressement dans la lecture de cet essai de William Marx, « Un savoir gai » qui affirme que « Le sexe est chose mentale…(qui) colore notre vision du monde) ».

 

Les pages qui décrivent le chemin qui mène à la prise de conscience de sa « nature » dans un monde longtemps, et bien souvent encore, façonné selon une identité sexuelle qui n’est pas la sienne, m’ont ramené à celui qui fut le mien.  Jalonné de nombreuses stations, sans aller jusqu’à s’apparenter à un chemin de croix – tel celui narré par Dominique Fernandez dans « l’Etoile Rose » - il n’en fût pas moins fort long jusqu’à ce que je puisse poser un nom sur ce que j’étais : « homosexuel ». Le souvenir de certaines étapes en est encore fort présent : enfant je limitais, dans la mesure où je le pouvais, les invitations féminines lors des « gouters » qu’organisaient mes parents ; élève à peine pubère d’une institution catholique, les vestiaires constituaient pour moi le seul attrait des activités sportives et lors des « retraites » organisées par le collège j’attendais avec impatience le moment du si troublant du déshabillage de mes camarades au dortoir ( dois-je regretter qu’aucun prêtre, frère ou éducateur n’ai jamais eu pour moi le moindre comportement initiateur ?); adolescent, mes amitiés trop envahissantes pour certains de mes camarades de classe les ont parfois irrités ; adolescent encore  ma pratique éphémère du football fut bien plus dictée par l’attrait des douches collectives que par le plaisir de ce sport ; jeune adulte enfin, me précipitant dans les salles qui projetaient du « porno » au moment de la libération de la censure par Michel Guy, ministre de Giscard, mes battements cardiaques redoublaient à la vision des sexes masculins tandis que les scènes de lesbiennes m’exaspéraient…Sans oublier les lectures comme celles de « la ville dont le prince est un enfant », ou les films comme « les désarrois de l'élève Törless »…

 

Il s’en est fallu de peu que cette prise de conscience fut moins longue, lorsqu’à 17 ans, proposant à Michel, un de mes camarades de classe, à faire une partie de strip-poker, pris de tremblements incoercibles quand sa main se posa sur mon sexe, au bord de la jouissance, je mis fin au divertissement. Bouleversé par ce que j’avais ressenti, paniqué à l’idée que cela se reproduise, je refusais à plusieurs reprises ses propositions. Il se lassa et je ne le revis plus. Est-ce à lui que je pensais lorsque des années plus tard, à l’écoute de la chanson de Gerard Lenorman, « Michèle », qui me toucha tant, j’entendais « Michel »?  Etrangement, je ne saurais dire précisément quand, entre cette occasion gâchée et mon premier rapport sexuel, quelques années plus tard (http://limbo.over-blog.org/article-ma-premiere-fois-pour-son-malheur-44231829.html), je fis mon coming-out « intérieur », probablement parce que ce fut un lent processus.

 

Ce coming-out « intérieur » en précéda bien d’autres, le « sexuel », puis le « familial » moins d’un an après, avant de s’étendre assez rapidement à mon entourage privé ou professionnel, dans la foulée du vent de liberté qui a soufflé au début des années Mitterrand, allant même jusqu’à participer à la création d’un mouvement associatif homosexuel sur Bordeaux et à une émission de radio. Ma participation à ma première Gaypride à la fin des années 80 en fut l’accomplissement, en accord avec ce qu’en dit William Marx, l’affirmation de notre différence et de notre appartenance à une communauté dans toutes ses composantes, y compris celles qui « donnent une mauvaise image de l’homosexualité » aux yeux de ceux d’entre nous inconsciemment homophobes.

 

Ce livre dit tant d’autres choses sur notre condition, recoupant bien des billets de ce blog, sur la pédophilie, sur nos pratiques sexuelles, sur notre rapport au couple, le mariage, en fait sur tout ce qui met mal à l’aise les hétérosexuels, aussi tolérants soient il, parce que leur est ainsi révélé, mis sous les yeux, tout ce à quoi leur sexualité n’a pas accès, « bridée par la tradition ».

 

Un désaccord toute fois avec l'auteur quant à son interprétation du désir mimétique qu'il semble décrire comme non applicable au désir homosexuel puisque le jeune gay "n'imite pas le désir de ses parents". Cette interprétation de  René Girard est erronée. Ce dernier a bien montré dans "Des choses cachées depuis la fondation du monde" que le désir homosexuel fonctionnait exactement de la même façon que celui hétérosexuel,sur le mode mimétique, mais bien entendu dans son champ "biologique", celui de l'attirance pour le même sexe.

 

On pourrait aussi regretter une vision un peu trop personnelle de l’auteur, négligeant quelque peu les différences de sensibilité quant à la question gay telles qu’elles se sont exprimées dans « Correspondance indiscrète », le livre de Dominique Fernandez et Arthur Dreyfus ou un chapitre inutile et peu convaincant sur l’homosexualité putative du Christ.

 

PS : à signaler le court roman de Arthur Cahn, « Les vacances du petit Renard », qui narre les élans amoureux d’un adolescent de 14 ans pour un quadragénaire et qui pourrait s’intituler : « comment utiliser (mal) Grindr ».

Partager cet article
Repost0

commentaires

C
J adore le regard gay.<br /> Cobralain 17.<br /> Gay naturisme.
Répondre