Peu avant Noêl 95, nous dinions, Bernard (mon ex) et moi, chez « Paul », un bistrot près de la Bastille,
lorsque nous avons appris que Jacques Delors venait de déclarer à Anne Sainclair, épouse de Dominique Strauss-Kahn, lors de l’émission 7 sur 7, qu’il ne serait pas candidat à l’élection
présidentielle. Nous étions abattus, il allait falloir se résigner à subir Jacques Chirac, que j’abhorrais, pendant 7 ans. Je n’étais pas le seul à ressentir cela comme une trahison car il était
largement donné gagnant. Ce que nous vivions comme une dérobade relevait pourtant d’une analyse très lucide de la situation : une fraction importante du parti socialiste, dirigé alors par Henri
Emmanuelli qui allait être supplanté par Jospin comme candidat, ne lui donnerait jamais les moyens d’une politique qu’elle jugeait trop réformiste. Et voilà qu' on apprend que si un socialiste
n’avait pas dirigé le Conseil Constitutionnel, l’élection de Chirac aurait été invalidée pour cause de « comptes » de campagne...Qui sait, si l’on avait du revoter, Jospin peut être...
15 ans plus tard, l’histoire semble bégayer, comme un disque rayé. Dominique Strauss-Kahn est donné comme
largement vainqueur des futures présidentielles, ce qui est loin d’être le cas de la fille de Jacques Delors, mais il se pourrait bien que lui aussi renonce et ce pour les mêmes raisons que ce
dernier, un parti socialiste dont le centre de gravité s’est encore un peu plus déporté vers la gauche. La situation est même pire car si Jacques Delors considérait qu’il n’aurait pas les moyens
de sa politique, sa désignation comme candidat n’aurait pas été contestée par le parti, alors que l’opposition à DSK est déjà en ordre de bataille. Pourquoi abandonnerait il une direction du FMI,
où il est certain d’être reconduit, et qui lui confère peut être plus de pouvoir qu’une présidence française ?
La gauche réformiste, la « deuxième » gauche, celle de Rocard et d’Edmond Maire, a t’elle été
définitivement emportée par la crise financière ? On peut se le demander lorsqu’on voit Jacques Julliard, dont je me suis senti souvent proche et qui était une figure de cette gauche sociale et
libérale, se radicaliser et quitter le Nouvel Observateur, pour rejoindre, les bras m’en tombent, un journal populiste, « Marianne ». Il sera semble t’il « remplacé » par un autre chrétien de
gauche, le girardien Jean Claude Guillebaud.
Si mes craintes se confirment et que DSK n’est pas le candidat socialiste, j’ai bien peur de ne plus
pouvoir (à moins que François Hollande crée la surprise mais c’est plus qu’improbable) apporter ma voix, à aucun des deux tours, au candidat socialiste, ce qui sera une première depuis que je
suis en âge de voter, car cette fois ci je n’« abhorre » pas le probable candidat de droite. Je ne voterai certes pas pour lui, sauf circonstance exceptionnelle, la présence de Cruella au second
tour par exemple (entre deux maux il faut choisir le moindre..). Et puis qui sait, si la gauche est dans un triste état, la situation à droite ne manque pas non plus de piquant, avec la
résurgence à propos de l’affaire « Karachi » de la lutte à mort entre balladuriens et chiraquiens. Epoustouflant Dominique de Villepin (tiens si celui là était candidat je pourrais voter pour
n’importe qui à gauche !), qui après s’être laissé entrainer par sa haine de Sarkozy vient de s’apercevoir, d’où son rétropédalage, qu’il allait risquer de flinguer au passage bon nombre de
chiraquiens !
Le résultat du vote comme fruit du hasard...j’y reviendrai
Jospin fait une apparition inattendue et pleine d’humour dans le film « Le nom des gens » que j’ai vu ce
week-end, film qui se révèle un abécédaire du « bien pensant », de tout ce que l’idéologie des droits de l’homme et du politiquement correct peut véhiculer. C’est sympathique, parfois drôle,
parfois un peu ennuyeux, la bande annonce suffit peut être... « Red », équipée loufoque de retraités de la CIA m’a bien plus diverti.
Au moment où j'enregistre ce billet j'apprends que Denis Olivennes, ancien PDG de la Fnac et actuellement
directeur du Nouvel Observateur, quiitait ce journal pour le direction d'Europe 1 dont l'actuel directeur, Alexandre Bompard, a annoncé qu'il prenait la direction...de la Fnac! Il semble que ce
soit à la suite d'un différent avec Denis Olivennes sur la ligne du journal que Jacques Julliard a quitté le même journal...
PS : « Le disque rayé » est le titre d’un roman de science-fiction du français Kurt Steiner, un petit chef
d’œuvre où le héros revit inlassablement la même aventure, comme sur un disque rayé.