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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 10:33

2.jpg« Quand l’amour physique disparaît, tout disparaît ». La vision qu’a Houellebecq de l’amour est tragique. « Lorsque la sexualité disparaît, c’est le corps de l’autre qui apparaît, dans sa présence vaguement hostile….La disparition de la tendresse suit toujours de près celle de l’érotisme ». Si l’amour est conditionné par l’amour physique et se termine avec lui on ne peut que partager son pessimisme. En effet l’amour physique suit les lois du désir (beauté, jeunesse, force, etc.), c’est à dire celles de l’économie de marché (les métaphores économico-politiques ne manquent pas quant il s’agit de qualifier l’amour, un rapprochement a été fait avec la lutte des classes, le premier roman de Houellebecq s’appelait « Extension du domaine de la lutte » !). D’où sa quête (« la possibilité d’une île ») d’un ailleurs qui s’en affranchirait.
Mais l’amour physique résume t’il l’amour ? Il faut d’abord préciser que c’est de « l’amour » dont il s’agit ici, et non « de l’état amoureux », de la passion (voir entrée antérieure de ce blog, "être amoureux n'est pas aimé "). Les paroles de Swann, à la fin du premier tome de la Recherche, « " Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre ! " montrent, qu’au moins dans l’état amoureux, une dissociation existe (à la limite l’amour physique peut en être absent, ou l’état amoureux s’évanouir avant que le désir physique n’ait eu le temps de s’affaiblir). Mais l’amour, celui qui s’établit dans une certaine durée, dans une vie de couple en bref, trouve t’il ses limites dans celles de l’amour physique ? Pour nombre d’entre nous cela me semble indéniable, tous ceux en fait chez qui la plénitude d’une relation sexuelle est nécessaire (pas suffisante bien sûr) à l’enclenchement du processus amoureux. Et dans ce cas, Houellebecq encore «…le plus souvent, il existe dès le début certains détails, certaines discordances sur lesquelles on décide de se taire, dans l’enthousiaste certitude que l’amour finira par régler tous les problèmes. Ces problèmes grandissent peu à peu, dans le silence, avant d’exploser quelques années plus tard et de détruire toute possibilité de vie commune ». Il est fréquent que ceux là même qui ne dissocient pas amour physique et amour, soient , conséquence logique, fidèles. Mais comme l’amour « physique » n’a qu’un temps, ils finissent par s’en aller, à la recherche d’un autre « amour physique ». L’avenir, vieillir, les terrifient souvent. C’est le cas de Daniel 1, le héro de Houellebecq.
Mais tous ne fonctionnent pas selon ce schéma classique. Un amour physique trop intense masque « ce qui ne pourra fonctionner plus tard ». Le contact des corps, catalyseur initial, est certes le plus souvent nécessaire à la rencontre mais « certains détails », certaines « concordances », qui feront le socle d’une vie commune, ne se révèlent que progressivement, dans l’espace laissé libre par la relation sexuelle. Cette dernière, indispensable au début, peut n’être pas « fusionnelle », voire même exclusive (chez ceux-ci, souvent la fidélité « physique » laisse à désirer), mais alors son affaiblissement n’entraîne plus celui de la tendresse, du sentiment d’être bien avec l’autre dont la présence du corps continuera à apparaître « bienveillante ».
J’ai connu jusqu’ici quatre vraies relations de couple (mettant ainsi de côté les « états amoureux » de quelques semaines à quelques mois que je ne peux qualifier ainsi). Bernard d’abord, 25 ans moi 28, regard croisé sur la plage du Porge, puis rencontré le soir sur une place de drague bordelaise, la place Renaudel. Je l’ai suffisamment aimé pour quitter le domicile familial et vivre avec lui pendant un an. Il était de ceux pour qui l’amour physique Est l’amour. Il est parti, brutalement, vers d’autres horizons. Pierre Jean ensuite, lui 21 ans et moi 29, rencontré au Smart, une discothèque bordelaise maintenant disparue. Scénario assez semblable au précédent, un an après là encore, mais plus complexe car il aurait souhaité poursuivre notre aventure parallèlement à la nouvelle…ce que je n’ai pas accepté. Fait peu banal, il est devenu, quelques mois plus tard mon amant. Lorsque je me suis aperçu que cette nouvelle forme de relation n’était pour lui qu’une « dépendance physique » et ne conduirait en rien à un retour à la vie de couple, j’ai cessé de le voir. J’ai alors croisé la route de Bernard, 18 ans, moi 30 lors d’une émission hebdomadaire homosexuelle sur une des radios nouvellement libres et dont j’étais l’un des animateurs. Il s’est jeté dans cette « première » relation sexuelle, véritable « fusion physique » pour lui, ce dont je n’ai pris conscience que bien plus tard (la fusion »physique » m’est inconnue…), lorsque le désir physique s’en est progressivement allé chez lui et qu’il a « re »trouvé cette « fusion » chez un autre après 14 ans de vie commune. Je ressentais certes moi même un affaiblissement du désir physique pour lui, mais pas de mon amour. Il a été très fidèle très longtemps, je l’ai peu été. C’est lui qui est parti, un petit matin, en me disant « c’est fini ». La plaie n’est toujours pas totalement cicatrisée. Nous continuons cependant à nous voir, les liens du souvenir. Et puis bien sûr il y a maintenant Bertrand, rencontré alors qu’il avait 29 ans dans un bar sexe de la rue de la Roquette, la Luna. Il est comme moi de ceux dont l’amour physique n’est pas le moteur déterminant de la relation amoureuse (ce qui n’est cependant pas un passeport pour l’éternité !).  L’aventure se poursuit depuis 6 ans, je n’en connais pas la fin….
Il ne faut pas cependant oublier une troisième catégorie, celle de ceux qui se « méfient » de l’amour physique. Cette légion d’idéalistes, maniant allègrement le « plan cul s’abstenir », se disant hors milieu (« hors économie de marché »), haïssant le Marais, à la recherche désespérée de l’Amour ( « l’amour comme « la grâce » ça vous tombe dessus, ça ne se cherche pas, surtout pas là où il n’y a personne). Et de se plaindre de leur solitude sans voir qu’ils en sont la racine…
J'ai volontairement passé sous silence une quatrième catégorie, les stakhanovistes de l'amour physique, les fans du "one shot", qui se disent à l'abri de l'amour. Un jour ou l'autre ils finissent par rejoindre une des deux premières catégories, l'amour leur tombant sur la gueule, sans crier gare, au détour d'un couloir du sexe....


 

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commentaires

E
<br /> <br /> je trouve ton article très intéressant et surtout très juste.<br /> <br /> <br /> Au fond, je crois que ce qui différencie l'homosexuel de l'hétérosexuel, c'est que  nous ne sommes "libres" que depuis peu... Pendant des siècles et des siècles, l'homosexualité était<br /> synonyme de pulsion sexuelle, une sorte de plan cul éphémère, la débauche d'un moment que l'on pratiquait en cachette. Il n'était pas question dès lors d'être en couple ou même d'avoir des<br /> sentiments amoureux... Cela restait enfoui et confus, étouffé par le poids du silence...<br /> <br /> <br /> Aujourd'hui, pour la première fois, il est permis à l'homosexuel de vivre en couple et d'avoir des sentiments envers quelqu'un, des sentiments qu'il peut libérer et laisser naître.<br /> <br /> <br /> Toutefois, les vieux démons du passé demeurent, et nous sommes encore bien incapables et surtout inexpérimentés à l'idée de pouvoir vivre en couple au même titre qu'un couple hétérosexuel.<br /> <br /> <br /> Il faut du temps pour sacher des siècles de silence... Il faudra encore du temps pour que les homosexuels puissent comprendre que l'amour ne se résument pas qu'à une pratique sexuelle mais peut<br /> devenir bien plus... Mais le chemin est long encore...<br /> <br /> <br /> <br />
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