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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 22:16

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Ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas là du titre d’un nouveau thriller, mais de la découverte d’un chercheur bordelais en neurosciences (Bordeaux fait la « une» ces derniers jours). En collaboration avec d’autres équipes il vient d’identifier les circuits neuronaux qui entrent en jeu dans le mécanisme de la peur, mécanismes qui permettent des réponses comportementales adaptées à la survie en face de situations de danger. Ces « neurones de la peur » se situent dans une région très précise du cerveau, « l’agmydale » (rien à voir avec celle qui a pu vous chatouiller le fond de la gorge !). Ceci ouvre des espoirs thérapeutiques dans les cas de certaines peurs, néfastes celles là, les peurs pathologiques, notamment les troubles anxieux sévères.

Les neurosciences nous en apprennent un peu plus chaque jour sur le fonctionnement du cerveau et sur la localisation de réactions comportementales. Je me souviens combien j’avais été fasciné, jeune étudiant en mèdecine suivant les cours d’un diplôme de neurophysiologie, en découvrant que lorsqu’on recueillait l’activité neuronale de la région du cerveau (à l’aide d’électrodes implantées) impliquée dans le mouvement (par exemple la marche) , cette activité commençait à se manifester AVANT le début du mouvement, manifestation « palpable » de « l’intention» ou de la « volonté » ! Demain sans doute on connaitra de mieux en mieux le rôle de l’hypothalamus dans le désir et l’orientation sexuelle...

Le rêve ultime est de mettre en évidence les mécanismes de la conscience, ceux qui font que nous ayons le sentiment d’être toujours les mêmes, de pouvoir dire « Je », voire les mécanismes de nos sentiments et de nos pensées. Dans ce domaine aussi les avancées sont nombreuses. Antonio Damasio , directeur du Brain and Creativity Institute de l’université de Caroline du Sud, est un de ceux qui ont le plus travaillé sur ce sujet. Dans «L’erreur de Descartes» et «Spinoza avait raison» il a montré que la perspective dualiste du premier, séparant le « Corps » et l’ « Esprit », n’était pas tenable. Il a ainsi établi que les émotions faisaient partie intégrante de nos processus de réflexion et que les sujets privés d ‘émotions et de sentiments, par exemple à la suite de lésions frontales du cerveau, n’étaient plus capables d’être rationnels, tout en conservant des facultés intellectuelles parfaitement intactes. La raison « sans les émotions » n’est plus raisonnable et ne permet pas de prendre les décisions adéquates. Dans son dernier livre, « L’Autre moi même », il poursuit cette démonstration en affirmant que notre conscience n'est pas le produit sophistiqué des régions les plus récentes et les plus évoluées de notre cerveau, mais des plus anciennes, "archaïques", "animales", là où naissent... les émotions et que ces dernières seraient à la source de notre conscience.

Je pourrais me laisser aller à dire que chaque avancée des neurosciences rétrécit inéluctablement le champ de la psychanalyse et renvoyer à cette formule que j’avais employée dans des tous premires billets de ce blog, « Dans la psychose c’est le malade qui délire, dans la névrose c’est son psychanalyste », formule assez proche de celle plus récente de Michel Onfray : « La psychanalyse est bien une folie à plusieurs, ce qui se nomme aussi une hallucination collective ». Mais il ne serait pas juste d’oublier que certains chercheurs en neurosciences sont plus nuancés. Ainsi Lionel Naccache, célèbre neurologue de la Salpetrière, qui a publié récemment « Perdons nous connaissance- De la mythologie à la neurologie », bien qu’affirmant sans équivoque que l’inconscient freudien était incompatible avec celui des neurosciences (« la distinction entre système préconscient et système inconscient ruine l’idée d’une adéquation avec la théorie proposée par les neurosciences, du concept de refoulement, inadéquation du discours freudien et de celui des neurosciences du contrôle mental et du rapport exclusif du système inconscient à la prime enfance du sujet. »), considère qu’il reste de Freud un « noyau inestimable » : « la mise au jour du rôle vital de l’interprétation consciente dans l’économie psychique de l’humain », « Freud a mis au jour un rouage essentiel de notre conscience : précisément ce besoin vital d’interpréter, de donner du sens, d’inventer à travers des constructions imaginaires ». « Freud fut un maître de fictions, un romancier de génie égaré dans l’univers de la neurologie et des neurosciences ». On est bien loin des anathèmes de Michel Onfray.

Mon âme est un orchestre caché. Je ne me connais que comme symphonie. » (Fernando Pessoa)

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