Un dimanche de la mi-avril, le plus souvent celui du marathon de Paris, depuis plus de 10 ans, je m'envole pour une des grandes villes américaines dotées d’un centre des congrès suffisamment grand pour pouvoir accueillir les milliers de participants de l’American Association of Neurology (AAN), venus du monde entier. Après Boston, Philadelphie, Seattle, San Diego, Toronto, Denver, Chicago, San Francisco, Miami, c'est au tour, comme en 2003, d' Honolulu. En pleine guerre du golf, nombreux sont ceux qui avaient alors renoncé à faire ce voyage jugeant la situation internationale trop risquée, nous avions reçu un accueil plutôt froid, sinon hostile, conséquence de la position française défendue par Villepin à l'ONU. Cette année il devrait être plus chaleureux, puisque Juppé, toujours à l'ONU, a entrainé avec nous les américains dans l'aventure libyenne. La situation "nucléaire" au Japon a cependant amené certains neurologues à renoncer à faire le voyage. Il est vrai que depuis quelque temps les retours de l' "AAN" sont quelque peu anxiogènes : déclaration de la pandémie de grippe H1N1 il y a 2 ans, nous étions à Seattle, avec une menace de mise en quarantaine au retour en France, impossibilité pendant quelques jours de rentrer de Torento en France, l'année dernière, le volcan islandais... Le souvenir peut être aussi qu'Hawaï a déjà été le théâtre d'un mauvais coup venant du Japon...
Honolulu , un très long voyage, douze heures jusqu'à San Francisco, cinq heures d'escale, puis à nouveau cinq heures de vol...L'occasion de terminer la lecture du "Journal impoli" de Christian Millau. Célèbre critique gastronomique, on sait qu'il "inventa" avec son compère Henri Gault et Michel Guérard, la "nouvelle cuisine" et qu'il fonda un célèbre guide qui porte encore son nom mais qui n'est plus que l'ombre de ce qu'il a été depuis qu'il a été plusieurs fois racheté. C'est en suivant "Gault et Millau" que je me suis "forgé le goût" dans mes "folles" années où le sexe et la gastronomie me conduisaient à parcourir la France et que j'ai pu découvrir les cuisines de Chapel, de Loiseau, de Blanc, de Michel Bras, de Guérard, de Marc Meneau et de temps d'autres. Me serais je jamais arrêté dans un petit village de montagne de la Haute Loire, Saint Bonnet le Froid, pour m'y régaler pour moins de "100 francs" dans le petit bistrot de Regis Macon, aujourd'hui un trois étoiles Michelin, si je n'avais suivi les conseils de Christian Millau? L'on sait moins que Christian Millau fût aussi grand reporter, journaliste au Monde, qu'il a côtoyé le "tout Paris " littéraire des années 50, il l'a conté dans son livre "Le galop des Hussards", et qu'il a une immense culture. Il s'agit moins d'un journal qu'une chronique pleine d'anecdotes de ses rencontres, innombrables, Nimier, Blondin, Céline, Mauriac , Welles, Desproges , tant d'autres et des évènements qu'il a traversé. Chronique au combien impertinente, pleine d'humour, "vue de droite" certes mais d'une droite non conformiste. Ses détestations et ses admirations sont souvent les miennes, même s'il peut, ici où là, m'irriter.
Quelques extraits savoureux sur le monde homosexuel qu'il a beaucoup côtoyé.
"Au début des années 60, le Scaramouche avait investi la cave. C'était l'époque où la nuit, drôle et étonnante, devait tout aux homosexuels, qui ne
nous bassinaient pas encore avec leur Gay Pride. Dieu leur avait donné le génie du simulacre, de la parodie et de la démesure, mais ils nous en faisaient profiter en famille, nous qui
n'étions pas de leur bord et les chérissions"
"En Angleterre, on les appelle "fag hags" (littéralement : "tricoteuses de tantes"). Ce sont des dames du meilleur monde, qui tapissent leur salon
d'homosexuels. Ils ont l'avantage de n'amener avec eux que des hommes. Donc, aucun risque de concurrence. Il convient de remarquer que tous ne repartent pas avec l'argenterie. Je pense à
François-Marie Banier qui, lui, au contraire, n'est pas parti. Il a eu raison puisqu'en restant, il a tout trouvé sur place. Liliane Bettencourt, quatre vingt neuf ans, est en effet une bonne
dame qui comprend les jeunes gens, même prolongés."
"Enfin, de la bouche de Jean Cocteau, ce mot "énorme". Un soir à l'opéra, mme François Mauriac, voyant sa loge occupée, s'écrie : "Mais, monsieur,
c'est ma loge! Je suis la femme de François Mauriac." Le "monsieur", qui avait le dos tourné et qu'elle n'avait donc pu reconnaître, était Cocteau, entouré d'amis. Il lui répondit : "Ca madame,
nous l'avons été avant vous." Peut être bien que François Mauriac fut le seul, à Paris, à ne pas savoir qu'il "en était"
(Christian Millau, Journal impoli, 2011)