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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 22:12

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Vendredi dernier, accoudé à un bar gay bordelais, le « Go-West », l’écoute et la vison du clip video de la chanson "Cherchez le garçon» (http://www.youtube.com/watch?v=FfOOlppnZG4&feature=player_detailpage),   m’a brusquement ramené au début des années 80, dans cette même ville, à une époque où deux ou trois années à peine après mes premiers pas d’homosexuel « pratiquant », j’entrais en «militance» par, presque simultanément, l’adhésion à l’association des médecins gays, la participation régulière en tant qu’animateur à l’émission de radio «Framboise et citron », et surtout la fondation, avec quelques autres, de la première association gay bordelaise «les nouveaux Achriens».

Cette démarche militante répondait plus à un désir d’augmenter la visibilité gay et de permettre au plus grand nombre d’y accéder, qu’à une action revendicative quant à nos droits si ce n’est celui de nous laisser baiser en paix. Notre objectif était de lutter contre l’homophobie, ou plutôt d’aider à l’affronter, en traquant celle qui était tapis au plus profond de nous même et qui conduisait tant d’entre nous à rester dans l’ombre. J’ai été dès le début persuadé de notre différence absolue, irréductible à la seule dimension sexuelle- l’homosexualité et l’hétérosexualité, deux façons d’être au monde – rendant primordiale l’extirpation de l’homophobie « intérieure », puisque celle de l’homophobie de "l’autre" était illusoire et qu’on ne pouvait espérer, au mieux, qu’elle prenne le masque de la tolérance.

On comprendra peut être ainsi pourquoi je me suis trouvé en phase avec certains textes des auteurs «d’Homographies » dont j’ai reproduit quelques extraits dans un billet précédent et pourquoi j’ai pratiquement abandonné toute action militante depuis des années (je continue à participer à l’AMG mais plus comme « un service rendu » que comme militant). Celle-ci, après s’être laissée envahir par l’obsession « épidémique » - la période Act-Up- s’est focalisée sur la revendication du mariage et de l’adoption - la période LGBT- marginalisant la lutte contre l’homophobie en tendant à nous faire croire que celle-ci se dissoudrait dans l’égalité des droits. On s’apercevra vite que relativement peu de gays vont se marier, non parce qu’ils ne le souhaitent pas, comme on l’entend dire ici où là, notamment par les homophobes déguisés en tolérants, mais parce qu’ils ne l’oseront pas !
En quelque sorte, en référence à l’attribution du prix Nobel de Physique, analogie quelque peu contestable je l'avoue, je dirai que l’action militante a « décohérée ». Des deux réalités superposées que sont la lutte contre l’homophobie et la revendication de nos droits, l’interaction avec  notre environnement hétérosexuel ne nous permet plus d’observer que la seconde.

Serge Haroche élève de  Claude Cohen-Tannoudji, lui même pris Nobel il y a une quinzaine d'année et dont le livre, "la Matière- Espace-Temps" m'avait passionné, a en effet obtenu hier la consécration suprême pour ses travaux qui ont permis une confirmation expérimentale de la théorie de la décohérence, théorie qui donne une solution à l'interprétation, dans le cadre de la mécanique quantique, du paradoxe du chat de Schrödinger, paradoxe qui avait été le sujet du premier billet de ce blog (http://limbo.over-blog.org/article-41792587.html)!  Selon la théorie quantique, la réalité est "enchevêtrée", tous les possibles existant simultanément comme superposés, or nous n'en percevons qu'un seul, notre réalité.  La décohérence permet d’expliquer comment l’interaction avec l’environnement nous empêche d’observer que le chat de Schrödinger est « à la fois dans un état mort et vivant ». "Nous ne pouvons pas observer d’objets macroscopiques dans un état superposé car nous sommes condamnés à ne pouvoir effectuer que des observations locales, c’est-à-dire portant sur une portion de l’espace seulement". L'interprétation n'est cependant pas totalement satisfaisante car elle n’explique pas pourquoi les superpositions du chat mort et vivant disparaissent mais seulement pourquoi elles ne peuvent pas être observées.

Alain Resnais a illustré, à sa manière, la théorie des mondes multiples dans "Smoking, no smoking". Son dernier film, "Vous n'avez encore rien vu", déclaration d'amour aux auteurs, au théâtre, au cinéma et au texte d'Anouilh, mise en abyme d'une réalité démultipliée, est un immense plaisir intellectuel.

 

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