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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 09:53

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Le séminaire de fin août qui réunit un certain nombre de collaborateurs du département de mon entreprise dans lequel je travaille marque immanquablement pour moi la rentrée. Cette année il se déroulait à Marseille, ville dans laquelle je n’étais pas retourné depuis pas mal de temps et que j’ai retrouvée transformée, flamboyante, notamment dans le quartier du vieux port envahi par les touristes qui n’ont sans doute jamais été aussi nombreux, attirés par la qualification de « capitale européenne de la culture ». Je comprends mieux maintenant pourquoi Manuel Valls ne cesse d’y revenir….

 

N’y aurait-il eu ce séminaire, l’envahissement des vitrines des librairies par la dernière production d’Amélie Nothomb aurait rappelé à mon bon souvenir la réalité de cette rentrée, une novelette, imprimée en gros caractères, de 148 pages, à conseiller aux adeptes d’une digestion rapide et sans saveur, tandis que ceux qui préfèrent le style « étouffe chrétien » pourront se reporter sur le roman de Yann Moix, une autre incontournable ( moins systématique) des sorties de septembre, qui fait 1000 pages de plus (en petits caractères…). Pas très « cool » de dire du mal de livres qu’on n’a pas lu, qu’on ne lira pas, mais Amélie…je n'ai pas pu résister.

 

De temps à autre, un des romans de la rentrée littéraire s’impose, comme les Bienveillantes il y a quelques années, ou le dernier Houellebecq plus récemment. Cette année on parle déjà beaucoup de celui de Tristan Garcia, « Faber le destructeur ». J’avais consacré un billet (http://limbo.over-blog.org/article-la-meilleure-part-des-hommes-50180060.html) à son premier livre, « La meilleure part des hommes », une fable sur la génération Sida. Il s’agit cette fois encore d’une fable, mais sur les illusions perdues de la génération post soixante-huitarde, celle qui a eu vingt ans dans les années 80. Trois adolescents - les premiers chapitres semblent relever à la fois du « club des cinq»  et de «Pauvre Blaise» (pauvre Basile ici !) – menés par un leader charismatique et surdoué, Faber, dans une ville imaginaire de la France profonde, Mornay, bâtissent leur propre monde jusqu’au moment où à l’entrée dans la vie réelle, celle de notre société démocratique et policée, deux d’entre eux, Basile et Madeleine, vont l’intégrer en « rentrant dans le rang », tandis que Faber va sombrer dans la radicalité de l’ultra gauche. Le roman, écrit à quatre voix, celle des trois protagonistes à laquelle s’ajoute celle de Tristan, un élève de Basile devenu professeur, est l’histoire du parcours de Faber - qui peut parfois évoquer, de loin, celui de Julien Coupat -jusqu’à sa déchéance et sa clochardisation. 

La ville de Mornay est le cinquième personnage de ce roman, beaucoup plus réaliste celui-là, celui de la France d’aujourd’hui, une démocratie indifférente, dont les hommes politiques suivent les fluctuations d’opinion et peuvent changer d’étiquette comme de chemises (les variations journalières de position de l’UMP sur la Syrie y font parfaitement écho…). Certains,  le personnage de Tristan pourrait en être le reflet, mystiques, croient ou plutôt font encore semblant de croire, des radicaux catholiques de la manif pour tous aux illuminés de l’ultragauche, que l’utopie est encore possible. Faber sait qu’ils sont impuissants, il ne lui reste plus qu’à revenir à Mornay pour détruire. Faber est-il un « démon » comme l’a suggéré l’auteur ou n’a-t-il pas plutôt sombré dans la folie, victime de son extrême lucidité ? Magnifique roman qu’on ne lâche pas.

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