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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 22:29
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Avant de reprendre nos activités ce matin, nous avons pensé, Bertrand et moi, que pour se protéger de la vingtaine de degrés en moins que nous subissions depuis notre retour d’Israël, le mieux était d’aller voir « I love you Phillip Morris ». Il y a quelques jours Jeremy, sur son blog, nous disait combien il avait apprécié le film « Maurice », tiré du roman de Forster qui traitait de l’homosexualité dans l’atmosphère puritaine du 19è siècle, écrit au début du 20è siècle, publié seulement après sa mort en 1971. La sortie de « I love you Philip Morris » fait prendre conscience de manière saisissante de l’immensité du chemin parcouru. Dans ce film, l’homosexualité apparaît « banalisée » (« naturalisée » dira même un critique), ce qui explique sans doute les difficultés de distribution de ce film aux USA. Ceci en fait un film important de la culture gay, même s’il m’a peu touché, le passage incessant du comique, voire du burlesque, à la romance tuant l’émotion.
En commentaire du billet de Jeremy j’avais fait référence à Christopher Isherwood, sans savoir que son roman qui m’avait tant marqué et contribué à affirmer mon « identité » homosexuelle, « un homme au singulier », venait d’être porté à l’écran. Chez Isherwood l’homosexualité ne fait jamais problème en elle même, ses personnages l’assument comme un surplus de « vie », comme ces quelques lignes extraites du roman le montrent (il s’agit d’un cours sur les minorités donné par George, le personnage principal) :
« Une minorité n'est perçue comme telle que si elle menace ; la majorité peut se fermer les yeux et dire : "Si nous ignorons une chose assez longtemps, elle disparaîtra purement et simplement" ; elle peut adopter une attitude libérale, considérer ces autres comme des êtres humains et ainsi les ignorer, les enfermer. La majorité refuse de poser la question de l'identité. Appartenir à une minorité c'est déjà avoir l'essence d'une identité, c'est détacher ce qui est vivant de ce qui est déjà presque mort".
Le roman montre comment la mort de son compagnon, préfigurant ce qui allait être le lot de tant de couples bien des années plus tard avec l’irruption du Sida, vient fragiliser dramatiquement cette « essence ».
Le film, bien accueilli au festival de Venise (prix d’interprétation masculine), serait une adaptation assez libre du roman, mais fidèle à son esprit. Les livres d’Isherwood, en dehors d’ « Adieu à Berlin », sont souvent épuisés. Espérons que ce film sera l’occasion d’une réédition de « Un homme au singulier » et de « Un monde au crépuscule » et permettra de faire redécouvrir cet auteur. La photo en tête de ce billet est un portrait, par le peintre et ami Don Bachardy, d’Isherwood et du jeune homme de 18 ans (qu’il rencontra à l’âge de 48 ans) qui a partagé sa vie jusqu’à sa mort.
Autre film dont j’attends avec impatience la sortie, « Shutter Island », adaptation par Scorcese d’un roman de Denis Lehane (l’auteur de «Mystic River»), un thriller dans l’univers de la maladie mentale. On est toujours inquiet de découvrir l’adaptation cinématographique d’un livre qui vous a ébloui, encore plus quand on en connaît la fin, coup de théâtre sidérant.
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